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au moment de leur évacuation et même dans le cas où il n'aurait pas un besoin urgent de ces biens. S'il n'est guidé toutefois que par le seul désir d'en éviter la perte, les habitants demeurés sur place doivent pouvoir exercer un droit de priorité pour les acquérir dans la limite de leurs besoins.
Le vol commis clandestinement par des militaires isolés, sans que leurs chefs l’aient toléré, doit être énergiquement réprimé. Nous savons par expérience qu'une vigilance incessante doit être exercée pour l'empêcher. Le soldat, sauf une élite, est volontiers voleur et il faut reconnaître que les circonstances dans lesquelles se fait la guerre ne se prêtent pas au développement des scrupules de l'honnêteté. Dans la zone d'opérations proprement dite de nombreuses maisons sont éventrées, abandonnées, les choses susceptibles d'être volées sont à la portée de la main, la plupart d'entre elles sont vouées à une destruction probable, Pour tous ceux qui n'ont pas la conscience bien trempée, la tentation peut être grande dans certains cas. F faut tenir compte aussi que de nombreux soldats sont parfois originaires de régions ellesmêmes dévastées par l'ennemi et qu'il devient alors difficile de refréner l'instinct qui pousse ceux-là à poursuivre un dédommagement individuel sur la partie du territoire étranger qu'ils occupent. Ajoutons même que cette tendance au vol existe lorsque le soldat se bat sur son propre territoire. Seule une rigoureuse discipline peut l'empêcher de se manifester. L'inexistence d'une semblable discipline dans la levée en masse nous a fait juger cette dernière avec assez de défaveur. L'article 248 du Code de justice militaire français prévoit la réclusion
pour le militaire qui commet un vol au préjudice de
l'habitant chez lequel il est logé, les peines prévues dans le Code pénal sont attachées aux vols commis au préjudice des habitants dans les autres cas. Au sujet de Ja conduite à tenir en pays ennemi le règlement militaire français intitulé : Instruction provisoire sur le service en campagne, du 10 mai 1924, contient les dispositions suivantes qui s'appliquent aussi au vol, bien que le pilllage soit seul visé : « Toute tentative de pillage, « toute destruction inutile doit être immédiatement l'ob- « Jet de sanctions sévères comme si ces sévices étaient « commis en territoire national ou ami ÉTOISN
Pendant la dernière guerre les Allemands ont procédé à de véritables razzias. De nombreux coffres-forts furent vidés, des wagons de mobilier furent dirigés sur leur lerritoire national, des objets d'art furent enlevés, même les églises et les établissements de la Croix-Rouge ne furent pas respectés. Au cours de la séance du Sénat du 22 octobre 1918 le sénateur Havyez déclara que dans une maison à Douai on avait trouvé une affiche de la Kommandantur où on lisait : « Ne pillez pas individuellement, nous organisons l'enlèvement avant le départ (2) ». En Belgique, dans le nord de la France et en Roumanie occupée, de nombreuses machines et pièces détachées furent enlevées dans les usines pour être dirigées sur l'Allemagne. C'est la preuve la plus irréfutable que nos ennemis poursuivaient une guerre économique par la violence avec la
ferme intention de nous ruiner à tout jamais.
(1) Page 171.
(2) Journal officiel. — Débats parlementaires, n° du 23 octobre 1918.