Dès que le corps a pris ioui-à-faii
» son accroissement ? les yeux peuvent plus >? facilement souffrir quelque tension ».
En effet , il y a de quoi être surpris quand on considère le travail prodigieux et , forcé que des jeunes gens peuvent fournir a cette époque , sans que leur vue en soit aucunement affectée,
4.° <i Et même dans la vieillesse , les y eux y> ne se fatiguent pas facilement lorsque dans » la jeunesse on en a fait un usage jnodéré , *> et que dans l'dge mur , on ne leur a pas y> refusé les secours et les soins qu'ils exiy> gent. »
Mais malheureusement c'est en cela que presque tous les hommes pèchent ; plusieurs se persuadant que les lunettes qui viennent d'être inventées sont les meilleures, se hâtent d'en armer leurs yeux , même dans leur ]çune âge. D'autres, au contraire, prétendant braver la caducité , et voulant paraître toujours jeunes , ont la mauvaise honte de se refuser des lunettes qui leur seraient si nécessaires 3 et croient pouvoir les remplacer par l'usage d'un verre grossissant. Chez les femmes sur-tout , cette vanité a plus d'empire. Mais des gens de profession , des pères de famille.,, ne sont-ils pas d'une folie im-
pardonnable lorsqu'ils se rendent coupables de cette puérilité aux dépens de leurs yeux ?
En général personne ne sait bien le temps précis auquel les lunettes lui deviennent nécessaires : c'est pourquoi les uns en font usage trop tôt , tandis que les autres y recourent trop tard et comme au dernier spécifique qui leur reste pour jouir de 4a vue.
Il serait pourtant essentiel d'apprendre a déterminer ce temps pour toutes sortes de personnes , et c'est ce que je me propose de faire par la règle suivante. Avant tout , je dois dire un mot sur la manière ridicule et insuffisante , par laquelle on a prétendu jusqu'ici avoir fixé l'époque où l'on doit porter des lunettes.
Le plus grand nombre pense qu'il est un certain âge dans la vie auquel il faut absolument recourir à ces instrumens , et sur ce préjugé est fondée la coutume ridicule et pernicieuse qu'ont les lunettiers de préparer des lunettes pour chaque âge , et qu'ils vendent aux gens peu expérimentés. Dès qu'un homme de cinquante ans , par exemple, a forcé sa vue pendant quelques jours , il s'imagine qu'il a un besoin, indispensable de lunettes ; il ne manque pas d'envoyer de tous cotés a la recherche des meilleurs verres , et n'a point à&
repos qu'il en ait enfin trouvé de convenables à sa vue ; et bons ou mauvais , il faut en passer par la jusqu'à ce que le porteur de besicles demeure convaincu , par Paffaiblessement de sa vue y qu'il peut mieux voir avec ses propres yeux qu'avec toutes les lunettes. C'est l'histoire d'un millier de personnes. Heureuses encore lorsqu'elles n'«en éprouvent pas d'autres suites plus tristes que la perte de quelqu'argent !
Combien de vieillards ne rencontre-t-on pas y qui , jouissant encore de la vue dans toute sa plénitude , a Page de soixante-dix ou quatre vingts ans , ne pensent aucunement a se servir de lunettes ,. tandis que leuçs enfans ne peuvent déjà s'en passer à trente et quarante ans ? On ne peut donc déterminer d'une manière absolue l'âge auquel on doit s'en servir , et encore moins la forme qu'elles doivent avoir. D'autres établissent en principe que l'usage des lunettes est subordonné a la conformation de la prunelle et a celle des parties internes de l'œil qui servent a la réfraction des rayons de la lumière , et qui sont plus ou moins convexes. Ceux-ci approchent davantage de la vérité , et pourtant ils en restent encore éloignés , puisqu'on ne peut tirer de leur assertion , absolument rien de certain
C?3) touchant l'instant précis où il est urgent de faire usage de lunettes : un œil , même trèsconvexe , peut présenter dans le bas-âge, tous les symptômes qui font présumer qu'il en aura besoin à quarante ans, tandis que d'autres , dans le même cas, pourront s'en passer à quatre- v ingt-dix .
L'époque a laquelle on doit recourir aux besicles , dépend à-la-fois de la conformation particulière des yeux , du soin qu'on prend de ces organes, et de l'emploi qu'on en a fait dans sa jeunesse : le besoin de se servir de ces verres ne tient que trop souvent à des accidens plus ou moins grands , et a des maladies qui attaquent tel ou tel individu, pendant que l'autre en reste préservé.
Ainsi , ce ne peut être que d'après des symptômes manifestes et permanens , qu'il est possible de déterminer d'une manière certaine si l'on doit prendre des lunettes , et a quelle époque précise il convient de le faire. Ces symptômes sont si frappans , et d'une apparence si uniforme , que toute personne chez laquelle ils se déclarent , peut , dès ce moment, se procurer des lunettes , sans qu'il soit besoin de recourir a d'autres informations, et en ayant égard aux avertissemens sut vans :
i.° « Il faut bien remarquer jusqu'où la y> portée de o>we(Punctunidistinctae visionis) y> peut s'étendre , c'est-à-dire , jusqu'à quel y> éloignement l'on peut voir distinctement y> les objets; car, dans le cas dont je viens > de parler, on est obligé d'éloigner des y> yeux , plus qu'à l'ordinaire , les petits cb- » jets qu'on veut voir clairement » .
2.0 « Par une inclination inaccoutumée s> de la tête et du tronc , on s'approche de plus y> près de la lumière quand on lit ou qu'on » travaille j c'est ainsi que nous voyons y> presque toutes les vieilles gens , tenir leur y> livre ou leur écriture tout-à-fait près de la y> lumière, pour lire ou pour écrire plus fa- » cilement » .
3.° « Les objets très-petits paraissant se » confondre , quand on les considère longs temps ; ce qu'on éprouve' sur- tout si ces ob- » jets sont luis ans, ou de couleur très-claire . »
4.° « Les yeux , à la moindre tension , y> sont promptement fatigués, tellement qu'on » est forcé de les détourner sur d'autres ob- » jets , pour leur donner quelque relâche » .
5.° a La. vue , à l'instant du réveil , est y> très-faible , et ne recouvre son degré de » force accoutumée qu'au bout de quelques y> heures ; c'est-à-dire lorsque l'air et la lu- » mière ont suffisamment excité le$yeux ».
Dès que ces signes se déclarent , on doit , sans différer d'un seul jour, se procurer de bonnes lunettes \ mais si elles sont mauvaises , ou , ce qui revient au même , si elles ne sont pas parfaitement appropriées à la disposition particulière de celui qui s'en sert i la vue alors souffrira davantage que si elle eut été abandonnée a elle-même. Cette observation qui a été souvent réitérée , me fait un devoir de décrire ici les propriétés des bonnes lunettes :
i*. « De bonnes lunettes ne doivent ] a- » mais grossir beaucoup les objets , mais les » laisser voir clairs y simples y et tels qu'ils > sont. »
Des vieillards ont parfois la vue si perçante , qu'ils peuvent lire distinctement des caractères d'impression de moyenne grosseur, a la distance même de six pieds ; au contraire, l'écriture leur paraît embrouillée, indéchiffrable , quand ils veulent la lire a celle de dixhuit a vingt pouces b ce qu'une vue saine peut ordinairement faire. Ces personnes doivent sans doute se pourvoir de bonnes lunettes , qui grossissent davantage , mais toujours en prenant bien garde de ne pas aller trop loin a cet égard.
On acquiert la preuve certaine qu'on s/est
(70) trop écarté du but , et qu'on a choisi des lunettes trop conyexes , quand on est obligé de porter le livre plus près de l'œil qu'on ne le ferait arec une honae vue ,. je veux dire plus près que huit a neuf pouces ; de là cette règle générale :
2°. « On doit pouvoir bien lire avec ses » lunettes 9 à la distance à laquelle on pour-
> rail le faire avec les yeux à nu , dans la
> pleine vigueur de sa vue. »
Qu'on juge parla du ridicule de ces assortimens de lunettes qu'on trouve chez les lunettiers, et dont la convexité est, selon eux , mesurée a l'âge. S'il arrive qu'on ne puisse s'en procurer de bonnes dans le pays qu'on habite, il sera facile d'en commander dans un autre. Four cela , on tient un livre devant ses yeux , à la distance a laquelle on peut lire le plus facilement 5 on mesure exactement avec un fil l'espace qui sépare l'œil du livre, on envoie ce fil a un lunettier intelligent pour lui servir de règle dans le choix du bassin qu'il doit employer pour fabriquer ses verres. Il faut avoir la précaution essentielle de mesurer la portée de vue de chaque œil, puisqu'il arrive rarement que les yeux aient la même.
5°. « Les bonnes lunettes doivent être de 3> matière pure, je veux dire sans globules ,
v> ni rayures ou étoiles , etc. : défauts qu'on » peut aisément découvrir en examinant les » verres près de la lumière. »
Mais ceux qui se servent de lunettes regardent-ils si elles ont les qualités requises? Ajoutez qu'il arrive, chez les femmes sur-tout, qui portent leurs lunettes dans leur poche , souvent pleine d'ustensiles , qu'elles s'éraillent ou deviennent grasses, tellement qu'où les prendrait plutôt pour des morceaux de -vieilles vitres cassées, que pour des lunettes. Nonobstant cela , on a la louable coutume de les garder, et de s'en servir long-temps avant de se résoudre à les échanger contre de meilleures. Le mieux est de les serrer dans Un petit sac de peau , afin qu'elles ne s'altèrent pas.
4°. « De bonnes lunettes doivent être , dans * toutes leurs parties , d'égale épaisseur , » ainsi que d'égale forme. »
On recherche ordinairement peu cette importante qualité , qu'on peut connaître par le moyen d'un compas , ou quand , en tenant les verres obliquement sur les lettres imprimées, on observe qu'elles conservent le même caractère.
5.° « Le verre qui convient à un œil , ne > doit jamais être appliqué à l'autre , c'est
(?8) » pourquoi il est nécessaire qu'ils soit $ monté de manière à ne pouvoir être dé" y> placé. »
Il est donc bien essentiel de fixer les verres. Nous voyons que dans une grande vieillesse , les yeux sont tellement tiraillés par la pression du nez , qu'ils finissent par larmoyer , comme cela arrive par suite de l'application de quelqu'onguent irritant sur les yeux , ou par l'introduction de quelque corps étranger entre les paupières , lequel fait (luer les yeux et le nez, en provoquant un fort éternuement. On peut juger de l'irritation qu'occasionne dans les commencemens sur-tout , l'usage des lunettes à pince , par l'essai qu'ont fait maintes et maintes personnes , de lunettes sans monture: elles ont été obligées de les abandonner, ne pouvant en supporter l'entrave. Les attaches remédient a cela, en tenant les lunettes légèrement appuyées sur le nez ; avantage auquel est i-éuni celui de les fixer et d'empêcher la vacillation à laquelle elles sont sujettes, quand elles sont simplement posées sur le nez.
Au reste le grand usage qu*on fait des microscopes y des verres optiques , et des lorgnettes , est d'un danger si grand , et a des cuites si fâcheuses a toutes sortes d'âges ; sur-
(79) tout chez les myopes , que je ne puis assez en prévenir mes lecteurs. Je ne saurais pourtant disconvenir que de tels instrumens ne soient dans certaines circonstances d'une grande utilité ; je n'en condamne que l'abus \ d'ailleurs j'aurai soin de démontrer quels sont les cas auxquels on peut y recourir dans diverses sortes de travaux , ainsi que les règles de prudence qu'on doit avoir devant les yeux dans leur usage , afin qu'ils ne deviennent pas funestes.