CHAPITRE l
DE U VÊWÈTIE AVANT U CÛSQUÈTE ROMADE.
On sait quo la république des Vénijles élait composée d'un certain nombre de peuplades, unies entre elles par un lien Cédéraiif, mais séparées géograpbiquement les unes des autres, par des cours d'eau, des bras de mer, ou dévastes forêts; el les arcbéologues s'accordent généralemem à parla}{er les Celles de la Vénélie en peuples de la roer TndarVur, el peuples des forêts Tud ar Gou'èt.
Sans doute, cette division eiit vraie , et de nos jours où les forêts out disparu, nous disons encore les Hommes de la Côte el les Hommes de l'Intérieur; mais ces données sont bien vagues, el noua pouvons en interrogeant nos vieux raoniimeiils druidiquKs, acquérir des □olions bien plus étendues el bien plus enacles sur le nombre, l'importance el la situation des populations celtiques dans te Morbiban.
Ainsi, en teintant d'une couleur uniforint! les communes ou portions de communes où l'on trouve encore de nos jours des ntonu- EDentâ celtiques intacts ou ruinés, nou^ pouvons ri connaître ^u.'a*\
moins cinq grandes peuplades ont occupé notre territoire, sans compter celle des îles, et une très-petite population, perdue , comme une oasis, dans un vaste désert, et qui devait occuper une certaine étendue de territoire dans la commune actuelle de Noyal- Muzillac où Ton trouve un dolmen et une pierre à bassins dont Cayot Délandre n*a pas parlé.
La première des peuplades révélées à nos yeux par mes teintes géographico-archéologiques, occupait tout le littoral morbihannais, depuis Tembouchure de TEllé au Pouldu, jusqu'à Tembouchure de la Vilaine. Je la désigne pour simplifier mon œuvre, sous le nom de peuplade de la mer, Poplad ar Mot.
La seconde occupait une zone transversale et centrale qui s'étendait de rOust au Blavet, et formait une véritable Mésopotamie morbihannaise. Je la nomme peuplade des rivières , Poplad ar Stœrieu.
La troisième au N. E. de notre département, ayant à son centre la forêt de Paimpont, si célèbre autrefois sous le nom de Brocéliande, s'étendait évidemment dans les deux déparlements d'Illeet- Vilaine et des Côles-du-Nord. Elle sera désignée ici sous le titre de peuplade des forêts , Poblad ar Guibledeu,
La quatrième située droit au nord, entre le Blavet et la voie romaine de Carhaix, et ayant à son centre la forêt de Quénécan, s'étendait dans le département des Côtes-du-Nord. Je donne à celle-là le nom de peuplade des montagnes , Poblad ar Mannéyeu,
La cinquième au milieu de laquelle se trouvait la forêt' de Conveau, et qui s'étendait évidemment dans le département du Finistère et dans celui des Côies-du Nord, prendra dans ce mémoire archéologique le nom de peuplade des sources, Poblad ar Mamienncu,
La sixième, enfin, est la peuplade des îles, Poblad ar Inixi» Après avoir indiqué les positions des diverses peuplades gau- JûJBes dans le Morbihan » comme uous les révèle la distribution de
nos vieux monuments , je dois m'occuper de ces monuments euxmêmes, si nombreux et si variés dans chaque peuplade , et dire, après bien d'autres, mais aussi autrement que bien d'autres, ce que j'en pense.
POBLAD àr mor.
Si l'on tire une ligue de Guidel à Hennebont, d'Hennebont à Vannes et de Vannes à Billiers , on enferme , entre cette ligne brisée et la côte, tous les monuments de cette peuplade vénète.
C'est dans cet espace que l'on observe les monuments les plus imposants ; car nulle part ailleurs, on ne trouve des menhirs comme celui de Locmariaquer, des tumulus comme celui de Tumiac, des alignements comme ceux de Carnac , des grottes aux fées comme celle de Gavr'innis , et ces monuments, d'accord avec l'histoire et les traditions, disent comme elles, et avec César, que ce peuple était de tous ceux de ces contrées celui qui possédait incontestablement la plus grande puissance.
Quoique très- variés dans leurs formes, ces monuments le sont cependant bien moins qu'on ne l'a prétendu ; car je n'admets pas^ et je crois qu'on ne doit pas admettre, avec quelques antiquaires, les témènes, les barows, les galgals et les lichavens.
L'enceinte sacrée, le Lieu Tabou, comme disent les sauvages de l'Océanie, n'est pas un monument ; le Témène n'est donc pas un monument. C'est à la fichade circulaire qui l'enceint, au Cromlech seul, qu'on peut donner ce titre.
Le Tumulus, le Barrow, le Galgal, le Montissel et la Tombelle ne sont exactement qu'une seule et môme chose, c'est-à-dire une butte plus ou moins élevée, formée de mains d'hommes, et dressée dans un but unique que nous aurons à étudier. Une butte factice est quelquefois formée de terre, et quelquefois de pierres sèches leuUmeoi. Ou en connaît» et la butte de Tumiac est de ce nombee^
dans la cumposilion d(!>t|Ufl!es enlreiil, eu proportions diverses, la rase, la pierre eL lu liirrti, mais jumaîs la cendre comme on l'a préieiiilu.
Le Lickai:en, le Demi Dolmen, le Dolmen, le Coffre de piètres, la Grolle aux fées et l'AUée couverte ne soni aussi (ju'une seule e[ même cijose n'ayant qu'une seule et miate deslinalion.
Les Peidmns ou Pierrei levées, les Menhirs ou Pierres longues, el les Pifrrrs fiches, qu'ils soienl isolés ou agglomérés , semés irrégulièremcDl ou régulière munt alignés; qu'iU soienl placés sur des buttes ou dressés dans des plaines; qu'ils soient enGn gros ou minces, élevés ou courts, ne formenl aussi qu'un monument du môme ordre, n'ayant à remplir qu'une seule deslinalion.
Sauf les Pierres sonnantes el les Pierres branl-antes dont nu«s ignorons l'usage, presque tous les tDonumenls de la Pobladar Mor sont des monuments funéraires. A cet égard, mon opinion est irrévocablement fixée, et je vais, Messieurs, vous résumer rapidement tes motifs qui me l'ont fait adopter.
La TombtUn cl le Tumulus, qui sont les deux extrêmes limiles d'élévation de la butte celtique, sont, on en conviendra, des tomber, comme leurs noms l'indiquent. La première éiail légère à la poussière du pauvre, el le second était la dernière et orgueilleuse demeure du ricbe.
Si les lombelles, communes dans les autres peuplades, sont rares dans celle-ci, tandis qu'on y admire de superbes lumulus, c'est que les Vénkes de la région maritime étaient plus puissants et plus riches que les Vénétes de l'iniérieur.
Par cela même que la grotte éiait enfouie sous un lumulus qui n'est qu'un monument funéraire , on eût dû penser naiurellemcnl qu'elle ne pouvait être qu'un sépulcro; mais celle idée est trof> simple pour les savanis qui aiment à faire parade d'une vaste érti" diiion, en créant et soutenant des sjsièiîies hasardés. Placez dsiif l'admirable grotte de Gavr'innis cinq ou six de cet'
savants dont je parle , et vous allez entendre ces Messieurs vous exposer immédiatement cin^jf ou six opinions différentes, toutes bien développées et bien appuyées de preuves historiques. L*un vous dira que celte grotte était un temple, et citera Homère; un autre soutiendra qu'elle servait aux initiations druidiques ^ et s'appuiera sur un vers de Virgile; un autre encore prétendra que le druide lançait de là ses oracles, comme la sybile de Tantre de eûmes, et invoquera Tautoriié d*Hérychius; un quatrième vous* prouvera, Ossian à la main, que là on égorgeait des victimes humaines; un cinquième supposera que des mariages y étaient célébrés avec mystère, et trouvera dans Ovide quelque chose qui a l'air de vouloir dire cela; un dernier enfin, plus ingénieux qud les autres, affirmera gravement que la grotte de Gavr'innis était une oubliette druidique. Tous appelleront en témoignage la pierre de la chambre, creusée d'une gorge au-devant de laq jelle on a ménagé deux bandes, anneaux ou anses usés par le frottement. Là, dira Tun, était placé l'initié; là, prétendra l'autre, était enchaîné le condamné; là, soutiendra le troisième, était recueilli le sang de la victime; derrière ces anneaux, affirmera le quatrième, les conjoints unissaient leurs mains; enfin, tous ces savants parleront si bien que l'homme qui les écoute, ne saura plus que penser de la grotte de Gavr'innis après les avoir entendus.
Mais, pourrait dire l'homme simple aux savants qui discutent, quand vous, me prouveriez qu'on a sacrifié en ce lieu, ne pourraisje pas vous répondre qu'on a bien pu y sacrifier aux mânes?.... Que prouvent, d'ailleurs, sur la destination de la grotte, la gorge creusée et ses anses u>ées? Ne ptiis-je, en opposant à vos systèmes sans fondement une supposition gratuite, vous dire que cette gorge pouvait bien contenir de l'eau lustrale, être le bénitier du tombeau? Ne puis-je admeure qu'à ses anneaux de pierre, on suspendait des lampes sépulerdies?... Tous vos systèmes ne me satisfont pas, toutes vos ciiatiuni ne peuvent me convaincre, eX \^ reà\^\)i\^w^^t-
suadë que les grotles sont des sépulcres, puisque, chaque fois qu'on en découvre qui n*ont pas élé violées, on y rencontre des cendres ou des ossements.
Pour moi, le lichaven et le demi- dolmen ne sont que des dolmens boulversés, et le dolmen n*est qu'une grotte sépulcrale ruinée. Découvrez la grotte de Gavr'innis, dégagez-la de son galgal, et vous aurez un dolmen comme celui de César à Locmariaquer , seule ment plus complet et plus orné ; mais^ dans quelques siècles, les injures du temps, les outrages des hommes en feront sûrement un simple dolmen, un autel druidique pour nos arrière-neveux.'
C'est , sans doute , parce que quelques dolmens mutilés offrent aux yeux l'apparence d'autels , que beaucoup d'archéologues ont, à cet égard, partagé l'erreur vulgaire ; mais combiea de dolmens y ressemblent peu ! La différence entre les dolmens, les allées couvertes et les coffres de pierres, ne tient qu'au degré de destrucûon aue ces monuments ont subie ; et si vous voulez que le dolmen de Kerluduy enBelz; que la Table-des-MarchandSt en Locmariaquer; que le dolmen d'Erdeven , dans lequel on trouve une chambre el quatre cabinets, soient des autels, veuillez donc aussi » pour élm conséquents , que les Pierres plates de Locmariaquer , que l'allié couverte de Parc-er-Roc'h, en Crac'h ; que toutes les grones aoK fées, enfin, soient des autels !
Voyez, à ce sujet, l'embarras de l'abbé Mahé, qui dit : « Le M Morbihan possède aussi des roches aux fées, et eonume elles *» diffèrent si peu des dolmens que quelquefois en leor en donne M le nom, je pense qu'elles sont aussi des autels druidiques. Ll M est Trai que, dans un de ces monuments, et à cinq pieds sons 9 terre, on a trouvé deux squelettes ; mais , outie qn^en d*nnti«-= » qni ont été fouillés , on n'a rencontré ni cendres, ni • j'ai déjà observé qu'on a aussi trouvé des cendres sons nn 9 quoique les dolmens soient des autels. »
roolez-fons savoir maimcuant, Messieurs, ponrqnoi 1»
étaient des autels pour Tabbé Mahé , en voici la raison qu*il donne lui-même.
« Parmi nous , se sont conserves des monuments celtiques de » toutes espèces, des barrows, des galgals, des menhirs, des » cromlec*hs , etc., les autels seraient-ils les seuls qui auraient tow talement disparu? et si quelques-uns ont échappé aux ravages » du temps, où peut-on mieux les trouver que dans nos dolmens » si semblables à des autels? »
Ainsi , Messieurs, c'est parce qu'il fallait des autels à Tabbé Mahé, que les dolmens sont d'anciens autels ! Mais si le docte abbé <)ui a peu vu de monuments par lui-même, n'a pas trouvé d'autels, il eût dû réfléchir que ces autels avaient pu subir d'autres ravages que ceux du temps. Pour moi , qui en connais beaucoup, je n'en ai pas vu un seul intact. Du reste, Messieurs, je puis vous en indiquer quelques-uns, égarés sur nos immenses landes, cachés dans les profondeurs de nos bois, et je désire vous en montrer quatre, à Vannes môme, si vous le voulez bien ; mais je ne vous en parlerai qu'en vous transportant au milieu des autres peuplades que j'ai signalées.
Tout le monde sait que dans des grottes souterraines, que dans des roches aux fées, comme aussi sous des dolmens , on a trouvé souvent , avant et depuis l'époque où écrivait l'abbé Mahé , des Urnes remplies de cendres; des ossements calcinés ou non; des Poteries gauloises; des colliers de jaspe et jusqu'à des ornements on or; je dis que tous ces monuments ne sont que des tombeaux , ©l que si on ne trouve pas toujours des débris et des restes funéï'aîres dans ces lieux, c'est que de tout temps on a violé les sépultures, et que nous les violons nous-mêmes, pour nous éclairer sur les usages anciens.
Mais, dira-t-on peut-être, les dolmens ont pu servir à un double ^sage, et rien ne s'oppose à ce que ces monuments sous lesquels On trouve des cendres et des ossements, aient été à la fois autels et
tombeauxf Ne sait-on pas que les premiers chrétiens ont souvent placé sous lejs autels les corps des martyrs, et n'a-t-on pas vu, dans les siècles suivants, inhumer des cadavres dans les églises?
Cette objection me touche peu , car je ne vois en elle qu*une supposition dénuée de preuves, et une conclusion de nos usages aux usages celtiques qui en différaient essentiellement, b'ailleurs, les autels des druides n'étaient que des rochers naturels, bruts, adhérents au sol, sous lesquels, j*en conviens, on aurait pu creuser des caveaux sépulcraux, mais sous lesquels aussi, on doit en con» venir, on n'a jamais trouvé de ces sortes de grottes, tandis que les dolmens ressemblent exactement aux allées couvertes de nos tumulus.
Les Dolmens sont des tombeaux, et la tradition elle-même le prouve; car c'est une tradition que cette terreur superstitieuse qu'inspirent à nos paysans les dolmens et les grottes qu'ils peuplent de revenants et de méchants esprits...
Les dolmens ne sont pas des autels, et le raisonnement le prouve; car l'usage de l'autel a toujours été extérieur et celui du Dolmen devait être intérieur. C'est toujours a l'extérieur que l'autel présente ses ornements , tandis que c'est toujours à Tintérieur que le Dolmen cache les siens , quand il en présente , et que les pierres qui en forment les parois et la toiture offrent leur côté lisse et uni.
Passons maintenant à une autre question Le Dolmen
était-il enfoui comme la grotte sous un tumulus, sous un galgal?
Un jeune archéologue de Vannes, M. Louis Galles, a soutenu celle opinion avec talent, dans VAnniuiire du Morbihan pour \ 853, et je la partage, mais pas sans réserve ; car je ne puis croire que des mausolées comme ceux de Kerbistoret, en Plœmeur, de Runédaol, en Belle-Ile, et du milieu des alignements d'Erdeven , qui sont placés sur des tumulus, fussent eux-mêmes surmontés de tumulus. D'ailleurs, on trouve, dans les territoires des autres peuplades , des grottes sur lesquelles et autour desquelles on ne
trouve pas trace d'un amoncellement de terres ou de pierres.
Je dis plus; c'est que plusiéi]urs dolmens qui autrefois s'élevaient bien dégagés au-dessus du sol, se trouvent mainteRant en partie enfouis par l'exhaussement du terrain circonvoisin, et par Tamoncellement des détritus de toutes sortes. Dans nos champs , les laboureurs accumulent autour d'eux et jusque dans leur intérieur les pierres et les mauvaises herbes qu'ils retirent de leurs cultures; dans les bois ou sur les landes , les mousses, les brindilles, les poussières, les détritus des feuilles, des bruyères, des ajoncs, élèvent peu à peu le terrain , et enfouissent de plus en plus ces monuments.
Cependant , les dolmens de l'intérieur devaient être presque tous enfouis dans le sol naturel , ou recouverts d'une certaine épaisseur de terre ; et les dolmens de la côte devaient être surmontés de buttes, tantôt en vases , comme celles de Tumiac, de César, ou du Manélud; et tantôt en pierres, comme celles du Petit- Mont, de l'Ile -Longue et de Gavr'innis. De sorte que dans la Poblad ar Mor, tout dolmen doit faire supposer un tumulus, comme tout tumulus doit cacher une grotte , ou couvrir un dolmen.
Mais, dit M. Mahé, beaucoup de galgals n'étaient que des buttes sacrées; Homère, Héricbyus, S. Isidore-de-Séville et la Vulgale donnent le nom d'Hermès ou de Mercure aux monceaux de pierres, et nous font connaître que Mercure était honoré sur les lieux hauts.
El qui prouve , répondrai-je à ce digne savant , que les Vénètes aient connu Mercure avant de connaître les Romains? D'ailleurs qu'était Mercure? le messager des dieux , n'est-ce pas? Eh bien^ pour ceux qui croyaient à Mercure, ce dieu devait, lorsqu'il descendait sur la terre , prendre pied sur les lieux élevés , ce qui a fait qu'on honorait alors ces lieux, non pour eux-mêmes, mais pour Mercure , ou plutôt qu'on honorait Mercure en ces lieux.
Supposons maintenant un Vénète d'autrefois, secouant la poussière des tombeaux et visitant le pays qu'il habitait il y a bien des
siècles. . . que dira-t-il en voyant nos chapelles dédiées à rArchange Michel , honoré sur les hauteurs , et jusque sur le tumulus de Carnac qu'il aura peut-être contribué à dresser lui-même ? Dira-t-îl que nous honorons les hauts lieux , et que nous adorons les
galgals ?
Peulvan et Menhir sont deux noms qui désignent une même chose, c'est-à dire une pierre longue, fichée en terre, et s*élevant vers le ciel.
Pour moi , le Menhir est une colonne funéraire et rien autre chose. En face d'une de ces pierres monumentales je ne puis me défendre de la pensée qu'un mort repose au lieu où elle se dresse , ou que si les cendres d'un mort ne sont pas déposées près de cette pierre , au moins un Celle a dû tomber là , et que sa famille ou ses amis ont élevé à sa mémoire cette colonne commémorative.
Quand le hasard ou mon dessein me place au milieu d'un groupe de dolmens et de menhirs, ou de menhirs seuls, je crois être en un lieu de sépulture. Chaque fois enfin que j'ai parcouru des groupes nombreux de menhirs dressés sans ordre , ou régulièrement alignés , je n'ai pu croire , même à Carnac , aux pierres idoles, aux temples druidiques, et encore moins aux Dracontia du dieu Bel que nos ancêtres n'ont probablement jamais connu; mais j'ai vu là de vastes cimetières en rapports avec les populations qui habitaient ces riches contrées *.
Parce que, comme la croix sur le tombeau chrétien , le menhir appelait la prière sur le tombeau d'un Celte, on prétend que les Vénètes, nos ancêtres , adoraient les pierres, et l'on apporte en preuve de cette calomnie les défenses des Conciles et les Capitulaires de Charlemagne. . . Mais à celte époque , le Dniidisme profondément altéré n'était plus que l'ombre de lui-môme. LesRomaîns
* Je sais que le cimetière est poslériear à l'introduction du Christianisme dans nos conlrées , mais je donne ce nom , par analogie de destination , à tous /es lieux où Von compte beaucoup de tombes.
qui croyaient à tant de choses , les barbares qui croyaient à tout , et qui agissaient comme s'ils n'avaient cru à rien, avaient bouleversé les idées religieuses de tous les peuples , et la religion mourante mêlait d'absurdes superstitions , puisées à bien des sources , aux pratiques d'une religion nouvelle dont les Celtes armoricains ne comprenaient pas, ou comprenaient mal la noble simplicité et la divine grandeur. De nos jours môme, où nous devrions tous ôlre éclairés par les progrès de la raison^ et par les lumières de la foi, ne comptons-nous pas parmi nous bien des adorateurs des fontaines et des pierres ?
Les Canons des Conciles , les Capitulaires de Charlemagne , les sermons de nos prêtres ne prouvent qu'une chose : c'est qu'on a vu de tous temps , c'est qu'on voit encore tous les jours des gens assez stupides pour négliger l'idée pour la chose ; pour honorer une tombe et non le souvenir; pour vénérer la statue et non le saint; pour prier enfin le cippe funéraire et non pour le mort qu'il couvre.
Un archéologue officiel qui a récemment visité notre département, M. WarsaaCy inspecteur des Monuments historiques du Danemarck, divise tous les monuments anciens en trois âges : VAge de Pierre, VAge de Bronze et VAge de Fer,
Dans les tombeaux du premier âge on trouve les squelettes entiers, des couteaux en silex, des instruments en os, etc., mais jamais de métaux. D*après M. Warsaae, ces monuments sont dûs à un peuple aborigène, antérieur aux Celles. Les alignements de Carnac appartiendraient à cet âge.
Dans l'âge de bronze, les monuments funéraires sont recouverts d'un tumulus en terre, et renferment des urnes avec des cendres et des ossements calcinés, des armes en bronze, desbijoux en bronze ou en or. Le monument de Gavr'innis daterait de celte époque et serait l'œuvre des Celtes ou Druides.
Quant aux monuments de l'âge de fer, ils api^arUeuueul Vû\^ V
l'époque romaine, et les plus anciens ne sont guère que du deuxième siècle de TEglise. Ils sont caraclérisés par les instruments en fer, métal dont l'usage en Gaule et dans le nord de l'Europe est dû aux Romains.
Quoique M. Mérimée trouve le système de l'inspecteur danois fort ingénieux , je me permets de le trouver complètement faux; et son application à Télude de nos monuments conduirait presque toujours h des idées et à des conclusions erronées.
Ainsi dans le dolmen qu'on vient de fouiller sous la butte de Tum<ac , on a trouvé des ossements non calcinés, des couteaux de pierre ou celtae/et des colliers de jaspe; en devons-nous conclure qufe la grotte est du premier âge, et qu'elle est due à un peuple aborigène antérieur aux Celtes? En pratiquant la tranchée par laquelle on est arrivé à la grotte , on a trouvé de l'oxide de fer dans des espèces de cylindres creux , qui n'étaient autre chose que des gangues de vase moulées sur des instruments de fer et pénétrées de rouille, seul reste de ces instruments. En concluerons-nous avec M.Warsaae, que le tumulus est romain, etquelagrottedeTumiac, antérieure à celle de Gavr'innis, est enfouie sous une butte qui ne peut remonter au-delà du deuxième siècle de l'Eglise?
Avant l'arrivée de César chez les Vénèies , ces peuples se servaient du fer, et César dit positivement que les ancres et les chaînes de leurs navires étaient de fer, et que les clous qui fixaient les bancs de ces navires étaient de fer aussi, et de la grosseur du ponce, u Transira pedalibus in latitudinem trabibus confixa clatis ferrais, digiti pollicis crassitudine : anchorœ, pro funibus , ferreis catenis revinctœ, » Ce ne sont donc pas les Romains qui ont apporté l'usage du fer chez les Yénètes.
Enfin , je ne comprends pas que M. Warsaae ait pu, en présence
des grottes et des menhirs de Carnac , élevés dans les mêmes lieux,
portant le môme cachet d'antiquité , formés des mêmes pierres , en-
tremêlés les uns avec les autres, ait pu « dis |e, admettre Tidée et
uxpriiuur l'uptmun que les uns »ont dus ii un peu|>lu abnrigêuu qui n'a laissé de lui que celle trace , tandis que les aiiires sonl dus a un druides.
Il n'v 3 qu'une seule opinion de M. Warsaae que je parlage;' ■ «''est que tous cesmoi]UR]entssonldeâlombo-iu.\; etje suis heureux r une autorité à ciler à ceux qui pourront me dire que si, en qualité de préire, M. Mahé o'a vu partout ({uede.s pierres idoles, des buttes sacrées, des lémènes et des aulelii; moi , en qualité de médecin, je ne veux voir en tout et partout que ëes tombeaux, des cimetières et des colonnes funéraires.
Si, comme je crois l'avoir prouvé, tous Icï moiiumenis de la poblad ii/r mor sont des tombeaux, ces tombeaux a leur lour prouvent que la populallon des côles était la plus considérable de notre département, et ils prouvent de plus '|ue sa plus grande concentration avait lieu entre l'Éiel et le Morbihan.
En effet, si nous voulons apprécier sûrement l'importance el la richesse d'une population , faisons une visile îi son cîmeiière, mesurons en l'étendue , comptons les tombes anciennes et les fusses récentes, et celle visile nous en apprendra plus peui-éire qu'un recensement otliciel.
C'est ainsi que nous pouvons juger que dans les temps anciens, Guidel éiail moins peuplé que Plœmeur, Plcemeur que Plaubtnec , Plouhtnecqu'Erdeveo, et Erdeven que Carnae et Locmariaquer , comme aussi de l'autre coié du Morb.hau. la population allait en décroissant d'Arzon jusqu'à Bdiiers.
Un mol encore sur tes airgnemenis, avant de quitter le Poblad ar Mor : non que je veuille m'arrëter à combattre les diverses opinions émises par les archéologues sur leur destination, car il me faudrait sur celte seule question écrire un volume ; mais parce que Je dots faire sur ces alignements une simple obser^'ation qui renverse plusieurs de ces opinions. C'est que les alignements de Carnac ne sont pas plus la suite des aligtiements d'Eide\ew, (\tte ç.p-\ïi
d'Ërdeven ne sont la suite de ceux de Plouhinec. Ces trois alignements marclient tous isolément de i*£. à TO.; or, Plouhinec , Erdeven et Carnac étant placés sur une ligne qui descend du N. 0. au S. Ë., ces divers alignements ne peuvent faire un tout; et au lieu d'un temple nous en comptons trois ; au lieu d'un dracontium , d'un monument imitant les courbes gracieuses d'un serpent, dont la tête était à Belz^ d'après le docteur Deane, et la queue à Locmariaquer, nous trouvons trois draoontia et trois serpents sans ^ tête et sans queue.
Nous n'avons môme pas besoin pour expliquer Texistence à Carnac d'un vaste cimetière, de supposer que la prétendue grande ville de Locmariaquer , portât là ses morts , et que toute la Vénélie y élevât des colonnes commémoratives. Non, Locmariaquer avait autour d'elle les tombeaux de ses enfants , et chaque tribu, chaque peuplade, couchait ses morts dans la poussière qu'elle foulait.
La régularité dans la distribution des tombes n'a rien qui doive nous surprendre , nous qui la voyons exigée de notre temps dans beaucoup de cimetières, comme elle a pu l'être, par certains Druides, dans les lieux où nous la voyons observée; et la diversité des formes dans les monuments funéraires, n'a rien non plus d'étrange, car elle est encore plus grande de nos jours , où les tombelles , les grottes enfouies , les grottes à l'air libre et les menhirs sont représentés par les tertres en gazon , les caveaux sépulcraux , les mausolées et les colonnes.
POBUD àE STiBRIBU.
Borné au N. par TËvel et la Claye, au S. par le Tréauray et Ykn , le territoire de cette peuplade s'étendait depuis la grande courbure que décrit le Blavet vers l'O.» jusqu'à celle que forme l'Ouii yerê J'£.