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IV. — Fabrique

La famille produit d’abord pour les besoins de ses membres ; les travaux sont répartis entre ceux-e1.

(4) Karl Bücner : Études d'histoire et d'économie politique. P q

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Mais, lorsque s'établit le système d'économie actuelle basé sur l'échange, à l’industrie du foyer succède l’organisation des métiers. L’ouvrier se détache de la famille co L' transforme pour des consommateurs étrangers les matières premières où à demi façonnées qui lui sont confiées, ou bien encore, il fournit lui-même la matière première. Ainsi la société du moyen âge consiste dans un ensemble d’exploitations ouvrières indépendantes : le seul lien qui unit les artisans des-métiers est la corporation. L’artisan ne porte ses produits que sur le marché local ou aux foires voisines, car les marchés sont fermés aux non-indigènes et les produits étrangers n’y sont admis que s'ils manquent à la ville ; d’ailleurs, souvent dans ce cas on fait venir un maître étranger et on l’aide à s’établir dans la ville. Donc pas de vraie circulation pour les marchandises.

Mais l’établissement des états modernes centralisés, l'abolition des barrières de commerce élevées à l’intérieur rendent les échanges plus faciles : de local, le marché devient national et même international. L’artisan se trouve dès lors obligé d’aïler de marché en marché vendre ses marchandises ; or, s’il pouvait fermer son ouvroir lorsqu'il ne s'agissait que d'aller aux foires voisines, il ne lui fallait plus songer à continuer l’exercice de son métier et se rendre en même temps aux marchés plus lointains (1). D'ailleurs le consommateur a des exigences nouvelles, des goûts plus variés : il suit la mode. Le marchand ne devra plus être spécialisé, il lui faudra apporter un assortiment com- - plet, observer l’état du marché, diriger sa fabrication selon les fluctuations de la mode, les exigences de la concur-

(1) Pic: Traité de législation industrielle (2* édition), p. 73.

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rence. Aussi, l'artisan limitera-t-i1l désormais son activité à l’exercice de son métier ; il abandonnera les opérations commerciales au marchand. L'industrie est arrivée à une nouvelle phase : celle du travail à domicile.

Dans cette forme d'industrie, l’artisan continue à travailler chez lui, avec ses outils, mais entre lui et le consommateur s’interpose le marchand : pour employer une expression de M. Weber, l’artisan est « médiatisé » au point de vue des relations avec le client.

Le marchand est d’abord un maître artisan, qui fait travailler lui-même en son atelier, et qui recevant plus de commandes qu’il n’en peut exécuter, donne de l’ouvrage à ses collègues. Mais bientôt il est médiatisé à son tour par des négociants ou maîtres artisans qui se sont retirés de la fabrication pour ne s’occuper que du commerce.

Le marchand prépare les débouchés, reçoit les commandes, et les distribue aux maîtres : il ne peut en effet songer à faire travailler de simples compagnons, car l’ouvrage ne peut se faire que chez les maîtres. Les règlements des corporations édictent des peines sévères contre les compagnons qui, au lieu d’aller en journée chez les maîtres, exercent leur profession pour leur compte particulier, en chambre : plusieurs arrêts sont rendus à ce sujet (4).

Cette subordination des maîtres artisans aux marchands n’est cependant pas acceptée sans protestation par les corporations, car il y avait ainsi trop de facilité pour les uns d'arriver à une situation, tandis que les autres voyaient peu à peu se perdre leur indépendance. Aussi, les corpora-

(1) DE LAMARRE : Arts et Métiers, t. VII, p. 273 ct suiv.

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tions défendirent-elles maintes fois la pratique d’un pareil système. Par exemple, pour l’industrie des étoffes d’or (1), une ordonnance consulaire de 4619 réserva le droit d’être marchands aux seuls maîtres de l’art : mais cette ordonnance resta lettre morte. Maints autres exemples pourraient être cités de cette lutte des maîtres pour leur indépendance : révoltes, incidents de toute sorte au cours de la vie corporative. Ce fut en vain ; toutes ces manifestations ne surent empêcher la transformation du métier et le développement de l’industrie à domicile.

Cette forme d'industrie se développe surtout du xvI° au XVIII" siècle (2). On rencontre cependant des traces de cette organisation dès le x111° siècle, dans l'Italie septentrionale pour l’industrie de la soie, au x111° et xXIV° siècle en France, en Italie, en Allemagne, pour l’industrie du drap. Au x1v° siècle, l’industrie à domicile s’étabiit chez les orfèvres de l'Italie septentrionale, au x1v° siècle chez les cordiers de Lubeck, de Riga.

Mais, c’est du xvi° siècle que commence vraiment le développement de l’industrie à domicile : cette transformation se réalise à mesure que se modifient les conditions du marché, et que deviennent plus faciles les relations commerciales par suite de l’amélioration des voies de communication, de la suppression des douanes intérieures, de l'accroissement de sécurité du transit.

Du xvi° au xvirr° siècle, durant trois siècles, l’industrie à domicile s’établit dans un grand nombre d'industries.

(4) Goparr : Mouvement économique el social, 4901, p. 161 et suiv. (2) ScawienLanp : Ziele und Wege einer Heimarbeitsgesetzgebung,

G. Lévy. 2

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