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CHAPITRE Y

SUITES OPÉRATOIRES. — ACCIDENTS ET COMPLICATIONS DE LA LITHOTRITIE RAPIDE. — RÉSULTATS.

Les suites opératoires sont généralement des plus simples, à la condition de prendre toutes les précautions nécessaires pour mettre le malade à l’abri des accidents. Dès que la séance est terminée, il faut, par tous les moyens possibles, réchauffer l’opéré : boules d’eau chaude, enveloppement dans une couverture de laine, frictions excitantes sur les membres; tels sont les procédés à mettre en usage. Leur emploi est d’autant plus important que la séance a eu une durée plus longue.

Un peu plus tard, quand les vomissements chloroformiques ne sont plus à craindre, on peut joindre à ces moyens l’emploi des boissons chaudes, légèrement excitantes. Ici, comme dans toutes les opérations sur les voies urinaires, faire prendre au malade une grande quantité de liquide, est toujours une bonne précaution. On dilue ainsi les urines, et on atténue leurs propriétés nocives, si elles sont ammoniacales ou purulentes.

Le soir de l’opération, il y a généralement une élévation peu marquée de température, qui disparaît dès le lendemain. Un peu de douleur et de spasme pendant les mictions, qui sont quelquefois fréquentes pendant deux ou trois jours, nécessitent parfois l’emploi des calmants, de boissons délayantes, de fomentations chaudes à l’hypogastre. Quelquefois, le premier jour, les urines sont légèrement teintées par le sang. Tous ces petits incidents sont sans gravité, et, dès le second ou le troisième jour, le ma-

lade se trouve souvent assez bien pour demander à se lever. Il ne faut pas lui accorder trop tôt cette permission. Il est bon de lui faire conserver le repos au lit pendant cinq ou six jours et de ne le considérer comme définitivement guéri qu’après la séance de vérification montrant que la vessie est réellement libre de tout fragment.

Bien qu’une marche aussi heureuse soit, on peut le dire, la règle, nous n’en devons pas moins signaler les accidents et les complications qui peuvent venir entraver, ou même compromettre gravement la guérison.

Tous les fâcheux incidents qui peuvent se produire à la suite de la lithotritie rapide sont de deux ordres, suivant qu’ils se montrent au moment même de l’opération, ou bien après un temps plus ou moins éloigné. Les premiers méritent le nom d'accidents opératoires, tandis que les seconds sont mieux désignés sous le titre de complications ultérieures.

A. — Accidents opératoires. — La flexion, la rupture du lithotriteur sont des accidents qui n’appartiennent point spécialement à la nouvelle méthode. On comprend, cependant, qu’ils soient d’autant plus à craindre qu’on s’adresse à des calculs plus volumineux et plus durs, qu’on déploie une force plus considérable. C’est donc une raison de plus pour ne jamais employer la violence. On peut en dire autant du pincement et de la déchirure de la muqueuse vésicale. Ces accidents sont surtout à craindre dans les vessies larges, qui forment des plis venant se précipiter entre les mors de 1 instrument. D après Samuel Gross (1), on aurait même vu la perforation de la vessie. Quoique rare, dit-il, c est un accident qui est arrivé aux meilleurs opérateurs.

(1) Samuel Gross. Asystem of surgery, 6° édition, Philadelphia, 1882 t. II, p. 730 à 737.

— ss-

ii peut être causé, soit par l'instrument lui-même, soit par un fragment de calcul qui se trouve pressé contre la paroi, lorsqu’on retire le lithotriteur ; la perforation est rapidement suivie d’une infiltration d’urine mortelle.

Un accident beaucoup plus fréquent est l’hémorrhagie. Elle peut venir des lésions vésicales que nous venons d’indiquer ; mais elle se montre aussi en dehors de tout traumatisme infligé à la vessie. Elle tient, alors, soit à l’état antérieur du réservoir vésical, soit même à l’état général du sujet. Tous les temps de l’opération peuvent la produire; mais c’est surtout l’aspiration qui y prédispose. C’est une raison qui commande toujours une grande dou- -ceur dans les manœuvres de l’aspiration. En dépit des précautions prises, dès que l’hémorrhagie se manifeste, il faut cesser l’opération. Mieux vaut faire une opération incomplète que d’exposer le malade à un aussi grave accident.

Signalons aussi la possibilité des contusions et des lacérations de la prostate et de la portion profonde de l’urèthre. Ces lésions paraissent même avoir une gravité beaucoup plus grande que les lésions de la muqueuse vésicale.

Dans Tune des observations de M. Guyon que nous publions, nous trouvons relaté ce fait, que le tube évacuateur ayant été retiré sans son mandrin, les yeux de la sonde ont blessé la muqueuse de l’urèthre et provoqué une hémorrhagie assez forte par le canal, sans d’ailleurs que cet incident ait nui à la guérison. C'est un exemple propre à montrer que les plus petites précautions ne doivent pas être négligées.

B. — Complications ultérieures. — Elles sont certainement beaucoup plus fréquentes que les accidents opératoires. Ceux-ci, en effet, peuvent être évités par des manœuvres douces, par l’emploi d’instruments de calibre modéré. Us sont, en un mot, sous la dépendance de l’ope-

rateur. Il n’en est point de même des complications ultérieures, qui trouvent le plus souvent leur origine, soit dans l’état local des organes urinaires, soit dans l’état général même du malade, et qui, par là, échappent aux précautions les plus attentives de la part du chirurgien.

Ici, comme dans toutes les opérations sur les maladies des voies urinaires, nous devons mettre au premier rang des complications le frisson et la fièvre. C’est assez souvent pendant les premières heures qui suivent l’opération que ces complications se montrent. Dans bon nombre de cas, l’accès de fièvre est unique. Après avoir eu un frisson plus ou moins violent, le malade se rétablit, et la guérison n’est plus entravée ultérieurement. Sir Henry Thompson note qu’un des avantages de la lithotritie en une seule séance est de diminuer la fréquence de ces accès fébriles. M. Desnos, dans sa thèse, arrive au même résultat. Avec la lithotritie ancienne, il a relevé, parmi les observations de M. Guyon, 24 accès de fièvre sur 73 cas, soit 33 0/0; tandis qu’avec la lithotritie moderne, il ne compte plus que 22 cas de fièvre sur 226 opérations, soit 10 0/0. Dans les 70 cas nouveaux de M. Guyon que nous publions au— jourd hui, nous trouvons quatre fois notés des accès de fièvre, soit 5,7 0/0. Il est donc bien certain que la méthode nouvelle a beaucoup diminué la fréquence de cette complication.

Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. Il peut se faire que l’accès fébrile, au lieu d’être unique, se reproduise, que la température reste élevée ; dans ces cas, la situation prend toujours un caractère d’une haute gi avité. C est 1 état des reins qu’il faut incriminer en pareille circonstance. Déjà, à plusieurs reprises, le malade a eu des accidents fébriles, indiquant la participation des

reins à la maladie. Sous l’influence de l’opération, ia lésion rénale s’est réchauffée ; la néphrite est passée rapide- Kirmigson.

ment à la suppuration. Même dans ces cas, dit M. Desnos, la situation n’est pas désespérée. Mais, quand les accès de fièvre se multiplient, quand la quantité des urines diminue de plus en plus, le pronostic est fatal. Gross (1) note aussi l’irritation rénale suivie d’anurie comme complication mortelle. Dans ces cas, dit-il, le malade succombe généralement dans huit ou quinze jours.

Un autre mode de retentissement opératoire sur le rein, c’est le retour des accès de coliques néphrétiques. C’est là une complication fâcheuse, mais dont le pronostic est encore entièrement soumis à l’état antérieur des reins. Si ces organes ne sont pas altérés, la guérison survient; dans le cas contraire, la colique néphrétique est le prélude de complications rapidement mortelles.

Enfin M. Guyon a vu quelquefois des attaques de goutte survenir après la lithotritie. Dans ces cas, l’opération a fait éclore une manifestation de la diathèse arthritique. Cette complication est notée dans l’une de nos 70 observations.

Quelle part faut-il faire à la nouvelle méthode de lithotritie dans les accidents du côté du rein? C’est là une question importante à examiner, vu la gravité du pronostic que comportent ces accidents. Le premier fait à bien mettre en lumière, au commencement de cette discussion, c’est que la néphrite préexistait à l’opération. Celle-ci n’a fait que réveiller une lésion déjà existante ; elle ne l’a pas créée de toutes pièces. Elle n’a dune par là même qu’une responsabilité limitée. Souvent il s’agit de malades dont l’état de santé était si précaire que toute opération eût tait éclater les mêmes accidents. Ne peut-on cependant incriminer la longue durée des manœuvres intra-vésicales, et penser que la lithotritie ancienne, avec ses séances courtes

/l) Gross. Loc. cil.

et répétées, eût trouvé dans ce cas une utile application ? Tout d’abord il est à remarquer que la gravité de l’acte opératoire n’est point toujours en rapport exact avec sa durée; telles opérations qui se sont prolongées plusieurs heures ont eu un excellent résultat, tandis que d’autres, beaucoup plus courtes, beaucoup plus simples en apparence, mais faites sur des malades atteints de néphrite antérieure, ont eu un résultat fatal. La moindre intervention chirurgicale., un simple cathétérisme , une seule exploration vésicale peut venir rompre l’équilibre instable de la santé chez ces malades. La répétition des séances dans l’ancienne méthode de lithotritie exposait donc sans cesse à de nouveaux accidents, et ce n’était pas là l’un des moindres reproches qu’on pût faire à la lithotritie. Souvent l’état des reins conduisait le chirurgien à préférer, en pareil cas, la taille. De sorte qu’au point de vue des lésions rénales, la lithotritie rapide conserve encore l’avantage sur l’ancien procédé.

M. Desnos se demande si l’évacuation incomplète des fragments ne pourrait pas être accusée, dans certains des cas dont nous parlons ici, d’avoir amené la terminaison fatale. Il conclut négativement, car, dans quatre cas de mort par lésions rénales relevés par lui dans la statistique de M. Gujon, la vessie était complètement débarrassée de tout fragment. Cela prouve tout au moins que l’évacuation complète des fragments ne domine pas d’une façon absolue le pronostic opératoire ; il n’en est pas moins vrai que c’est toujours un résultat désirable. La seule chose qui enlève à cette remarque une grande partie de son intérêt, c’est que, bien souvent, ces cas compliqués au point de vue des lésions rénales, sont rendus également difficiles au point de vue opératoire, par l’état delà prostate ou de l’urèthre.

Nous devions nous arrêter sur les complications rénales, à cause de leur haute gravité. M. Desnos mentionne, dans

sa thèse, un cas de phlegmon périnéphrétique survenu huit jours après la 1 ithotritie. Il nous suffit de le signaler.

Parmi les autres complications consécutives à l’opération, la cystite est celle que nous devons étudier avec le plus de soin. Dans l’immense majorité des cas, la cystite, bien loin d’être causée par la lithotritie,lui préexiste et est favorablement modifiée par l’ablation de la pierre.

Mais, dans quelques cas, la cystite continue son évolution. M. Desnos cite, dans sa thèse, un fait où la cystite revêtit la forme pseudo-membraneuse. Les fausses membranes se généralisèrent à toute l’étendue de l’appareil urinaire, et la terminaison fut fatale. On ne saurait mettre de pareils accidents sur le compte de l’acte opératoire. Tout ce que l’on peut dire, c’est que, dans ces cas, l’opération a été impuissante à arrêter la marche de la maladie. Et cependant, en débarrassant la vessie de tout corps étranger, la lithotritie rapide a encore ici l’avantage sur l’ancienne méthode.

Mais, à côté de ces cystites graves préexistant à l’opéraration, nous devons mentionner certaines inflammations vésicales beaucoup plus légères, qui surviennent plusieurs jours après la lithotritie. Thompson leur consacre une mention spéciale. D’après lui, elles surviennent trois, quatre, ou cinq jours après l’opération ; elles sont habituellement légères et guérissent par le repos. Il les attribue, ion à l’acte opératoire lui-même, mais à la contagion par es instruments qui portent dans la vessie des germes nuisibles. C’est là, on le voit, une application de la théorie de Pasteur. Le temps écoulé entre l’opération et le début des accidents n’est pas, pour Thompson, une objection à cette explication; bien au contraire, il admet que quatie à cinq jours d’incubation sont nécessaires pour que le poison fasse sentir ses effets.

Nous trouvons cette question brièvement discutée dans

un travail fort intéressant d’un élève de M. Guyon, le l)r Guiard (1), sur la transformation ammoniacale des urines ou ammoniurie. L’auteur y fait remarquer que la lithotritie rapide avec ses séances prolongées, l’introduction successive de plusieurs instruments, semble bien faite pour amener dans la vessie ces germes incriminés par M. Pasteur dans la transformation ammoniacale des urines. « Cependant, dit-il, nous n’avons presque jamais vu les urines devenir ammoniacales après l’opération lorsqu’elles étaient acides auparavant. »

Bien plus, le même auteur rapporte des faits intéressants dans lesquels tous les traitements précédemment employés contre l’état ammoniacal des urines avaient échoué, tandis que la lithotritie, à elle seule, suffisait pour ramener les urines à l’acidité. En présence de pareils faits, il est bien difficile d’admettre la théorie parasitaire de la cystite ; et, pour notre part, nous aimons mieux l’expliquer, soit par les manœuvres opératoires elles— mêmes, soit par quelque imprudence de la part du malade, quand elle survient un certain temps après l’opération.

Il ne faudrait pas croire, d ailleurs, que la cvstite postopératoire constitue une complication fréquente. Nous ne la trou y on s signalée que huit foisdans les 226 observations de M. Desnos. Sur les /O cas de M. Guyon que nous avons examinés, la cystite consécutive à l’opération n’est notée

que trois fois. C est donc, en réalité, un accident rare et sans gravité.

Signalons encore, parmi les complications de la lithotritie rapide, la rétention d’urine, qui s’observe surtout dans les cas d’hypertrophie prostatique et d’atonie vésicale chez les vieillards. Elle est notée 10 fois dans les 226 observait) Guiard. Etude clinique et expérimentale sur la transformation ammoniacale des urines (ammoniurie). Doct. 1883, Paris.

tions de M. Desnos; nous la rencontrons 3 fois dans les 70 cas que nous avons analysés. Quand le cathétérisme devient nécessaire, Thompson préfère, dans des cas semblables, la sonde à demeure. M. Guyon l’emploie également, à moins que le malade n’ait près de lui une personne que l’on puisse, en toute confiance, charger du cathétérisme.

Tous les auteurs mentionnent, comme complication possible, l’orchite. M. Desnos signale 8 cas d’épididymite dans ses 226 observations; nous ne trouvons qu’une orchite dans nos 70 faits.

La prostatite est encore un accident à mentionner. Dans les deux cas qu’en cite M. Desnos, elle a été une fois suppurative, une autre fois non suppurée. Dans l’observation de M. Le Fort, publiée par M. Carafi. (4), nous trouvons signalée la production d’un abcès prostatique, qui s’est terminé par la guérison.

Gross (2) signale la possibilité de la péritonite et de l’infection purulente; mais ce sont là, le plus souvent, des complications consécutives à ces accidents opératoires du côté de la vessie et de l’urèthre, que nous avons mentionnés plus haut.

Il nous reste, en terminant, à dire un mot de l'engagement possible des fragments dans l’urèthre. Théoriquement, c’est là une complication qui ne devrait jamais se rencontrer à la suite de la lithotritie en une seule séance. Mais, dans la pratique, nous avons mentionné ces cas dans lesquels l’évacuation de la vessie reste incomplète, soit qu’il y ait eu des complications opératoires, soit qu’un fragment ait échappé à l’investigation la plus minutieuse. On trouve donc encore de temps en temps signalé rengagement des fragments à la suite de la lithotritie moderne;

(1) Voyez France médicale, 9 février 1882.

(2) Gross. Loc. cit.

mais cet accident est devenu infiniment plus rare qu’autrefois; il le sera surtout entre les mains des chirurgiens qui, avec MM. Gujon, Thompson, Harrisson, poussent le broiement à ses dernières limites.

Voici, à cet égard, les renseignements que nous trouvons dans la thèse de M. Desnos, renseignements tirés de la pratique de M. Guyon : 8 fois des fragments ont déterminé une vive douleur pendant leur expulsion spontanée. Sur ces 8 faits, 3 fois seulement il v a eu de la fièvre; et deux fois, le corps étranger s’est arrêté dans l’urèthre et a nécessité des manœuvres faciles de refoulement. Parmi les nouvelles observations du même chirurgien, que nous publions aujourd’hui, nous ne trouvons mentionné qu’une seule fois l’engagement de fragments, ayant donné lieu à une poussée de néphrite terminée par la guérison, avec issue spontanée du fragment. Dans les cas où l’opération a été laissée incomplète, M. Guyon conseille de se prémunir par l’emploi de la sonde à demeure contre l’engagement des fragments.

C. — Résultats définitifs. — Après avoir étudié les accidents opératoires et les complications ultérieures possibles, il nous reste à nous demander quels sont, en définitive, les résultats fournis parla nouvelle méthode de lithotritie.

Consultons, à cet égard, les statistiques qui sont entre nos mains :

Gioss (1), sur 312 cas de lithotri tie rapide personnels, a, nous dit-il, 17 morts, soit 5,45 0/0; il ajoute que cette proportion est moindre encore entre les mains de chirurgiens expérimentés, tels que Thompson, Bigelow, Van Buren, etc., qui n ont que 5 à 3,33 0/0 de mortalité.

(l) Gross. Loc. cit.

« Sur 1,470 lithotrities pratiquées avec les méthodes anciennes, nous dit-il, et réunies en tableau dans mon Traité des maladies des voies urinaires, la mortalité était de 159, soit 10,81 0/0. »

A insi donc, d après cet auteur, il n’y a aucun doute sur 1 appréciation à porter au sujet de la lithotrilie moderne ; une opération qui fait tomber la mortalité de 10 0/0 à 5 et même à 3 0/0, constitue un immense progrès.

Les chiffres qui nous sont fournis par Thompson (1) ne sont pas moins significatifs. « Depuis trois ans et demi, nous dit-il, j’emploie cette méthode à peu près exclusivement ; depuis deux ans, dans tous les cas. Durant ce temps, j’ai opéré 112 individus, aucun d’eux n’ayant eu à demander une seconde intervention. 89 de ces cas ont été rapportés en détail au Congrès international de Londres, du mois d’août 1881. L’âge moyen de ces 112 individus est de 62 ans 1/2. Le nombre des calculs uratiques est de 64; celui des calculs oxaliques est de 4; il y a 30 calculs phosphatiques, et 14 mixtes. Le nombre des morts n’est que de 3. C’est le meilleur résultat que j’aie obtenu. J’ai opéré une fois une semblable série de cas par l’ancienne méthode avec 6morts seulement ; mais la moyenne des 400 cas rapportés à la Royal med. and chirurg. Society donnait une mortalité de 7 1/2 0/0. »

Ainsi donc, pour Thompson, comme pour Gross, il n y a aucun doute. Une opération, qui fait tomber la mortalité de 6 et même 7 0/0, au-dessous de 3 0/0, constitue un immense bienfait.

L’examen de la statistique de M. Guyon fournit des résultats qui concordent parfaitement avec les précédents. Sur ses 226 observations, M. Desnos compte 12 morts, ce

(1) Sir Henry Thompson, Clinical lectures on diseases of the urinary organs, 7e édition, 1883.

qui donne une mortalité de 5,31 0/0, résultat tout à fait analogue à celui qu’a obtenu Gross, dont la mortalité, nous l’avons vu, est de 5,45 0/0. Mais, à propos de cette statistique, il importe de ne pas oublier la remarque que place M. Desnos entête de ses observations ; savoir que toutes ne s’appliquent pas à la lithotritie moderne proprement dite. Avant d’abandonner la méthode ancienne, M. Guy on a passé par une période de transition. «Les observations de 1878 et quelques-unes de 1879, dit M. Desnos, montrent qu’alors M. Guyon abandonnait le broiement avant qu’il ne fût complet, quand le temps écoulé était relativement considérable; mais bientôt il reconnut que la prolongation des séances était inoffensive, et, à partir de 1880, quand l’opération n’a pas été achevée en une fois, c’est qu’il s’est heurté à une des impossibilités dont nous avons parlé plus haut. »

Ainsi donc, il ne serait pas juste, bien que cette statistique soit déjà très favorable, de mettre la mortalité tout entière sur le compte de la nouvelle méthode.

Les résultats fournis par les 70 nouvelles observations que nous publions aujourd’hui sont beaucoup plus favorables. En effet, il n’y a, parmi elles, que deux morts. Encore, de ces ceux terminaisons funestes, il en est une que 1 on ne saurait vraiment mettre sur le compte de la lithotritie rapide. Il s’agit d’un malade atteint de mal de Bright dont l’état général était des plus mauvais. Après avoir vainement tenté de l’améliorer pendant plusieurs semaines, M. Guyon a fini par céder aux sollicitations pressantes du malade et de sa famille, tout en ne se dissimulant pas le peu de chance d une intervention chirurgicale quelconque, dans cette situation désespérée.

Le second cas de mort est celui d’un homme de 59 ans (obs. 14) qui, déjà, à trois reprises différentes, avait été litliotritié, dans le cours de l’année 1881. Les urines étaient

troubles et ammoniacales ; néanmoins, son état général était satisfaisant et les reins semblaient à peu près intacts. Il fut lithotritié le 6 décembre 1882. L’opération ne présenta aucun incident digne d’être noté; sa durée totale ne dépassa pas une demi-heure. Néanmoins, cinq jours après, le malade fut pris d’une fièvre violente ; les urines devinrent purulentes, des symptômes de péritonite se manifestèrent, et la mort survint le 14 septembre. L’autopsie nt constater une péritonite généralisée, dont la cause était dans une perforation de la vessie siégeant au fond d’une loge vésicale, développée derrière une hypertrophie prostatique.

Je ne chercherai pas à diminuer en quoi que ce soit la part de responsabilité qui incombe ici à l’acte opératoire; mais il me semble juste de dire que rien, dans les manœuvres qui caractérisent la méthode nouvelle, ne peut être plus spécialement incriminé. Il est probable que la lithotritie ancienne eût déterminé chez ce malade, dont la vessie était depuis longtemps altérée, les mêmes accidents. (Nous apprenons, au dernier moment, que le malade de l’observation 25, qui était en cours de traitement, vient de succomber. Ce fait porte la mortalité à 3 cas sur 70.)

En résumé, l’examen des statistiques fournies par les chirurgiens les plus autorisés nous montre que les résultats de la lithotritié nouvelle sont excellents; puisque la mortalité, en adoptant les chiffres les moins favorables, ne s’élève pas au-dessus de 5 0/0. Dans les relevés les plus récents de MM. Thompson et Guyon, elle s’abaisse même au-dessous de 3 0/0. Certes, nous citons ici des opérateurs à qui leur immense pratique donne un avantage tout particulier. Cependant, même entre les mains des chirurgiens moins familiarisés avec la lithotritié, la méthode de Bige low donne de bons résultats. Cette remarque est importante à faire ; aussi avons-nous tenu à rapporter dans notre

thèse les observations de lithotritie rapide, qui nous ont été fournies par différents chirurgiens. Certes, nous ne prétendons pas opposer ces quelques faits aux immenses statistiques dont nous venons de parler. Mais il est utile de noter que tout chirurgien suffisamment exercé aux manœuvres de la lithotritie, peut employer la méthode nouvelle et en obtenir d’excellents résultats. Cela revient à dire qu’il faudra toujours commencer par apprendre avec le plus grand soin le manuel opératoire de la lithotritie ancienne, et c’est seulement quand on sera rompu à sa pratique qu’on pourra aborder les longues séances avec le chloroforme et l’aspiration.

Nous venons d’examiner la lithotritie moderne au point de vue de la mortalité qu’elle donne; mais cela ne suffit pas. Il nous faut encore nous demander ce que deviennent ultérieurement les malades, quand ils ont échappé à tous les accidents, quand ils sont, en un mot, guéris de l’opération. La question qui doit nous occuper surtout ici, c'est celle de la récidive possible. Que la guérison soit survenue sans entrave, ou après l’une des complications que nous avons mentionnées, nous devons nous demander quelles garanties la lithotritie rapide offre au malade au point de vue des chances possibles d’une récidive. Ici encore, il semble à priori que la récidive ne doive pas se montrer avec la nouvelle méthode qui débarrasse complètement la vessie d un seul coup. Mais il peut se faire qu’un fragment échappe aux recherches les plus minutieuses. De plus, la cause qui a produit le premier calcul peut agir encore pour en former un second. De nouveaux accès de colique néphrétique peuvent amener la formation, dans la vessie, d’un nouveau calcul d’acide urique. Quant aux concrétions phosphatiques, elles se produisent avec une grande facilité chez les malades dont la vessie ne se vide qu’incomplètement. A tel point même que Thompson ne fait pas entrer ces concré-

tions phosphatiques en ligne de compte dans ses statistiques de lithotritie. Avec des soins convenables, des lavages de la vessie soigneusement faits, les malades peuvent éviter la formation de ces dépôts phosphatiques. S’il s’eu produit, le chirurgien est obligé d’en faire de temps en temps le broiement. La lithotritie n’est plus alors une opération curative, mais simplement palliative. A cet égard, l’opération nouvelle a encore l’avantage sur l’ancienne, dans laquelle les fragments restant dans la vessie dans l’intervalle des séances servaient constamment de noyau à ces concrétions phosphatiques dont nous parlons ici.

Ces cas particuliers mis de côté, on peut dire que les récidives sont rares. M. Desnos n’en note que 7 sur ses 226 observations ; nous n’en trouvons que 2 sur les 70 cas nouveaux que nous publions. La guérison est donc le plus souvent durable; et, à part ces cas de cystites phosphatiques qui amènent sans cesse des récidives, l’on peut dire que l’un des premiers bienfaits de l’opération, l’un des plus marqués, c’est la guérison de la cystite calculeuse, qui causait par fois au malade de cruelles souffrances.

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