Contrats à titre onéreux unilatéraux
Pierre a déposé chez moi une somme d’argent, et de ce chef je me trouve obligé à la restituer, la cause de mon obligation sera dans ce cas la réception de la somme d'argent. Au lieu que deux obligations soient à naître dans l'avenir, l’une se réalise avec la convention, et l’autre se dégage de cette réalisation même.
C’est le contrat réel du droit romain, l’ancien mutuum que nous retrouvons à peine modifié; ce qui faisait naître l'obligation adverse, ce n’était pas la volonté de la dégager, ce n'élait pas non plus le rite solennel accompli dans le mutuum, mais quelque chose d’intermédiaire entre le caractère solennel et consensuel ; c'était à la fois le geste et l'intention, le geste d'accord avec l'intention, la volonté s’objectivant, se réalisant déjà.
Nous avons en partie conservé celte ancienne doctrine, ou plutôt les auteurs se servent encore de ce mot de contrat réel; dans tous les cas, dès l'instant où l'autre partie a réalisé en effet son obligation, l’obligation n'ayant pas eu le temps pour ainsi dire de se distinguer de cette réalisation, c'est, bien qu'il s'agisse du même procédé ou de la même formule, la considération de celte réalisation qui représentera le mobile déterminant, en d’autres termes la cause.
Là encore, nous retrouvons tous les caractères généraux attachés à la cause par la théorie classique; mobile
90 CHAPITRE Ill abstrait, en ce sens, qu’une fois admis qu'il s’agit d'un contrat réel, on sait immédiatement où chercher la cause ; il n’est pas davantage besoin pour la décrire, d’entrer dans la psychologie du contractant, et c’est là, qu’elle se trouve, de définition même, le plus infailliblement
extériorisée.