CHAPITRE IV
Sur le temps propre à V exercice de la vue.
A. cet égard voici quelques règles très-utiles, si claires et si évidentes, qu'elles doivent être; généralement senties.
i°. « Le matin y après quelques heures » d'un bon sommeil, est sans doute le mo- » ment le plus convenable à l'usage des yeux y> sains ».
En effet la vue peut alors sans danger , supporter la plus grande tension , parce que tout le corps , et par conséquent les, yeux 4 ont rer couvre de nouvelles, forces.
Mais aussi faut-il avoir une précaution que personne ne saurait perdre de vue impunément, celle de ne jamais se mettre a l'ouvrage immédiatement au sortir du lit, et lorsqu'on est à peine éveillé , car tout passage subit d'un extrême a l'autre , comme d'un entier relâchement a une tension soudaine , porte nécessairement dans toute l'économie , et sur- tout dans le genre nerveux , un changement remarquable. Tout travail de la vue dans cet instant de crise, pour ainsi dire, ne peut donc produire que des effets fâcheux.
2°. « De même on agira arec prudence y> en ne se livrant immédiatement après le y> repas , à aucun travail pour lequel on doive >. rester assis ».
Si, dans le premier cas, l'envie de dormir, à laquelle nous résistons à peine , le peu de disposition a penser , en un mot , la pesanteur où se trouve encore la tète , et qui ne démontre que trop clairement l'afflux des humeurs vers la région supérieure , nous rendent peu propres au travail , la disposition où l'on se trouve après avoir mangé n'est pas moins nuisible , lorsqu'il s'y joint la tension de la vue et du cerveau , et la pression du ventre. Pour s'en convaincre, on n'a qu'a observer les personnes qui se placent
(8i ) dans cette situation. Leur visage devient rouge , leurs lèvres livides , et le blanc de leurs yeux se couvre de vaisseaux rouges et gorgés de sang.
De la considération de ces symptômes découle la règle suivante :
3°. <l Tout travail , de quelque nature y> qu'il soit 9 s'il est capable d'affecter for te~ y> ment les yeux , doit être modéré , sur- tout » lorsque le sang est échauffe » .
D'après ce principe , tout homme public f tel qu'avocat , prédicateur , professeur > fait très-mal, lorsqu'en venant de remplir ses fonctions , il se met sur-le-champ a des ouvrages qui tendent la vue et l'esprit. L'organe le mieux constitué ne pourrait à la longue suffire à cette manière de se conduire ; car le prédicateur qui n'est pas indifférent au sujet qu'il prêche , et qui ne remplit pas froidement son ministère j l'orateur qui est convaincu et qui veut convaincre ses auditeurs de la vérité de ce qu'il dit, ne peuvent parler sans quelqu'agitation ; et le fissent-ils le plus doucement , le plus posément possible , il n9en. résulte pas moins que le sang porté vers la tête en ce moment, rend les yeux incapables d'occupations sérieuses.
Je pourrais e,u effet citer beaucoupd'exeni-
( 8, ) pies d'hommes a talens , et d'une éloquence peu commune, qui se sont attirés une foiblesse de vue voisine de la cécité , par suite de laquelle ils ont été hors d'état de continuer leurs fonctions , seulement pour avoir fait un usage imprudent de leurs yeux immédiatement après une déclamation , même de peu de durée.
4°. « On ne doit pas être moins attentif > à se préserver de toute forte tension des % yeux, le soir, auprès d'une lumière artifi- » ciel le. »
Quiconque peut s'abstenir pendant les longues soirées de l'hiver, de tout ouvrage qui affecte la vue, la conservera long-temps-, cependant on a déjà beaucoup gagné quand on a la facilité de choisir des occupations qui n'exigent pas en même temps la contention de l'esprit et des yeux.
Mais malheureusement, combien de jeunes gens, et même des pères de familles , qui se doivent tout entiers au bien-être de leur maison , sont obligés de passer plusieurs nuits à des ouvrages attachans et qui sont au-dessus des forces de leur corps et de leur vue ! Ces personnes sont bien dignes d'exciter notre intérêt quand elles se plaignent d'une faiblçsse d'yeux qui les force d'iuteiromprQ
leurs utiles travaux , et qui même souvent les rend pour toujours incapables de les coutinuer; mais si tout abus de la vue est blâmable , que dire de ces femmes délicates , de ces demoiselles insensées qui sacrifient la nuit une partie de leur repos à la lecture de romans sans esprit ou d'historiettes insipides? Qui pourrait leur accorder la moindre pitié , non plus qu'à tant d'autres encore qui consument le temps du jour et de la nuit à se remplir la tête de bagatelles , à s'occuper avec des riens, en ruinant la santé d'un organe si précieux ?