‹ Des moyens barbares employés dans le combat sur terreChapitre 14 sur 34 · RUE · texte numérisé non relu

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1° Dans toute l'étendue de la première zone de douze kilomètres la population civile doit être évacuée par loccupant et pour y procéder la contrainte même est légitime. C'est la seule solution qui permette d'éviter un massacre inutile de non-participants. Pour de nombreuses localités situées à proximité des premières lignes les Allemands ne se sont pas souciés au cours de la dernière guerre de prendre cette mesure qui est commandée cependant par le moindre sentiment d'humanité. Il nous souvient d'avoir vu encore en novembre 1917, dans la vallée de la Fave, le village de Lusse (Vosges) complètement occupé par ses habitants, alors que les premières maisons étaient à portée de fusil de nos tranchées de première ligne. Sur cette partie du front la stabilisation remontait cependant à 1914. Cet exemple n'est pas unique, car les Allemands procédaient de même dans toute celte région. Comptant sur la présence de la population pour empêcher le bombardement des villages ainsi habités, ils se réservaient la possibilité de disposer de cantonnements confortables au voisinage de la ligne de feu. Ce procédé dépeint bien la mentalité de l’armée allemande de 1914-1918, il peut être rapproché de celui qui consistait à employer les civils comme bouclier et que nous étudierons au chapitre suivant (1).

2° Si la propriété privée ne peut être mise à l'abri de la destruction dans toute cette zone de combat, si dans toute son étendue celle-ci peut être transformée en un désert, le /commandement militaire de V'oceupant ne doit cependant ordonner ces destructions qu'au fur et à

mesure de leur nécessité, son artillerie ne doit pas faire

(1) Voir page 149.

immédiatement lable rase. Pourquoi escompter par avance une longue stabilisation qui ne se produira peutêtre pas ? Le front commun peut céder du jour au lendemain et à la fin de l'action, lorsqu'une avance ou un recul auront dégagé cette étendue de territoire, il ne devra subsister aucune destruction qui n'aurait pas été commandée par une impérieuse nécessité militaire. Dans la deuxième zone de douze kilomètres, en supposant toujours le front stabilisé, la situation se présenera d’une façon tout autre. La destruction totale des villes, villages, habitations n'est pas à envisager. L'en-

nemi voudrait-il y procéder qu'il n'y parviendrait pas, l'approvisionnement en projectiles, si abondant soit-l, est néanmoins limité. L'adversaire se bornera à employer sa grosse artillerie pour atteindre des objectifs bien choisis et qui présenteront un réel intérêt militaire

voies de communicalion, gares de ravitaillement, parcs et dépôts de toute nature. Quelques salves nourries seront néanmoins dirigées de temps à autre sur l'ensemble des cantonnements pour harceler les troupes au repos ou à l'instruction. La vie des non-participants pourra être respectée dans une certaine mesure, L'existence de la population civile sera cependant sujette à de multiples atteintes, surtout lors du tir sur les cantonnements. Diverses mesures que nous souhaiterions voir prendre place dans les lois de la guerre s'imposent pour sa protection. Tout d'abord si l'évacuation ne peut être imposée aux habitants, parce que leur présence est la meilleure sauvegarde contre le pillage et le vol et que l'on ne peut songer à leur faire quitter des étendues de territoire aussi vastes, du moins ce départ doit être encouragé et même

facilité dans la mesure où le peut l'occupant. Ceux qui

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continueront à demeurer dans cette zone devront avoir la possibilité de s'abriter contre le bombardement. Dans chaque localité un certain nombre de caves à l'épreuve des gros projectiles devraient leur être réservées. En cas d'insuffisance des abris préexistants l'autorité militaire occupante devrait apporter son aide, dans la mesure du possible, pour en construire de nouveaux, cette aide pouvant consister en directives données par des spécialistes de Génie, en fournitures de matériaux même le cas échéant. Il est un grave danger auquel cette population civile sera exposée, c'est celui des gaz de combat. Les obus à gaz dirigés sur les cantonnements feront tout autant, sinon plus, de victimes parmi elle que parmi la troupe. À une distance semblable du front, même les gaz émis en nappe feront encore sentir leurs effets. Pour se protéger les habitants doivent pouvoir compter sur le concours de l'occupant. Le haut commandement français s'est préoccupé de cette question. Dans l « Instruction provisoire sur la protection contre les gaz de combat » du 0 octobre 1923 (« Annexe numéro 7 à l'instruction provisoire sur l'emploi tactique des Grandes Unités »), nous lisons (1) : « La responsabilité de la protection des « populations civiles n'incombe pas à l'autorité militaire, « mais toutefois les généraux commandant les armées « font connaître, à titre de renseignement, aux autorités « civiles, les zones dans lesquelles ils ont prescrit pour « leurs troupes des mesures de protection contre les gaz. « Sur la démande de ces autorités, ils mettent à leur « disposition tous renseignements utiles, les moyens

« d'exécution dans la mesure des disponibilités et autant

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« que le service le permet des instructeurs (officiers spé- « cialisés, médecins) ». Des dispositions d'ordre pratique, en particulier pour la protection des enfants, font suite à l’exposé de ces prescriptions. Le Règlement en question ne spécilie pas que ces mesures doivent s'appliquer uniquement à la population nationale habitant dans la zone des armées. Il y a tout lieu de croire qu'elles doivent s'appliquer aussi, lorsque la guerre est portée en terre étrangère. En tout cas, le jour où l'on voudra enfin se rendre compte qu'il est impossible de prohiber l'emploi des gaz, sauf pour les appareils aériens, des disposilions semblables à celles ci-dessus prendront utilement place dans les lois de la guerre.

Dans cette deuxième zone les immeubles bénéficieront d'une protection beaucoup plus efficace que dans la première, puisque les destructions opérées seront localisées. Toutes celles qui ne présenteront pas un réel intérèl militaire devront être interdites. Il sera possible d'épargner les établissements utilisés uniquement pour des œuvres de paix, les hôpitaux, les lieux de rassemblement des malades et des blessés. Les monuments d'une grande valeur historique, dont nous parlerons dans la section suivante et pour lesquels des mesures spéciales ont été envisagées (1), pourront aussi être mis à l'abri du bombardement. Les usines, les habitations sans utilisation militaire devront être également épargnées. Dans la première zone il serait malheureusement vain d'escompter la protection de tous ces édifices au cours d'un stabilisation prolongée.

b) Voyons maintenant ce qui va se passer dans la

(1) Pages 108 et suivantes.

cœuerre de mouvement, Observons tout de suite qu'il sera impossible ici de diviser le champ de bataille comme nous l'avons fait pour le cas d'un front stabilisé. Nous ne pouvons pas le séparer en deux zones distinctes, avec, pour chacune d'elles, des charges d'une importance différente à la fois pour les personnes et pour leurs biens. Les règles que nous dégagerons seront forcément beaucoup moins précises.

Si la retraite de l'ennemi est relativement rapide, la population civile et les immeubles ne supporteront pas de graves dommages. Les 5, 6 et 7 novembre 1918, nous avons eu la grande salisfaction de prendre part à la libération des localités entre Guise et Lacapelle. Les Allemands n'opposaient qu'une assez faible résistance. Toute cette région fut dégagée presque sans aucun dégât et les habitants, tous présents et saufs, nous attendaient, délirants de joie, à l'entrée des villages. En pareil cas il ne saurait être question pour l'occupant d'évacuer la population civile puisqu'elle n'a pas à souffrir. Le bombardement se réduit au tir de quelques pièces de campaone, elles seules peuvent suivre pas à pas la progression de l'infanterie, les pièces lourdes ne sont pas suffisamment mobiles pour accompagner un mouvement aussi rapide. Il y a lieu d'ajouter que l'armée du pays envahi tire le moins possible sur ses propres villages puisqu'elle est sur le point de les reconquérir.

Ilen va tout autrement si la résistance de l'ennemi s'affermit et persiste pendant plusieurs jours, on retombe alors dans la situation d'un front stabilisé avec toutes les conséquences qui en résultent. L'occupant doit-il, dès qu'il se cramponne au terrain et s'enterre, commencer l'évacualion dans le voisinage du front ?

S'il ne s'agit que d’un arrêt momentané, d’un combat d'arrière-garde livré pour gagner seulement deux ou trois jours, pour éviter que la retraite ne devienne une déroute, cela ne nous paraît pas opportun. L'évacuation serait d'ailleurs rendue difficile par suite de l'encombrement des voies de communication à l'arrière-front et du défaut d'aide de la part de l'occupant pour l’effectuer, car au cours d'actions semblables il est trop préoccupé par ailleurs. Le départ des habitants ne devra cependant pas être empêché. La population qui demeurera sur place s'abritera comme elle pourra, son existence sera assez gravement menacée parce que l'armée amie cherchera à briser la résistance de son adversaire par le bombardenent aérien ou même par le tir de sa grosse artillerie. Les villages, les hameaux, les fermes isolées seront particulièrement visées par suite des centres de résistance qu'ils constituent, des abris qu'ils procurent ; ils deviendront des « nids de projectiles », bien que l’agresseur soit intéressé à ne pas accumuler les ruines sur son propre sol.

Par contre, si l’armée occupante arrête sa retraite sur une ligne organisée d'avance ou si elle se regroupe en vue d'une résistance qu'elle estime devoir être de longue durée, elle ne devra pas hésiter. Quelques inconvénients qu'il puisse en résulter, l'évacuation devra commencer dès l'arrêt et par les populations qui sont les plus voisines de la ligne de feu.

Après l'étude du bombardement par l'artillerie de terre, résumons brièvement les conclusions que nous en avons tirées

1° La régularité de ce procédé de combat ne saurail

Ôtre mise en doute ;

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