‹ Des moyens barbares employés dans le combat sur terreChapitre 12 sur 34 · FOSSES · texte numérisé non relu

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de causer des blessures particulièrement cruelles. Elles lraversaient facilement le casque et provoquaient souvent la mort instantanément. L'emploi de ce projectile a été abandonné avant la fin de la campagne. Il n'y avait

aucune raison d'humanité pour en proscrire l'emploi.

D) FusiLs À GHEVROTINES. — Nous avons reçu des fusils à chevrotines dans.les tranchées au printemps de 1919. Ils n'étaient pas distribués par suite du nombre insuflisant de fusils réglementaires, ils constituaient une dotation supplémentaire pour les secteurs de défense. Le but poursuivi par un armement semblable était de se prémunir, la nuit, contre la destruction par l'adversaire des réseaux de fil de fer à l’aide de cisailles. Seules les sentinelles s'en servaient. Le fusil à balle ordinairè n'avait pas une zone de dispersion suffisante pour atteindre sürement, en pareil cas, un ennemi dans les réseaux de barbelé ; un fusil à chevrotines, même avec une visée faite au jugé, avait plus de chances de latteindre par suite de sa plus grande dispersion. Peut-on prétendre que les chevrotines peuvent s'aplatir contre les os à l'intérieur de l'organisme et qu'en conséquence ces füsils doivent être prohibés par application de la déclaration

internationale relative aux projectiles qui s'épanouissent ou s'aplatissent ? Nous ne le pensons pas, car dans l'affirmalive il faudrait interdire aussi l'usage des revolvers ou des pistolets dont les balles peuvent produire des effets analogues. Les chevrotines conservent d’ailleurs généralement leur forme primitive dans le corps de la victime ; en tout cas leur aplatissement, s'il se produit, n'a pas été recherché, Au mois de seplembre 1918, les Allemands

ont protesté contre l'emploi d'armes semblables par les

troupes américaines, mais le 3 octobre suivant, le Gouvernement des Etats-Unis a répondu que l'emploi de ces fusils n'était pas prohibé par les Règlements de la

Haye (1), ce qui est à notre avis parfaitement exact.

E) LIQUIDES ENFLAMMÉS. — Les liquides enflammés rappellent le feu volant (>) dont on se servait encore au Moyen-Age pour incendier les navires et qui consislait en une composition de divers produits qui avait la propriété de brüler sur l'eau. L'emploi des liquides enflammés au cours de la guerre de 1914-1918 a été réalisé de la manière suivante. Des liquides contenus dans des récipients portés à dos d'homme ou installés dans une tranchée de départ étaient projetés au moyen d'un jet et enflammés à la sortie du tube de lancement. Le lanceur ne courait pas grand risque, sauf lorsque le vent soufflait contre Iui, tandis que son adversaire pouvait êlre horriblement brûlé. La portée moyenne des appareils était de 20 à 35 mètres. L'efficacité de ce procédé de lutte n’était pas très grande. Il ne pouvait être employé que dans des conditions qui ne se trouvaient pas toujours réunies. Il fallait un vent favorable et des ouvrages ennemis à proximité immédiate. Le port des récipients à dos d'homme n'a jamais donné de sérieux résultats. L'ennemi atteint était rarement tué, mais il pouvait être cruellement blessé, soit qu'il perdit la vue, soit qu'il füt eravement brûlé. L'effet obtenu était surtout d'ordre

moral ; la vision d'une flamme rougeûtre s'élevant à une

(1) Faucmizze. — Traité de Droit international public. Tome Il, 1921, p. 121.

(2) Guariezmo Ferrero. — La guerre chimique, N° de l'Illustration

du 17 janvier 1925, p. 42, col. 1.

dizaine de mètres de haut et entourée d'un nuage noir el épais a quelque chose de sinistre. Les Allemands ont eu recours les premiers à l'emploi de ce procédé dans l'Argonne au printemps de 1915, les Alliés le leur ont retourné, mais l'usage n'a pas été très fréquent et n'a jamais été la cause d'importants succès. Nous considérons qu'il inflige des cruautés inutiles et nous sommes

d'avis de le proscrire.

F) PROJECTILES INGENDIAIRES. — Les projectiles incend'aires ont des propriétés analogues à celles des liquides enflammés, mais leurs effets sont différents parce que leur mode d'emploi n'est pas le même. Les liquides enflammés sont employés directement contre le personnel tandis que les projectiles incendiaires n'ont eu pour but, jusqu'à ce jour, que la destruction des corps inertes. Le personnel n'est atteint qu'indirectement par eux. Ils ne diffèrent guère au fond des projectiles explosifs proprement dits, mais cependant leurs effets sont susceptibles de s'étendre fort loin au delà du point où ils atteignent le sol, tandis que les effets des obus explosifs sont très localisés. Pour se prononcer -en toute connaissance de cause sur leur usage il convient d'abord de les énumérer en les classant par catégories d’après leur mode d’emploi. On distingue parmi eux les projectiles incendiaires à main (grenades spéciales; sachets, pastilles, etc.), les obus incendiaires utilisés par l'artillerie (obus traceurs, obus incendiaires proprement dits, obus à balles ou à mitraille lesquels ne sont incendiaires qu'accidentellement el n'ont pas été fabriqués dans ce but) et enfin les projecliles incendiaires Tâchés par les appareils aériens (bombes et obus),

Diverses raisons militent en faveur de l'autorisation de l'emploi de ceux appartenant aux deux premières catégories (projectiles incendiaires à main et projectiles incendiaires tirés par les canons de terre). Ceux lancés à la main ont des effets très localisés, leur tir est précis, Il est évident que les Allemands qui les ont employés maintes fois au cours de la dernière guerre pour détruire une à une toutes les maisons de certains villages avaient gravement tort, bien.que l’usage de ces armes ne soit prohibé par aucune convention internationale. Mais en pareil cas ce n'est pas l'engin qui doil être incriminé, c'est l'emploi qui en est fait. Il y a eu là, de la part de nos ennemis, l'exercice exorbitant d'un droit. L'usage d'engins semblables vaut ce que vaut la mentalité du combattant qui le pratique, mais, s'il n'en est pas fait abus, il répond à des nécessités militaires telles que la destruction d'un fourré entre les deux lignes qui obstrue le Lir des armes de l'infanterie, d'une baraque qui gène, le nettoyage d'un abri récemment évacué par l'ennemi, ele. Les obus incendiaires répondent à des besoins semblables, les traceurs sont spécialement employés contre les ballons d'observation (« saucisses »), ils constituent l'un des rares moyens permettant de détruire ces appareils qui sont du plus haut intérêt militaire. Il convient de remarquer du reste que les traceurs ne sont incendiaires que le long de leur trajectoire, ils ne le sont plus au moment où ils atteignent le sol. Les obus incendiaires proprement dits servent surlout à détruire la superstructure des bâtiments pour atteindre ensuite les caves avec des obus à fusée retardée. Si l'on détruit d'abord la carcasse avec des projectiles ordinaires, Îles décombres s'ac-

cumulent sur place et forment en quelque sorte une

matelassure sur la voûte des caves, laquelle s'oppose à la pénétration des obus même à fusée retardée. L'incendie préalable des matériaux inflammables obvie en grande partie à cet inconvénient. Les obus à balles ou à mitraille peuvent avoir des effets incendiaires lorsqu'ils éclatent au voisinage de matériaux combustibles, mais il s'agit alors d’un effet accidentel, non recherché dans leur fabrication, tout comme le dégagement d'oxyde de carbone lors de l'éclatement de tous les obus explosifs. On ne pourrait donc concevoir l'interdiction des obus incendiaires proprement dits sans prohiber également l'emploi des obus à balles où à mitraïlle puisque les propriétés incendiaires de ces derniers sont presque analogues à celles des premiers. Or aucun Etat ne voudrait consentir à la prohibition des obus à balles ou à mitraille car ce sont des projectiles ayant une très grande efficacité contre le personnel à découvert. Il y a d’ailleurs un motif d'ordre plus général en faveur de l'autorisation des grenades et des obus incendiaires d'artillerie. Ces engins sont employés dans une zone où, comme nous le verrons plus lard, la propriété privée ne peut être respectée que dans des limites assez étroites. Ils sont utilisés dans le voisinage de la ligne de feu, où le canon règne à peu près en maître ; dans toute l'étendue de terrain où celui-ci exerce son action il paraît bien difficile, sinon impossible, de limiter ses effets destructeurs dès que le front se stabilise.

Il en est tout autrement des projectiles incendiaires (obus où bombes) lichés par les aéronefs, puisque ces appareils étendent leur rayon d'action fort loin à l'intérieur du pays. Leur ir est moins précis que celui de

l'artillerie de terre ; même en admettant qu'il arrive à

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l'être autant, l'incendie d'une usine, d'une gare, d'un dépôt quelconque provoqué par une bombe incendiaire d'avion risque de se propager rapidement dans les environs et de commettre des dégâts qui sont hors de proporlion avec le résultat recherché. Ces dommages sont causés dans une zone où, abstraction faite même des atteintes à la personne des non-participants, on peut se montrer plus exigeant quant au respect de la propriété privée que sur l'étendue de terrain battue par l'artillerie de terre. Cependant nous n'interdirons pas l'emploi de semblables projectiles par aéronefs et cela pour deux raisons. La première est que même en prohibant l'usage des obus ou des bombes incendiaires jetés par des appareils aériens on n'empêchera pas les incendies ; des projectiles ordinaires suffiront pour les allumer. Il suffit qu'il y ait dans une habitation une lampe allumée, une conduite de gaz, pour que le bouleversement provoqué dans son voisinage provoque l'incendie. La deuxième raison c'est qu'ici, comme pour les gaz, il est bien difficile de faire la discrim'ination entre les projectiles employés dans la guerre aérienne qui sont incendiaires et ceux qui ne le sont pas. Ce sont des arguments semblables qui ont dû convaincre les juristes assemblés à la Haye de décembre 1922 à février 1923 pour élaborer un projet de réglementation de la guerre aérienne, car dans l'article XVIT de ce projet ils autorisent les projectiles incendiaires au même titre que les autres.

G) EcecTriciTé. — Une force récemment découverte comme l'électricité devait tout naturellement elle aussi apporter son concours pour renforcer la puissance de l'arsenal de guerre. Elle n'y a pas manqué. Elle n'en

est qu'à ses débuls, mais il est probable que dans les guerres futures elle sera davantage mise à contribution, elle servira peut-être à actionner à distance des machines redoutables. Si l'on en juge d’après ses premiers résultats la civilisation pas plus que la guerre n'auront à s'en . plaindre, On Fa utilisée au cours de la dernière campagne pour l'électrification des réseaux de fil de fer. Cet emploi n'a pas été très fréquent car il suppose des sources d’énergie assez considérables et à proximité des lignes organisées, L'électrocution dont elle est la cause amène la mort sans souffrance et 11 faut ajouter à son avantage que le combattant ne demeure pas désarmé contre cette action. Employée à cet usage on ne voit pas pourquoi on la prohiberait {comme moyen de combat. L'électricité a servi aussi pour l'émission des gaz, nous avons vu qu'elle avait été utilisée pour l'allumage de la charge des projectors. Quoiqu'on pense des gaz elle mérite à ce titre moins d'éloges, mais reconnaissons néanmoins qu'elle

n'a joué à cette occasion qu'un rôle secondaire.

IT) CANONS A TRÈS GRANDE PORTÉE DANS LA CONSTRUCTION DESQUELS LA PRÉCISION EST SACRIFIÉE, — Pour atteindre les organisations défensives dans toute leur profondeur el pour détruire des objectifs intéressants de l'arrièrefront les belligérants ont cherché à accroître la portée de leurs pièces d'artillerie, Les Allemands ont même songé au cours de la dernière guerre à atteindre l'intérieur du pays avec des canons du type Bertha. La question de la précision d'armes semblables acquiert une importance de premier ordre au point de vue auquel nous nous sommes placés. Les projectiles de ces canons tombent

dans une zone d'où il est impossible d'évacuer les non-

participants, ceux-ci souffrent considérablement de ce tir si les pièces sont imprécises. On a pu s'en rendre compte lors du bombardement de Paris par canon à partir de mars 1918. L'effet recherché par les Allemands consistait d'ailleurs à influencer le moral de la population plutôt qu'à détruire des organisations ou des installations militaires. Les Bertha étaient des pièces fabriquées uniquement pour tirer sur l'agglomération parisienne, sur Ja capitale, au hasard. La puissance des projectiles lancés n'était pas très considérable, mais l'effet de destruction était accessoire ; la fabrication de canons semblables et leur installation étaient très onéreuses, leur rapidité d'usure était énorme, mais Paris était atteint et cela importait avant tout. L'aviation ne pouvait permettre d'obtenir un tel résultat, car elle ne pouvait pas agir tous les jours et elle était vulnérable.

On ne peut songer à limiter les progrès techniques de la construction des pièces d'artillerie en vue de l'accroissement de leur portée, mais la précision de ces engins ne saurait être sacrifiée. Lorsqu'éen France, au cours de la dernière guerre, des recherches et des expérimenlations ont été faites dans ce domaine, les spécialistes se sont toujours tenus à la conception des canons dits de marine dans lesquels la précision ne cède en rien à la portée. Dans la construction des pièces d'artillerie la limite maxima de l'écart probable en direction pourrait, sans grave inconvénient, être négligée par suite de son peu d'amplitude, mais pourquoi une convention internationale ne fixerait-elle pas, après avis d'experts, un rapport limile entre la porlée el l'écart probable (1) des

(1) Théorie de l'écart probable. — (Données extraites de l'Instruction

canons en porlée afin qu'il en fût tenu compte dans la construction des pièces d'artillerie ?

générale sur le Tir de l'artillerie de 1922 ct de l'Aide-mémoire d'Artillerie de 1917. Ces deux opuscules n'ont aucun caractère confidentiel). La théorie de l'écart probable, qui est d'ordre purement technique, mérite d'être brièvement expos£e ici en raison de l'intérêt qu'elle présente pour le bombardement de destruction, la protection des monuments d’une grande valeur historique et

l'ouverture du droit à représailles.

La loi de l'écart probable peut se for- 28 Z muler ainsi : l'écart probable est l'écart qui compté du point à viser a autant de chances d’être dépassé que de ne

V2 pas l'être.

Lorsqu'on tre un grand nombre de # coups de canon dans des conditions Z apparemment identiques, les points de chute des obus ne se superposent pas, 9 mais cependant ils se répartissent sur SZ le sol d’une manière qui n'est pas absolument irrégulière. Les coups sont plus dispersés dans le sens du tir que dans ?5% le sens perpendiculaire et ils sont en outre plus serrés dans le voisinage de l'objectif qu'au fur et à mesure que l’on

(#4 s'éloigne du point moyen qui représente le centre du groupement.

EÉcart probable en portée. — L'examen

73 du rectangle de dispersion permet de

constater que les deux rectangles égaux

en surface ABTU contiennent chacun Z. 52 50 ° des coups, les rectangles ABMN

chacun 25%, les deux rectangles MN PQ

chacun 16 °, les deux rectangles PORS

107$ et RSIRUN; 597 L'écart probable en portée est égal à la distance C D, soit le 1/8 de longueur totale TT du rectangle de dispersion.

Ecart probable en direction. — L'examen du même rectangle de dispersion permet de constater que les coups se répartissent de la même manière en largeur de part et d'autre de la médiane H K que de

part et d'autre de la médiane AB en hauteur. L'écart probable en direction est égal au 1/8 de la distance A B.

Réglage du tir. — Le réglage a pour but d'amener la coïncidence du point C, centre du groupement, avec le point visé.

Cette dispersion du tir tient à des causes diverses : différence de constitution des projectiles, de l’état extérieur des obus, de la constitution des charges, du pointage, des conditions atmosphériques qui rarient à chaque instant, du poids des projectiles, etc., etc.

La pente du terrain battu fait encore augmenter l'importance de la dispersion. :

L'écart probable en portée et en direction varie avec chaque canon et avec la distance du tir. Pour un canon de 305 de marine français, par exemple, l'écart probable en portée est 69 mètres à 15 kilomètres, 78 mètres à 17 kilomètres, 92 mètres à 20 kilomètres ; pour le même canon l'écart probable en direction est 7 m. 6 à 15 kilomètres, 8 m. 4 à 17 kilomètres et 10 mètres à 20 kilomètres. Pour un canon de 340 de marine français l'écart probable en portée à 26 kilomètres est de 158 mètres si bien qu'à cette distance l'obus peut tomber à 158 X 4 — 632 mètres en deçà ou au delà de l'objectif dans le sens du tir, même après un réglage préalable supposé parfait.

Pour les canons du modèle Bertha, les données nous manquent, mais les techniciens affirment qu'au delà de 50 kilomètres l'écart probable en portée est certainement de plusieurs kilomètres, ce qui enlève toute précision au tir effectué à une aussi grande distance et doit en faire interdire l'emploi.

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