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AVANTAGES D'ORDRE ÉCONOMIQUE

L'industrie à domicile convient particulièrement à certaines industries de mode.

Pour ces industries, il ne faut, en effet, pas songer à fabriquer des stocks : la mode a beau évoluer dans un cercle étroit, Jamais elle ne se répète absolument. Ainsi, lorsque le ruban (2) est demandé, les commandes abondent ; au contraire, s’il a été décidé qu'il serait proscrit de la toilette féminine élégante, la fabrique collective rubanière devra subir de longs jours de chômage. Autrefois, à Saint- Etienne, on faisait deux saisons ; les fabricants avaient une spécialité reconnue et recevaient régulièrement et longtemps à l’avance les commandes ; aujourd’hui, il y a une saison par semaine. En présence des fluctuations de la mode, on passe du velours au ruban, de l’uni au façonné. Les commissionnaires attendent la dernière heure pour commettre et réclament presque immédiatement la livraison de leurs achats. Par exemple, la production des rubans de soie noire a passé de 9 millions en 1886, à 25 millions

(4) Les Industries à domicile en Belgique, enquête de l’Office du tra-

vail belge.

(2) Juun : la Rubanerie stéphanoise, Réforme sociale, 1892, p. 601.

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en 1889,pour retomber à 10 millions en 1896. Le ruban noir mélangé, de 2 millions en 1886, descend à 1 million l’année suivante, arrive à 42 millions et demi en 1896 et déchoit à 6 millions en 1898. Le ruban de couleur, soie pure, est produit jusqu’à concurrence de 32 millions en 1887 ; en 1890 il tombe à 16 millions et remonte en 1898 à 24 millions. Par contre, la production du ruban de velours n’a pas des sautes aussi brusques, c’est un article courant qui peut être fabriqué à n’importe quel moment.

Pareilles fluctuations, mortes-saisons périodiques, contre-coups des moindres événements, se produisent dans d’autres industries à domicile, telles que la soierie, le jouet, l'horlogerie, etc.

Pour une semblable production, peut-on établir des usines ? Il ne le semble pas ; l’usine est préférable lorsqu'il s’agit de fabriquer des articles pour lesquels les métiers doivent rester longtemps montés ; il en est autrement lorsqu’il est impossible de produire des stocks : le fabricant ne veut pas confectionner, craignant la perte que ferait subir à ses marchandises, si la vente en était retardée, une diminution dans le coût des matières premières ; d’ailleurs, très souvent un article démodé est un article perdu. Or, une fabrique puissamment, coûteusement outillée a-t-elle la faculté de chômer, le fabricant peut-il supporter les charges de l’usine si la production ne bat son plein, renvoyer ses directeur, contremaîtres, ouvriers expérimentés, qu’il ne trouverait pas à remplacer immédiatement au cas de reprise des affaires ?

Au contraire, la fabrique collective présente la plus grande « souplesse » et, par ce terme, l’on veut exprimer que ce système de travail permet au fabricant de multiplier

ses ordres en cas de presse, et de les diminuer, même de les cesser tout à fait « si les affaires ne marchent pas », le patron de la fabrique collective n’ayant pas les frais généraux (de l’usine, n’a pas à souffrir du chômage.

Cette forme d'industrie a un autre avantage, c’est qu’elle donne au fabricant la possibilité de changer fréquemment d'articles, de produire rapidement toutes les nouveautés de la mode.

Mais, remarque-t-on, cette souplesse avantageuse pour le fabricant fera retomber tous les risques sur l’ouvrier. On peut répondre que pour les industries de mode le chômage existerait tout autant à l’usine, le patron qui voudrait passer outre, pour avoir voulu retarder la crise, ne ferait que la rendre plus pénible. D'ailleurs, les mortes-saisons peuvent ue pas sévir en même temps pour tous les patrons de la localité, dans tous les genres : de là pour l’ouvrier à domicile, qui n’est pas cantonné dans un article spécial, qui a la faculté de travailler pour plusieurs patrons à la fois, la possibilité, lorsque la besogne manque d’un côté, d’en trouver de l’autre.

Le travail à domicile convient plus particulièrement à certaines industries de luxe.

Pour les produits qui doivent être fabriqués en masse, l’industrie à domicile présente sans doute une infériorité très réelle à la fabrique, sous réserve toutefois des modifications pouvant résulter du transport de la force motrice à domicile (v. infra), mais pour les articles de qualité supérieure, qui doivent présenter de la finesse, un tour de main original, il semble que cette forme de travail convient plus particulièrement,

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