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pu engendrer celle de res mancipi? Au contraire, de la notion de maison, de foyer domestique, sont naturellement découlées, d’une part, celle de la famille, de l’autre, celle du patrimoine.
S2. — Etymologie du mot pecunia.
Les mots familia et pecunia pourraient être appelés complémentaires : lorsqu’on connaît le sens du premier, ilest facile de découvrir celui du second. Ces deux termes expriment certainement deux idées opposées, comme le dit Thering, note 28 de son ouvrage sur l’actio injuriarium : autrement, on ne les trouverait pas tantôt réunis, tantôt séparés dans les textes (v. p. 40). Si l’une signifiait res mancipi, l’autre signifierait res nec mancipi. Mais la /amiha étant le patrimoine dans son ensemble, on peut admettre a priori, et sauf contrôle, que la pecunia désigne les éléments du patrimoine considérés individuellement.
L’étymologie confirme d’une façon complète notre manière de voir. Sans doute, pecunia vient de pecus, troupeau, c’est-à-dire l’une des principales res nec mancipi. Alors, on a dit: le nom de la principale chose nec mancipi s’est étendu à toutes les choses de cette catégorie. Mais il n’y a là qu'une supposition. Et ne serait-il pas singulier que le nom même qui servait à désigner les res nec mancipi, les objets
souvent les moins précieux (1), fût en même temps synonyme de richesse ? Car dès une époque très reculée, le mot pecunia a certainement eu cette signification. Ne l’aurait-il pas dans les Douze tables ? Rien ne le démontre, absolument rien.
Ihering était beaucoup plus dans le vrai quand il disait : « Pecunia vient de pecus,la plus ancienne valeur mobilière. De là encore peculalus, c'est-àdire l’appropriation du bétail donné comme mulla et peculium : originairement le petit bétail des esclaves, plus tard le patrimoine ne Fair des personnes soumises à la puissance domestique (lequel ne pouvait être caractérisé que comme valeur, comme pecunia et non comme base domestique de leur existence, comme familia). Le mot pecunia et non /amilia est également employé pour désigner le patrimoine du peuple, car il n’a rien de commun avec la maison et la puissance domestique, il n’est aussi qu'une valeur (2). » Ces remarques sont fort justes, mais sans qu'il y ait lieu de faire aucune distinction entre les res mancipr et les res nec mancipi. Ihering a parfaitement aperçu le sens du mot pecunia; il l’a surtout mis en relief à propos du peculium, qui comprend indifféremment
(4) V. Supra, p. 14.
(2) lhering, l'Esprit du droit romain, traduct. Meulenaere, t. II, p. 151, note 209.
toutes sortes de biens, mais qui, à la différence de la familia, ne se rattache pas à une domus distincte, ne forme pas un véritable patrimoine (jus peculu), mais seulement un ensemble de biens.
Pourtant, par suite de quelle évolution les Romains sont-ils arrivés à substituer, sous le mot pecunia, l'idée de richesse à l'idée de troupeau ? Cela s'explique parfaitement. Les troupeaux ont pendant longtemps constitué lélément principal de la richesse à laquelle ils ont même fini par donner leur nom (1).
Il y a encore une autre explication plus simple et peut-être plus exacte. Pecunia vient de pecus numeratum, troupeau compté, c’est-à-dire richesse évaluée en troupeaux, en têtes de bétail. Quand le métal remplaça le bétail dans les transactions, on dut baser les estimations sur le rapport existant entre la valeur de chacune de ces espèces de biens : tant de livres d’airain valaient tant de bœufs ou tant de moutons. Ainsi, le métal se substitua sans difficultés
(4) Bréal et Bailly, loc. cit. Vo Pecunia : « Pecunia, Richesse, argent (primitivement richesse en bétail). Les anciens Romains expliquent pecunia par les lêtes de bétail qui étaient gravées sur les plus vieilles monnaies. Mais il est probable que pecunia à d’abord signifié «richesse en bétail, » puis d’une façon générale « richesse ». Par un changement en sens inverse, LOnHLATL
en grec moderne, désigne les animaux domestiques, les bêtes de
somme. »