CH A PITRE V
Traitement des yeux durant et après la petite-vérole.
J'avais d'abord destiné ce chapitre à être inséré dans un journal ; mais sur l'invitation réitérée de mes amis , et en considérant les exemples fréquents des affreux désordres que la petite-vérole naturelle occasionne dans les yeux, je me suis décidé a annexer ce chapitre a la présente dissertation.
(1) Cet article a été publié avant la découverte de la vacciue.
(i57 ) C'est une chose difficile a croire , que la manière inconsidérée dont les yeux des enfans sont traités, même par des gens de l'art, pendant la petite-vérole ; aussi , rien ne serait d'un plus grand secours relativement à la conduite a tenir a l'égard des yeux pendant et après cette maladie, qu'une méthode dont la bonté aurait été sanctionnée par plusieurs années d'expérience. Voici quelques préceptes que nous osons présenter au public , et dont nous attestons le succès , pour prévenir les altérations profondes , qui, si souvent, sont les suites inséparables de la petite-vérole, et qui tous les ans privent de la vue un si grand nombre d'enfans.
Une observation bien remarquable , étayée sur l'expérience , et qui est des plus favorables a la méthode de l'inoculation, c'est que les maladies des yeux sont rares après cette opération \ tandis qu'on voit survenir des accidens sans nombre de la petite-vérole naturelle. Lorsqu'il se manifeste quelqu'inllammation aux yeux des sujets inoculés , elle est bien loin d'être aussi funeste et aussi maligne que chez ceux qui ne l'ont point été.
11 y a environ seize ans que de traitement des maladies des yeux m'est confié en cette
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ville , et chaque année il me vient au momi soixante a soixante-dix enfans, dont les yeux ont été pris de l'inflammation la plus opiniâtre durant ou après la petite-vérole. Beaucoup d'entre eux > en partie par la malignité du mal , et en partie par le défaut de soins de la part des gardes - malades , sont tout-a-fait incurables ; au point que , sur le nombre que je viens de citer , il y en a toujours huit à dix qui perdent la vue •, au contraire , depuis des années , il ne m'est arrivé qu'une fois de voir une ophthalmie de quelqu importance après l'inoculation , et elle céda promptement au traitement ordinaire. Des oculistes célèbres , auxquels j'ai souvent demandé leur avis , m'ont tous confirmé dans l'opinion que j'émets.
Le moment où les effets de la petite-vérole se déclarent est très-différent : quelquefois ils paraissent pendant la suppuration, mais le plus communément c'est avant que les croûtes soient desséchées t ou long - temps après la terminaison de la maladie. Ainsi, j'ai souvent vu, cinq ou six semaines après la petite-vérole , en reparaître une autre , que j'appellerais volontiers recrudescente , et qui , maintes fois, est plus dangereuse pour les yeux que la petite-vérole même. Quel-
C >39) quefois cette petite-vérole provenait d'un bain tiède général , que j'avais ordonné a raison d'une inflammation d'yeux purulente; car un grand nombre d'observations m'a convaincu que si les yeux de certains malades souffrent tôt ou tard du levain de la petitevérole , cela dépend pour le moins autant de leur constitution particulière , que de l'inattention et de l'insouciance qu'on apporte pendant la crise de la maladie. Ajoutons a cela le traitement vicieux de plusieurs oculistes, l'influence des circonstances domestiques, et des alentours des malades.
Mais un des plus pernicieux préjugés , et qu'on peut regarder comme la principale cause des maladies des yeux après la petitevérole , c'est l'ancienne erreur où l'on est encore , et qui souvent même est accréditée par des gens de l'art , que l'individu attaqué de la petite-vérole doit se priver de voir pendant quelques jours -, qu'il doit tenir ses paupières strictement fermées ; et que le moindre essai qu'il fait pour les ouvrir lui est extrêmement dommageable. C'est par suite d'une aussi pitoyable manie , que nous trouvons plusieurs personnes avec un œil de moins et même aveugles, lorsqu'après plusieurs jours les paupières viennent a s'ouvrir
d'elles-mêmes ; ce qui ne serait pas vraisemblablement arrivé , si Ton avait traité plus sagement l'affection des yeux aussitôt quelle s'est montrée.
Quiconque suivra scrupuleusement le$ règles suivantes durant la petite-vérole , peut être asruré qu'aucun accident consécutif et fâcheux n'aura lieu, ou du moins très-rarement j et dut la maladie être des plus malignes, et occasionner, a quelque époque que ce soit, une affection des yeux , celle-ci ne sera jamais si terrible, ni si rebelle aux secours de la médecine.
i.° « Dès que la petite-vérole commen- » cera à sortir , quil y ait ou non de Ven- » Jlure aux paupières , on lavera les yeux » plusieurs fois par jour avec une eau com- » posée de quatre onces d'eau de rose , une » drachme de mucilage de gomme arabique 9 » et trente gouttes de laudanum liquide de -» Sydenham. »
2.0 « Survient-il de V enflure aux pauj> pi ères , et de leurs bords suinte-t-il une » sérosité gluante qui les ferme en se desv> séchant , il faudra les bassiner continuely> lemenl avec cette eau , et tacher de les >> tenir au moins entrouvertes j ce qu il faut » faire , d'ailleurs , à la lueur d'une lumière
» modérée , parce qu'une forte irritation ou tt picotement des yeux par la lumière ,pour-
> rait y à cette époque, provoquer une in- » flammation. »
3.° « On éprouverait aussi les effets les *> plus tristes si Von voulait à toute force » séparer les paupières l'une de l'autre ; il » suffit qu'elles soient assez entrouvertes » pour y injecter la liqueur susdite , et dé-
> gorger leur face interne de V humeur âcré * et tenace qui s'y trouve. On aura soin » d'examiner si l'œil n'est pas rouge , et si » la cornée transparente n'est pas terne. » Rencontre-t-on l'un de ces cas > le secours » des médecins est alors des plus néces- » saires. On observera aussi de visiter de » nouveau Vœil au moins deux ou trois fois y* par jour. »
4.° « Si l'humeur qui se trouve entre les y> paupières et l'œil est tellement tenace et y> dense qu'elle ne puisse être détergée par » l'injection susdite , il faudra pratiquer
> cette injection d'une autre manière > je » veux dire en la commençant par le petit
> angle de l'œil, et la continuant tout le « long des bords des paupières , jusqu'au » grand angle de l'œil, et l'humeur y étant v ainsi poussée , on l'essuiera avec un léger
y tampon de linge fin. J'observe qu'il est néy> cessaire que le bec de la seringue soit long y et très-mince. »
5°. & La petite vérole sort-elle très-len- » tentent > et survient-il de l'enflure auxpau* *> pières et une douleur sensible aux yeux j y> alors on fait mettre le malade dans un y> bain chaud deux fois par jour , et pour au » moins une heure chaque fois ; on répète ces » bains jusqu'à ce qu'on remarque que l'éy ruption se fait bien , et qu'elle se montre y non-seulement au visage et aux environs » des yeux , mais encore aux principales y> parties du corps : c'est pour atteindre ce y> but , que je recommande l'usage des bains y chauds , comme un spécifique des plus y utiles contre l'affection des yeux. y>
6°. « On cherchera à procurer au malade y* qui a eu les yeux affectés , un air libre et » pur , et sur-tout chaud , autant que posy sible ; je ne saurais dire combien de fois y> j'ai été témoin de la disparition de l'en' y flure aux paupières par la simple obsery vaiion de cette règle. »
Une heure après qu'on aura mis les enfans convalescens de la petite-vérole dans cet air libre, ils s'en trouveront d'autant mieux, qu'au* paravant on aura eu soin de les tenir un pe\|
renfermés. On observera de couvrir leurs yeux d'un petit auvent de taffetas vert , pour les préserver de toute grande clarté , et empêcher qu'ils ne soient irrités par la lumière.