EXPOSÉ ANALYTIQUE DE NOS RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
§ t. — IVéphrectomlei» et llffatarea d'uretères bilatérales.
Dans une première série d'expériences, nous avons étudié les modifications du foie consécutives à la suppression brusque des fonctions rénales, soit par néphrectomie double, soit par ligature des deux uretères. Ces deux sortes d'opérations nous ayant donné des résultats tout à fait comparables, nous les réunissons dans le même chapitre.
Nos opérations ont porté sur 4 lapins et 7 cobayes. Trois de ces cobayes, qui avaient subi la double néphrectomie en un seul temps, ont été sacrifiés au bout de 6, de 12 et 18 heures, pour étudier les réactions du foie dès le début de l'urémie provoquée. Les autres animaux sont morts spontanément et ont été autopsiés aussitôt, ou bien ils ont été sacrifiés au moment de leur agonie.
Expérience 1 . — Cobaye mâle. Poids 420 gr.
2 décembre, — Néphrectomie double par voie lombaire. Sacrifié 6 heures après l'opération .
Autopsie, — Le foie est légèrement congestionné; poids i6 gr. Les autres organes sont d'aspect normal.
Examen histologique du foie, — Le foie présente une congés-
tion marquée ; les capillaires, dont les noyaux endothéliaux sont très apparents et volumineux, sont remplis de globules rouges.
Les cellules hépatiques montrent presque toutes une modification dans l'aspect de leur protoplasma ; les granulations sont comme tassées, masquent le réticulum cytoplasmique ; dans un grand nombre de cellules, apparaissent au milieu des granulations des sortes de vacuoles constituées par l'élargissement d'une ou de plusieurs mailles du réticulum. Le contenu, d'ailleurs amorphe et incolorable, de ces vacuoles n'est ni du glycogène, ni de la graisse.
La quantité de glycogène est très minime dans toutes les cellules ; beaucoup d'entre elles en sont môme complètement dépourvues.
La graisse y est également en très petite quantité ; on ne voit plus que quelques fines granulations intra-protoplasmiques.
On ne constate aucune altération des vaisseaux, des canaux biliaires, ni du tissu conjonctif.
Expérience 2 .— Cobaye mâle. Poids 450 gr.
3 décembre, — Néphrectomie double par voie lombaire. Sacrifié 12 heures après l'opération.
Autopsie, — Léger œdème sous-cutané. Le foie est fortement congestionné ; poids 19 gr. Les autres organes sont d'aspect normal.
Examen histologique du foie, — L'aspect du foie est absolument semblable à celui du cas précédent : même état congestif, mêmes modifications cellulaires, même rareté du glycogène et delà graisse.
Expérience 3. — Cobaye mâle. Poids 450 gr.
3 décembre, — Néphrectomie double par voie lombaire. Sacrifié le 4 décembre, 18 heures après l'opération.
Autopsie, — Pas d'œdème sous-cutané. Le foie est très congestionné, volumineux ; il pèse 23 grammes. Les glandes surrénales présentent de petites hémorragies. Rien d'anormal dans les autres viscères.
Examen histologique du foie, — Congestion beaucoup plus intense que dans les deux cas précédents. Les altérations cellulaires
sont semblables, mais plus accentuées ; la vacuolîsation des cellules est beaucoup plus marquée, surtout au pourtour des veines centro-lobulaires. La graisse est très peu abondante dans toutes les cellules. Il ne reste plus que des traces de glycogène dans un petit nombre de cellules seulement.
Expérience 4. — Cobaye mâle. Poids 320 gr.
9 novembre. — Néphrectomie gauche par voie lombaire.
Ï2 novembre.— Néphrectomie droite,— Sacrifié le 14 novembre à 11 heures du matin, au moment où il agonise, 24 heures après la seconde opération.
Autopsie. — OEdème sous-cutané assez marqué. Le foie est un peu congestionné. La glande surrénale gauche offre un aspect normal, la droite est le siège d'une hémorragie centrale. Les poumons sont normaux.
Examen histologique du foie. — On constate une congestion assez marquée; les capillaires intertrabéculaires contiennent un grand nombre de globules rouges et un nombre relativement grand de polynucléaires.
La plupart des cellules hépatiques présentent un aspect grumeleux dû à l'agglomération de granulations protoplasmiques qui forment de petites masses ir régulières, des sortes de grumeaux, remplissant la cellule et masquant complètement le réseau cytoplasmique .
Dans un certain nombre de cellules, les granulations se portent en masse vers la périphérie, laissant autour du noyau une zone assez claire dans laquelle on devine le réticulum cytoplasmique intact.
Le glycogène a totalement dispài*u.
La graisse est assez abondante ; elle se rencontre surtout dans les parois des capillaires ; les cellules hépatiques ne contiennent qu'un petit nombre de fines granulations.
Expérienoe 5. — Cobaye mâle. Poids 605 gr.
i9 octobre. — Néphrectomie gauche par voie lombaire.
i5 novembre. — Néphrectomie droite. — L'animal est sacrifié le
17 novembre à 11 heures du soir, au moment où il agonise, 87 heures après la seconde opération.
Autopsie. — OEdème sous-cutané assez considérable. Léger épanchement citrin dans les séreuses. Le foie est congestionné, sa consistance est très molle, son poids de 23 gr. 10. Les poumons sont congestionnés à leurs bases ; on constate de petites hémorragies sous-pleurales. L'estomac renferme quelques aliments.
Examen histologique du foie. — On remarque une congestion marquée, surtout dans la zone centro-lobulaire. Les capillaires renferment un grand nombre de globules rouges et un nombre relativement assez considérable de leucocytes, surtout des polynucléaires.
Les cellules de cette zone centro-lobulaire sont, en général, dira nuées de volume, et souvent les granulations protoplasmiques sont groupées à la périphérie de la cellule, laissant un espace clair autour du noyau.
Les cellules de la zone moyenne du lobule contiennent souvent des vacuoles atteignant au maximum 7-8 ^i de diamètre. Les noyaux de quelques-unes des cellules de cette zone sont considérablement hypertrophiés, au point de doubler leur volume ; ils présentent un réseau chromatinien normal et un ou deux nucléoles volumineux.
Enfin les cellules de la périphérie du lobule, au voisinage des espaces portes offrent pour la plupart un aspect grumeleux identique à celui que nous avons décrit chez le cobaye n** 4.
Le glycogène a presque complètement disparu ; il en reste toutefois quelques grains çà et là dans quelques rares cellules.
La graisse est peu abondante ; il n'en existe que quelques rares et fines granulations dans le protoplasma des cellules et dans la paroi des capillaires.
Expérience 6. — Lapine. Poids 2 kil. 025.
^6 novembre. — Néphrectomie gauche par voie lombaire.
^7 novembre, — Néphrectomie droite. L'animal est sacrifié le 30 novembre, à 10 heures du matin, lorsqu'il agonise, 68 heures après la seconde opération.
Autopsie. — • Traces d'œdème sous-cutané. Un liquide citrin assez
abondant se rencontre dans le péritoine, quelques rares vésicules de coccidiose parsèment Tépiploon. Le foie est légèrement congestionné ; son poids est de 70 grammes. L'estomac est plein d'aliments. Les autres viscères sont d'aspect normal/
Examen histologique du foie. — Le foie ne présente qu'un léger degré de congestion dans la zone centro-lobulaire ; les capillaires s'y montrent remplis de globules rouges, et les noyaux de leur endothélium sont remarquablement apparents.
Les cellules hépatiques ont conservé leur aspect normal ; le protoplasma est chargé de nombreuses granulations.
Le glycogène a totalement disparu de toutes les cellules.
La graisse est en quantité modérée et se voit surtout dans les parois des capillaires sanguins et dans les cellules étoilées de Kuppfer.
Expérienoe 7. — Lapin. Poids 2.120 gr.
17 novembre. — Néphrectomie gauche par voie lombaire.
^6 novembre. — Néphrectomie droite. — Mort dans la nuit du 29 au 30 novembre, environ 88 à 90 heures après la seconde opération.
Autopsie le 30 novembre au matin. — Léger œdème sous-cutané. Le péritoine renferme une petite quantité de liquide citrin. Le foie est très congestionné et très volumineux; il pèse 125 gr., c'est-àdire 5,9 0/0 du poids du corps (le rapport normal est de 4 0/0).
Les poumons sont congestionnés el Testomac rempli d'aliments.
Examen histologique du foie. — Le foie présente une congestion intense et de grosses altérations cellulaires à topographie péri-sushépatique des plus régulières.
1" Autour des espaces portes les travées cellulaires et les capillaires sont d'aspect normal.
2^ Dans la zone moyenne du lobule, les cellules se modifient suivant deux types :
a) Les unes s'hypertrophient notablement, leur contenu prend un aspect clair et, à un faible grossissement, on croirait qu'elles sont vidées de leur protoplasma ; mais l'objectif à immersion permet de
voir que le réticulum cytoplasmique est parfaitement conservé, les granulations protoplasmiques sont très raréfiées, en même temps que reportées vers la périphérie de la cellule ; au centre, se trouve le noyau, volumineux, avec un réseau chromatinien et un nucléole parfaitement normaux.
b) Les autres cellules conservent leur volume normal, et leur protoplasma se creuse de vacuoles assez nombreuses, atteignant 6 à 8 fA de diamètre ; le noyau de ces cellules est tantôt normal, tantôt un peu condensé.
3° Au pourtour immédiat de la veine centro-lobulaire, les cellules hépatiques présentent une tout autre altération : elles sont ratatinées ; leur protoplasma devient homogène et très fortement acidophile; leur noyau perd le plus souvent son affinité pour les colorants, ou quelquefois se montre en picnose. Entre ces cellules, considérablement atrophiées, les capillaires sont très dilatés et bourrés de globules rouges au milieu desquels apparaissent un nombre relativement grand de leucocytes polynucléaires.
Le glycogène est peu abondant, sauf dans la région moyenne du lobule, qui répond aux cellules clarifiées qui viennent d'être décrites, et qui sont véritablement gorgées de glycogène.
La graisse est également rare. A l'inverse du glycogène, c'est au pourtour de l'espace porte qu'elle prédomine, mais c'est moins dans le protoplasma des cellules hépatiques que dans la paroi des capil laires sanguins et dans les cellules étoilées de Kuppfer qu'on rencontre les granulations graisseuses. Les vacuoles décrites dans les cellules de la zone moyenne du lobule ne renferment pas de graisse.
Expérience 8. — Cobaye femelle. Poids 550 gr.
4 7 octobre. — Section de l'uretère gauche entre deux ligatures pratiquée par voie lombaire.
i2 novembre. — Même opération à droite. L'animal est sacrifié dans la nuit du 13 au 14 novembre, à minuit, au moment où il agonise, 34 heures après la seconde opération.
Autopsie, — Pas d'oedème sous-cutané. La cavité péritonéale renferme des traces de liquide. Le rein droit est volumineux, congés-
tionné ; le rein gauche est le siège d'une hydronéphrose très développée. Le foie est congestionné ; les autres viscères sont normaux.
Examen histologique du foie. — Le foie est fortement congéstionné : tous les vaisseaux, veines sus-hépatiques, veines portes et capillaires, sont remplis de sang ; on rencontre quelques foyers hémorragiques, dont quelques-uns' assez volumineux, surtout dans les zones centro-lobulaires.
Les cellules hépatiques se présentent sous deux aspects qui se mêlent sans aucune règle de topographie :
à) Les unes sont diminuées de volume et présentent un noyau condensé, très foncé et un protoplasma homogène, fortement acidophile, qui contient quelques gouttelettes de graisse, mais où on ne trouve pas trace de glycogène. Ces cellules ont souvent un contour étoile ; elles sont évidemment comprimées, étouffées par les cellules voisines ;
b) Les autres sont volumineuses, leur noyau est normal, leur protoplasma légèrement clarifié ; le réticulum cytoplasmique est nettement visible, car les granulations ne sont pas assez abondantes pour le masquer. Ces cellules contiennent un peu de glycogène et quelques fines gouttelettes graisseuses.
Expérienoe 9. — Cobaye mâle. 480 gr.
^5 novembre. — Section de L'uretère gauche entre deux ligatures pratiquée par voie lombaire.
19, — Même opération à droite. Mort dans la nuit du 22 au 23 novembre.
Autopsie^ le 23 novembre au matin. — Traces d'oedème sous-cutané. La cavité péritonéale renferme un liquide séreux assez abondant ; les plèvres n'en contiennent qu'une petite quantité. Le foie est congestionné. Les reins sont augmentés de volume, les bassinets distendus. Les poumons présentent une légère congestion à leur base. Les autres viscères sont normaux.
Examen histologique du foie. — La congestion est très intense, Laederich 3
atteignant son maximum dans la région péri-sus-hépatique. Dans la zone centro lobiilaire, les capillaires sont considérablement dilatés, gorgés d'hématies et de leucocytes, surtout de polynucléaires ; de nombreux globules rouges ont même traversé la paroi des capillaires e t se trouvent entre cette paroi et les cellules hépatiques voisines. Celles-ci sont comprimées, atrophiées ; beaucoup d'entre elles contiennent de grosses gouttelettes graisseuses dans des vacuoles de leur protoplasma ; quelques autres, ayant perdu plus de la moitié de leur volume, ont un protoplasma homogène et très acidophile, et un noyau rétracté, très foncé, dans lequel le réticulum chromatinien ne peut plus se distinguer.
Quant aux cellules de la périphérie du lobule, elles ont conservé pour la plupart un [ aspect normal ; quelques-unes contiennent de grosses gouttes de graisse, logées dans des vacuoles.
Le glycogène a totalement disparu.
Expérience 10. — Lapin. Poids 2.290 gr.
26 novembre. — Section de V uretère gauche entre deux ligatures, pratiquée par voie lombaire.
27 novembre, — Même opération à droite.
Le 30 novembre, Tanimal présente de la dyspnée, de la prostration, puis du coma. Il est sacrifié pendant qu'il agonise, 74 heures après la seconde opération.
Autopsie immédiate. Le poids de l'animal est de 2.055 grammes. On constate quelques traces d'œdème sous-cutané ; un liquide séreux assez abondant se trouve dans la péritoine.
Le foie est brun pâle, d'aspect œdémateux et comme lavé ; le centre des lobules est brun foncé, la périphérie grisâtre. L'organe pèse 95 grammes.
Le rein gauche est volumineux, d'aspect œdématié, assez pâle ; le bassinet est distendu. L'organe pèse 25 grammes.
Le rein droit est plus volumineux encore, extrêmement congestionné ; son poids est de 35 grammes.
Les autres viscères ont un aspect normal.
Examen histologique du foie. — Les lobules présentent un aspect
en cocarde des plus réguliers, dû à Texistence de trois zones concentriques d'aspects différents :
!• A la périphérie du lobule, au pourtour des espaces portes, les travées cellulaires ont conservé leur ordination et leur aspect normal ; les cellules contiennent très peu de glycogène, mais la graisse y est assez abondante, sous forme de très fines granulations.
2*^ Dans la zone moyenne, la plupart des cellules montrent l'hypertrophie et l'aspect clarifié que nous avons décrit antérieurement et qui coïncide avec une abondante infiltration de glycogène. Ces cellules présentent également quelques vacuoles logeant de grosses gouttelettes de graisse.
3** Dans la zone centro-lobulaire enfin, les travées cellulaires sont extrêmement atrophiées, comprimées par une ectasie capillaire considérable ; les vaisseaux sont en effet remplis de sang ; les cellules, ratatinées, montrent un protoplasma homogène et très acidophile, et un noyau qui a perdu sa colorabilité.
Expérience 11. — Lapine. Poids 2.300 gr.
/7 novembre. — Section de V uretère gauche entre deux ligatures, pratiquée par voie lombaire.
26, — Même opération à droite. — Mort le 30 novembre, 98 heures après la seconde opération.
Autopsie immédiate. L'œdème sous-cutané fait défaut, on trouve des traces de liquide dans le péritoine.
Le foie est volumineux, brun foncé ; certains points sont plus pâles, d'aspect œdématié et comme lavé. Il pèse 102 grammes.
Le rein droit, volumineux, est congestionné ; son bassinet est légèrement dilaté. Il pèse 22 grammes.
Le rein gauche est beaucoup plus volumineux, pâle ; vidé d'urine, il pèse 30 grammes. Le bassinet est très dilaté.
Les poumons sont congestionnés ; on aperçoit de petites hémorragies sous -pleurales. Les glandes surrénales sont normales ; Testomac est rempli d'aliments.
Examen histologique du foie. — Le foie présente une congestion '
très intense et des lésions cellulaires très marquées, à disposition péri-sus-hépatique parfaitement régulière.
1** Autour des espaces portes, les cellules hépatiques ont conservé leur ordination et leur aspect normaux ; elles contiennent de fines granulations graisseuses, mais pas trace de glycogène. Les capillaires qui les séparent sont normaux et ne contiennent que de rares globules rouges.
2*^ En se rapprochant de la veine centro-lobulaire, les capillaires subissent une dilatation considérable et sont gorgés de globules rouges et de nombreux polynucléaires ; il y a même extravasation de ces éléments qui s'infiltrent entre la paroi du capillaire et les cellules hépatiques adjacentes. Celles-ci, fortement aplaties par cette distension colossale des capillaires, se creusent de vacuoles, d'abord petites et isolées, puis plus volumineuses et conflucntes, au point de remplir presque toute la cellule ; il ne reste que de fines travées protoplasmiques entourant les vacuoles. Quant au noyau, il demeure intact. Ces cellules, ainsi altérées, contiennent pour la plupart d'assez grosses gouttelettes de graisse, mais celle-ci est loin de remplir la totalité des vacuoles.
D'autre part, ces cellules ne contiennent pas trace de glycogène ; cette substance a donc totalement disparu du foie.
Les 11 animai^x qui ont succombé à la suite de la suppression brusque des fonctions rénales tant par néphrectomie que par ligature uretérale double, ont tous présenté à Tautopsie des modifications macroscopiques du foie.
Toujours cet organe est augmenté de volume et congestionné, quelquefois à un degré extrême. Chez un lapin de 2110 grammes, il atteignait 125 grammes, c'est-à-dire 5,9 0/0 du poids du corps, alors que normalement le foie ne doit représenter que 4 0/0 de ce poids.
, Au microscope, deux altérations sont constantes : la con-
gestion et la disparition plus ou moins complète du glycogène.
La congestion varie en intensité suivant les cas, tantôt assez modérée, tantôt excessivement marquée, allant jusqu'à lextravasation des globules rouges et jusqu'à de véritables hémorragies interstitielles. Presque toujours elle prédomine au pourtour des veines sus-hépatiques, dans la zone centro-lobulaire, où les travées hépatiques sont aplatiesjcomprimées entre les capillaires distendus à Textrême.
Cette congestion apparaît d'une façon très précoce, puisque nous la trouvons déjà assez marquée chez un animal sacrifié 6 heures après une néphrectomie double. Puis elle persiste jusqu à la mort.
Il est très fréquent de noter en outre la présence de très nombreux polynucléaires dans les capillaires, et cela en dehors de toute infection. Ce fait est à rapprocher delà notion, établie déjà par plusieurs auteurs, de la polynucléose qui survient habituellement dans le sang à la suite de la ligature des uretères ou de la néphrectomie, même pratiquées avec une asepsie parfaite.
Les parois des capillaires nous ont paru dans deux cas de néphrectomie double (cobaye 1 et lapin 6), légèrement tuméfiées ; leurs noyaux étaient colorés d'une façon intense et faisaient une forte saillie dans la lumière du vaisseau.
Quant aux cellules hépatiques^ elles présentent, suivant les cas, des modifications très diverses, associées le plus souvent dans le même foie, côte à côte dans le même lobule.
A. La plus constante de ces modifications semble liée à la disparition du glycogène, qui est habituellement com-
plète. Les mailles du réticulum cytoplasmique étant vides de glycogène, les granulations du protoplasma, très abondantes, semblent conglomérées et masquent complètement le réticulum ; souvent ces granulations semblent plus volumineuses qu'à l'état habituel et donnent à la cellule un aspect grumeleux.
B. Dans presque tous les cas d'urémie brusque, un nombre plus ou moins grand de cellules hépatiques présentent une modification particulière : une vacuolisation de leur protoplasma. Cette altération porte surtout sur les cellules de la zone moyenne du lobule et sur celles de la zone centrale, péri-sus-hépatique. Elle apparaît d'abord dans la cellule comme Télargissement d'une ou de plusieurs mailles du réticulum, laissant ainsi apercevoir un petit espace clair entre les granulations condensées ; souvent ces espaces, limités par le réticulum, et de forme soit régulièrement arrondie, soit plus souvent polygonale, se trouvent adjacents au noyau. Puis l'espace s'agrandit, comme si son contenu, invisible d'ailleurs sur les préparations, refoulait granulations et réticulum. Ainsi se créent de véritables vacuoles, qui peuvent s'ouvrir les unes dans les autres, devenir polycyliques, puis s'agrandir encore, occuper presque toute l'étendue d'une cellule, refoulant le noyau à la périphérie. A l'intérieur de ces vacuoles, on ne voit rien. Les techniques spéciales montrent que leur contenu n'est pas du glycogène et que parfois un certain nombre de ces vacuoles contiennent de grosses gouttes de graisse ; mais cela est loin d'être constant, et, même dans les cas où le foie contient le plus de graisse, ce n'est pas cette substance qui remplit toutes les vacuoles.
Quel en est donc le contenu? peut-être est-ce de l'urée, puisque Popofif a décrit des cristaux en fines aiguilles dans les cellules hépatiques d'animaux succombant à l'urémie expérimentale. Peut-être aussi s'agit-il de graisse labile, qui aurait été solubilisée dans le chloroforme pendant l'inclusion. Nous ne pouvons nous prononcer , n'ayant pas pratiqué d'examen de cellules à l'état frais, ni de coupes par congélation. C'est une recherche complémentaire que nous nous proposons de faire incessamment.
C. Un 3® type d'altération cellulaire, plus banal, est la compression par les capillaires dilatés. C'est au pourtour des veines sus-hépatiques que se rencontre presque exclusivement cette lésion. Entre les capillaires dont le diamètre est doublé ou triplé et qui sont gorgés de globules rouges, les travées cellulaires sont considérablement réduites, les cellules sont comme ratatinées : leurs noyaux sont à peine colorables, ou, au contraire, sont condensés en un bloc homogène qui prend fortement les couleurs ; le protoplasma est également condensé et homogène ; on n'y distingue plus ni réticulum, ni granulations ; il est devenu fortement acidophile. De telles cellules sont donc profondément altérées dans leur vitalité. Jamais elles ne renferment trace de glycogène et seulement parfois de fines gouttelettes de graisse.
C'est là une lésion ultime que nous n'avons rencontrée que chez les animaux qui ont résisté longtemps à l'urémie. Le glycogèncy ainsi que nous l'avons déjà signalé, est toujours plus ou moins complètement disparu du foie des animaux. Cette disparition ne peut pas être attribuée à rinanition,car d'une part, plusieurs de nos animaux s'étaient
alimentés presque jusqu'à leur mort, et, à Tautopsie, leur estomac contenait encore quelques aliments; d'autre part, M. Jomier(l)a montré que l'Inanition n'amenait la disparition complète du glycogène hépatique chez le lapin qu'au bout de sept jours environ.
La diminution du glycogène dans le foie des animaux après néphrectomie double est extraordinairement rapide, puisque 6 heures déjà après l'opération, on ne trouve plus qu'une quantité minime de cette substance, et, au bout de 18 heures, il n'en reste plus que des traces à peine appréciables. La disparition est presque toujours complète lorsque ranimai succombe. M. Bussi avait déjà noté ce fait, intéressant à rapprocher des notions de physiologie établies par M. Roger : le parallélisme entre la fonction antitoxique du foie et sa fonction glycogénique.
Il semble résulter de ces constatations qu'au moment où l'animal succombe à l'urémie, le foie a généralement perdu tout son pouvoir antitoxique.
Cependant la disparition du glycogène n'est pas toujours absolument complète au moment de la mort de Panimal. Chez deux de nos lapins, le foie contenait encore une quantité appréciable de glycogène qui se trouvait amassé dans quelques cellules situées à la partie moyenne du lobule, entre la zone des cellules granuleuses et la zone des cellules comprimées par l'ectasie capillaire : là, quelques cellules se montrent même surchargées de glycogène et prennent de ce fait une apparence un peu spéciale ; elles sont volumineuses et ont un aspect clair ; leur protoplasma semble avoir
(1) JoMjEB, Contribution à l'étude du foie digestifs Thèse Paris.G.Steinheil, 1905.
disparu, mais, à un fort grossissement, on reconnaît qu'il ne s'agit que d'une raréfaction des granulations ; le réticulum cytoplasmique est resté intact et ses mailles sont gorgées de glycogène (V. Planche I).
Ces cellules, qui forment une couronne plus ou moins régulière autour de la zone centro-lobulaire profondément altérée, semblent constituer une zone de réaction, de défense, de suractivité fonctionnelle. Nous allons, dans les chapitres suivants, retrouver fréquemment cet aspect que nous étudierons plus en détail, ce qui nous permettra de justifier cette interprétation physiologique.
§ 9 . — Méphreetoinleii et ligatures d'uretères unilatérales .
Nous avons, d'autre part, étudié l'état du foie après la suppression fonctionnelle d'un seul rein ; dans ce but, nous avons pratiqué, chez des lapins et des cobayes, des néphrectomies et des ligatures d'uretères unilatérales.
Expérience 12. — Lapin. Poids 2.220 gr.
/ 7 novembre. — Néphrectomie gauche par voie lombaire. Sacrifié le 15 décembre, 28 jours après l'opération qui n'avait déterminé aucun trouble apparent. Poids 2.270 gr.
Autopsie, — Le foie est d'aspect normal, mais il est augmenté de volume ; il pèse 135 gr. c'est-à-dire 5.9 0/0 du poids du corps (Le rapport normal est 4 0/0).
Tous les autres viscères ont leur aspect macroscopique normal.
Examen histologique du rein droit. — Pas d'altérations.
Examen histologique du foie . — La presque totalité des celluleshépatiques présentent un aspect clair, dû à la raréfaction des granulations proloplasmiques qui se portent presque toutes soit à la péri
phérie des cellules, vers ses pôles biliaires, soit autour du noyau. Le réseau cytoplasmique mis ainsi en évidence est absolument intact. Le noyau est volumineux et de structure normale. Les cellules sont pour la plupart augmentées de volume. Elles contiennent toutes une quantité considérable de glycogène, beaucoup d'entre elles renferment aussi un peu de graisse, sous forme de fines granulations et de gouttelettes assez volumineuses, groupées surtout au voisinage des capillaires sanguins. On trouve aussi des gouttelettes de graisse en dehors des cellules hépatiques, contre le paroi des capillaires.
Le tissu conjonctif, les vaisseaux et les canaux biliaires sont normaux.
Expérience 13. — Cobaye mâle. Poids 370 gr.
9 novembre, — Néphrectomie gauche par voie lombaire Pas d'amaigrissement consécutif. Sacrifié le 19 décembre, 40 jours après l'opération. Poids 377 gr.
Autopsie. — Tous les viscères sont macroscopiquement normaux. Le foie pèse 15 gr.
Examen histologique du rein droit, — Pas de lésion appréciable.
Examen histologique du foie, — Un certain nombre de cellules hépatiques, surtout celles de la zone moyenne des lobules, présentent un degré marqué de clarification du protoplasma, par raréfaction des granulations. Le glycogène y est particulièrement abondant ; la graisse, au contraire, est en quantité minime. Le réseau cytoplasmique et le noyau sont normaux.
Les capillaires sanguins paraissent avoir des parois plus épaisses qu'à l'état normal et les noyaux de leur endothélium semblent un peu hypertrophiés. Mais les capillaires ne sont pas dilatés ; le foie n'est pas congestionné.
Expérience 14. — Cobaye mâle. Poids 453 gr.
i9 octobre, — Néphrectomie gauche par voie lombaire. L'animal a maigri pendant une vingtaine de jours; son poids a diminué de 70 gr. ; puis il a repris et a même dépassé son poids initial. Il est sacrifié le 19 décembre, 61 jours après l'opération. Poids 470 gr.
Autopsie, — Tous les vicères ont un aspect macroscopique normal. Le foie pèse 22 gr. 35.
Examen histologique du rein droit, — Pas de lésions.
Examen histologique du foie. — La plupart des cellules hépatiques présentent un certain degré de clarification ; les granulations protoplasmiques sont beaucoup moins nombreuses qu'à Tétat normal, et laissent apercevoir très nettement le réticulum cytoplasmique. Ces cellules sont légèrement augmentées de volume ; leur noyau est intact. Elles sont remplies de glycogène, mais ne contiennent que de rares et fines granulations graisseuses. Celles-ci sont plus abondantes en dehors des cellules hépatiques, dans les parois des capillaires.
Pas de congestion. Pas de sclérose. Les capillaires sont normaux.
Expérience 15. — Lapin. Poids 2.150 gr.
/7 novembre, — Section de l'uretère gauche entre deux ligatures pratiquée par voie lombaire.
L'animal est sacrifié le 15 décembre, 28 jours après l'opération qui n'avait déterminé aucun trouble apparent. Le poids à ce moment est de 2.190 grammes.
Autopsie, — Le foie est d'aspect normal, mais son volume est augmenté ; il pèse 135 grammes, c'est-à-dire 6 0/0 du poids du corps au lieu de 4 0/0.
Le rein gauche est très volumineux ; le bassinet est distendu par un liquide trouble ; la substance corticale est diminuée d'épaisseur, sa couleur est pâle.
Le rein droit, comme tous les autres viscères, ne présente aucune modification macroscopique.
Examen histologique du foie. — Les cellules hépatiques, sauf celles qui entourent les veines centro-lobulaires, présentent toutes l'aspect clair par raréfaction des granulations protoplasmiques ; souvent les granulations restantes sont groupées au voisinage des pôles biliaires de la cellule. Le réseau cytoplasmique est bien conservé ; le noyau est normal. Un grand nombre de ces cellules sont considérablement augmentées de volume. Elles- contiennent toutes une
grande quantité de glycogène, mais les granulations graisseuses y sont extrêmement rares.
Les veines sus-hépatiques sont pleines de sang, mais il n'y a pas de congestion des capillaires ; la paroi de ces derniers n'est point épaissie.
Examen histologique des reins, — Le rein gauche présente les lésions habituelles de Thydronéphrose.
Le rein droit est à peu près normal ; on ne remarque que Texistence d'espaces clairs autour du noyau de quelques cellules des tubuli.
Expérience 16. — Cobaye mâle. Poids 315 gr.
iô novembre. — Section de V uretère gauche entre deux ligatures, pas d'amaigrissement consécutif. L'animal est sacrifié le 19 décembre, 34 jours après l'opération . Il pèse alors 350 grammes.
Autopsie, — Le rein gauche est très volumineux, pâle, il porte de petits kystes sous la capsule. Le bassinet est très distendu.
Le rein droit, le foie et les autres viscères ne présentent aucune modification macroscopique. Le foie pèse 17 gr. 45.
Examen histologique des reins. — Le rein gauche est atteint des lésions habituelles de l'hydronéphrose.
Le rein droit est normal. Pas de plasmolyse.
Examen histologique du foie. — Un grand nombre de cellules hépatiques présentent l'état clair par raréfaction des granulations protoplasmiques, avec intégrité du réticulum cytoplasmique et du noyau. Elles sont remplies d'une grande quantité de glycogène, mais ne renferment que très peu de graisse. Toutefois il faut noter que la raréfaction des granulations protoplasmiques et la surcharge glycogénique sont poussées à un degré beaucoup moins intense ici que chez les autres animaux de la même série. De plus cette modification est limitée aux cellules centro-lobulaires, tandis que les cellules de la périphérie du lobule ont conservé leur aspect normal et ne contiennent qu'une quantité modérée de glycogène.
Il'faut noter, d'autre part, un léger épaississement de la paroi des
capillaires sanguins au pourtour des espaces portes. Il n'existe pas de congestion, ni d'hyperplasie conjonctive.
Expérience 17. — Cobaye femelle. Poids 530 gr.
il octobre. — Section de Vurelère gauche entra deux ligatures par voie lombaire. L'animal, sacrifié le 12 décembre, 56 jours après l'opération, ne pèse plus que 430 grammes.
Autopsie, — Le rein gauche est volumineux et parsemé de nombreux kystes.
Le foie normal, ainsi que le rein droit et les autres viscères, pèse 29 gr. 20. L'utérus contient deux fœtus d'environ 8 millimètres.
Examen histologique des reins. — Dans le rein gauche, nous trouvons les altérations habituelles de l'hydronéphrose.
Le rein droit présente des lésions parcellaires et très discrètes de plasmolyse périnucléaire. Un certain nombre de tubes ont leur lumière élargie et leur épithélium diminué de hauteur.
Examen histologique du foie, ■— Presque toutes les cellules hépatiques présentent l'état clair par raréfaction des granulations protoplasmiques, avec intégrité du réticulum cytoplasmique et du noyau.
Toutes ces cellules sont remplies d'une grande quantité de glycogène, et contiennent en même temps d'assez nombreuses granulations graisseuses.
Les parois des capillaires sanguins semblent légèrement épaissies au pourtour des espaces portes. Mais il n'y a ni hyperplasie conjonctive, ni congestion.
Chez les six animaux chez lesquels nous avons supprimé les fonctions d'un rein, soit par néphrectomie, soit par ligature uretérale et que nous avons sacrifiés du 28'' au 61® jour, nous voyons constamment apparaître, plus ou moins intense et plus ou moins généralisée, une modification toute spéciale des cellules hépatiques ; celle-ci se caractérise par
une augmentation de leur volume, un aspect clair de leur protoplasma et une surcharge de glycogène.
Ces cellules augmentent de volume^ quelquefois au point de doubler leurs dimensions normales ; leur forme polyédrique est conservée, ou parfois tend à devenir globuleuse, effaçant alors plus ou moins les capillaires sanguins.
Mais ce qui est particulièrement frappant, c'est uri aspect clair, très spécial, que prennent ces cellules. A un faible grossissement, elles paraissent presque complètement vidées de leur protoplasma, et ne laissent voir qu'une sorte de membrane d'enveloppe avec, au centre, un noyau. Mais, à un fort grossissement, on reconnaît tout de suite qu'il ne s'agit pas là d'un processus de destruction : en effet, d'une part, le noyau reste absolument intact, souvent même hypertrophié ou double, avec nucléole et réseau chromatinien des plus apparents, et, d'autre part, la cellule n'est pas vide : le réticulum cytoplasmique est parfaitement conservé et apparaît avec une netteté d'autant plus remarquable que les granulations protoplasmiques, qui le masquent habituellement, sont considérablement raréfiées. C'est précisément cette raréfaction des granulations qui donne à la cellule son aspect clair.
Le réseau cytoplasmique montre ses filaments d'une finesse et d'une délicatesse extrêmes, avec de légers renflements à leurs points d'entrecroisement; ces filaments limitent des mailles assez régulières. Quant aux granulations protoplasmiques, ainsi que nous l'avons déjà dit, elles sont plus ou moins raréfiées ; dans certaines cellules, on n'en aperçoit plus qu'une ou deux ; mais en général, il en reste un plus grand nombre qui sont tantôt éparses, accolées aux
filaments du réticulum, tantôt et plus souvent accumulées en certains points, soit autour du noyau, soit surtout au pôle biliaire de la cellule, de telle sorte que le canalicule biliaire, creusé entre deux cellules semblables, est complètement entouré d'un amas de grosses granulations, au milieu desquelles il n'est pas toujours possible de l'apercevoir.
Les mailles du réticulum, sur les préparations fixées par les réactifs ordinaires, paraissent complètement vides ; sur les préparations fixées à l'acide osmiqne, on reconnaît que la graisse y est très rare ou même complètement absente.
Mais les préparations fixées à Talcool et montées à la gomme iodée montrent avec évidence que les cellules « en état clair » sont remplies de glycogène qui distend les mailles du réticulum, et qui se précipite, soit en granulations très confluentes masquant le réticulum, et ne laissant plus apercevoir que le noyau, soit en masse homogène qui moule complètement la cellule.
Dans toutes nos préparations, état clair et surcharge glycogénique de la cellule vont toujours de pair.
Cet aspect se trouve parfois, à un degré moindre, dans des foies d'animaux sains ; ce n'est pas une lésion à proprement parler, mais seulement un état fonctionnel de suractivité glycogénique de la cellule. Et si l'on se rappelle le parallélisme qu'a établi M. Roger entre l'activité glycogénique et l'activité antitoxique du foie, on voit immédiatement ce que signifie la modification cellulaire que nous venons de décrire. D'ailleurs nous retrouverons maintes fois dans les expériences suivantes cette même modifica-
tion, ce qui ne pourra que confirmer Tinterprétation proposée.
Pour ce qui concerne le groupe d'expériences qui nous occupent en ce moment, dans lesquelles nous avons supprimé la fonction d'un rein, il est à noter que cet aspect clair avec surcharge glycogénique des cellules hépatiques s'est montré d'une façon constante chez nos six animaux, tant après la néphrectomie, qu'après la ligature uretérale. La surcharge glycogénique est tantôt extrêmement intense, et généralisée à toutes les cellules, tantôt moins massive et localisée à une région seulement du lobule, et, dans ce cas, on la rencontre soit dans la zone péri-sushépatique, soit dans la zone péri-portale, soit dans la zone intermédiaire. Il n'y a donc rien de fixe comme distribution topographique.
Quant à la graisse, nous l'avons toujours trouvée en plus ou moins faible quantité, sauf chez une cobaye femelle qui était au début d'une gestation.
Outre les modifications que nous venons de décrire dans l'aspect des cellules hépatiques, nous avons noté trois fois un certain degré d'épaississement des parois des capillaires.
§ 3. — Injeetton de paraffine dans le bansinet.
Dans une troisième série d'expériences, nous nous sommes proposé d'obtenir des scléroses rénales lentes ; nous avons eu recours à de multiples procédés : injection de paraffine dans le bassinet, cautérisation du rein, injection de substances caustiques dans le parenchyme rénal.
Le premier de ces procédés, l'injection de paraffine dans le bassinet, nous a donné les résultats suivants :
Expérience 18. — Lapine. Poids 2350 gr.
Le 18 août^ par voie lombaire, nous mettons à nu le rein gauche et injectons dans le bassinet 1/2 centimètre cube de paraffine fondue à 60° ; le bassinet se distend, le rein augmente un peu de volume et pâlit.
Le 25 août, même opération sur le rein droit.
Dès la première de ces opérations, le lapin s'amaigrit d'une façon rapide et continue, tout en conservant Tappétit. En un mois, il perd 950 grammes. Le 26 septembre, nous le sacrifions, 34 jours après la dernière opération ; il ne pèse plus que 1400 grammes.
Autopsie. — Le foie est de volume et de consistance normaux; sa teinte est un peu pâle ; il pèse 60 grammes, c'est-à-dire 4,2 0/0 du poids du corps.
Les deux reins sont d'une teinte jaune très pâle ; le droit, de volume normal, pèse 10 grammes ; le gauche, un peu plus volumineux pèse 13 grammes. A la coupe, la substance corticale est extrêmement pâle ; la substance médullaire a conservé sa coloration. Le bassinet est rempli de véritables calculs, très durs, jaune pâle, constitués par des dépôts d'urates autour de fragments de paraffine.
La vessie contient une urine très trouble et de petits calculs semblables à ceux du bassinet. L'urine est assez fortement albumineuse.
Examen histologique des reins, — Les deux reins présentent des lésions étendues et complexes:
Dans la zoûe médullaire, les tubes excréteurs sont les uns considérablement dilatés, tapissés par un épithélium cubique d'aspect normal, les autres aplatis, avec un épithélium profondément altéré. Entre ces tubes, on constate de la congestion et une infiltration leucocytaire .
Dans la zone corticale, la plupart des tubuli sont dilatés, d'autres sont comprimés ; quelques-uns, d'ailleurs rares, ont conservé leur épithélium à peu près intact ; d'autres, beaucoup plus nombreux, présentent des lésions de plasmolyse périnucléaire à tous ses stades ; un grand nombre enfin montrent un épithélium complètement détruit, réduit à une mince lamelle dans laquelle il est difficile de re- Laederich 4
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connaître des débris de cellules épithéliales. Ces tubes contiennent souvent des cylindres.
Les glomérules sont beaucoup moins altérés ; quelques-uns montrent une dilatation de la cavité péri-glomérulaire et un certain degré de prolifération cellulaire dans les pelotons vasculaires.
Entre les tubuli, le tissu conjonctif 'est en réaction intense : on assiste k tous les stades de la sclérose, embryonnaire en certains points, adulte dans d'autres ; mais cette sclérose, dont le maximum est sous la capsule, n'est point encore très considérable.
Examen histologique du foie. — Les cellules hépatiques présentent pour la plupart Taugmentation de volume, Taspect clair et la surcharge glycogénique que nous avons déjà longuement décrits dans le chapitre précédent. Seules, les cellules a voisinant Tespace porte ont conservé leur aspect normal et ne contiennent qu'une quantité modérée de glycogène. La graisse est modérément abondante ; presque toutes les cellules en contiennent quelques fines granulations.
Les vaisseaux et le tissu conjonctif sont normaux ; on ne constate ni congestiQn--ni,-selé«is^.
Ex^îence 19. — LapiyVoids 2420 gr.
Lelz oêffjAtx,'! B^ar|(lajvoieMOinbaire, nous mettons à nu le rein gaucBe^t injectons 1/2 centin|ètfre cube de paraffine fondue dans le bassinehs^ . 7^> . ^ '^x^
Le 12 octoUfè, inôinfe"'opération sur le rein droit. L'animal maigrit un peu les jours suivants, et nous constatons un léger œdème de la tète qui ne dure que quelques jours. Puis Tanimal paraît se remettre complètement ; il augmente de poids (2.600 gr.). Nous le sacrifions le 10 décembre, 60 jours après la seconde opération.
Autopsie. — Le foie présente un aspect sensiblement normal et une consistance ferme ; il pèse 90 gr .
Le rein gauche, qui pèse 13 gr. 3 est de volume normal ; le bassinet est un peu distendu et ses parois sont fortement épaissies ; il ne contient qu'un peu de liquide filant.
Le rein droit est beaucoup plus volumineux ; il pèse 26 gr. 2 ; le bassinet est distendu par de lurine et contient une masse de paraf-