‹ Des monuments celtiques et des ruines romaines dans le MorbihanChapitre 3 sur 39 · IM · texte numérisé non relu

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C'est dans ces Hmiles que se mainlenait une population qui ,

Irës-peu importante aujourd'hui , a dû Être considérable aulrofoia. Nulle pari au S. celle populaiioii no franchisiiail les limiiesque nons lui avons assignées, et dans la N. je ne connais que deux points où dépassant la Claye , elle s'étendait d'une pari dans les communes de Saint-Congard , de Saint-Marcel et de Maleslroit jusqu'à l'Oast, et d'autre pari dans les communes de Saint-Jean- Brévelay et de Plumelec , depuis Bignan jusqu'il Bilio.

C'est dans celte z<3ne assez étroite, mais fort longue, qu'on rencontre les monuments celtiques les plus nombreux et les plus variés. Ici, ce ne sont plus les belles grottes enfouies, les superbes tumulus, ni les immenses alignements que nous avons a admirer; ce sont les imposants menhirs, les belles groucs, les chambres rondes , les pierres sonnantes et les autels remar(|uabk's dont nous allons vous entretenir.

Je ne vous parlerai point , Messieurs , des alignements de I.anguidic; des innombrables menhirs semés, sans ordre apparent, sur les landes de Pluherlin et do Pleucadtuc; des nombreux dolmens répandus entre Trédion , -Saint-Guyomard el Ehen, parée que Cayot Détendre les a mentionnés ou décrits; je me bornerai ii vous occuper sérieusement d'un point du territoire de la Poblad ar Stœrieu, où l'on trouve accumulés tous les genres de monumenis que les Celtes de celle peuplade ont su édifier. On y voit peu de menhirs , mais, en revanche, des dolmens d'une dimension éionnanie, une pierre sonnante, un pelil caveau el deux autels druidiques dont personne n'a parlé, et que je vous engage à visiter, Messieurs, si vous devez metlro à exécution le projet d'excursion archéologique que vous avez annoncé dans voire programme. Les points intéressants de la cû(e ont éié cent fois expbrés par les archéologues; les difficultés pour une promenade fructueuse à l'entrée du Morbihan sont nombreuses et sérieuses; il faut subir mille Bxigences, calculer lei marées, étudier les vents, prévoir Us orales,

ou s'attendre à des câlines; tandis que pour aller aux lieux que je vous indique, il ne faut que trois heures au plus en voiture ; vous choisirez votre temps pour effectuer Taller et le retour ; vous aurez le plaisir d'y voir de gigantesques monuments, inconnus aux autres archéologues, et de plus, ce qui doit être pour vous un motif décisif^ vous aurez à étudier et à trancher une des questions les plus ardues que soulèvent nos vieux monuments , je veux dire celle de Texistence des autels druidiques.

Permettez*moi maintenant, Messieurs^ de vous narrer une visite que j*ai faite dans ces lieux, et qui m'a donné, je vous Tassure , de vives émotions et le regret de n'ôtre pas encore initié à la science archéologique pour laquelle je sens en moi le feu sacré.

C'était le 41 juin 4853; je voulais me rendre du bourg de Plumelee à Piaudren , par le village de Pincien qu'on devrait nommer Penclaye, parce qu'il domine la Claye et le moulin de Claye ok existe un vieux pont qui a subi, comme toutes les choses de ce monde, les outrages du temps.

J'avais à peine gravi le rude et étroit sentier qui conduit de ce pont à la lande dite de Pincien, que je me trouvai en présence d'une grotte gigantesque nommée dans le pays la Roche-Bigot. La construction de celle grotte était si puissante, la table principale qui la couvrait était si longue et si épaisse, qu'elle eût pu braver les siècles ; mais des hommes fanatiques ou cupides se sont trouvés près d'dle, et plusieurs de ses piliers ont été arrachés, et l'immense table a été renversée. Cependant , le poids énorme de celte table, son étonnante épaisseur l'ont sauvée d'une complète destruction, et tout ce que ses démolisseurs ont pu faire, a été de la renverser sur les piliers d'une rangée, piliers sur lesquels elle repose encore en partie.

Cette table que je n'ai pu mesurer exactement, dépotu'vu alors de tout moyen pour le faire, d ait avoir, d'après non estime, :plus de deux mètres d'épaisseur, et près de dix Bàètres de longueur. La

direction de la grotte était E. et 0., orientation constante pour tous les monuments druidiques.

Certes^ j'ai vu bien des grottes cachées ou découvertes ; mais je n*ai jamais vu de table aussi énorme que celle de la Roche-Bigot , et à sa rencontre imprévue, j'avoue que mon admiration fut égale à ma surprise, et je ne pus me défendre de penser que Topinion qui attribue aux démons et aux fées des ouvrages de ce genre, est bien excusable chez de pauvres paysans qui ne peuvent comprendre que des forces humaines aient pu transporter]et dresser d'aussi gigantesques masses.

A TE. de la Roche -Bigot , mais sur la même lande ^ des pierres en partie entassées, en partie dispersées , attirèrent mon attention , et je m'avançai vers elles. Ces pierres n'étaient que des débris, et j*eus peine à distinguer, dans ce chaos, les traces d'un dolmen bàideversé qui git là sans nom.

Assis sur une des pierres de ce sépulcre violé, je repassai dans mon esprit tous mes souvenirs de grottes , pour trouver dans ces souvenirs les rapports et les différences qui existent entre ces mêmes monuments chez les Vénëtes de la côte et chez les Celtes de l'intérieur , et voici les résultats de cet examen :

Dans les grottes de la côte, on observe souvent une chambre carrée ou circulaire, dallée de plusieurs pierres comme à Tumiac, ou d'une énorme pierre comme à Roc'h-Bras ou à Korlud, en Locmariaquer, ou non dallée comme à Kervignac, sur la grande route dcLandévant à Hennebont *; souvent encore, on remarque uncabinet latéral comme à Plouharnel, et quelquefois plusieurs cabinets qui communiquent entre eux comme à Erdeven ; quelquefois plusieurs grottes, avec ou sans cabinet, sont enfouies dans la môme butte, comme à Plouharnel ; et enfin, quelquefois on observe , à

* Ca/ot Délaadfo â placé » par erreur, ce dolmen d«ai 1a commuDO de BraaMoni

]*extréniité 0. de la grotte, un cabinet couvert et complètement fermé, comme aux Pierres plates de Locmariaquer.

Jamais on n*a trouvé, que je sache , ni dalles, ni chambres, ni cabinets fermés ou ouverts dans les grottes de Tinlérieur; mais, par contre, j'ai observé dans quelques-unes d*e!les une particularité notable. Ainsi, à la belle grotte de Carbon, en Saint^Congard, deux pierres sont fichées à la suite des supports, et forment au-delà de la grotte un appendice qui n*a jamais du être ni recouvert, ni complètement fermé. A Comebo, en Elven , une grotte détruite , mais encore reconnaissable, présente une pierre debout qui prolonge la rangée S. des piliers du monument au-delà de la pierre transversale qui le ferme à l'O.

Dans quelle intention ménageait-on cette espèce de cabinet ouvert à la suite d'une grotte probablement enfouie ? C'est une question assez di£Qcile, mais que cependant j'ose aborder avec Tes^ir de la résoudre.

On a signalé, je ne sais dans quelle localité des Côtes-du-Nord, un dolmen dont la pierre du fond était complètement traversée par une ouverture ronde; et j'ai remarqué, plusieurs fois, que les pierres qui terminent les allées des grottes dans la Poblad ar Stm* rieu, paraissent échancrées à dessein , tantôt en côté et tantôt à la partie supérieure. La pierre qui termine la grotte de Cornebo, présente cette dernière particularité. Ne doit-on pas penser que ces ouvertures ou échancrures, trop étroites pour permettre la violation des sépultures, étaient pratiquées pour donner un peu d'air et de lumière à la grotte ; et que les pierres de prolongement étaient placées des deux côtés pour prévenir l'éboulement des terres dans lesquelles la grotte était enfouie? Tertulien dit que les Gaulois passaient la nuit sur la tombe dos héros, croyant que les âmes de ces héros devaient leur faire des révélations. Le cabinet à ciel ouvert ménagé derrière la grotte, l'ouverture pratiquée au fond de cette grotte ne tiennent- ils pas à cette superstition, ou à quelque autre du même genre ?

A la Lande-Hayée, près du village des Princes, en Elven, on trouve un dolmen unique en son genre, du moins pour moi. H porte le nom de la Loge-du-Loup, et présente deux rangées de piliers verticaux de chaque côté pour soutenir ses tables. L'élévation du terrain autour de ce dolmen, indique assez qu'il a élé plus couvert que ne le sont généralement ceux de la Pohlad ar Stœrîeu; mais, certes, il eut résisté à sa charge et aux efforts destructeurs du temps, si des hommes, plus destructeurs encore que le temps , n'étaient venus lui imprimer les traces profondes de leurs injures.

Enfin, Messieurs, la plus essentielle de toutes les différences que je puisse signaler entre les grottes sépulcrales des deux peuplades , c'est que celles de nos côtes étaient le plus souvent surmontées d'un tumulus, et qu'on doit penser, à la vue des autres, à l'aspect des terrains qui les environnent, que, si elles étaient enfouies, c'était simplement dans le sol naturel ou sous un sol factice, mais de peu d'épaisseur; et ce seul fait explique la destruction générale des grottes de l'intérieur qui n'étaient point protégées, comme celles de la côte, par d'énormes amas de terre, de vase ou de pierres.

Mes réflexions commépQoratives et comparatives terminées, je me dirigeai vers l'O., au point le plus élevé de la lande, où des niasses énormes de granit attiraient mon attention et appelaient mon examen. Les gens du pays nomment ces masses les Roches-Morvan. Là encore, les démolisseurs ont passé ! mais tous leurs efforts n'ont pu seulement déplacer la plus belle de ces roches, ni en effacer les caractères. Ce n'était ni un dolmen ou grotte, ni un menhir ou peulvan, ni une pierre branlante ou sonnante ; c'était une superbe pierre à bassins que les archéologues désignent ainsi sans chercher à en étudier sérieusement la destination.

Je vais, Messieurs, entreprendre cette étude devant vous, espérant la faire plus tard avec vous , si vous le voulez bien ; mais permettez-moi de continuer ma narration.

Des RocbdS'Morvan je me rendis au viWagt; de Yviwdew , ^\à&^^

celui de Kermado qui n*eQ est séparé que par un vaste champ dans lequel des laboureurs traçaient alors des sillons autour de grosses pierres dont plusieurs étaient étendues à plat, et ces laboureurs faisaient passer leurs bœufs et leurs charrues sur ces pierres, pour continuer au-delà les sillons commencés en-deçà d'elles. Je reconnus immédiatement les ruines d'un beau dolmen (et vous savez que pour moi dolmen est sytionime de grotte] dont les tables étaient renversées autour de lui.

Je m'approchai pour obtenir le nom de ces pierres qu'on me désigna sous celui de Rohis, et l'un des laboureurs m'offrit de me guider dans le bois voisin , pour m'y faire voir une roche qu'il me dit ôtre extraordinaire. J'acceptai , comme vous devez le penser , sa proposition, et sous sa direction intelligente (car cet homme était intelligent) j'arrivai bientôt à IdiRoche-des Coupes, nom sous lequel la pierre que je vais vous décrire est connue dans le pays.

Cette pierre, fort difficile à trouver, quand la taille dans laquelle elle est perdue (heureusment pour sa conservation) a atteint un certain âge, doit avoir deux mètres trente centimètres d'élévation, trois mètres de largeur, et six mètres de longueur. Mais ce n'est pas par ses dimensions que cette pierre , qui n'est qu'un débris du rocher qui la touche , est remarquable ; c'est par sa disposition et surtout par les travaux et par les outrages qu'elle a subis.

Sa face supérieure est creusée de bassins irréguliers, de coupes comme disait mon guide , et toutes ces coupes se déversent dans une vaste échancrure, pratiquée à l'extrémité 0. de la pierre et dans toute sa hauteur.

Le crayon seul pourrait rendre aux yeux l'aspect qu'offre cette

échancrure que la parole no peut représenter à l'esprit. Je vous

dirai seulement qu'elle se termine inférieurement par une espèce

de siège échancré lui-même ; et qu'assis ou debout sur ce siège, un

homme est là comme une statue dans une niche sans dôme.

Je conçois que des hommes qui ne veulent voir d*aulels druidiques nulle part ; je comprends que des archéologues dont les opinions sont arrêtées et qui ont décidé que les dolmens sont des autels; j'admets enfin que des savants qui peuvent trouver des explications pour tout ce qu'ils croient , et ne croient que ce qu'ils peuvent expliquer, soutiennent tous que les bassins, creusés sur certaines pierres, ne prouvent pas que ces pierres aient servi d'autels ; mais je ne puis ni concevoir, ni comprendre , ni admettre qu'on puisse nier que ces bassins ne soient l'œuvre des hommes , et n'aient été pratiqués dans un but quelconque par la main des hommes. Pas un homme de sens , désintéressé dans les questions archéologiques, s'il était placé en présence de la Roche-Binet , en Elven, ou delà Roche-des-Coupes, en Plumelee, n'oserait soutenir que ces pierres remarquables n'ont pas été dressées et fouillées par une volonté intelligente.

Mais , objectera-t-on peut-être , on trouve des coupes creusées sur des pierres naturellement adhérentes au sol , sur des rochers informes que les hommes n'ont jamais dressés et que l'on ne peut raisonnablement supposer avoir servi d'autels !...

Ouvrez, Messieurs, toutes les histoires qui parlent des Druides et de leurs actes, et vous verrez dans toutes, que ces prêtres ne sacriGaient que sur des rochers bruts, sur des pierres sauvages I Les Druides ne sont pas seuls, d'ailleurs, à avoir approprié les rochers à des usages religieux; carne trouve-t-on pas dans les catacombes, où les premiers chrétiens de Rome priaient dans le secret et cachaient les cérémonies de leur culte proscrit, des autels façonnés dans le roc même ? De pieux cénobites n'ont-ils pas célébré le saint sacrifice sur les pierres des déserts ?

Si les pierres sur lesquelles on observe des coupes ne nous offrent plus que des masses informes, n'est-ce pas parce que le marteau des démolisseurs les a mutilées ? Si les bassins que l'on prétand être creusés par les pluies, les neiges et les glace^^ xi^ ^x&^^xv-

tem le plus souvent que des inégalités irrégulières, déformés qu'ils sont bien plutôt par ces glaces, ces neiges et ces pluies, n'est-ce pas parce qu'ils ont subi mille altérations de la part des hommes et de la part du temps?

Mais la destruction générale elle-même que les pierres à bassins ont soufferte, est une preuve pour moi qu'elles étaient consacrées par les Druides à l'usage le plus grand et le plus saint! Ne conçoiton pas , en effet, qu'en élevant ses autels dans l'Armorique , le Christianisme, qui pouvait bien respecter des tombeaux, ne devait pas y tolérer des autels; et que le premier sacriûce qu'il a dû imposer aux hommes qu'il convertissait, a dû ôtre le renversement de tout ce qu'ils avaient honoré, la destruction de tous les lieux où ils avaient prié, de tous les monuments sur lesquels ils avaient sacrifié.

Et pourquoi eut-on brisé toutes les pierres où nous voyons des codpes, si ces pierres n'avaient jamais servi au culte druidique f, . . Ah 1 croyez-moi bien , Messieurs, si les dolmens avaient été des autels, comme on le prétend, si les grottes avaient été des lieux d'initiation , si les alignements avaient été des temples , les menhirs des idoles , les galgals des monts sacrés, nous ne verrions pas aujourd'hui un seul menhir debout, un seul dolmen dressé» une seule grotte intacte , et nous n'aurions plus à fouiller un seul tumulus.

Non, Messieurs, les bassins creusés sur nos pierres ne sont pas dus aux influences atmosphériques ; car si cela était, pourquoi ces influences ne se sont- elles exercées que là où l'on trouve des monuments druidiques, que là où vivaient les Celtes dont les druides étaient à la fois les prêtres, les instituteurs, les législateurs et les médecins? Je ne crois pas qu'on puisse me montrer, dans le Morbihan , une seule pierre à bassin , en dehors des limites que j'ai assignées aux diverses peuplades qui l'occupaient autrefois. Je dois ici prévoir une objection sérieuse et me hiter d'y répoadre, car elle atteint mon syslfeme au tcBwt.

On me dira sans doule que même en admeltanl, comme œuvres des hommes, les bassins plus ou moins nombreux de nos pierres, Texistence de ces bassins ne prouve rien pour leur destination , el que j'aurais tort de croire, avec le profane vulgaire, que ces prétendues coupes fussent destinées à recueillir le sang des victimes ou les libations des prêtres. On me dira encore, que par cela même que lés druides célébraient leurs cérémonies religieuses au fond des bois, au sommet des montagnes, et sacrifiaient sur des pierres brutes et colossales, sur des autels sauvages que le fer n'avait ni creusé y ni poli, les bassins qui, dans mon système, caractérisent les autels druidiques , élèvent au contraire un témoignage éclatant contre ce système.

Sans doute , Messieurs , si je prétendais que les bassins fussent nécessaires aux autels druidiques, robjeciion serait pour mon opinion un coup mortel que je ne saurais détourner ; mais ces bassins ne sont à mes yeux que des flétrissures imprimées à ces autels, pour les rendre impropres au culte, puisque le fer en les creusant, en les sillonnant, leur ôtait tout caractère sacré; de même que les ciseaux en passant dans les chevelures des princes francs , étaient à ces princes toute majesté, et leur ravissaient Tespoir d'arriver au trône ou d'y remonter.

A répoque où le christianisme pénétra dans TArmorique , le druidisme déjà altéré par les opinions religieuses des Romains, qui avaient fini parfaire adopter aux vaincus quelques-uns de leurs dieux, était mourant peut-être; mais les druides étaient encore puissants. Si , comme prêtres , ils avaient perdu de leur influence, comme législateurs ils exerçaient encore un grand empire; aussi^ quoiqii'affaiblis par une longue lutte contre le paganisme romain, ce n'est qu'après une longue lutte encore qu'ils furent forcés de céder aux progrès irrésistibles de la religion chrétienne.

C'est dans ces luttes que les premiers chrétiens de l'Armorique, brisaient, mutilaient et creusaient de mille maulëve^V^^ v\xv&\Sk

druidiques. Sur les landes les plus désertes , dans les forêts les plus profondes, tous les autels qui n'ont pas été détruits , ont été piqués et labourés au marteau.

A la mutilation , les démolisseurs ont souvent ajouté la plus insultante ironie contre le culte qui tombait. Ainsi y avec le plus beau débris des autels druidiques brisés de leurs mains, ils ont dressé des autels sur lesquels ils creusaient , outre des bassins et des rigoles , des formes humaines , pour rappeler les sacrifices sanglants opérés quelquefois sur les autels celtiques. La Rocho-Binet, en Ëlven, et quelques autres que les vandales medernes ont entamés ou détruits sur les landes de Pleucadeuc , portent ces caractères d'une flétrissure intentionnelle.

Près de ces autels sans usage , gisent encore les vrais autels mutilés, qui s'élèvent à peine au-dessus du sol, mais qui portent encore un caractère que les démolisseurs ne pouvaient entièrement effacer, à moins d'enlever le rocher jusque dans les entrailles de la terre. Ce caractère , le voici :

A la base de tout autel druidique existe une gorge qui semble le détacher. Cette gorge , largement évidée , donne à la partie inférieure du rocher-autel , la forme d'une marche , d'un gradin, d'un parvis sacré. Cette gorge est constante et caractéristique.

Au risque d'encourir le ridicule qui s'attache à tout système nouveau mal établi, à toute théorie mal démontrée, je vais. Messieurs, vous indiquer à Vannes même, non pas un, mais quatre autels druidiques, et un dolmen dont personne n*a parlé. Quoique plusieurs de ces autels soient plus brisés, plus mutilés, qu'aucun de ceux que je connaisse ; quoique leur masse autrefois considérable ait été entamée et réduite en tous sens, je veux vous donner, en vous les citant, le moyen de juger immédiatement l'exactitude de mes idées , la justesse ou l'inanité de mon opinion.

Allens au Hesquéno , et je vous montrerai là au moins cinq dé-

bris d'un magnifique autel , adhérent encore en partie au so]. Un de ces débris présente une masse énorme dont le détachement a dû exiger de puissants efforts. Ce débris est couvert dans sa partie supérieure d'un inextricable réseau de bassins et de rigoles qu'on ne peut attribuer à des efiéts atmosphériques. Trois autres débris creusés aussi par le marteau destructeur, mais bien moins volumineux, ont été roulés à une petite distance et jetés sans ordre. La partie de Tautel encore adhérente au sol , moins élevée que le plus gros débris, parce que toute sa partie supérieure a été brisée et creusée de grandes excavations , présente , tout autour de sa base, une gorge qu'on peut suivre partout où le marteau ne l'a pas fait disparaître en brisant le rocher.

Du Hesquéno passons au Gras-d'Or, à quatre cents mètres de là, et dans le nord d'un champ qui touche à une lande où gisent les débris d'un dolmen bouleversé , nous trouverons un autel adhérent encore au sol, plus mutilé, s'il est possible, plus bouleversé certainement que celui du Hesquéno ; mais cet autel porte, comme le premier, les signes indélébiles de la dégradation , et le signe caractéristique de son antique destination ; je veux dire la gorge qui simulait l'isolement de l'autel et du gradin *.

Non loin du Gras-d'Or, entre Biler et Saint-Guen, je puis vous montrer, près l'un de l'autre, deux autels druidiques bien caractérisés, et dont un sert, en ce moment, de carrière pour pierres de taille à son propriétaire.

Aux incrédules et aux plaisants , je dirai : expliquez-moi pourquoi tous ces rochers ont été creusés et sillonnés au marteau ; pourquoi leur débris dispersés sans ordre portent, même sur leurs faces inclinées, sur lesquelles la pluie n'a pu séjourner, des bassins, des gouttières, des échancrures; pourquoi ces rochers ont été

* Entre le Gras-d'Or et le Hesquéno , on a trouTé récemment un celtsp perdu sous des broussailles , dans la propriété mémr. du H. squéno.

-Se-

brisés , sans qu'on ait cherché h en utiliser les débris ; et pourquoi enfin ces pierres sont évidées à leur base , comme le sont toutes les pierres à bassins , dressées ou non. Quand on m'aura répondu d'une manière satisfaisante , je serai le premier à rire de ma simplicité et de mes illusions.

Vous comprenez, Messieurs, que je montre ici à la fois une grande hardiesse et une granle bonne foi , en vous offrant comme échantillons , pour que vous décidiez quelle est la valeur de mon système , les premiers autels venus , et qui sont plus mutilés que beaucoup d'autres ; mais ce sont les seuls à notre portée , et d'ailleurs, si je parviens seulement à faire naître le doute dans vos esprits, ma cause est gagnée, car alors je vous dirai : parcourez les landes de Pleucadeuc et de Pluherlin , allez à la lisière de la forât de HanvCau , venez avec moi à la taille de Cadoudal , et en présence des pierres à bassins que vous y trouverez, vos doutes cesseront , et vous direz : oui , ces pierres ont été des autels , et ne sont que des débris d*autels ! Mais ne dites pas, Messieurs, avec les faiseurs de phrases : Voilà donc ces autels qu'un culte barbare inondait de sang humain!!! vous répéteriez une exagération qu'ont répandue méchamment les Romains , pour se venger du mépris que les druides afiSchaient pour leur absurde polythéisme. Ne suiBsait-il donc pas à ces féroces eonquérans d'avoir égorgé les sénateurs d'une nation vaincue ; d'avoir vendu ses guerriers à l'encan; fallait-il encore qu'ils calomniassent ses prêtres, dont la croyance en un Dieu unique , était plus élevée et plus respectable que la leur, au témoignage même des pères de notre Eglise!

Sans doute, les druides ont sacrifié quelques victimes humaines; mais tous les anciens peuples en ont sacrifié , et rien ne prouve que nos ancêtres eussent un culte plus impitoyable que les autres peuples. Les E^ptiens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs et les Romains ont aussi égorgé des victimes humaines. Des vestales n'ont-elles pas été enterrées vives? Agamemnon n'a*t-il

pss sacrifié sa propre fille aux dieux de la Grèce pour obtenir des vents favorables? Toutes les nations dans Tenfance respectent peu la vie des hommes ; et nous voyons de nos jours les sauvages égorger, rôtir et manger non-seulement leurs ennemis, mais encore les missionnaires qui ne leur parlent que d'une religion d'amour et d'un Dieu de paixl

Quels hommes d'ailleurs immolaient les Druides , au dire dei Romains eux-mêmes? Des criminels, des esclaves et des prisonniers.... Mais je vous le demande, est ce que les Druides ne pouvaient frapper comme prêtres, ceux qu'ils avaient condamnés comme juges? Que faisons-nous nous-mêmes de certains condamnés ? nous les frappons au nom de la loi , ils les immolaient au nom de la religion 1 Mourir sur l'autel ou mourir sur l'éohafaud, qu'importe à la victime? Et encore , à la honte de notre siècle, le glaive politique n'a-t-il pas frappé dans nos mains , nos rois et nos prêtres?

Des esclaves, disent les Romains, étaient égorgés sur les autels

celtiques 1 • • • au début d'une guerre, dans un temps de calamité

publique, les Druides, pour se rendre le ciel favorable, offraient à leur Dieu le sang d'un prisonnier. . . . Mais les Romains , que

faisaient-ils de leurs prisonniers et de leurs esclaves, même aux beaux jours de Rome ? Ils les jetaient aux murènes dans les piscines I ils les exposaient aux bêtes féroces dans leurs cirques I ils en faisaient des gladiateurs pour leurs spectacles I lo soldat gaulois prisonnier des Romains, frappé du glaive pour le plaisir des Romains , expirant dans une arène romaine, loin des siens et de sa chère patrie, enviait peut-être à l'esclave égorgé sur l'autel druidique l'honneur de mourir pour le salut d'un peuple.

Certes, Messieurs, les Celtes n'étaient pas plus féroces que les peuples du même âge , et les sacrifices humains n'ont été che2 eux que des sacrifices exceptionnels.

Mais pour venger nos ancêtres , je m'égare , Messieurs ; il faut

que je me hftle de rentrer dans mon sujet , et de parler de leurs monuments.

Avant de quitter la Roche-des-Coupes, devant laquelle je vous ai retenus longtemps, je me demandai bien des fois pourquoi réchancrure dont je vous ai parlé avait été pratiquée, et je ne pus trouver d'autre explication que la suivante qui me paraît rationnelle , quoique conjecturale.

Cette roche perdue dans les forêts , et qui peut-être avait servi à Taccomplissement de mystères solennels et sanglants , était restée , quoiqu'outragée et mutilée par le fer , un objet de vénération pour les hommes de la contrée ; et les apôtres chrétiens , ne pouvant vaincre leur obstination payenne , auront placé , dans ses flancs mêmes, la statue d'un saint, pour détourner ainsi au profit du nouveau culte, Tidée religieuse qui survivait à Tancien.

Non loin de la Roche-des- Coupes, et dans la même chênaie, mon guide me fit voir une petite chambre isolée, bien humble , mais bien curieuse pour moi qui n'avais jamais eu Toccasion d'en voir une semblable. Cette chambre forme un cercle parfait, d'un mètre de rayon , et fermée complètement par des pierres debout qui se touchent toutes. Une pierre plate qui devait autrefois couvrir entièrement ce petit monument et le compléter , ne le recouvre plus aujourd'hui. On l'a repoussée sur l'un des côtés de la chambre , et elle repose en partie seulement sur quelques-uns des piliers qui la supportaient jadis.

Cette chambre dont les pierres d'enceinte ne s'élèvent pas à plus de 30 centimètres au-dessus du sol , n'est pour moi qu'une tombe violée par la curiosité , ou plutôt par la cupidité; et pourtant cette modeste tombe a sans doute été élevée à un mort sans grand renom et sans grande fortune; et si ses cendres reposent encore dans cet humble monument , c'est sous la mousse des bois et non plus sous la pierre.

J'avais vu. Messieurs, bien des monuments celtiques dans les

environs de Penclen ,\ei{ juin; il m'en restait beaucoup à voir, et du lieu où est située la chambre dont je viens de parler, j'apercevais, dans la taille de Guervasi , conlinualion de celle de Cadoudal, d'énormes pierres de granit qui levaient leurs fronts gris dans les dairiëres et parmi les branchages ; mais Theure pressait mon départ, et je ne pus, avant de quitter mon guide , que lui deo^ander des renseignements sur quelques monuments dont il me signalait Texistenco, dans ces bois peuplés de monuments.

Mon guide me signala entre autres une pierre sonnante à la Grée -aux -Cerfs; je ne vous en parle que d*aprës lui : c( Sur une roche de granit qui lient à la terre , s'élève une autre roche de granit qui n'offre, en apparence , autre chose à remarquer que la position qu'elle occupe , et qui lui a été donnée , non par le hasard certainement, mais par une volonté calculée. Si l'on prend une pierre, et qu'on roule cette pierre en la frottant sur la roche élevée , cette roche rend un son remarquable qu'on entend de fort loin. L'oreille appliquée contre la pierre ne peut supporter môme un instant l'intensité et l'éclat des vibrations sonores. )>

Je ne vous garantis pas. Messieurs, l'exactitude du récit; je ne vous affirme pas qu'il n'y entre point quelque exagération ; je vous dis les choses comme elles m'ont été dites , en d'autres termes sans doute, mais dans la même mesure. Venez avec moi à la Gréeaux-Cerfs, et nous saurons exactement à quoi nous en tenir. Là , vous me direz si j'ai raison de penser que les pierres sonnantes, placées à portée des autels druidiques, n'étaient que des instruments pour appeler les Celles à la prière et aux sacrifices; ou si j'ai tort, vous me démontrerez mon erreur sur les lieux mômes où elle a pris naissance.

Quelles que soient les causes qui ont déplacé la population de la Mésopotamie morbihannaise, il est certain que les vastes landes de cette contrée, aujourd'hui si désolét^s, étaient remarquablement peupMei; et pour appuyer cette opinion qui peut paraître étrange,

j'apporte f n preuve» non -seulement le nombre des tombeaux, mais encore les innombrables traces de sillons, que les siècles n*ont point effacées du sol de nos forêts et de nos landes ; tant il est vrai que le temps détruit moins que ne le fait la main des bommes, qui , cbaque jour, brise, dans ces déserts , des monuments que tout cependant devrait leur faire un devoir de respecter.

POBLAD ÂR GUIBLBPEU.

Je ne vous entretiendrai pas longuement, Messieurs, des autres peuplades celtes que je vous ai signalées, et môme je vous dirai peu de chose de celle-ci, pour trois raisons : la première, c^est que les monuments druidiques y sont bien moins nombreux que dans celles dont j*ai parlé ; la seconde , c'est que ces monuments diffèrent peu de ceux dont j'ai étudié devant vous les formes et les destinations ; la troisième, c'est que ces peuplades n'appartenant pas en totalité au Morbihan , je les connais peu ou mal, surtout dans les autres départements.

La peuplade des forêts s'étend, je crois, dans l'arrondissement de Redon, jusqu'à Messac, au bord de la Vilaine ; et dans l'arrondissement de Monifort, jusqu'à celte ville elle-même. J'ignore entièrement ouelles sont ses limites dans les Côtes-du-Nord.

Dans cette peuplade, on trouve des alignements en Langon et en Saint-Just ; des groUes aux fées presque partout , mais entre autres lieux , en Augan, en Ploërmel, en La Chapelle et en Cournon ; des tumulus en Médréac et en Saint-Léry ; des cromlec'hs en Tréhorenteuc ; et enfin un peu de tous ces genres de monuments dans l'antique forêt de Brocéliaode, aujourd'hut forêt de Paimpont.

Les menhirs sont les monuments celtiques les plus répandus

dans la Poblad ar Guibledeu^ et ces colonnes funéraires, qui ne

s'y font point remarquer par leurs dimensions colossales, se signa-

Jent, cependant, à cause de la dWetsiVé a^^onée car les Celtes de

eette peuplade, dans la manière de les isoler ou de les grouper. Ainsi, si en Pipriao on les trouve disposés par lignes régulières , comme à Languidie; si, en La Chapelle , ils forment un cromlee'h autour d*un dolmen, comme en PIœmeur;si, en Tréhorenteuc, comme en Carnac, on en observe sur des tumulus, on trouve, à Carentoir et à Tréhorenteuc, des groupes de menhirs affectant des dispositions toutes particulières, et dont on cherche en vain d*autres exemples dans le Morbihan.

Au village du Gage, en Carentoir » des menhirs formés de blocs de quartz sont disposés en pattes d'oie, sur quatre rangées; et dans Tréhorenteuc on remarque plusieurs plates-formes, dont une a jusqu*à quarante mètres de longueur sur huit de largeur, qui, toutes élevées au-dessus du sol, sont bordées de menhirs.

Hais, pour ôtre disposées ici autrement qu'ailleurs, les menhirs ne changent pas pour cela de caractère , et encore moins de destination; toujours et partout ils marquent des tombes.

Le nom de Jardin-des-Tombes donné, à Tréhorenteuc, aux plates'formes bordées de menhirs dont je parle , vient ajouter un argument de plus aux nombreux arguments que j'ai déjà fait valoir pour étayer mon opinion.

L'abbé Mahé, qui certes était un savant , mais n'était point un archéologue, accumule, dans son essai, citations sur citations pour démontrer que tous les monuments celtiques étaient des monuments religieux. Contrariant, à cet égard, l'histoire et la tradition qui nous enseignent que les Druides n'avaient point de temples, et qu'ils célébraient leurs cérémonies religieuses sous des chênes sacrés, au fond des bois , ou sur les montagnes à la face du ciel, il ne veut voir dans les alignements rectilignes que des temples, dans les alignements circulaires que des enceintes sacrées , et dans les camps les mieux caractérisés, que des lémènes.

Hais que trouve-t-on dans les témènes qu'entourent des menhirs plus ou moins élevés? souvent un menhir, quelquefois un dolmen, tareaent un tumulus, mais jamais un aulel.

Non, Messieurs, le cromlec*h ne disait point aux Celtes : Ne foulez pas cette terre, parce qu'elle est sacrée ; mais il disait : Ne violez pas cette terre sacrée, parce que là domxent en paix vos pères!!!

POBUD ÀR HANNÉYBU. — POBLAO AR MANlffiKIflCKU.

Je réunis, dans une seule étude, ce que j'ai à dire de la peuplade des montagnes et de la peuplade des sources, non seulement parce qu'elles me sont peu connues , et parce que j'ai peu de chose à en dire , mais c'est surtout parce que je soupçonne que ces peuplades qui, dans le Morbihan, paraissent isolées, pourraient bien n'en avoir formé qu'une seule. Si je connaissais les cantons de Maël* Carhaix, de Rostrenen et de Carhaix^ j'y trouverais probablement le trait-d'union qui , des deux parties , ne formait qu'un tout. Je donnerais à ce tout le nom de peuplade des sources, parce que le Scorff, l'isolle, l'Ëllé, le Laita, le Scaêr*Laôr et quelques autres rivières en sortent.

C'est dans ces contrées si vastes et si désertes, que Ton remarque le moins grand nombre de monuments druidiques, et à coup sûr, ces monuments sont les moins curieux de tout le département.

Des dix ou douze menhirs qu'on y peut voir , c'est sur la limite du Finistère, en Guiscriff, que s'élève le plus majestueux de tous. Il mesure cinq mètres cinquante centimètres, tandis que les autres n'atteignent au plus que quatre mètres^ môme le beau menhir, en poudingue, de Napoléonviile.

Les seuls monuments anciens qui se fassent remarquer, et qui méritent d'être étudiés dans les peuplades celtiques dont je parle en ce moment, sont les buttes factices qui se présentent ici dans des conditions toutes particulières. On en compte un certain noraire, ei k plus belle se trouve dans la commune de Langonnet.

Leurs dimensions en hauteur ne sont nullement en rapport avec rétendue de leurs bases, qui est généralement assez considérable. Ainsi , en Cléguérec, on trouve dans la lande du Reste, un tumulus qui compte trente mètres de diamètre à la base , et dont la hauteur n'est que de deux mètres vingt-cinq centimètres. En Cléguérec encore , dans la lande de Bieuzent, un autre tumulus qui a les mêmes dimensions à la base que le précédent , n'a qu'un mètre soixante -quinze centimètres d'élévation.

Ces buttes sont-elles bien druidiques ? Il faudrait les fouiller pour répondre à cette question. Pour moi, j*en doute, et mon doute, à cet égard, est fondé sur ce qu'on trouve des buttes semblables dans les communes où Ton n'observe pas un seul monument celtique ; en Lignol, par exemple, où l'on voit, près l'un de l'autre, deux tumulus, dont un a cent vingt mètres de tour et trois mètres de hauteur, et l'autre quarante-cinq mètres de circonférence et seulement un mètre vingt centimètres d'élévation.

Jusqu'à ce que des fouilles nous aient dit ce qu'on doit penser de ces buttes factices , je crois qu'il est prudent de ne hasarder, sur leur usage, aucune opinion.

POBUD AR IMI2I.

Ce n'est pas parce que je pense que les habitants des îles qui se trouvent en dehors du Morbihan , formassent une peuplade particulière que j'en parle à part ; car je crois, au contraire, que les îles étaient peuplées par les Vénètes de la cote , et relevaient de ceuxci. Seulement, les Vénètes formant une république fédérative , les diver<;es iles devaient représenter divers états, à la fois indépendants et liés aux autres dans le même gouvernement. Ils comptaient sans doute quelques membres dans le sénat romain égorgé par César. %

Comme dans la Poblad ar Mor, on trouve dans ces iles des menhirs, des dolmens, des tumulus et des cromlec*bs; mais c'est surtout à Groix que ces monuments se voient en plus grand nombre.

Cette circonstance , jointe au nom de File et à une prétendue tradition locale , a suffi pour faire penser à quelques archéologues qu'elle était peuplée, non de Druides, mais de Druidesses, comme rile de Sein. J'ai peu de confiance , je l'avoue, dans les éiymologies y car on fait dire à un nom composé tout ce qu'on veut, et ce nom pour moi n'estqu'une indication, une invitation à de sérieuses recherches; or ici, l'indication n'est pas justifiée, que je sache. En effet , quand il serait vrai que le nom de Croix donné à cette île , vint du breton Groac'h ou Grouac'h qui ne peut s'appliquer qu'en mauvaise part, à de vieilles femmes, à de vieilles sorcières , je ne vois pas que de ce nom injurieux on dût tirer cette conclusion forcée, que Tîle fut habitée par des Druidesses , qui , comme les Druides, devaient être honorées des Celles. Le grand nombre de monuments celtiques dans cette localité , ne prouve qu'une chose pour moi, c'est qu'elle était autrefois très -peuplée. Quant à son nom, il ne prouve rien, et j'aime autant pen.^er qu'il veut dire l'ile de la Croix , iîiis er Croêz , que l'île de la Vieille ou l'ile des Sorcières.

Les deux petites îles de Houat et de Haedic ne présentent guère que quelques menhirs debout ; mais c'est assez pour prouver que ces îles ont éié très-anciennement peuplées.

M. l'abbé de la Lande, qui a écrit sur elles un ouvrage fort intéressant, doute de ce fait; pour moi, je ne puis en douter, car partout où je trouve des tombeaux , je conclus à Texistence d'une population, et j'ai Tintime conviction que les menhirs sont des cippes funéraires. Il est possible que ces îles dévastées par les Normands, aient été pendant un temps, abandonnées par leurs habitants ; jpais certes, elles oui été peuplées par les Celtes.

Si les monuments de Groix, de Haedic et de Houat ne nous offrent rien de particulier à noter , ceux de Belle lie, au contraire, méritent de fixer notre attention.

Le sol de la Vendilis des Romains^ de la Guédel du moyen-âge, de VEnezer-Guerveur de nos Bretons, n'est point granitique; mais il est schisteux, avec des veines de quartz. Aussi les menhirs de cette île sont en schiste, à l'exception de deux , dont un est en quartz, près le moulin de Gouc'h , et l'autre, nommé Jeanne de RuneU), est en granit. Ce dernier menhir dont la hauteur est de près de huit mètres , cube, dit- on , un poids de 25,300 kilogr. , et pourtant ce colosse si pesant a du passer la mer !

Seul , ce menhir établirait incontestablement que les Vénètes formaient un peuple puissant et intelligent; car la force brutale ne saurait extraire, transporter par mer et dresser une pareille masse !

Jeanne de Runelo n'est pas, du reste , le seul monument de granit que l'on trouve en Belle-île, puisqu'on y voit encore une pierre branlante près du moulin de Gouc*h , et deux dolmens en granit, l'un près du moulin de Runédaol, et l'autre élevé sur le tumulus du même nom.

Ce qui doit nous occuper un instant, ce sont les grottes de Belle- He et ses buttes qui diffèrent essentiellement des grottes et des buttes que nous avons signalées dans les autres peuplades. Les premières ne sont que des soiyerrains qu'on nomme dans le pays des garennes; les secondes ne sont que des monlissels , et voici pourquoi :

Avec le granit que des familles opulentes tiraient de la côte à grands frais, on pouvait construire, h Guerveur (la grande ville), des grottes comme à Carnac ; mais toutes les familles n'étant pas en état de se procurer du granit pour élever des tombeaux , force fut bien aux gens peu aisés de se servir de la pierre du pays, c'est-" à-dire du schiste.

Or, avec le schiste, on ne pouvait conslmitô des ç;to\Xeç» ^^ V^ttfiA

ordinaire, et les charger d'une butte, sous le poids de laquelle les tables eussent rompu et entraîné la ruine de ces monuments. Il fallait donc donner à ces grottes une forme nouvelle , et ce fut celle de l'ogive qui fut adoptée. Les pierres debout furent opposées par couples et disposées en chevron, c'est-à-dire qu'espacées à la base, elles furent jointes par le sommet.

Telles sont les grottes de Belle-Ile qui n'étaient, comme les dolmens et les roches aux fées, que des caveaux sépulcraux ; et si les montissels qui les couvrent n'ont pas , comme à la côte , des proportions gigantesques , c'est que le schiste qui les forme , quoique disposé de la manière la plus favorable, n'eut pu, sans se rompre, supporter une masse énorme que les plus puissantes tables de granit n'ont pu toujours soutenir elles-mêmes.

Les nombreux montissels de Belle-Ile fournissent , à ceux qui soutiennent que les grottes et les dolmens étaient enfouis autrefois, un bon argument de plus à l'appui de leur opinion ; comme aussi la chambre sépulcrale , découverte tout récemment sous la butte de Tumiac et qui n'a que trois supports , répond à l'objection des archéologues qui veulent voir des autels dans les dolmens sans allée couverte.

Après avoir parlé des monuments druidiques dans les diverses peuplades du Morbihan , je crois devoir dire quelques mots sur les instruments et sur les ornements que des fouilles heureuses nous ont fait découvrir dans les tombeaux celtiques. Nous devons parler aussi des témènes que nous regardons comme une erreur de l'abbé Mahé. Ce docte chanoine veut que tous les peuples d'une origine commune aient conservé , malgré leurs migrations^ malgré leurs mélanges avec les autres peuples et sous toutes les latitudes , les mêmes coutumes, les mêmes usages et les mômes monuments. Aussi, ce littérateur distingué cite Homère ou Virgile , Moïse ou Hinutius Félix, Dion Cassius ou Prévost, pour prouver que les monuments de l'Armorique avaient les mômes destinations que les

monuments analogues de TEgypte , de la Grèce et de la Tartarie. Cette maaière de raisonner par analogie me semble vicieuse. Depuis le déluge , tous les peuples paraissent être sortis des bords de TEuphrate et du Tigre, et pourtant nous trouvons chez tous, et surtout en raison des climats , des usages différents et des monuments variés pour les formes et pour les destinations. Souvent môme les peuples changent avec le temps leurs coutumes. Ainsi dans les grottes que nous ouvrons , nous trouvons tantôt des squelettes entiers et tantôt des cendres humaines. Il est cependant à peu près certain que toutes ces grottes sont dues au même peuple , puisqu'elles portent les mêmes caractères, qu'elles présentent les mêmes formes et qu'elles servent aux mêmes usages.

Quand M. Mahé, lisant dans V Histoire des Voyages de Prévost, des descriptions de lémènes entoures de rejets de terre , en Tartarie et en Sibérie, en conclut que les Vénètes avaient des témènesj il a tort, car autant vaudrait dire qu'ils avaient aussi des temples, puisque les Egyptiens , les Grecs et les Romains en avaient. Avec cette manière de raisonner , l'abbé Mahé en était venu à méconnaître dans le Morbihan tout ouvrage militaire , tout retranchement , et ù prendre d'anciennes clôtures pour des enceintes de témène. Je ne parlerai pas ici des témènes enceints de fossés , mais je vais dire un mol des témènes entourés de menhirs.

Entre Vannes et la Chesnaie , et tout près de ce dernier lieu , on trouve un menhir entouré de pierres ; mais éludiez avec réflexion cette prétendue enceinte sacrée, et vous ne larderez pas à reconnaître que la destruction armée a passé là , et que ce sont les débris du menhir qui forment le chromlec'h et par conséquent le témène. Au delà de la Chesnaie , un menhir brisé a vu répandre autour de lui les éclats de sa partie supérieure ; voilà encore un témène expliqué.

Entre Penher et Kerbistoret , en Plœmeur , on observe sur un ^umulus ce que l'abbé Mahé appelait un demi-dolmen; tout autour

du tumulus on trouve des pierres disposées encercle; mais un examen sérieux fait bientôt reconnaître que le demi^dolaien n'est qu*un dolmen ruiné de fond en comble , dont les débris ont roulé de tous les côtés , les uns jusqu'au bas de la butte et les autres à différents points de cette butte. Encore un témëne et un cromleo*h dus à une destruction.

Voyons maintenant le témëne par excellence que l'on trouve au village de Kergonan , dans l'Ile-aux-Moines. Je ne puis voir là , je l'avoue, qu'un cimetière dont les tombes ont été disposées en rond, comme elles le sont en long à Carnac. Il y a oromlec'h , mais rien ne me prouve qu'il y ait témène.

Les Druides n'avait ni temples , ni idoles; ils n'adoraient qu'un seul Dieu^ avant la conquéie romaine du moins; ils sacrifiaient à ce Dieu , sur des autels bruts , des victimes de toutes sortes ; mais ils ne se servaient jamais des métaux dans ces sacrifices, et re* jetlaient surtout le fer comme impur. Cette proscription du fer tenait peut-être à ce que ce métal s'oxide plus que tout autre au contact du sang. Leurs couteaux sacrés que nous nommons Celtse étaient toujours façonnés dans la pierre. On a trouvé des couteaux dans toutes les peuplades, tantôt isolés, tantôt en groupes. On vient d'en recueillir trente dans la seule grotte de Tumiac.

Piquants d'un bout, tranchans de l'autre, tous les cellae sont propres à la destination qu'on leur assigne. Plusieurs ont é:é évidemment emmanchés, et quelques-uns sont assez volumineux pour avoir servi de haches, et assez forts pour avoir abattu les plus puissants animaux. Un des celi» trouvés à Tumiac , a 45 centimètres de longueur, et pèse 2620 grammes.

Les celtas sont ordinairement taillés dans le granit et dans le silex; mais on en trouve aussi en jade et en trémoline dure , et tous sont polis avec une rare perfection.

On a trouvé dans des tombeaux vénètes des colliers et des braceleLs d'or, comme aussi des colliers et des bracelets k grains

d'agalbe, de jaspe otde quartz ; c'est qu'autrefois on inhumait les morts avec les objets et les bijoux les plus précieux. Cet usage a dû exciter bien des convoitises à la violation des sépultures.

Une des recherches les plus iniéressanles à faire , serait celle qui aurait pour objet de découvrir les fonctions et les rangs occupés dans la société , par les morts dont on fouille les tombeaux , suivant la nature des objets qu'on trouve auprès d'eux , suivant que leurs ossements sont entiers ou calcinés, suivant enGn la position que ces restes mortels occupent dans la grotte. Ainsi les celtae pourraient marquer que le mort avec lequel ils ont été enfouis était un sacrificateur, c'esl-a-dire un Druide ; des armes indiqueraient pro** bablement un guerrier ; des colliers d'or révéleraient des chevaliers, ou d«4 personnages opulents et de haut rang...

Puisque nous sommes dans le champ des hypothèses, allons plus loin :

On a trouvé dans la grotte , sous la butte de Tumiac, et dans la chambre de cette grotte, des ossements non calcinés, des celtœ et des colliers de jaspe. Ne peut-on supposer que là reposait un Druide; que les Druides n'éiaient point après leur mort, mais avant leur sépulture, livrés aux flammes, comme l'étaient les hommes des autres ordres; que les Druides portaient des colliers de pierres précieuses , que tandis qu'on déposait les cendres dans les allées, ou dans les gorges des grottes sépulcrales, seuls les restes des Druides étaient placés dans la chambre même; et qu'enfin le Druide enterré à Tumiac et dont le corps occupait un des côtés de la chambre, n'éiait qu'un sacrificateur de deuxième ou de troisième classe , le milieu de la chambre étant réservé au chef des Druides dans chaque peuplade? Ne peut on penser avec quelque rdison , que tout le monde ne pouvait aspirer à la grotte , et que beaucoup n'avaient droit qu'au menhir.

Toutes ces supposiiiuns sont sans valeur, je le sais; mais je les lance à dessein comme sujets d'étude, et pour provoquer la critique, parce que la critique sérieuse fait progresser la science.

J*ai parlé , Messieurs , de tous les genres de monuments celtiques que le Morbihan possède ; j'ai établi devant vous des discustions sérieuses sur les diverses destinations que les archéologues leur ont assignées ; et j'ai développé quelques opinions nouvelles , sur lesquelles j'ose appeler votre attention et votre examen.

La carte achéologique que j'ai dressée pour le Morbihan, et que tout antiquaire est apte à rectifier et à compléter , suivant ses connaissances locales et suivant se» vues ^ est, croyons-nous, une idée nouvelle qui , si elle se généralisait en Bretagne , pourrait nous

conduire à des résultats qui ne seraient pas sans importance pour l'étude de son histoire , dans les temps anciens ; mais il faudrait que les archéologues des départements voisins voulussent bien diriger leurs recherches, dans le sens suivant lequel nous avons opéré les nôtres , et c'est à vous , Messieurs , qu'il appartient de provoquer et de diriger ces recherches , si vous les croyez utiles.

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