CHAPITRE PREMIER
Impossibilité de supprimer la guerre elle-même en tant que procédé barbare pour la solution des conflits entre les Etats.
S'il est possible d'imaginer un état de civilisation dans lequel la lutte armée ne déciderait pas entre deux Etats, : où il ne suffirait pas d'être le plus fort pour imposer sa volonté à l’autre, un état de civilisation dans lequel les solutions amiables ou arbitrales des conflits suffiraient sans recourir aux solutions violentes, il est certainement beaucoup plus difficile d'arriver à sa réalisation.
Dans notre civilisation actuelle, la guerre est une issue des différends entre Etats que l'on ne peut pas complètement éviter.
Ces conflits sont fréquents. Ils ont leur source dans l'originalité de chaque pays. Chacun d'eux à des passions, des traditions, des intérêts distincts. Il n’en faut pas davantage pour qu'il en résulte à tout instant des cantradictions et des heurts. Faut-il souhaiter que cette originalité disparaisse dans l'espoir de réaliser la paix
universelle et éternelle ? Une semblable révolution dans
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l'organisation des Etats irait à l'encontre des progrès de la civilisation car chaque individu ne peut se développer, faire valoir ses aptitudes que dans le milieu qui lui est propre. Les conflits proviennent aussi de l'interdépendance économique des Etats. A l'intérieur de ses frontières politiques l'Etat est souverain, mais au delà, sa souveraineté s'efface devant celle de l'Etat étranger. Or, les habitants d'un pays n'exercent pas tous leur activité dans l'intérieur de leurs frontières, les échanges internationaux prennent de nos jours de plus en plus d'ampleur. Les relations entretenues entre les étrangers et les nationaux amènent forcément des conflits d'intérêt el comme chaque Etat prend fait et cause pour ses propres sujets, les différends ne peuvent pas toujours être résolus dans l'intérieur des frontières de l'Etat où ils ont pris naissance, Ils deviennent internationaux. Ces
échanges d'un peuple à l'autre ne peuvent cependant pas
ètre supprimés parce qu'ils sont la condition même du progrès économique et intellectuel.
Sil existait une juridiction suprême internationale reconnue par tous les Etats el capable de faire exécuter ses sentences, mème au besoin par la contrainte, la difficulté serait résolue et les guerres évitées, tout comme elles le sont entre les particuliers. Des essais encourageants ont été réalisés, mais nous ne sommes pas encore parvenus à l'institution de ce tribunal suprême qui ferait régner la paix entre les Etats.
Tous les conflits ne se vident cependant pas par les armes, les solutions amiables ou arbitrales sont fréquentes, mais elles ne suffisent pas toujours. Les gouvernants, représentant les nations, ont comme tous les hommes leurs passions, leurs colères, leurs emportements
qui les font recourir à la guerre, La civilisation n'éteint
pas ces passions, elle ne fait qu'en changer l’objet ; si les passions religieuses ont disparu ou se sont du moins atténuées, elles ont été remplacées par l'ambition de grouper dans le même Etat tous les individus de la même race ou ayant les mêmes affinités, de porter les limites du pays jusqu'à des frontières naturelles voisines, de rechercher des débouchés économiques.
Le Pacte de la Société des Nations n'a pas pu et ne pouvait pas faire disparaître tous ces obstacles opposés à la paix universelle, L'institution qu'il a créée, si encourageante soit elle, n'a en effet qu'une portée limitée. Quelque bienveilllance qu'on lui témoigne, on est obligé de se tenir sur une certaine réserve au sujet de son efficacité, réserve qui ne pourra disparaître qu'avec le temps et lorsqu'il sera établi que sans elle des conflits armés n'auraient pas pu être évités. Il faut tenir compte aussi qu'elle ne groupe pas encore tous les Etats, pas même tous les grands Etats. Les Etats-Unis, la Russie, lAllemagne ny ont pas encore adhéré, Il n'est même pas certain que l'entrée de cette dernière dans la Société contribue à y maintenir la paix et la concorde parmi les membres. Les guerres demeurent encore possibles entre les Etats non adhérents ou entre les Etats adhérents et non adhérents. Bien plus, la guerre demeure possible entre les Etats membres eux-mêmes, car le Pacte stipule que pour les litiges évoqués au Conseil de la Société, la décision intervenue n'est obligatoire que si elle a été prise à l'unanimité ; si cette dernière n'est pas acquise, les gouvernements intéressés restent maîtres de recourir à tels moyens, la guerre comprise, qu'ils croient nécessaire d'adopter. Le Pacte a dû se borner seulement à légaliser
les conflits armés.