RUINES
Au R. P, Edouard Laurin, C.'S. C.
J’ai retrouvé la crypte au fond de l’hypogée; Et sous la pierre froide où la vie est figée, Où la poussière humaine a terni son linceul, Je n’ai pas ressenti la terreur d’être seul.
Mes pas ont réveillé cet éternel silence.
Au repos de la tombe ils ont fait violence; Et le noir ambulacre où la nuit se répand A refermé sur moi les ombres qu’il suspend.
A mes pieds j'ai vu fuir les nécrodes avides Réclamant un tribut aux cubicules vides.
Sans honte les vivants, en pieux défilés, Ont profané la paix des tombeaux isolés.
Pénétrant le sommeil des funèbres horaires, Le temps, qui dispersa les urnes cinéraires, A rompu le carrare et vrisé le granit, Vestiges émouvants des siècles infinis.
Ami, leur solitude est un profond mystère:
Evoquant du destin la prescience austère, Elle raille en l’effort l’aveugle humanité.
L'âme seule a des droits à l’immortalité.
Rome, 1908
ax