‹ Des moyens barbares employés dans le combat sur terreChapitre 26 sur 34 · LL ID · texte numérisé non relu

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habitants d'autres têtes de bétail que quelques rares animaux de basse-cour qui avaient pu être dissimulés. Aucun moyen de transport, aucun harnais n'existait dans les fermes. Pour toutes provisions la population disposait seulement de quelques menus vivres et son ravitaillement, durant les premiers jours qui suivirent leur libération, fut particulièrement difficile. Nous ne contestons pas cependant qu'une armée en retraite puisse faire le vide derrière elle, mais dans Ja situation que nous venons de dépeindre, les Allemands sävaient très bien que l’armée française ne comptait pas sur Îles ressources du pays pour se ravilailler. Les habitants nous ont du reste affirmé qu'ils étaient ainsi réduits à Ja portion congrue depuis bien longtemps avant notre arrivée et que les vivres provenant de la Commission neutre de ravitaillement étaient loin de leur être intégralement distribués. Si, en tout cas, l'ennemi fait le vide derrière lui, comme les Allemands l'ont fait au printemps de 1917 dans la Somme, il ne doit y procéder que d'une manière honnête et loyale. Il n'a pas le droit de ravager un pays pour des années-et il doit se souvenir que la guerre n’est qu'un état temporaire, transitoire. Or, dans leur retraite de 1917 nos ennemis se sont conduits comme des barbares. M. Fauchille à noté quelquesuns de leurs actes dans une pelite brochure déjà citée

L'évacualion des Terriloires occupés par l'Allemagne dans le nord de la France. — Février-Mars 1917 (1), qui montre bien qu'ils ont poursuivi une destruction devant produire ses effets durant de longues années, Le récit

fait par cet auteur n'a rien d'exagéré, Nous nous souve-

(1) Pages 25 à 32.

nons, pour notre part, d'avoir vu en octobre 1918, aux environs de Pargny (Somme), dans les champs, des arbres fruitiers isolés qui avaient été sciés au pied par nos ennemis et pendant leur retraite de 1917. Où sont les nécessités militaires pour commettre de pareils actes de vandalisme ?

Il est un moyen de destruction dont on ne doit user qu'avec beaucoup de modération, c'est l'incendie. L'étendue des ravages qu'il cause dans une agglomération ne peut être limitée, ni localisée. Que Fon y recoure pour détruire une habitation isolée, un dépôt de vivres, de fourrage, de matériel, lorsque c'est absolument indispensable, soit ! mais on n'est jamais fondé à répandre intentionnellement le feu au hasard dans une localité, car les ravages causés seront hors de proportion avec Île résultat qu'il est permis de rechercher. Nos ennemis ont usé du feu pendant la dernière guerre comme une arme d'un emploi courant et surtout pour impressionner l'adversaire. Etaler la barbarie pour inspirer la crainte ne cadre pas beaucoup avec l'honneur militaire. Is y auraient eu recours d'une manière beaucoup moins fréquente si la guerre avait été faite sur leur sol.

Voyons maintenant quelles sont les atteintes à la propriélé qui sont illégitimes, quelque moôdérées qu'elles soient. Dans cette catégorie nous rangeons le pillage et le vol. Dans le fond ces deux procédés ne diffèrent pas sensiblement, dans l'un et l’autre cas la propriété est confisquée, mais cependant le pillage est plus grave que le vol, car si le vol n'est qu'une appropriation individuelle, souvent clandestine de la chose d'autrui, le pillage comporte l'emploi de la violence, il est toléré par

les supérieurs, voulu, organisé même quelquefois. Il

vide une habitation, une ville entière au besoin. C'est une forme de la confiscation plus barbare encore que le vol ordinaire.

Vattel admettait encore la légitimité du pillage au \AVIIE siècle. En fait, dans les guerres passées le bulin à constitué souvent le but même de la lutte ou le moyen employé pour terroriser les habitants. Au NIV° et au XV° siècle, Les « condotlierti » se rendirent célèbres dans toute l'Ttalie par leurs actes de brigandage. Le pillage était méthodique, les brigands étaient diseiplinés, la Romagne fut pillée au milieu du XIV° par l'armée du « condottiere » Monreale d'Albano, laquelle était composée de quinze cents cavaliers et de deux mille fantassins. D'autres locacalités : Pise, Florence, Sienne payèrent de fortes sommes pour éviter le pillage par le même chef de bande (1). En 1596, l'armée du connétable de Bourbon procéda à un sac en règle de la ville de Rome, beaucoup d'œuvres d'art de la Renaissance furent détruites à celle occasion. Laurent reproduit le récit suivant de la destruction du Palatinat par les armées de Louis XIV : « Près de cinq cent mille personnes, hommes, femmes et enfants, reçurent l'ordre de quitter leurs maisons. La plupart périrent de faim el de froid, On détruisit les campagnes aussi bien que les villes, la plus riche contrée de l'Allemagne fut réduite en un désert. Les exécuteurs de cette œuvre infernale ne respectèrent même pas les hôpitaux où gisaient les mourants, ils ne respectèrent par les tombeaux (2) ». Cette attitude fut sévèrement jugée par les

historiens français. Les premières dispositions prises

(1) Nys. — Le droit de la guerre et les condottieri, RDILC, 2: série, Tome XIII, p. 215.

(2) LauRENT. — Op. cit., Tome NX, p. 413.

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