LA LUCIOLE
Au comte Mario di Carpegna, président de la F. A. 8. C.I., Rome,
Je ‘cuilletais un livre, un livre négateur,
Dont les phrases sapaient l’œuvre du Créateur.
Le jour fuyait déjà vers l’abîme des ombres,
Et mes regards montaient des mots, des lignes [sombres,
Jusqu'au ciel sans nuage où l’astre flamboyait.
Le limpide horizon, au lointain, rougeoyait.
Les murmures du vent bruissant dans les arbres, Les eaux de la fontaine égouttant sur les marbres, Les fleurs et les parfums, les oiseaux et les voix, Redisaient l’hosanna des ondes et des bois.
Le temple, le palais, la ferme, la chaumière,
Tout rendait gloire à Dieu, tout devenait prière.
Le livre niait l’âme et l’immortalité, L’espérance et l’amour, ces rayons de clarté;
Il niait l'existence et la bonté du Maître
En qui tout se repose, en qui tout doit renaître; Asservissant l’esprit au joug matériel,
Il écrivait: Nature! où le pâtre voit: Ciel!
Et l’ombre, lentement, tombait sur la vesprée.
La luciole ouvrit son aile diaprée Et s’éleva vers moi dans un rayonnement.
Elle vint sur le livre. Ainsi qu’un truchement
| Qui cache au voyageur la misère des villes,
Po:.r voiler à mes yeux les notions stériles,
Elle fit scintiller ses stigmates de feu
Partout, sur le feuillet, où vibrait le mot: Dieu !
Monte Pincio, Rome, 1908
5 Te Sc 2 AS