‹ Des moyens les plus efficaces pour conserver la vueChapitre 8 sur 32 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Sur l'usage modéré de la vue en général.

Autant un usage prudent de la vue est salutaire, atttant son entière inaction est nuisible. La preuve la plus incontestable de ce que j'avance, c'est que de cette cause proviennent la plupart des myopies et des strabismes ou vues louches. Le louche voit tous les objets doubles. On croit qu'en générai ce vice n'est pas le résultat d'une habitude , parce qu'avec le temps , celui qui en est atteint parvient a voir les objets qui l'entourent dans leur état naturel de simplicité \ et

personne, pas même le louche, ne se per4 6uade qu'il ne regarde qu'avec un oeil , alors qu'il regarde les objets simples. Si l'on suit avec attention le développement du strabisme , on trouvera que le louche , au commencement de son indisposition , ferme toujours l'œil malade pour fixer les objets \ de sorte que celui ci, néglige de plus en plus , perd enfin ses facultés par cette constante inaction, tellement que l'individu peut être alors être considéré comme borgne.

La découverte que j'ai faite par hasard de cette paralysie de l'oeil (car je ne sais quel nom lui donner), me fut procurée par les observations attentives que je fis sur plusieurs sujets que cette indisposition avait jetés dans l'angoisse , et qui venaient se confier a mes soins. Mon remède se bornait a faire bander l'oeil sain tous les jours, pendant un couple d'heures , afin de forcer le malade a se servir de son oeil perclus , et suivant qu'il était plus ou moins indisposé, de tenir l'autre bandé plus ou moins long-temps; je faisais continuer ce moyen simple , jusqu'à ce que l'œil malade put remplir ses fonctions. C'est ainsi que j'ai eu la satisfaction de guérir le strabisme chez des enfans et des jeunes gens , sur-tout quand il provenait d'une mauvaise habitude.

Généralement parlant , on remarque , dans lotis les sujets de ce genre , qu'un œil , et le plus souvent le droit, est plus perçant , plus fort, et peut supporter une plus grande tension que le gauche. En effet \ je connais plusieurs personnes qui \ avec un œil \ ne peuvent lire un caractère ordinaire d'impression , à la distance tout au plus de 7 a 8 pouces , tandis qu'elles peuvent très-bien le lire avec l'autre à une distance une fois plus grande -, aussi lorsque le louche et le myope veulent fixer des objets un peu éloignés \ ils ferment l'œil le plus faible \ tandis qu'ils ferment l'autre pour considérer quelque chose de plus près.

Si maintenant nous portons notre attention sur les vues courtes en général, nous remarquerons que les individus qui en sont affectés , n'emploient qu'un seul œil , quand ils lisent sans lunettes*, que beaucoup d'entre eux en employant ces instrumens, ne se servent aussi que d'un verre , et tiennent toujours un œil fermé , jusqu'à ce que ce dernier dépérisse tout a-fait par cette inaction , accident dont le louche est exempt; delà vient encore que très-souvent les myopes devienne l louches, dans image avancé, parce qu'un d leurs yeux, entièrement négligé et inac-

tif , ne suit plus les divers mouvemens de l'organe de la vue , et se tient constamment fixé vers un seul point. J'ai reconnu, chez ceux, mcmequi font usage d'une double lorgnette, qu'il n'y a pourtant qu'un oeil qui fasse ses fonctions , de sorte que , sans le savoir , ces personnes deviennent ainsi presque toujours borgnes \ cela provient uniquement de ce que les deux verres ont le même foyer lumineux, tandis que chez presque tous les hommes , et principalement chez les myopes , chaque oeil a une portée différente. En conséquence, il faut préférer les lunettes dont les verres diffèrent entr'eux ; sans cela , celui des verres qui n'est pas propre a l'un des yeux, le rend inhabile à voir en le privant de son ministère ; au reste , on remédie à cette inégalité de force dans les yeux , par le moyen déjà cité , et on peut la prévenir par l'usage des bonnes lunettes doubles.

D'après ces considérations expérimentales , on voit clairement combien il est essentiel et salutaire de faire un emploi modéré de la vue. Une des règles les plus recommandables devra donc être celle-ci :

i.° <c De ne pas trop exiger de sa vue , fc quelque bonne et quelque forte qu'elle > paraisse* »,

Mais il n'y a que le plus petit nombre des hommes qui s'avise de penser a temps a une sage économie des yeux. Je n'ai vu que trop de jeunes gens qui promettaient beaucoup , et qui 9 par la seule négligence du précepte que je donne , se sont entièrement rendus incapables de tout emploi qui exige une bonne vue.

On me demandera sans doute ici quels sont les signes évidens auxquels on peut reconnaître qu'on abuse journellement de ses yeux , et qu'il est urgent de leur donner du relâche, puisque la constitution de ces organes, comme on sait, diffère sensiblement dans chaque individu , et que la vue la plus forte et la meilleure dépend souvent de la disposition des autres parties du corps. L'un peut s'occuper des jours entiers à la contemplation d'objets qui ne doivent être regardés qu'a la loupe, sans éprouver la moindre altération dans la vue , tandis que l'autre , au contraire , s'en plaint déjà après une tension d'une demi-heure seulement.

Les signes les plus certains qui nous avertissent de penser sérieusement à une prudente économie de notre vue, sont les suivans :

A. Le foyer (focus) de la vue, commum'ment appelé le point de vue (punctum diMinctœ vùlonù ) ,

se forme d'autant plus près de l'œil, qu'il est besofdrd'en approcher davantage les objets plus petits , pour pouvoir bien les discerner.

Ce changement du point de vue arrive sou* vent si subitement et d'une manière si apparente, qu'après une forte occupation de la vue > pendant quelques jours seulement , et lorsque sur-tout on y joint les veilles, on remarque qu'il faut poi ter les petits objets plus près des yeux.

B. On éprouve quelquefois * particulièrement durant un travail opiniâtre, qui exige une grande tension de cet organe , un sentiment pénible de constriction dans tout l'orbite, lequel disparaît pourtant bientôt, si on laisse reposer le* yeux, même pendant un quart-d'heure seulement , ou en fermant de temps en temps les paupière?*

C. Le travail est-îl de longue durée? exige-t-il nonseulement une tension considérable de la vue , mais encore une fatigue de l'esprit ? alors la constriction dont j'ai parlé est ordinairement suivie de chaleur aux paupières , de pesanteur et de difficulté à les mouvoir , ainsi que la pupille.

D. Parfois, pendant qu'on travaille, ou bien lorsqu'on veut regarder fixement un objet éloigné , le* yeux commencent à larmoyer involontairement , ou du moins à devenir plus humides que de coutume.

E. Pendant le travail, ou aussitôt après, on éprouve on léger mal de tête , et une pression analogue à cellç d'un poids se fait sentir aux environs des paupière*.

F. Chez les jeunes personnes très-blondes et sanguines , les bords des paupières deviennent rouges 9 plus épais qu'en parfaite santé , et les vaisseaux sanguins se gonflent visiblement.

G. Enfin, il se présente de temps à autre un léger nuage devant les yeux ; les objets se brouillent pour quelques instans, ce qui force de fermer momentanément les paupières, faute de quoi il survient des étourdissemens. Cet accident désagréable se manifeste plus tôt, et d'une manière plus apparente, chez les jeunes personnes blondes et sanguines qui ont abusé <le leur vue.

Ceux qui méprisant l'avertissement de ces symptômes , seront assez inconsidérés pour continuer à s'attaquer au plus noble des organes , que ceux-là , dis-je , s'attendent a voir bientôt paraître les deux accidens redoutables dont il nous reste à parler.

H. Notamment quand les objets paraissent environnés d'un léger nuage , dont les extrémités sont peintes des couleurs de l'iris.

L Ou bien, lorsque les objets semblent se mouvoir devant les yeux, qu'ils sont couverts tout-à-coup d'une ombre inconnue, et que portés tantôt en haut , tantôt en bas , et sens dessus dessous, ils paraissent nager les uns dans les autres.

Quoiqu'on ne puisse pas , à proprement parler , appeler maladie cet état des yeux , vu «ju'il n'est qu'un état mitoyen entre la maia-

(46) die et la santé, il n'est pas moins vrai que, si l'on n'y remédie promptement , cette faiblesse de vue peut persister durant la vie entière.

Mais combien de gens , dans ce cas , tombent dans Terreur, et font dégénérer en maladie réelle cette simple propension a la maladie, en s'administrant eux-mêmes imprudemment , et sans connaissance de cause , des remèdes fortifians ou soi-disant tels , dont l'âcreté irrite le mal !

On demandera maintenant comment on peut remédier à ces accidens, réparer les effets de l'abus des yeux , et prévenir une maladie réelle de ces organes.

Les moyens les plus sûrs , ceux que l'expérience enseigne, sont, ce me semble , les suivans : '

A. Il faut, autant que possible, ménager les yeux par gradation , c'est-à-dire, ne pas les priver tout-àcoup et tout-à-fait de leurs fonctions , ce qui , comme je l'ai déjà dit , n'est pas moins nuisible que la plus grande tension.

B. Il faut, autant qu'il est possible, interrompre de temps à autre ses occupations, ou du moins se faire un devoir de les diversifier.

C. De temps en temps on fermera les yeux , on se donnera quelque mouvement dans la chambre, ou , ce qui est mieux, on prend un instant le grand air;

(47) quand ce ne serait que quelques minutes, on n'en ressentira pas moins les bons effets.

D. On a soin d'entretenir la transpiration par des bains de pieds à l'eau tiède, dans laquelle on aura fait fondre du sel de cuisine, et mêlé du vinaigre.

E. Un exercice modéré du corps , une promenade en plein air, où l'œil puisse être réjoui par le tableau varié des productions de la nature , sont tellement nécessaires au relâche des yeux et à la réparation de leur force , que les gens les plus simples même ne l'ignorent pas.

F. Que celui qui est une fois revenu de sa trop grande confiance en ses yeux, soit attentif à s'abstenir de tout travail attachant aussitôt après son réveil , après le repas, et le soir à la lumière.

G. On lavera ses yeux plusieurs fois le jour avec dp l'eau froide, remède qui, quoique simple en luimême, ne laisse pas néanmoins de produire insensiblement de bons effets. J'ai déjà remarqué que tous les bains d'eau tiède étaient nuisibles aux yeux ; je le répète , il ne faut que les rincer, car on arrive pareillement au but proposé en ne se servant que d'eau froide; l'action du laver lui donne une chaleur plus que suffisante.

Je me sers a cette fin , depuis des années , d'une sorte de bain de rosée qui s'administre par le moyen d'un instrument usité d'après mon indication, en cette ville (Vienne), aussi bien que hors du pays, j'ose dire avec

(48) le plus grand succès, dans les cas où la vue est fatiguée (1).

L'usage de l'eau froide demande, comme, on sait, quelque gradation. On se couvre d'abord la tète d'un linge trempé dans Peau fraîche , observant de ne l'y laisser que quelques minutes, et de l'ôter avant qu'il ait acquis la chaleur du corps ) ce qu'on répète souvent , avec l'attention indispensable de ne point le faire , ou autre manœuvre de cette nature , dans, un moment de transpiration sensible , non plus qu'immédiatement après le lever. Lorqu'on a continué ainsi pendant quelques jours, on commencera a se laver la tête et les yeux avec de l'eau plus froide. De celte manière, au huitième ou neuvième jour, on sera en état de supporter le bain de rosée j et cela s'entend de soi-même , qu'il faut encore user de quelque gradation relativement à la froidure de l'eau , de même qu'a l'égard de

(1) Nous avons supprimé la figure de cet ins^ trument, parce qu'il est beaucoup trop compliqué pour l'usage auquel l'auteur le destine , et qu'il peut être parfaitement remplacé par une seringue , ou par tout autre instrument propre à produire une espèce de douche ascendante.

( Note du Traducteur. )

son jet plus ou moins fort par la pointe de l'instrument.

Quiconque suivra ponctuellement cette règle de conduite , pourra retourner sans crainte a ses occupations accoutumées ; mais aussi celui qui sera assez imprudent pour abuser de nouveau de ses yeux , ne doit plus espérer de jamais recouvrer cette force de vue indispensable pour tout ouvrage qui demande quelque tension.

Une autre règle à suivre,' et non moins importante , est celle qui suit :

2°. <{ Que chacun dans son travail ait » soin , autant que possible , de se ménager y> une lumière égale. »

Travailler près d'une fenêtre vis-à-vis de laquelle est un mur assez blanc pour réfléchir les rayons du soleil, c'est volontairement sacrifier ses yeux. Je n'ai que trop vu de personnes qui ont dû a cette imprudence seule l'inflammation la plus opiniâtre et la plus dangereuse , et j'en ai traité un grand nombre qui, après en avoir été guéries, ont été incapables, le reste de leur vie, de toute occupation sérieuse dépendante de la vue, à cause de la faiblesse qui leur en était restée. U est donc de la dernière importance d'é-

viter, dans toute sorte de travail, toute lumière réfléchie ou trop perpendiculaire ; ainsi les lampes en général, même celles de Segner ât diArgand , qui sont pourvues d'écrans , «ont insuffisantes , parce qu'elles éclairent quelques objets ou une partie de la chambre avec une lumière trop concentrée , tandis que les autres objets en sont faiblement éclairés. Le corps que l'on manie est-il avec cela blanc ou poli ? alors les reflets saillent d'un point central si fortement vers les yeux , que l'organe le plus fort ne peut long-temps les supporter sans le plus grand dommage, ainsi que je l'ai expérimenté moi-même , il y a quelques années. Il s'ensuit de Ta qu'on ne doit rien épargner pour se procurer une lumière égale , dans tous ses travaux.

On ne peut donc avoir trop de lumière le soir pour travailler } c'est a quoi l'on fait si peu d'attention , que bien des gens croient beaucoup gagner par l'habitude où ils sont d'économiser un bout de chandelle ou de bougie} ils ne pensent que lorsqu'il n'est plus temps , aux suites fâcheuses et aux malheurs qui résultent d'une pareille conduite.

Deux chandelles pour le moins sont nécessaires devant soi , même trois , quatre et plus , suivant la nature de, l'ouvrage; -ces chandelles

doivent être de même grandeur , afin que la clarté de la flamme ne donne pas horizontalement , mais plutôt obliquement sur la vue \ et quand elles sont b -idées un peu avant, il faut les exhausser par le moyen d'une planche ou d'un livre , si on n'a pas la faculté de se procurer des chandeliers élastiques pour les tenir toujours a la même hauteur -, autrement il est impossible de travailler pendant quelques heures sans que les yeux en éprouvent une fatigue remarquable.

Et ce que je recommande en général a tous ceux qui doivent se servir de lumières artificielles f c'est d'avoir toujours deux chandelles pour le moins près de leur travail , car l'économie d'une chandelle ne peut entrer en comparaison avec l'avantage qu'on retire d'une plus grande clarté.

On se plaint ordinairement des chandelles de suif, et c'est avec raison ; car quand la mèche n'est pas proportionnée a la quantité du suif, la flamme vacille et se charge trop , ou devient tantôt trop claire , tantôt trop sombre ; de manière qu'on est à chaque instant obligé de moucher les chandelles : souvent aussi, il arrive qu'elles pétillent, lorsque le suif n'est pas bien épuré et qu'il renferme des particules incombustibles) cela n'a pas2 à la

vérité y une grande influence sur les yeux > mais on peut toujours l'éviter en faisant usage de bougies.

Comment peut-on sacrifier ainsi la santé de Sa vue à l'épargne de quelques sous! Quelques personnes se sont imaginé qu'elles pouvaient parer k tous les désagrémens des chandelles de suif, au moyen des lampes d'Argand. En effet , à bien peser la chose , on se persuaderait que cette lumière est la meilleure , car la flamme en est forte et tranquille , et l'on peut l'augmenter et la diminuer à volonté , suivant l'ouvrage qu'on exécute. Ce qu'il y a de plus important en cela, c'est qu'a la clarté des lampes d'Argand, les objets éprouvent si peu de changement dans leurs nuances , qu'on peut peindre à leur lumière, et marier même les couleurs, ce qui est absolument impossible auprès de toute autre lumière artificielle. Cependant ces avantages incontestables des lampes d'Argand disparaissent, dès qu'on considère que leur lumière est réfléchie et concentrée , et qu'en conséquence on ne peut y jouir toujours d'une clarté parfaitement égale \ ce qui est indispensable dans tout genre de travail.

Plusieurs amateurs de ces lampes d'Argand cherchent a en diminuer les inconvénient,

en employant celles dont le pavillon est fait de taffetas vert au lieu de taffetas blanc. Cependant , on n'évite autre chose par-Fa , si ce n'est que la lumière ne tombant pas tant d'à-plomb sur les objets qu'on travaille , n'est pas si concentrée , et par conséquent ne brille pas d'une manière si éblouissante. Quoi qu'il en soit,le défaut d'une lumière trop concentrée subsiste toujours, et l'on renonce en mêmetemps , comme dans l'autre disposition , a l'influence salutaire d'une égale répartition de la lumière.

Nul doute qu'on ne puisse employer les lampes d' Argand avec une grande utilité dans les ouvrages de nuit,lorsqu'elles sont entièrement dépourvues de leurs écrans, parce qu'alors on évite tous les défauts reprochés aux chandelles 'y on jouit alors de la clarté d'une flamme très-vive , tranquille , et parfaitement bien répartie; mais, je suis obligé de le rappeler ici, on ne doit point perdre de vue que la bonne qualité d'une lumière artificielle consiste principalement en ce que la vapeur en soit pure ; avantage qu'on ne peut se procurer dans aucune lampe qui n'offre point de préservatif contre les exhalaisons de l'huile. Je ne prétends cependant pas refuser tout-afait de l'utilité aux lampes d* Argand) au con-

traire , j'aurai lieu de remarquer , dans la suite de cette dissertation , qu'elles méritent une grande préférence dans beaucoup de cas \ seulement je souhaiterais de les voir bannies des tables de ceux qui doivent travailler longtemps à la lumière. La quatrième règle consiste en ceci :

5.° « Les personnes qui occupent beau* » coup leur esprit et leurs yeux , fussent-elles » douées de la meilleure vue, doivent , au- » tant que possible > avoir en travaillant Vat- •» tendon de se tenir tantôt assises , tantôt » debout , afin de prévenir un trop grand y> affluoc d'humeurs vers la tête » .

Qu'aucun de mes lecteurs ne dédaigne ce conseil; il est fondé sur l'expérience. Je le donne sur-tout aux écrivains et aux savans , qui souvent ne doivent attribuer le mauvais état de leurs yeux , qu'à l'attitude dans laquelle ils ne se plaisent que trop : on ne peut nier aussi que cette attitude n'ait une grande influence sur la santé et l'habitude de tout le corps ; ce dont je parlerais plus amplement si cela ne m'écartait trop de mon sujet, et si cette partie n'avait déjà été traitée au long par des gens de l'art très-recommandables.

On parvient facilement au but qu'on se propose , en se servant d'un pupitre qui peut

être placé sur toutes les tables , et qui se hausse et se baisse a volonté y au moyen de crémaillères (1).

4.° « Celui qui a reçu de la nature des y> yeux bruns ou foncés , doit en général y> être plus en garde dans l'emploi de sa vue, » que ceux qui les ont gris ou bleus y> .

Quiconque a , pendant plusieurs années , pris plaisir a remarquer les différens degré» de force de la vue , chez un grand nombre de personnes y reconnaîtra avec moi cette incontestable vérité. Après un rapprochement attentif de toutes les circonstances, il trouvera^ comme j'ose l'assurer , que les yeux bleus et les gris, toutes choses égales d'ailleurs , peuvent supporter une tension bien plus forte et plus durable que les yeux bruns ou noirs ; que la vigueur et la durée de la vue dépendent , a rigoureusement parler , de la couleur différente des yeux , et que même ce sens tire sa bonté de la couleur plus ou moins claire de la prunelle , comme au contraire il puise ses dé-

(i) Telles sont les tables dites à la Tronchin y dont se servent en France un grand nombre d'hommes de lettres.

( Note du Traducteur. \

( 56 ) fauts dans la couleur plus ou moins foncée de celle-ci. Par exemple , les yeux bleus foncés souffriront une tension moins considérable de la vue que les gris , et les yeux bruns encore moins que les yeux bleus foncés , etc.

Ce qui est d'une vérité reconnue , c'est premièrement qu'a peine , parmi cent personnes qui ont les yeux bruns > on en rencontre une seule qui soit pleinement satisfaite de sa vue. Secondement, que les yeux de couleur foncée , sont très-souvent et très-facilement sujets a des cataractes dont les yeux plus clairs sont exempts , en les supposant les uns et les autres exposés aux mêmes circonstances capables de donner lieu à cette maladie.

Comme il n'y a point de règles sans exceptions , on me dira que Ton voit pourtant vin grand nombre de gens avec des yeux bleus ou gris , qui , depuis leur enfance , ont la vue très-faible , ou qui louchent même ; mais de tels exemples sont toujours des exceptions qui n'infirment pas ce que j'avance.

L'usage des écrans contre la lumière , et les préservatifs sans nombre qu'on emploie pour la vue sont tellement en vogue , que je trouve a propos de fixer ici le temps auquel on peut s'en servir avec fruit.

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