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En 1900,les ouvriers rubaniers de Saint-Etienne,effrayés de la baisse des prix de façon, se mirent en grève. Après quarante jours de lutte, une convention fut signée par la plupart des fabricants ; elle comprenait le paiement de la mise en train et l’établissement d’un tarif de salaire audessous duquel les façons ne pouvaient descendre ; les salaires se trouvaient augmentés d’environ 25 p. 100. Pour l’observation de cette convention, les fabricants signèrent entre eux un engagement par lequel ils s’obligeaient à ne pas payer de façons inférieures au tarif. De leur côté, les ouvriers s'étaient imposé à eux-mêmes de ne pas travailler plus d’un certain nombre d’heures par jour, et celui qui prolongeait son ouvrage au delà de l’heure fixée s’exposait à avoir ses vitres brisées : pareille pratique ne subsista d’ailleurs pas longtemps. Au contraire, le tarif fut bien observé pendant les dix-huit mois pour lesquels il avait été conclu ; s’il ne fut pas renouvelé, cela fint à ce que les ouvriers, Séparés par des dissentiments politiques, ne surent pas S’unir à nouveau pour imposer leur volonté aux fabricants ; conséquence : les façons sont actuellement descendues au-dessous de ce qu’elles étaient avant l’établissement du tarif. Après la grève, il se créa également, avec l’appui de la municipalité, une coopérative de production ayant pour objet la fabrication exclusive du ruban velours, mais elle n’a pas très bien réussi, manque d’habileté de la direction.

A Saint-Nizier-d’Azergues (1), les tisseurs obtiennent, en 1899, l'établissement d’un tarif de salaires.

On pourrait multiplier de tels exemples qui montrent

(1) Bonnevay: le Tisseur de Saint-Nizier-d'Azergues, Questions pratiques, avril 4900.

quels résultats on est en droit d'attendre du développement de l'esprit d'association chez les ouvriers à domicile. Malheureusement, dans cette forme d'industrie, les ouvriers, surtout les ouvrières, ont une certaine répugnance au groupement professionnel.

Les raisons de cet état de choses paraissent être les suivantes : 1° isolement des ouvriers à domicile ; 2° manque de qualité de leur travail ; 3° pauvreté de ces travailleurs, qui les fait souvent aecepter n'importe quel travail à n’importe quel prix ; 4° caractère parfois accessoire de leur travail.

A ces difficultés s'ajoutent pouf les femmes, leurs occupations ménagères, leur manque d’éducation syndicale. Cependant, 1l ne s'ensuit pas que les ouvriers à domicile soient inorganisables.

Certaines législations astreignent les ouvriers à domicile à l’association : ainsi, en Autriche, l’ouvrier à domicile est assimilé à l’ouvrier d’atelier et obligé de faire partie d’une corporation. En Allemagne, la loi de 1897 édicte que « ceux qui exercent une profession industrielle indépendante peuvent être forcés de former une association si la majorité des ouvriers de la catégorie le demande, et s’il s’en trouve un nombre suffisant dans la circonscription »; d’après un projet récent, la coopération serait obligatoire pour les ouvriers à domicile.

Pourquoi, en France, n’imposerait-on pas aux ouvriers à domicile et à leurs employeurs l’inscription aux syndicats (1), il semble, en effet, que l’organisation obligatoire du travail à domicile est un moyen d'améliorer le sort des

(1) Jay : l'Évolution du régime légal du travail.

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travailleurs en chambre. Sous un régime de liberté, les règlements du travail élaborés par les syndicats sont presque toujours éludés sous l’action dissolvante des côtoyeurs, c’est-à-dire des ouvriers ou des patrons égoïstes ou malins qui laissent s'engager les autres pour rester libres de leur faire concurrence, en usant de la faculté de diminuer le prix juste assez pour enlever le travail (4).

ASSOCIATION DÉFENSIVE DES OUVRIERS ET DU PUBLIC LIGUES DE CONSOMMATEURS

L'association des ouvriers à domicile aurait des résultats plus féconds encore si, dans sa lutte pour améliorer les conditions de cette forme de travail, elle était aidée par les consommateurs (2).

C’est à l’acheteur, en effet, qu'il faut en partie imputer les mauvaises conditions de travail à domicile car, par sa recherche du bon marché à tout prix, il incite le patron à donner à ses ouvriers des salaires très bas, à les faire travailler un nombre exagéré d'heures, dans des logements insalubres.

Il pourrait contribuer, ce ne serait d’ailleurs qu’à charge de réciprocité, à améliorer le sort de l’ouvrier à domicile en ne se fournissant que de produits fabriqués dans de bonnes conditions de travail.

C’est dans ce but que ce sont constituées aux Etats-Unis des ligues de consommateurs. D'abord restreintes à la

(1) Conf. de M. Perrenond : Genevois du 18 mars 1892. (2) H.-S. Brunues : les Liques de consommateurs.

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