‹ Des Moyens De Conserver Le Travail À DomicileChapitre 17 sur 69 · AR AUS · texte numérisé non relu

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Ainsi, avec un salaire qui paraîtrait très suffisant à une ouvrière française, une Américaine se trouve plongée dans la plus noire misère.

D'une facon générale, on peut dire cependant que, dans certaines industries à domicile, la confection, la lingerie, la cordonnerie, la fabrication des cigares, principalement dans les pays anglo-saxons, l’on rencontre des gains extrêmement réduits, descendant même au-dessous du coût minimum de l’existence. Il n’est pas rare que l’ouvrier reçoive un salaire inférieur à 1 franc, et c’est la règle pour l’ouvrière, bien qu’elle travaille plus longtemps que l’ouvrier.

Il faut d’ailleurs dans l’appréciation de ces salaires tenir compte de certaines causes de réduction : ainsi l’ouvrier à domicile travaille aux pièces, c’est-à-dire qu’il est payé tant par produit, mais il faut que l’ouvrage soit bien fait : comme il est difficile souvent d'apprécier la qualité

jour. Les travaux les plus mal payés sont ceux de la finisseuse de chemises, de la boutonniériste, de la piqueuse de faux-cols.

M. Bonnevay indique 0 fr. 75 pour la finisseuse de chemise; 0 fr. 85 pour la boutonniériste ou la piqueuse de faux-cols.

Miss Cambells, 1 shilling pour la finisseuse de chemises.

M. Lambrechts 1 shilling pour la piqueuse ou boutonniériste de faux-cols.

Cordonnerie. — Les salaires les plus faibles se rencontrent dans le finissage des bottines de confection et la fabrication des pantoufles. M. Bonnevay nous donne 1 fr. 20 pour une piqueuse et boutonniériste pour une maison de confection. L'enquête de la Chambre des Lords rapporte que les ouvriers cordonniers ne gagnent que 94 fr. 60 pour 300 paires de chaussures ; elle indique des salaires de 3 à 4 shillings pour les femmes.

N. B.— Dans l'indication des salaires, il n’est pas toujours tenu compte des frais qui sont à la charge de l’ouvrier, et jamais de la morte-saison qui sévit dans ces industries durant une moyenne de trois à quatre mois.

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du travail à la seule inspection, il s'ensuit des contestations nombreuses relativement à la qualité. L'employeur ou l’intermédiaire peut réfuser un produit sous prétexte qu’il est mal conditionné, rabattre sur le prix ou même le laisser pour compte.

Il faut encore déduire du salaire le prix des fournitures (fil, coton, etc.), que l’ouvrier a à sa charge et dont il doit prélever le paiement sur son maigre salaire. Il a encore à son compte des frais d'éclairage, de chauffage, d’achat et d'entretien de matériel, de location.

L’ouvrier perd aussi du temps pour chercher le travail, pour le rendre ; il subit la dépense des heures qui lui sont nécessaires aux opérations préliminaires, à la mise en train (travail pour adapter le métier à la nouvelle fabrication).

Il ne faut pas non plus oublier que l’ouvrier à domicile est exposé à des chômages, car le fabricant fait subir à ses ouvriers les risques de non-travail : n’ayant à sa charge aucun des frais généraux de location, d’achat ou d'entretien de matériel, il n’hésite pas au moment de la presse à prendre un nombre de métiers plus grand, à occuper plus d’ouvriers qu'il ne lui est possible ; si la vente n’est pas aussi active qu'il l’avait pensé, il impose aux ouvriers un certain nombre de jours de chômage. A ces chômages, il faut encore ajouter les périodes d’inactivité résultant des crises et surtout des mortes-saisons qui sévissent périodiquement pendant deux ou trois mois, quelquefois plus, dans certaines industries à domicile : il n’y a pas sans doute absence de tout travail, mais ralentissement considérable.

Un autre abus qui contribue encore à l’avilissement du salaire de l’ouvrier à domicile, c’est la pratique du truck-

system : l'employeur ou l'intermédiaire, au lieu de payer ses ouvriers en argent, les solde en matières premières. Sans doute, ce vieil abus est atténué, tant en raison de la désapprobation publique que des mesures prises à son encontre par les législateurs de certains pays, mais il résulte des enquêtes qu'il est encore pratiqué dans un certain nombre d’mdustries à domicile. Tantôt le patron ou l’intermédiaire paie le salaire en marchandises, tantôt le salaire est censé soldé en espèces, mais l'employeur ou l'intermédiaire tient un magasin où l’ouvrier est obligé de venir S’approvisionner, ou bien encore un cabaret ; il peut aussi fournir le logement (pour certaines maisons, le propriétaire ne veut en effet connaître qu’un seul locataire qui louera ensuite l’immeuble par fractions). Sans doute, il n'y a pas obligation pour l’ouvrier de se fournir chez le patron ou l'intermédiaire, mais celui qui ne le fera pas courra le risque de se voir refuser tout travail, ou tout au moins on lui donnera du mauvais ouvrage ; il se trouve done contraint, s’il veut travailler, d’acheter à son employeur des objets de valeur médiocre, à des prix parfois fort élevés : la maison de l’ouvrier regorge souvent de riz, de café..., alors qu’en dehors de ces quelques fournitures, il manque de tout.

Quelles sont les causes de cet avilissement des salaires dans l’industrie à domicile ?

D'une facon générale, il y à un effort permanent chez le patron à solliciter la clientèle par des prodiges de bon marché. Les fréquentes variations de la mode, la démocratisation du luxe ont déterminé le publie à accorder une grande faveur aux objets qui se vendent à bas prix : l’industriel

doit donc diminuer sans cesse sur le prix de revient ; or, le patron de la fabrique collective ne peut, comme le patron de l’usine, diminuer le prix de revient par une meilleure technique, une plus grande division du travail ; il fait alors porter la réduction sur le salaire de l’ouvrier qui supporte, en fin de compte, le poids de la lutte économique.

Les ouvriers à domicile doivent d'autant plus subir les exigences de l’employeur qu'ils sont isolés. Leur manque d'organisation les expose à la rapacité des employeurs et des intermédiaires. La preuve, c’est que le salaire est l’objet d’un marchandage journalier, qu’il varie d’un ouvrier à un autre : ainsi il résulte des enquêtes des différences de salaires de 30 p. 100 pour un même ouvrage, d’autant plus que l'employeur n’a que l’embarras du choix.

Le salaire de l’ouvrier travaillant aux pièces est, en effet, déterminé plus par la concurrence que par la quantité de travail qu’un bon ouvrier peut faire dans un laps de temps donné. Or, cette concurrence est d’autant plus grande que le travail est plus facile, qu’il exige moins de perfection. Aussi, c’est surtout dans les industries à domicile qui produisent l’article de pacotille que se rencontrent les salaires les plus bas. Dans ces industries travaillent des étrangers ne connaissant pas la langue, des émigrants israélites, russes ou allemands, chassés de leur pays natal par d’injustes persécutions pauvres exilés acceptant n’importe quel travail, à n’importe quel prix, pour ne pas mourir de faim. Le salaire est encore abaissé par la concurrence que fait à l’ouvrière isolée la femme mariée vivant dans sa famille : un salaire d’appoint lui est suffisant, alors qu'il devient manifestement misérable pour l’ouvrière dont c’est lunique gagne-pain.

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Le salaire diminue encore par suite de la concurrence des ouvriers ruraux. Grâce à la facilité des transports, à leur bon marché, les entrepreneurs de travail de la ville font exécuter leurs commandes à des ouvriers de la campagne, lesquels n’ayant pas les charges de la grande ville, travaillent à meilleur marché. Avec un coût de vie bien plus élevé, il faut que les ouvriers de la ville réduisent leurs conditions dans une semblable proportion, s'ils veulent obtenir du travail (1). À toutes ces causes d’avilissement, il faut ajouter la concurrence des ouvroirs et des orphelinats, qui peuvent travailler plus économiquement à raison de leur organisation, des aumônes équilibrant leurs budgets.

Les conséquences de l’insuffisance des salaires dans l’industrie sont nombreuses.

C’est d’abord l’emploi de jeunes enfants (2). Entre autres exemples, Miss Helen Cambells nous révèle avoir rencontré au Cours de son enquête à New-York une ouvrière qui avouait ne gagner sa vie qu'avec l’aide de ses deux petites filles, âgées l’une de six, l’autre de sept ans. Astreints à

(1) « Le tissage de la soie parait avoir fait ses premières tentatives d’émigration dans la campagne lyonnaise vers 4750. Un arrêt du roi du 13 décembre 1765 permet à tous les habitants de la campagne et à ceux des lieux où il n’y a pas de communauté de fabriquer des étoffes suivant les règlements. Mais ce n'est qu'à la fin de l'empire que le métier de la soierie commence à se transporter en masse dans la Campagne. Le fabricant, par crainte de la grève, oppose le tissage rural au tissage urbain. On peut évaluer actuellement le nombre des métiers disséminés dans la région lyonnaise (Rhône, Isère, Savoie, Haute-Savoie, Saône-et-Loire, Loire, etc.) à 90.000 métiers tant à main que mécaniques. » V. Py- Losse : le Tissage rural des soieries dans le Rhône, Mouvement économique et social dans la région lyonnaise, 1904.

(2) Questions pratiques, avril 1901. Chronique.

un travail excessif, dans de mauvaises conditions d'hygiène (voir infra), ces enfants ne tardent pas à s’anémier, à devenir rachitiques.…

Une autre terrible conséquence de l'insuffisance du salaire est que l’ouvrière à domicile qui ne peut suffire à son entretien par le travail, doit parfois avoir recours à la prostitution (1).

Enfin, pour compenser la médiocrité de sa rémunération, l’ouvrier à-domicile est souvent contraint d’exagérer la durée de son travail.

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