CHAPITRE II
DE U YÉNliTIE PENDANT LA CONQUÊTE ROMAINE. .
J'arrive maintenant à la seconde partie de la tâche que je me suis proposée; partie bien plus ingrate que la première, puisqu'elle est toute de discussion, et que nous ne pouvons ici faire parler des monuments qui n'existent point. La conquête, Messieurs» détruit et ne fonde pas; elle ne laisse après elle» surtout celle de la Vénétie par César, autre chose que des larmes et du sang.
Vous aviez demandé , Messieurs , aux archéologues morbihannais , lors du congrès de Lorient , de vous signaler les monuments d'art militaire , dont on put rapporter l'origine à l'expédition de César contre les Yénètes , et personne parmi nous n'avait pu vous répondre. Je crains bien que cette année» au congrès que vous venez d'ouvrir à Vannes , notre impuissance à vous satisfaire ne soit la même , et pourtant cette question a été traitée, ex professa, dans un ouvrage plein d'attrait , de hardiesse et de conviction , par un littérateur de talent, un professeur distingué , mais qui malheureusement n'a pas vu par lui-môme les choses dont il parle , et n'est certes pas aussi versé dans les études archéologiques» qu'il l'est dans lesr études classiques.
Sans doute, le curieux ouvrage de M. Tranois doit avoir un grand succès dans notre province , où tout ce qui touche à notre histoire et à nos monuments éveille un vif intérêt; saasdQul^>
cet ouvrage bien écrit et qui présente des opinions nouvelles nettement posées et consciencieusement soutenues , pourra sati|faire les esprits intelligents qui n*auront ni vu , ni étudié sur les lieux les choses dont il traite ; mais je ne pense pas que les convictions de M. Tranois fassent naître beaucoup de convictions parmi les hommes sérieux qui ne se laissent pas entraîner par les séductions du style , qui veulent voir avant de croire , et qui visiteront ou auront visité avec soin Cenio, Holavre, Gavr'innis et Pen-Casld, où César a laissé , selon M. Tranois, des traces ineffaçables de son passage.
Quoique plein d'estime pour M. Tranois qui a laissé , parmi nous, les plus honorables souvenirs ; quoique pénétré du mérite littéraire et de la valeur scientifique de son œuvre , je ne puis (forcé que je suis par mon sujet même), me dispenser de combattre ici, avec rénergie qui naît d'une étude sérieuse et d'une entière conviction, ce que je crois voir dans cette œuvre d'appréciations erronées, d'affirmations trop hardies, de conclusions légèrement formulées, et d'impossibilités physiques.
Si M. Tranois était un homme sans mérite, si son œuvre était
sans importance , si les erreurs qu'il tend à consacrer étaient sans
portée, je me donnerais bien garde d'attirer l'attention sur lui et
de provoquer la discussion sur ses opinions; car je suis de ceux
qui pensent que la critique sérieuse ne doit s'attaquer qu'aux
hommes et aux choses de valeur; mais il n'en est pas ainsi du
système que M. Tranois a développé sur la guerre de César contre
les Vénèles. Ce système est simple, facile, et par là même en-
tiraînant; mais je le crois complètement erroné, et je duis l'attaquer
dans toutes ses parties; aussi, avant de commencer la discussion,
je prie M. Tranois de me pardonner une critique qui sera de ma
part aussi respectueuse que ferme, aussi bienveillante que franche,
mais qui doit être absolue sur un terrain que je crois être celui de
la vérité.
Arnicas Plalo , mag,\a ùxÀca Net\\a&.
Toute la partie archéologique de Touvrage de M. Tranois, manque d'une base solide , car il n'a rien vu par lui-même , si ce n'est Conlo. Il avoue, avec une louable bonne foi , qu'il ne parle de la chaussée de Goalabre et de celle de Gavernis ( deux ile^ dont il connaît mal le nom ), que sur des renseignements qu*il n'a pas contrôlés; et pourPen-Castel, dont il n'a qu*un souvenir confus, il s'en rapporte à la description de Cayot Délandre, qu'il n'a pas suivie cependant.
Vous voyez , Messieurs , que les erreurs qu'a pu commettre M. Tranois , s'expliquent facilement , et que s'il a eu le tort, fort grave en archéologie , de s'en rapporter à des indications et à des descriptions fournies par des hommes fort honorables sans doute , mais complètement étrangers aux études et aux délicates appréciations monumentales , au moins ces erreurs ne compromettent en aucune manière la rectitude de son jugement , qu'il n'a exercé ici que sur des données inexactes.
Quant à la partie systématique , elle me semble conçue et écrite sous l'empire d'une préoccupation qui pèche aussi par la base ; cette préoccupation , la voici :
La description que fait César des oppida des Vénèles , se rapporte au Morbihan , et ne peut se rapporter qu'à lui seul. Or, les Vénèles du Morbihan dont la marine était puissante , n'avaient pas de places plus fortes à opposera César que leurs îles, et c'est dans ces îles qu'ils ont dû se réfugier : donc, c'est autour de ces iles qu'on doit chercher les chaussées et les digues que César, comme il nous l'apprend , fut obligé de construire pour s'en emparer.
Si l'on objecte à M. Tranois que César ne parle pas d'iles, mais seulement de promontoires, M. Tranois répond : a Ungulis et promontoriis sont des expressions qui caractérisent on ne peut mieux les iles et les presqulles qui bordent les rivages du golfe morbihannais, et qui étaient devenu les oppida. »
C'est de cette opinion bien arrêtée , quoiqu'elle ue soU (oadéû
que sur une interprélalion forcée , que M. Tranois part pour arriver à des applications plus forcées encore ; car, après nous avoir montré César élevant des chaussées pour attaquer des îles situées à cent mètres du rivage , il nous le monlre bientôt construisant des digues de dix-huit cents mètres et plus , au milieu de courants dont nous connaissons tous Tirrésistible violence. Eh bien, pour prouver que ce ne sont pas des îles écartées que César a attaquées, et que la description que ce général donne des oppida des Vénètes ne se rapporte pas au Morbihan, je me contente d'opposer à M. Tranois , M. Tranois lui-même , car voici ce qu'il dit , page 26 :
n La plus grande partie des places étaient situées dans des îles, » mais dans âes îles où Ton pouvait parvenir à pied, ou du moins » d'une manière guéable au moment de la basse mer. Le général » romain qui d'ailleurs à l'époque de ces attaques avait très-peu » de vaisseaux, n'osait en faire usage, dans la crainte, nous » dit-il , que le reflux ne les laissât à sec. »
Ne trouvons-nous pas y Messieurs, dans ces deux phrases de M. Tranois , le renversement complet du système qu'il veut établir? car, en premier lieu, les îles situées à dix-huit cents mètres et plus de la côte , et où l'on ne pouvait parvenir à mer basse d'une manière guéable, n'ont point été attaquées par César, et dans ce cas, ce n'est pas lui qui a construit la chaussée de Gavr'innis, et encore moins celle de Holavre (vrai nom de l'îlot que M. Tranois nomme Goalabre). Les navires peuvent aborder ces îles à toute hauteur de marée , sans rester jamais à sec, du moins les navires que César avait à son service et qui marchaient a la rame.
En second lieu, César n'ayant avec lui que quelques navires , on ne saurait admettre que le théâtre des sièges entrepris par ce conquérant fut le Morbihan même.
En effet, comment supposer que quelques vaisseaux romains aient pu pénétrer dans celte mer fermée, si bien gardée , du reste,
par une flotte de deux cents vingts voiles; enGn, comment admettre que ces quelques vaisseaux aient séjourné plusieurs mois dans le Morbihan , le sillonnant en tous sens , de Port-Navalo à Conlo, de Conio à Holavre, de Holavre à Gavr'innis, sans avoir été pris, détruits ou brûlés par les Vénètes maîtres de celle mer.
Après avoir passé la Vilaine , César s*est trouvé chez les Vénètes et a été forcé d'attaquer les oppida de la cote , depuis Billiers jusqu'à Arzon , afin de préparer à la grande flotle qui devait plus tard le rejoindre, des abris et des ports de refuge qu'elle n'eut point trouvés sur une cote insoumise. Or, César a dû rencontrer sur cette cote de quoi l'occuper au moins quatre mois, s'il a été forcé de faire le siège de tous les promontoires, de toutes les langues de terre, de tous les îlots détachés qu'on y rencontre. Ces caps et ces îlots bordés de rochers qui découvrent à mer basse , offrent bien toutes les difficultés dont parle César, et qui faisaient courir aux quelques vaisseaux qui l'accompagnaient des dangers sérieux.
Mais, admettons un instant que les convictions de M. Tranois soient fondées , et que ce sont bien les îles et les presqu'îles du Morbihan, que César désigne comme les ayant attaquées et prises ; nous sommes forcés alors d'étudier avec soin les chaussées et les digues dont M. Tranois fait remonter l'origine à ce conquérant, et c'est ce que nous nous empressons de faire.
Nous nous arrêterons d'abord à Conlo , « où Ton remarque, dit » M. Tranois, les traces d'un vieux campement, un oppida sans » doute, * et où subsistent encore, dans presque toute la traversée, » les assises d'une chaussée enlevée par les eaux depuis plusieurs » siècles. Le service de Conlo à Vannes et autres lieux voisins se » fait en bateau avec la plus grande facilité ; d'un autre côté, on peut
* A l'exemple de M. Tranois , je fais le mol oppida invariable , quoique je BHche bien qu'en latin ce mot soil le pluriel d'oppid im. J'agis, à son égard, comme on le fait à Tégard des mots celtœ et tumulus qu*on emploie , soit au singulier, soit au pluriel, sans on changer les désinences.
» en sortir et y entrer à pied au moyen d'un petit sillon en pierres, » qui traverse le passage du nord au sud. Il a donc fallu, pour en- »> treprendre une construction aussi dispendieuse que celle dont on M retrouve les traces , un motif d'intérêt public, et la guerre faite » par César aux Yénëies, vient nous la faire connaître. »
J'aurais ici bien des objections à opposer à M. Tranois; mais jo me borne à en établir quelques unes qui suffiront et au-delà à démontrer que d'autres causes d'intérêt public que la guerre , ont dû faire entreprendre cette énorme chaussée de moins de quatre mètres Je largeur, et de plus, à vous prouver, Messieurs, l'impossibilité que ce soit César qui ait élevé cette chaussée.
Tout le monde sait ici que les abords de Vannes , soit par l'ancien, soit parle nouveau cbenal, sont impraticables à marée basse; tout le monde sait aussi que tous les habitants des îles du Morbihan, aussi bien que ceux de la presqu'île de Langle, passent à basse mer, par l'île de Conlo, pour venir à Vannes, et qu'on ne trouve aucun abord possible ailleurs pour les bateaux, la côie étant partout encombrée de vases qui en rendent les approches impossibles. .
Voilà , je pense, un motif d'utilité publique suffisant pour faire établir une chaussée entre Conlo et la terre ferme. Je n*ai pas besoin , comme le fait M. Tranois, de faire intervenir ici un intérêt privé qu'il serait facile cependant d'établir.
Ainsi, de Langie à Conlo, un batelier trouve à gagner son pain quotidien , seulement en exploitant les besoins de cette chétive et pauvre population do la presqu'île de Séné; et pourquoi le propriétaire de Conlo n'eut-il pu établir une chaussée et un droit de passage sur cette chaussée , qui sert , non seulement aux habitants de la presqu'île de Langie , mais à tous les habitants des îles et à beaucoup de riverains du Morbihan?
Je serais assez disposé à croire que l'ile de Conlo a pu ap* pMenir autrefois aux moines de Bo^dvc ^ c\ui couvaient bien y
élever de jeunes taureaux , puisque M. Tranois prétend que Conio, en transformant u en n» et eau en o , veut dire ile des jeunes taureaux, et que ces religieux ont bien pu établir la chaussée et exiger un droit de passage.
Maisjen*ai point à désigner -ici Tauleur ou les auteurs de la chaussée de Conio; j*ai seulement à prouver que ce n*est pas César qui Ta construite, et pour cela, il me suffit de jeter les yeux sur la seule assise de pierres qui existe encore.
Cette assise est régulière, de même largeur partout, et tirée au cordeau dans toute sa longueur. Est ce là, je vous le demande, un ouvrage militaire ou un ouvrage civil? Est ce en présence d'un oppida, d'un camp peuplé d'ennemis qu'une armée exécute des travaux réguliers?
Je ne crois pas plus à Toppida que M. Tranois place à ConIo, qu'aux deux témënes que M. Mahé veut y voir. Des parapets en terre , élevés de deux pieds et demi , ne peuvent convenir qu'à des clôtures, et de nos jours, on en élève a Conlo rième do semblables. Je sais bien que ces parapets ont dû eire plus élevés autrefois, ei que le temps les a affaissés; mais la largeur des fossés qui régnent autour de ces parapets, prouve que leurs dimensions, en largeur et 60 hauteur, n'ont jamais dépassé ceux des talus de nos champs.
La chaussée de ConIo n'a rien de romain; elle était inutile pour César qui n'avait personne à combattre dans ceUe ile; et dans tous les cas, si César avait eu là un ennemi à attaquer, il eut entassé des terres et des pierres pour refouler la mer, sans s'inquiéter, la moins du monde, de symétrie et de régularité.
Passons maintenant à la chaussée de Hulavre , que M. Tranois heureusement n'a jamais vue: je dis heureusement^ parce que Terreur dans laquelle il a été entraîné n'est pas la sienne, et que, pour l'attaquer, je me sens les coudées plus franches.
Quoi qu'on ait pu dire à M. Tranois touchant la chaussée de Holavre, j'ose affirmer que César, pas plus que peTSOiiw^,vC%.Vi«^^tL-
diquerune seule pierre dans sa construction, car c'est une chaussée naturelle ; et, dans le cours de mes voyages , en qualité de chirurgien entretenu de la marine de TËtat , j'ai eu occasion de voir des chaussées du même genre, formées de rochers entassés et affectant des dispositions tantôt allongées et tantôt circulaires. Ouvrez , Messieurs, le Pilote français de M. Be^utemps-Baupré , et vous verrez, sur la carte du Morbihan, la chaussée de Holavre désignée comme un plateau de roches qui couvre et découvre suivant les marées ; vous verrez qu'à l'extrémité de la chaussée, on trouve immédiatement 38 pieds d'eau , au niveau des plus basses mers observées. Le banc est acore, comme on dit en marine.
Ce banc eu chaussée de Holavre marche droit au N. E. , vers le cap do Peu Boc'h, où M. Tranois voit une tôte de pont à proléger, dans les ruines romaines qu'on y remarque. C'est donner à cette chaussée un développement de 3^000 mètres! Où sont les carrières qui ont fourni les matériaux de cette immense chaussée? Dans cette direction , la chaussée de Holavre rencontrait les iles de Logoden, M. Tranois en a-t-il trouvé là quelque trace ?
Mais, admettons que la chaussée fit un coude pour rejoindre la pointe d' Arradon ; alors , elle coupe directement les courants de la rivière de Vannes, et M. Tranois lui-même juge la chose impossible , car il dit : « Du promontoire où attère aujourd'hui le bac » du passage^ il serait de toute impossibilité, à cause des cou- ») ranls, d'élever une chaussée quelconque pour arriver à l'Ile-aux- » Moines; il y avait donc une raison décisive pour que le général » romain tournât tous ses efforts contre l'île de Goalabre. »
Mais , quelle différence y a-t-il donc entre le courant près de Holavre et le courant près de l'Ile aux-Moines ? N'est-ce pas le môme volume d*eau lancé dans la même direction, dans les mômes espaces et sur les mômes profondeurs?
Enfin , qu*est ce que César va faire à Holavre , rocher sans eau et sans aucune importance, éloigné d'ailleurs de plus de daux cents
mètres de TUe aux-Moines? Entre ces îles on ne trouve pas trace de chaussée. Il était aussi facile, ou du moins il n*était pas plus difficile à César, d*aller directement de la pointe d'Arradon à la pointe de Tlle -aux-Moines par la Truie, que d*aller chercher Holavre par de plus grands fonds , et c'était bien plus court.
Mais laissons Holavre , passons à Gavr'innis où nous allons encore trouver une chaussée que M. Tranois ne connaît que par des rapports. J*ai passé en canot, le 16 mai dernier , de Gavr*innîs à Larmor-Baden, sans pouvoir observer cette chaussée que j'avais le plus grand désir de voir; mais admettons-la', et demandons à M. Tranois quelle preuve il a qu'elle est due à César ; M. Tranois répond : <c Cette chaussée est un immense travail qui n'a pu être » entrepris que dans un but du plus haut intérêt , et quel autre but » que celui d'une conquête eut pu motiver* des travaux et des dé- » penses considérables? La valeur de l'île de Gavr'innis est bien » loin d'approcher des frais qu'a dû coûter une pareille construc- » tion; donc, certainement cette chaussée est encore une de celles » que César nous dit avoir construites pour l'attaque des îles vé- » néiiennes. »
Mais, doit-on mesurer toujours l'importance des travaux à la valeur des lieux? D'ailleurs, en raisonnant ainsi , on arriverait faci* lement à transporter le théâtre de la guerre, du Morbihan sur les bords de l'Etel , où l'on voit des chaussées énormes dues à des efforts tellement gigantesques, que nos paysans les disent surhumains, et qui ne sont nullement en rapport avec la valeur vénale des îles qu'elles relient à la terre? J'aurais même a montrer deux chaussées vraiment romaines , élevées à Noslang par les Romains , dans des lieux sans importance actuelle.
Revenons à la chaussée de Gavr'innis , à laquelle je veux bien croire sans l'avoir vue , et de laquelle je ne puis parler que sur la description qu'en donne M. Tranois, d'après les pêcheurs de Locmiquel ot ceux de Lârmor.
« Dans les plus basses marées, la chaussée découvre jusqu'aux » trois quarts du trajet entre les deux terres, et vers le milieu, il y )» a une coupure qui semble avoir dû autrefois être recouverte d'un )' pont. »
Cette coupure recouverte d'un pont, ne suffit-elle pas, pour prouver que cet ouvrage régulier n*a pu être opéré par César, en présence des combattants de l'île , et de la formidable flotte des Vénëtes qui, de jour comme de nuit, à la marée haute comme à la basse mer, aurait in(]uiéié les travailleurs romains et détruit leurs labeurs, ne fut-ce qu*en conGant des poutres aux rapides courants qui régnent dans ces parages. Ce n'est pas en quatre mois que la chaussée de Gavr*innis eut pu être faite, surtout dans les conditions où devait se trouver César. Comment admettre que les Romains, après avoir terminé une des piles ou culées du pont, aient pu établir une secoade pile à plusieurs mètres de la première, et transporter les matériaux pour la construction de la chaussée au-delà de la coupure ménagée? Cette coupure seule nous ditqn'oa a travaillé à ceUe chaussée et du côté de la terre et d i cô é de Tiie.
El, croyez-le bien, Messieurs, si Ton a travaillé des deux côtés, c'est que des deux côiéi il y avait un puissant intérêt à le faire... En effet, on sait qu'un monastère existait autrefois à Gavr'innis, et que les ruines d'une chapelle se voyaient encore dans cette île, il y a moins de 30 ans. Un crucifix en cuivre ciselé , de style byzantin, trouvé dans les ruines du monastère, et qui date certainement du onzième siècle , prouve que ce monastère existait dès cette époque. Or, dans ce siècle où la foi était vive et faisait des miracles, où les besoins religieux étaient comptés avant tout et satisfaits les premiers, les nombreux habitants de ces côtes n'oni-ils pas dû chercher à établir des rapports faciles entre Tile et la terre? Ne sont-ce pas eux qui, connaissant la violence des courants, ont ménagé volontairement une voie à ces courants? Ne sont*ce pas eux enâo qui, libres des deux côtés, encouragés et secondés parles
religieux , ont établi le pont qui surmontait la chaussée que, malgré tout leur zèle et tous leurs efforts , ils n'ont peut-être jamais ter* minée, puisqu*il n'en reste pas trace du côté d<i Tile.
La chaussée de Tlle-de Saint-Cado qui est aussi une œuvre gi* ganlesque, qui est aussi coupée et surmontée d'un pont, et qui certes a occasionné plus de frais que l'île ne vaut, est due aux mômes besoins et au même zèle religieux.
Avant de suivre M. Tranois dans la presqu'île de Rhuys, je crois devoir vous dire un mot sur la découverte de pièces romaines opérée au Major. M. Tranois déplore la perte de ces pièces , vrais trésors pour l'histoire , parce qu'il croit qu'elles pouvaient être propres à expliquer bien des choses Sans doute, la disparition de ces pièces est un fait regretlable, mais leur découverte au Major n'était propre qu'à faire constater le séjour des Romains dans cette presqu'île , qu'ils ont probablement forûGée eux-mêmes, comme moyen de domination après la conquête. Les pièces trouvées au Major portassent-elles toutes l'effigie de César, ne sauraient prouver que les fortifications qu'on y remarque , aient été élevées par les Vénètes , ni qu'elles aient été occupées par les soldats de César avant la bataille navale qui a soumis à ce conquérant la Yénétie domptée , et c'est la seule chose qu'il faut prouver ici.
Préoccupé de l'idée que le golfe morbihannais avait été le théâtre de la guerre relatée dans César, M. Tranois fait commettre à ce général une faute militaire impardonnable , dont il ne trouve certainement pas la trace dans les commentaires ; ainsi il dit :
« n ne peut être douteux que l'attaque de César ne se fit simul- » tanéfflent sur les deux côtés du golfe. »
J'en demande bien pardon à M. Tranois; mais le fait qu'il affirme me paraît très-douteux.
César, que M. Tranois place dès le début de la guerre au centre de la Yénétie , dans une contrée cù toutes les forces des Vénètes et de leurs alliés étaient réunies, était certes un général Xio^Wcsàft
pour exposer son armée en la divisant. Maîtres de la mer, les vaisseaux vénëtes pouvaient transporter toutes les forces delà république à Pen-Castel , par exemple , y écraser les troupes romaines isolées sur ce point, et ramener ces forces à Gavr'innîs , pour écraser à son tour César, fort occupé dans un siège difficile , et livré à des opérations gigantesques.
Avant de vous parler. Messieurs , du fameux combat naval entre Brutus etles Yénëles; avant de décider, si c'est possible , le lieu où il fut livré , je dois vous occuper un instant des fortifications de Pen-Castel, ou plutôt de la pointe de Saint-Nicolas, dont Cayot Délandre a fait un camp romain et M. Tranois un oppida vénëte. Les deux opinions sont émises sans hésitation et les deux convictions sont absolues.
Ainsi , Cayot Délandre dit : « Il est évident pour moi que cet » ouvrage n'était autre chose qu'un retranchement qui se trouvait » en rapport avec la voie romaine de Port-Navalo , et le nom de » Pen-Castel que porte le moulin m'en fournit une preuve. ^
De même , M. Tranois soutient « que ce sont bien là des travaux » gaulois, et la description que donne César, dans ses commen- » taires , de la manière dont nos ancêtres construisaient leurs for- » tifications, ne laisse aucun doute à cet égard. En effet , l'historien » romain dit : Duplici allissimo muro munierant. »
Laquelle accepter de ces deux affirmations? Ne serait -il pas prudent d'attendre que des fouilles nous aient édifiés sur la nature des fortifications du promontoire de Saint-Nicolas? Le voisinage d'une voie romaine et le nom de Pen-Castel ne me suffisent pas pour accepter sans examen l'opinion de Cayot Délandre, comme aussi la circonstance d'une double enceinte ne me parait pas assez décisive , fut- elle exacte , ce qui n'est pas , pour me ranger à l'avis de M. Tranois. Car César, au livre î^^ de ses commentaires , cite un oppida gaulois qui n'avait qu'un mur simple ; il cite au livre II un oppida qu*on ne put prendre à cause de l'élévation de son mur;
- ss —
61 onlÏQ au livra VII, on voit un oppida dool l'enueinte était protégée par des tours ; cl cola prouve , il me semble , qu'une double ancoiate ne suffit pas pour caraclériser un oppida gaulois.
Le 21 et le 22 juillet 1833 , j'ai visili' avec plusieurs personnes éclairées (M. l'Ingénieurenchef, M.Taslé, M. Louis Galles , etc.),' les fortiScatioQs de Pon-Caslel, qu'on nomme dans le pys Pointe de Saint-Nicolas. Nous avons tous reconnu que cei foriiËcalions n'étaient ni gauloises , ni romaines , el (]u'elle$ ne forniaient qu'une simple enceinte. La presqu'île est complblement coupée par un rejet de lerre énorme, couronné d'un mur d'un mètre soixante cenlimèlres d'épaisseur. Uu mur, simple aussi , enlourail toute l'exlrémilé du cap , à la pointe duquel se remarquaient les ruines d'une chapelle el de nombreux bàiimeuts, dont les murs d'un mètre d'épaisseur, et ruinés à raz-ierre, portaient le cachet du moyenâge. Dans les ruines des murs d'enceintb du cap , on trouve, mais seulement à leur ba^e, des tuiles à rebord , jelées sans ordre , et j'y ai trouvé, avec M. Louis Galles, un morceau de verra , une poterie romaine brisée, et les débris d'un irès-peiil pot relativement récent. En dehors de l'enceinle fortifiée , j'ai remarqué les ruines d'un autel druidique complèiemenl brisé. Il est donc loisible de penser que les gaulois d'abord et que les Romains ensuite ont occupé autrefois le cap Saint-Nicolas ; mais on doit convenir que les fortifications dont nous voyons les ruines de nos jours , ne sont ai romaines ni gauloises , et que selon toute apparence elles sont du moyen -âge. Je ne puis décider cependant si elles sont dues aux Templiers , comme on le croit dans le pays , ou aux Espagnols qui ont séjourné dans notre déparlement, au temps de la ligue. Quant aux. ruines à l'exlrémité du cap, elles paraissent avoir appartenu à ■une communauté, probableraeni de templiers.
Perlons mainlenanlde la bataille navale qui , selon !H. Tranois, jurait eu lieu à l'entrée du Morbihan.
Je ne m'arrfllerai point ici à disculer sur la \8\&ut 4ft tftT\à\Ti,%^
expressions du texte de César; car les discussions grammaticales ne sont bonnes qu*à embrouiller les questions. J*irai droit au fait» et je Vais prouver à M. Tranois que le combat naval est impossible là où il le place.
1" ixpossiBiLiTfi. — César, d'après M, Tranois, a pris Gavr'innis et le Major; il se placera donc ou sur Tile , ou sur la presqu'île pour bien voir; mais dans un lieu comme dans Tautre il ne verra rien , ou verra fort mal , car d'une part l'Ile- Longue , et d'autre part rile-Renaud et les deux îles du Grand et du Petit Veizit , lui déroberont la vue du combat...
S* iHPOssniiLiTÉ. — '< Mais, dit M. Tranois, César devait oc- » euper l'Ile Longue. » Et comment César aurait-il pu s'emparer de cette tle autour de laquelle on ne trouve pas trace de chaussée. Sans chaussée et sans flotte, comment Céi;ar a-t-il pu prendre l'Ile- Longue , en présence d'une flotte de deux cent vingts voiles?...
3« iMPossiBiLiTfi. — César dit que des que sa flotte fut aperçue de l'ennemi, deux cent vingts environ de leurs vaisseaux , parfai* tement armés et équipés , sortirent du port et vinrent se placer de* vant les galères romaines. Or^ en plaçant le combat naval dovant Locmariaquer, M. Tranois intervertit les rôles des deux flottes, car, d'après lui, ce sont les galères romaines qui vinrent se ranger devant les vaisseaux vénètes, surpris au port môme, là où de nos jours mouillent encore les grands navires.
4* IMPOSSIBILITÉ. -— Le combat naval dure au moins quatre heures , au milieu d'une passe où régnent de violents courants. Dès le commencement de l'action le vent mollit : or, dans ces conditions, les navires vénètes dépourvus de rames , doivent être entraînés en dérive, qu'il y ait flux ou qu'il y ait jusant, et l'action engagée devant César doit se terminer loin de lui.
5« IMPOSSIBILITÉ. — Les Romains armés de faux coupent les
manœuvres , déchirent les voiles , et font tomber les vergues des
navires vénètes qui , privés de \euTS «içc^% ^\ %\\!W\\\fe v&dément par
plusieurs galères romaines, sont pris à l'abordage... a Epouvantés et ne trouvant , dit César, nulle ressource contre ce genre d'attaque, les barbares détournent leurs navires et prennent la direction du vent, lorsque tout-à coup il survient un calme plat qui leur rendit tout mouvement impossible. ... »
Comprenez-vous , Messieurs , tout mouvement impossible , au jusant d'équinoxe, devant l'entrée du Morbihan !... tout mouvement impossible a des navires dégréés , là où de nos jours nos meilleurs vaisseaux, aidés d'une brise favorable , pourraient à peine refouler le courant!
6^ IMPOSSIBILITÉ. — Dion Casius dit : «Tous ceux (les navires » vénëîes) qui restaient à sec étaient, faute de défenseurs, traînés » sur la plage. » Et M. Tranois dit, par la bouche de M. Ripault : « La mer se retirait, et plusieurs vaisseaux dépourvus de leurs » marins blessés ou tués, restaient presqu'à sec sur là grève, et » alors les Romains les tiraient du côté de la terre. » Or, quels sont les fonds qui restent à sec , ou presque à sec sur le lieu que M. Tranois a choisi pour le théâtre du combat naval? Prenez, Messieurs, une carte marine, et vous verre^s que les plages qui découvrent en ce lieu , se trouvent, d'un côté, entre les deux îles Veizit, et de l'autre, devant Locraariaquer. Il faut donc, pour que les soldats de César aient pu tirer à terre les vaisseaux vénètes échoués, supposer que Cévsar se soit emparé des îles Veizit où l'on ne voit pas trace de chaussées , ou de Locmariaquer, ce qu'on ne peut admettre.
Comme vous le voyez, Messieurs, il est impossible, historiquement et physiquement impossible , que le combat naval ait eu lieu à l'entrée du Morbihan.
J'ai combattu avec une certaine énergie les opinions de M. Tranois, Messieurs, parce que je crains que ces opinions présentées avec les caractères d'une conviction éclairée, ne faussent les idées du public intelligent qui croit souveuv %ati% no\i^ ^\ tA ^\v-
sacrent ainsi des erreurs que vos réunions ont surtout pour but de prévenir et de redresser ; mais je ne crois pas avoir outre-passé les bornes d*une critique honnête , la seule qui soit permise avec un homme du caractère et du mérite de M. Tranois.
Maintenant, Messieurs, permettez-moi défaire avec César la guerre aux Vénètes, mais en commençant tout d*abord par essayer de résoudre une difficulté qui a divisé bien des archéologues : je veux parler du fameux Mare conclusum, expressions qui forment ici une question préalable importante.
L*épithète de mer fermée est fausse en tout cas , que César ait entendu rappliquer à la Méditerranée ou au Morbihan , car ni Tune ni l'autre de ces mers n*est fermée ; ce n*est donc que sur un lapsus plumœ, sur une expression vicieuse , que le débat est établi depuis longtemps.
Par ces mots : Mare conclusum^ César a-t-il voulu parler du Morbihan , ou a-t-il placé ces expressions avec une intention ironique dans la bouche des Vénètes , pour désigner la Méditerranée ? Pour moi, j*adopte cette dernière manière de voir^ que je soutiens par les considérations suivantes :
César n'avait pas de Hotte, et pour combattre un peuple trësexercé dans la marine, il était forcé de faire construire un très-grand nombre degalères. Ces galères, construites sur la Loire, ne devaient marcherqu'àlarame. Or, pour lutter, avec de tels navires, contre les vaisseaux des Vénètes , qui manœuvraient parfaitement à la voile, Tunique ressource , comme le dit César lui-même , était de l'emporter par l'agilité et le rapide mouvement des rames. Il fallait donc se procurer des rameurs éprouvés, et c'est ce qu'ordonna César à Crassus , en lui recommandant de faire venir des rameurs de la Provence dont les marins étaient renommés , surtout ceux de Marseille. Quand on traduit rémiges ex provindâ institui, par former des rameurs dans la province , on traduit mal , et je le prouve :
D'abord exprovincid ne veut pas dire dans la province, mais bien de la province. L'Anjou, oùla septième légion romaine était en quartier d'hiver, n'était pas une province romaine ; César ne pouvait donc pas commander à Crassus de former des rameurs dans la province, en parlant du pays des Andes. Quand on voulait désigner une province quelconque de l'empire , on ajoutait le nom spécifique au nom générique , et quand on employait seul le mot provincia , on entendait la Provence, qui était la province romaine par excellence dans les Gaules. Enfin , Crassus ne pouvait former des rameurs avant qu'il eût des galères ; ainsi , faire dire par César à son lieutenant de former des rameurs avant qu'il eût des navires , c'est faire commettre à ce général une étourderie dont il n'était pas susceptible.
De ce que la flotte romaine était montée par des marins proven* eaux , je conclus que l'épitbète de mare conclusum doit s*appliquer à la Méditerranée , car alors les Vénè'es pouvaient dire avec raison, qu'une navigation à la rame était bien autrement difficile dans le vaste Océan, ouvert de toute part, que dans la Méditerranée qui est une mer fermée *, sans flux ni reflux , où l'on peut sans danger raser la terre partout, l'aborder en tout temps, hâler sans risques les galères sur la côte.
Le danger que César fait surtout ressortir dans TOcéan, et qui paraît l'avoir le plus frappé^ c'est l'alternative des marées qui , comme on le sait, est inconnue dans la Méditerranée. Le Morbihan éprouvant des flux et des reflux comme l'Océan, ne pouvait être pour César une mer fermée.
Pour les Vénètes, les rameurs provençaux étaient des marins d'eau douce, comme on dirait de nos jours; ils devaient penser que sur l'Océan dont ils ne connaissaient ni les côtes , ni les îles ,
Cicéron dit aqua conclusa, pour (au dormante ; César pouvait biea dire mare conclusum, pour mer dormante, c'est-à-dire saoïi flux ni reflux.
ni les bas fonds ; où les tempêtes sont fréquentes; où les vagues brisent avec fureur; où les ports sont rares; où les plages et les rescifs découvrent à mer basse; les matelots méditerranéens ne pourraient naviguer à Taviron, et ne sauraient, en cas de brise violente, abriter leurs faibles galères, et les tirer sur la côte hérissée partout de rochers et de galets, ou encombrée de vase, alors surtout que tous les promontoires et toutes les ties étaient occupés par des ennemis.
M. Ripault a traduit navigationem par tactique; c'est altérer le sens de la phrase ^ car ac longé aliam esse navigationem in concluso mari atque in vastiss^imo atque aperlissimo oceano perspiciebant ne peut dire autre chose que ceci : les Vénëles comprenaient bien que la navigation dans la Méditerranée est toute autre que dans le vaste Océan ouvert de toute part, c'est-à-dire sans abris. Pour désigner le Morbihan , César emploie le mot portas , parce que Ton y peut trouver partout des abris , qu'on y mouille partout en sûreté, et que d'ailleurs il voyait les vaisseaux vénètes y entrer et en sortir continuellement ; aussi , pour dire que les vaisseaux barbares sortirent du Morbihan, pour aller au-devant de la flotte romaine dès que cette flotte fut aperçue par eux , ce qui . certes eut lieu longtemps avant qu'elle fût parvenue au Morbihan, César dit : «' Nantes eorum paratissimœ , atque omni génère ar-morum omatissimœ, profectœ exPortu nostris adversœ cœisisterunt, » Leurs vaisseaux parfaitement armés et équipés sortirent du port, et vinrent se placer devant les nôtres. Le port c'est le Morb'han, car il n'est pas dans le Morbihan un port qui pût contenir deux cent vingts navires, envergués, prêts à partir.
Ces difiicultés écartées , suivons César qui part de l'Anjou » au
commencement de Toté, Tan 54 avant Jésus-Christ, laissant à Brutus
le commandement de la flotte en construction, ainsi que celai des
vaisseaux qu'il avait obtenus des peuples de la Saintonge et du
Poitou. Il deane à Brutus l'ordre, de \e Te\m4t^\e, ^Iwsi&t cessible
ehez les Vénëtes , chez lesquels il va s'engager à la léte de sas troupes de terre, suivi seulemeut de quelques navires alliés qui doivent lui servir à passer les fleuves et les bras de mer , et aussi dans l'attaque des oppida vénëtes placés sur des langues de terre qui s'avancent dans la mer. Arrivé à la Vilaine où commence le territoire vénè'e, quelle direction va-t-il prendre? Trois motifs puissants doivent le décider à se jeter vers la côte. Le premier, c'est que les ennemis ne tiennent point la campagne , et que, pour les trouver, il faut aller les attaquer dans les camps situés sur les caps, où ils se sont retirés avec tous leurs biens , et qu'ils ont retranchés en les coupant jusqu'aux eaux vives, de manière qu'aucun accès ne seit laissé aux gens de pied quand la mer est haute , ni aux vaisseaux quand la mer est basse.
Le second motif, c'est qu'il faut qu'il reste constamment en communication avec les quelques vaisseaux qui l'accompagnent , dont il a besoin pour assiéger les oppida , et qui ont encore plus besoin de lui qu'il n'a besoin d'eux , menacés qu'ils sont par l'approche répétée des vaisseaux vénètes.
Le troisième motif enfin, et celui-là est décisif , c'est qu'il faut qu'il enlève les camps retranchés sur les promontoires, pour préparer à la grande flotte qui doit le rejoindre des abris et des baies de refuge ; parce que cette flotte doit trouver d'immenses difiiculiés à naviguer sur une vaste mer, sujette aux tempêtes. La flotte de Brutus est son unique espoir pour terminer la guerre , car sans elle il ne peut atteindre ses ennemis qui passent de Toppida qu'il vient de prendre dans d'autres oppida qu'il devra prendre encore. Cette flotte de Brutus, si importante pour lui, a, d*ailleurs, bien d'autres dangers à craindre que ceux qMc lui préparent les marées, les tempêtes et les écueils; car elle a à combattre des vaisseaux solidement construits, admirablement équipés et montés par d'excelknts marins qui connaissent tous les dangers de ces mers, et sont exereés à les braver. Il faut donc (\\x^ CifesAx ^o\\ W^^^x^
pour protéger cette flotte, en recueillir les débris si la tempête la disperse, les soldats et les matelots en cas de défaite.
Pendant quatre mois , César s'obstine à entreprendre et à conduire à fin des sièges fatigants qui n'amènent rien de sérieux pour l'issue de la guerre ; mais, enfin , il se décide à attendre sa flotte qui, longtemps contrariée par les vents et par les dangers d'une navigation sur des mers inconnues, ne peut cependant tarder beaucoup à le rejoindre.
Ici vient naturellement cette question : Où s'arrête César pour attendre cette flotte?...
Nous avons vu que M. Tranois le plaçait à l'ouest et sur les bords du Morbihan ; d'autres archéologues l'ont placé plus loin encore vers l'ouest, au-delà de la rivière de Crach et même à Carnac.
Mais nous avons dit, Messieurs, et nous répétons que César, en quatre mois, n'a pu , sans flotte, s'emparer de toutes les 9es et de tous les promontoires où les Vénètes s'étaient retirés, et nous disons de plus que jamais ce général n'aurait commis la faute énorme de se couper à lui-même toute communication avec une flotte pour laquelle il avait tout à craindre et sans laquelle cependant, comme il avait dû le reconnaître , il ne pouvait espérer de terminer la guerre.
César doit donc attendre sa flotte à Test du Morbihan , dans la presqu'île de Rhuys où , en quatre mois , il aura eu de la peine à arriver, s'il a faille siège de tous les caps qui ont pu être retran* chés de la Vilaine au Morbihan.
Dans le cours de la discussion , j'ai relevé tous les détails du combat naval si funeste aux Yénètes , à la ruine desquels le génie romain , la fortune de César et les caprices du sort contribuèrent d'un commun accord et si fatalement. Je ne saurais d'ailleurs expliquer et commenter toutes les phases de ceue terrible bataille aussi bien que Ta fait M. le comte de Grandpré, capitaine de vaisseau, qui a traité ce sujet d'une mamëre svx^neute et en homme du métier.
Vous voyez, Messieurs, que loin de répondre à votre question en vous ciianl les ouvrages militaires qu'on pourrait faire remonter à la guerre de César dans la Yénétie, j*ai tout fait pour prouver qu*il n'en existait pas , là où Ton prétendait en voir. Mais, à ceux qui ont le loisir de les chercher, je dirai : Parcourez les côtes de rOcéan , de la Vilaine à Saint-Gildas , étudiez soigneusement les promontoires de Penlan , de Mur-Balise , de Kervoyal , de Pénerf , de Penvins, de Beglan , et si César a laissé sur le sol des traces de son passage , c'est là que vous devrez les trouver.