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relations diplomatiques pour discuter des procédés de combat à employer. Si l'adversaire a préparé la guerre chimique et s'il se croit assuré d'en retirer des avanlages certains, il est bien évident qu'il ne voudra pas y renoncer.
Nous ne pensons pas que lemploi des gaz disparaisse dans les luttes de l'avenir. Diverses raisons d'ordre tactique, économique et politique nous font supposer au contraire qu'il est appelé à se développer.
Au point de vue lactique l'emploi des gaz de combat a malheureusement fait ses preuves. L'effet de ces pro- - duits est bien plus eflicace à certains points de vue que celui des projectiles ordinaires. Il est plus durable pour les gaz persistants que celui dû aux obus brisants ou fusants ; il est dangereux de stationner sur des terrains hypérilés pendant plusieurs jours encore après l'émission de ces produits, Avec les gaz de combat on peut atteindre les abris les plus profonds tandis que la profondeur de pénétration des obus ordinaires même employés avec des fusées à retard est toujours limitée. L'époque à laquelle les gaz ont apparu montre bien la nécessité à laquelle répondait leur emploi, Au mois d'avril 1915 les combattants venaient de s'enterrer et les explosifs élaient impuissants pour les atteindre dans leurs abris souterrains. Les gaz de combat agissent puissamment sur les facultés intellectuelles et cette propriété est d’une importance considérable pour l'action à exercer sur tous les centres du commandement. Il convient encore d'ajouter qu'ils constituent une arme d'une grande souplesse, la fugacité de certains d'entr'eux se prête fort bien à leur emploi offensif tandis que la persistance est
mise à profit pour la défensive,
Au point de vue économique ils ne procurent que des avantages. La matière première d’où ils sont extraits est abondante. Beaucoup sont à base de chlore, lequel est contenu en grande quantité dans le sel marin. I y a là une source d'approvisionnement intarissable, En outre presque {ous ces produits sont déjà utilisés dans l'industrie chimique, sinon tels quels, du moins sous des formes analogues. Les usines de matières colorantes, de produits pharmaceutiques, si nombreuses en Allemagne, sont familiarisées avec leur manipulation. M. le professeur À. Mayer du Collège de France a écrit : « Bien peu de chose sépare l'industrie des produits pharmaceutiques de celle des corps nocifs employés au combat (1) ». Il s'ensuit que l'industrie chimique peut jouer pour la préparation des gaz de combat le même rôle que l'aviation commerciale pour la préparation de la guerre aérienne. Pour supprimer d'un côté les gaz de combat et de l’autre l'aviation de guerre il faudrait interdire parallèlement l'industrie chimique et l'aviation commerciale, Reconnaissons qu'il eüt été impossible d'insérer dans le Traité de Versailles des clauses stipulant de semblables prohibitions pour contraindre l'Allemagne à renoncer à l’utilisation éventuelle des gaz et des avions de combat, Au point de vue économique il convient enfin de remarquer que l'emploi des gaz peut éviter d’accumuler un matériel d'armement coûteux en vue d'une guerre loujours possible, bien qu'il soit sans utlisafion en temps de paix. Des usines de produits chimiques outillées pour la paix peuvent devenir du jour au lendemain, sans grandes transformations, des usines de guerre.
(1) N° de l’Austration du 7 février 1925, p. 110, col. 2, La guerre chimique. Les enseignements de Washington et de Genève, p. E. R.
Au point de vue politique il faut compter sur l'état d'esprit d'un Etat gravement menacé par ses adversaires. Bien que lié par une convention interdisant l'emploi des gaz, il ne cherchera qu'à mettre son existence à l'abri du péril et si, seul ce procédé peut le sauver, il ne manquera pas d'y avoir recours. M. Bourgoin fait remarquer avec juste raison qu'un homme sur le point de se noyer ne regarde guère à la propreté de la poutre après laquelle il se cramponne (1).
La guerre chimique n'en est qu'à ses débuts et elle est susceptible de bien des perfectionnements, Comme entre le projectile et la cuirasse il y aura une lutte incessante entre l'agression et la protection, la première recherchant le bénéfice de la surprise par l'emploi de nouveaux gaz contre lesquels ladversaire n'aura pas la parade prête. Des esprits à l'imagination féconde ont même envisagé la possibilité de détruire des armées entières en l'espace de quelques minutes à l’aide de gaz nouveaux qui auraient des effets miraculeux. C'est aller vite en besogne. Même en admettant la surprise possible, deux grandes difficultés s'opposent à l'obtention d'un pareil résultat. Après la découverte du produit nocif il faut d'abord trouver la forme de son utilisation pratique, or pour quelques-uns d'entr'eux ce n'est pas chose aisée. Pour loxyde de carbone, par exemple, qui est très toxique on n'est jamais parvenu à réaliser l'emploi direct, sa production n'est qu'accidentelle, D'autre part, et c'est là une difficulté pratiquement insurmontable, il ne suffit pas de répandre des gaz à l'air libre, il faudrait arriver à produire sur une {très vaste étendue une concentration suffi-
(1) Bouraoin. - Op. cit., p. 108.
samment dense pour tuer tous ceux qui y stationnent.
Voyons maintenant quels sont les arguments invoqués par ceux qui s’en tiennent à l'interdiction pure el simple.
Nous ne nous altarderons pas à réfuler l'opinion de ceux qui se réfugient derrière la déclaration spéciale de la Haye. Nous croyons avoir déjà démontré qu'elle était totalement inopérante.
M. Pillet ne se fait aucune illusion sur les résultats à escompter de la prohibilion, « On ne réussira pas plus contre les gaz asphyxiants que contre la poudre à canon (1) », dit-il. Il ne veut cependant pas opter pour l'autorisation et comme d'autre part il est hostile au système des conventions internationales pour la réglementation de la guerre, il est d'avis que les usages du combat doivent maintenir la prohibition du poison sous toutes ses formes. Nous reconnaissons qu'il s’agit [à d'un principe depuis très longtemps consacré el auquel il serait désirable de ne pas toucher. Toutefois il faut éviter de faire une confusion ; l'interdiction du poison telle qu'elle à été conçue de tout temps ne défendait que l’'empoisonnement des armes et des aliments. Celui de l'air ne pouvait être visé puisque l'emploi de ce procédé n'avait jamais été réalisé, ni même envisagé. Dans l'esprit des délégués à la Conférence de la Haye de 1899 cette distinction a bien élé maintenue puisque d'une part nous voyons l’article 23 du Règlement sur la guerre continentale interdire l'emploi du poison et des armes empoisonnées, d'autre parl une déclaration spéciale prohiber partiellement l'emploi
(1) Piccer. — La guerre actuelle et le droit des gens, RDIP, Tome XXII, p. 14.
des gaz asphyxiants et délétères. Si les délégués avaient compris les gaz sous la dénomination de poison ils ne leur auraient pas consacré des dispositions particulières. Au nom du respect du principe de l'interdiction du poison on ne peut opportunément défendre l'emploi des gaz de combat en général sous prétexte qu'il présente quelque analogie avec l'emploi du poison. La similitude entre les deux procédés est grande évidemment s'il s'agit de toxiques généraux, mais cette ressemblance avec Île poison l'est beaucoup moins lorsqu'on utilise des gaz seulement vésicants ou irritants.
La plupart des auteurs considèrent là guerre chimique comme inhumaine parce qu'elle provoque des souffrances cruelles et que beaucoup de ceux qui sont atteints par les gaz sont exposés à mourir longtemps mème après avoir été touchés. C'est malheureusement trop vrai, mais c'est là un mal général de la guerre, un triste sort n'est pas uniquement réservé aux gazés. Ceux qui ont été blessés par de multiples éclats d'obus ordinaires endurent des souffrances extrêmement pénibles à supporter et ne sont pas assurés d'une guérison plus certaine, ni plus rapide que ceux qui sont atteints par les gaz. Dans cerlains cas même l'arme chimique provoque la mise hors de combal d'un homme au prix de souffrances moins grandes que celles qui résultent pour lui de blessures faites par des balles ou des éclats d'obus. L'oxyde dt carbone, l'acide evanhydrique tuent sans souffrance: L'hypérile ne provoque souvent qu'une indisponibilité légère et de courte durée. Les suites à longue échéance des lésions pulmonaires provoquées par les gaz suffocants ne sont pas niables, mais à l'avantage des atteintes par
les gaz sur les blessures par balles où par obus, il convient
de noter que les premières n'entraînent jamais l'ampulation d'un membre tandis que cette invalidité partielle, mais définitive est assez souvent provoquée par les balles ou les éclats d'obus.
Les statistiques des pertes subies par l’armée américaine dans la dernière guerre et qui sont les seules établies d'une façon complète jusqu'à ce jour, ont permis de faire d’intéressantes constatations au sujet des résultats de l'emploi des gaz'(1). Elles montrent d'abord l'effica-
cité de celte arme. 274.217 Américains ont été mis hors
de combat dont 54.573 par les gaz, soit 27. 9% les autres ont été alteints surtout par des éclats d'obus ordinaires, peu par balles. Comme le nombre d'obus à gaz reçus était trois fois moindre environ que celui des obus ordinaires on peut juger facilement de l'efficacité bien supérieure des projectiles chimiques. Les Américains n'ont pas eu à supporter d'attaques par vagues ou par projectors. Ces mêmes statistiques permettent ensuite d'établir que la proportion des décès par rapport au nombre total des hommes mis hors de combat est moins élevée chez les gazés que chez les blessés ordinaires, Le nombre des morts par suite de blessures par balles et obus à été du quart environ du nombre total de ceux atteints par ces projectiles. Les décès survenus chez les gazés n'ont représenté que le 1,87 % des gazés et celle proportion n'a pas dépassé 3 % dans les autres pays. On peut conclure en définitive que si larme chimique provoque plus de pertes, elle cause beaucoup moins de décès que les autres engins.
Pourquoi donc faire grise mine à celte arme nouvelle
(1) BourGoix. — Op. cil., p. 122.
es DR]
qui, à tout considérer, n'est pas plus cruelle que ses devancières et qu'il serait d'ailleurs vain d'interdire ? Laissons lui sa place dans l'arsenal et bornons-nous à en réglementer l'usage pour en éviter les abus.
Son emploi présente en effet un grave danger pour les non-participants. Ce danger provient de ce que les effets des projectiles à gaz ne peuvent être localisés sur un emplacement aussi restreint que pour les projectiles ordinaires. Nous avons vu à propos des données d'ordre technique sur leur emploi que les obus à gaz pouvaient faire sentir leurs eflets jusqu'à deux kilomètres au delà de leur point d'éclatement. En s'en servant contre des objectifs situés à l'intérieur du territoire on ne pourrait donc éviter d'atteindre la population de localités entières. Pour parer à cet inconvénient le moyen le plus simple consiste à interdire l'emploi des gaz à l'aide d'appareils aériens. C'est une mesure peut-être rigoureuse en ce sens que dans la zone où l'artillerie de terre peut elle-même agir on ne voit pas, à première vue, pourquoi on priverait les aéronefs d'un moyen semblable. Cependant pour éviter que ces appareils ne soient tentés de répandre des gaz hors de cette zone 11 nous paraît opportun de leur en interdire complètement l'usage. Ils pourront subir d'autant plus aisément cette restriction qu'ils n'ont jamais encore, à notre connaissance, employé de projectiles à gaz. Cette limilalion à été admise par le comité d'experts de Washington, lequel à d’ailleurs considéré qu'elle était la seule possible (1). En conséquence nous sommes d'avis d'insérer un article libellé à peu près comme suit dans le futur règlement international de la guerre aérienne
(1) N° de l'Ulustration du 7 février 1925, p. 111, col. 1.
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« I est interdit de lancer du haut des aéronefs des « produits dont le but principal est de vicier l’atmos- « phère. »
L'observation d'une prescription semblable aurait l'avantage d'éviter l'abus de l'emploi des gaz de combat tout en permettant l’utilisation par les aéronefs de bombes ou d'obus chargés de matières explosives, Ce texte n'est pas absolument explicite puisqu'il est muet sur lemploi de projectiles chargés à la fois de produits explosifs et de produits destinés à répandre des gaz de combat, mais il nous paraîl vain de faire une discrimination aussi précise entre les différents obus et bombes. Il n’est pas de texte d'ailleurs dont l'observation ne repose sur la bonne foi
des belligérants.
SECTION II
Armes et engins examinés en vue de l’autorisation ou de la prohibition de leur emploi.
Nous étudierons dans la présente section un certain nombre d'armes et d'engins qui, pour la plupart, ont été employés pour la première fois au cours de la dernière guerre et dont aucun d'eux n'a fait l’objet d'une réglementation quelconque. Nous ne mentionnerons pas toutes les armes nouvellement apparues, notre examen se bornera à celles qui, en considération des maux qu'elles causent, peuvent donner lieu à une discussion au sujet de
leur autorisation ou de leur prohibition. A) BACGILLES POUR LA DIFFUSION DES MALADIES ÉPIDÉ- MIQUES. — Seuls les Allemands étaient capables d'ima-
giner et de réaliser la propagation des maladies infec-
lieuses chez leurs adversaires. Is y ont eu recours plusieurs fois, à des époques différentes, en divers endroits, ce qui dénote de leur part lexécution d'un plan d'ensemble dressé par leurs dirigeants. À Bucarest, en octobre 1916, une perquisition dans les locaux de la légation d'Allemagne a permis d'y trouver huit flacons contenant du virus de la morve, chaque flacon pouvait servir à l'empoisonnement de deux cents chevaux ; le secrétaire de la légation des Etats-Unis à signé le procès-verbal conslatant cette découverte (1). Le 0 octobre 1916, à Q heures du matin, des avions allemands jetèrent sur la même ville des bonbons empoisonnés contenant des bacilles d’une virulence extrême (2). En mars 1917, un agent allemand capturé dans les lignes anglaises fut trouvé porteur de préparations bactériologiques qu'il avait ordre de mêler à la nourriture des chevaux ou d'inoculer à ces animaux en leur égralignant les nasaux au moyen d'un fil de fer trempé dans ces préparations (3). De pareils procédés ne sauraient être trop vivement flétris. Des esprits chagrins se sont demandé si de semblables pratiques ne se généraliseraient pas dans les guerres futures, ce qui donnerait à celles-ci un caractère d’atrocité sans précédent. Une commission interna- Honale constiluée par la Société des Nations au cours de sa deuxième session en 1921 à étudié la question de la guerre bactériologique et elle à formulé dans son rapport final des conclusions rassurantes en déclarant que
l'on disposait de moyens préventifs el curatifs assez puis-
(1) JDI, Tome XLIV, p. 378.
(2) Id., p. 380.
(3) Id., p. 953.
sants pour rendre vaine toute tentative de ce genre (1).
B) Poicxarps. — Les poignards ont été couramment utilisés par l’armée française au cours de la dernière guerre. [ls constituent avec les pistolets automatiques l'armement réglementaire des équipes de chars de combat. Bien qu’ils soient des armes dont se servent ordinairement Îles malfaiteurs nous ne saurions les proscrire. Ils n'ont pas pour but de provoquer des eruautés inutiles el ils répondent à une nécessité absolue. Le conducteur de char ne peut être doté d'une arme longue, pas même d'une baïonnette ordinaire, l'exiguïté de la coupole dans laquelle 11 se meut l'en empêche. Une arme individuelle lui est indispensable pour le cas où, en plein combat, il doit abandonner son char et on ne peut se contenter de l'armer avec un pistolet ou un revolver, car ces armes à feu sont trop peu puissantes, elles peuvent s'enraver, s'égarer, l'adversaire peut s'en emparer. On a songé tout naturellement au poignard, arme excellente dans le combat rapproché, nullement encombrante et pouvant au besoin se glisser dans la ceinture lorsqu'elle est
enfermée dans sa gaine.
C) Frécuerres. — Au début de la campagne nos aviateurs ont employé des flécheltes qu'ils Râchaient du haut de leurs appareils par boîte de cinquante. C'étaient de pelites baguettes d'acier de 12 centimètres de longueur sur Q millimètres de section, elles étaient pointues à leurs extrémilés et avaient la tige évidée. Elles arrivaient sur le sol avec une force de pénétration moyenne de 100 mètres à la seconde. Elles n'étaient pas fabriquées en vue
(1) BourcoiN, — Op. cil., p. 112 et 115.