‹ Des nerfs vaso-moteurs ganglionnairesChapitre 3 sur 15 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

Les renseignements fournis par l'anatomie demeureraient à tout jamais lettre morte, .si la physiologie, variant à rinfini les conditions expérimentales, ne venait chercher la fonction, c'est-à-dire la vie, dans ces organes dont le scalpel ou le microscope n'a pu saisir que les dispositions relatives. Mais la variété des opinions des

expérimentateurs , consécutive à la variété même des expériences, seul critérium de la, vérité qui est le but unique où mènent seuls les bons chemins, fait de l'étude critique de la physiologie des vaso-moteurs une tâche ardue, dont la précision dans la notion de chacun des points du sujet n'est pas toujours la récompense.

Glisson, au xvu* siècle, proclamait les vaisseaux contractiles, Willis et Haller admettaient déjà l'influence du système nerveux sur les changements de calibre des vaisseaux, mais, explication toute mécanique, ils croyaient (^ue c'étaient les mailles mêmes du tissu nerveux qui se reserraient sur ces organes.

Sénac allait trop loin dans le sens aujourd'hui suivi par la théorie moderne : pour lui, les artères sont de véritables cœurs; elles ont les mêmes mouvements de contractions et de dilatations alternatives se succédant sans cesse ; ce qui tient, dit-il, à ce que « des nerfs sans nombre se distribuent aux fibres contractiles des vaisseaux.» Magendie démontra la contractilité des vaisseaux par la section du pneumogastrique immédiatement suivie de congestion pulmonaire. En 1840, Henle et B. Stilling admirent l'influence du système nerveux ganglionnaire sur la contractilité vasculaire; c'est Stilling qui proposa de donner aux filets nerveux, qui sont les agents de cette fonction, la dénomination de nerfs vaso-moteurs; M. Cl. Bernard propose celle de vasculo-moteurs.

Ainsi que je l'ai dit, c'est de 1727 que date la première des expériences fondamentales entreprises sur le système vaso-moteur: la section du grand sympathique cervical. Répétant cette expérience, Dupuy en 1816, Brachtît en 1837, John Reid en 1838, arrivent comme luià constater : le rétrécissement de la pupille, la rougeur de la conjonctive, l'enfoncement de l'œil dans l'orbite, et, chez certains

animaux, la projection de la troisième paupière au devant de l'œil. Biffi de Milan, en 1846, voit la dilatation pupillaire succéder à la galvanisation du bout périphérique du grand sympathique cervical sectionné. Enfin, en 1852, M. Gl. Bernard lit à l'Académie des sciences le résultat de sa propre expérimentation sur le grand sympathique cervical; il y met en lumière ce grand point qui devait être si fécond en applica tiens pathologiques, de l'élévation de la température dans les parties correspondant au nerf sectionné : tandis que la température du côté sain était de 31° centigrades, celle du côté opéré était de 37". L'expérience est reprise en même temps en Allemagne, en Angleterre et en Amérique par Budge, Waller et Brown- Séquard. M. Cl. Bernard montre que l'élévation de température est due à la dilatation des vaisseaux sous l'iniluence de la section du grand sympathique; cette dilatation permet l'abord d'une plus grande quantité de sang, et par suite d'une plus grande abondance de calorique. Gela est si vrai que la déperdition de chaleur devient aussi plus grande : Vander Beke Gallenfels lit la section chez un lapin des deux côtés, et il put s'assurer que la quantité de chaleur perdue en un temps donné était plus considérable chez l'opéré que chez un autre lapin du même âge et du même volume dans des conditions physiologiques normales; aussi les animaux soumis à cette opération résistent-ils moins que d'autres à l'inanition. Cette élévation de température dans la région opérée est constante et durable : Van der Beke l'a constatée 120 et 150 jours après l'opération. Kussmaul et Tenner ont prouvé que l'élévation de température est bien due à l'abord plus considérable du sang : ils ont lié les deux carotides, puis ont ensuite coupé le grand sympathique cervical d'un côté; or la température n'a pas subi la plus légère augmentation ;

loin de là elle s'est abaissée, comme le devait faire prévoir la ligature des carotides. — L'augmentation du calibre des vaisseaux est suffisamment démontrée par la rougeur et l'élévation de température des parties privées du nerf sympathique cervical sectionné ; Donders et Van der Beke Gallenfels l'ont du reste constatée de visu après avoir enlevé préalablement à la section la voûte crânienne de l'animal en expérience. Ils ont vu les vaisseaux de la pie-mère augmenter de plus du triple, et descendre inversement beaucoup au-dessous de leur volume normal par la galvanisation du bout périphérique du nerf sectionné. M. Cl. Bernard avait déjà vu, du reste, la dilatation pupillaire et l'abaissement de température succéder dans son expérience à la galvanisation du nerf qu'il avait d'abord coupé. On aurait pu d'aboi'd supposer que la dilatation des vaisseaux de l'œil et de l'orbite donnerait naissance à l'exorbitis, d'ailleurs constaté chez un certain nombre d'animaux inférieurs; et ce n'est pas sans un certain étonnement, qu'on voit au contraire l'œil rentrer au fond de l'orbite. — M. Liégeois a cherché la cause de ce phénomène dans la disposition variable suivant les espèces des muscles moteurs de l'œil et dans le pouvoir contracturant pour un muscle de l'hyperémie de ses vaisseaux. Quelques détails sont ici nécessaires : il existe chez la grenouille, au-dessous du globe oculaire, un muscle qui décrit une courbe à concavité supérieure ; lorsque ce muscle, par sa contraction, tend à devenir rectiligne, l'œil se trouve projeté en dehors de l'orbite. — Après avoir produit chez la grenouille au moyen d'une lésion du bulbe l'exorbitis, et l'injection de toutes les parties de l'œil, M. Liégeois a toujours trouvé dans ce muscle une hyperémie très-marquée. Les autres muscles du même côté affectés de la môme hyperéniie étaient de-

venus dans un état permanent de contracture, phénomène d'ailleurs constaté déjà sur les muscles de la face après la section du grand sympathique cervical chez les animaux supérieurs. — C'est donc à la contracture congestive de ce petit muscle que M. Liégeois attribue chez la grenouille l'exorbitis consécutif à la lésion sympathique; il explique l'enfoncement de l'œil dans l'orbite, observé chez les animaux supérieurs à la suite de la section du filet sympathique, par une prépondérance d'action des muscles droits de l'œil sur les muscles obliques moins développés, un muscle analogue à celui de la grenouille n'existant plus ici. Cette explication fort judicieuse me semble plus acceptable que celle de Schilf, qui explique le retrait de l'œil après la section, la saillie de cet organe après la galvanisation du grand sympathique, par la paralysie des muscles obliques dans le premier cas, leur contraction dans le second ; hypothèse de la distribution de filets sympathiques moteurs à deux muscles do la vie animale, qui n'est pas justifiée par l'arnatomie.

Quant à la projection de la troisième paupière au devant de l'œil, Schiff la regarde comme un phénomène passif dû mécaniquement au retrait de l'œil en arrière, ce qui est reculer la difficulté sans la vaincre. — Brown- Séquard tenant compte, comme l'a fait M. Liégeois, de la contracture des autres muscles, ceux de la face par exemple, attribue ce mouvement de la troisième paupière à une hyperémie analogue à celle qui contracture les autres muscles.

Quoi qu'il en soit de ces explications, il est un fait acquis, c'est l'augmentation du calibre des vaisseaux et par suite l'élévation de la température dans la partie correspondante de la tête après la section du filet cervical du grand sympathique. Toutes les expériences tentées sur

d'autres régions ont donné des résultats identiques : sectionnant lamoelle à différentes hauteurs, Schiff a toujours observé dans les parties paralysées une élévation de température de 5, de 8, quelquefois de 12 degrés. C'est à l'illustre professeur du Collège de France qu'il a été donné de vérifîr la geénéralité de la loi d'échauffement local paralytique qu'il avait pesée pour la tête et la face. Il coupe les origines des nerfs de l'extrémité pelvienne avant leur mélange avec les filets du grand sympathique, il obtient la paralysie sensitive et motrice sans aucun phénomène calorifique. Il sectionne ces mêmes nerfs après l'adjonction à eux des filets sympathiques ; à la paralysie sensitive et motrice s'ajoutent les phénomènes calorifiques. Enfin, il obtient séparément les phénomènes calorifiques par la section du grand symphatique lombaire avec intégrité des racines rachidiennes. Mêmes expériences, mêmes résultats sur les membres antérieurs. M. Cl. Bernard a donc pu affirmer l'indépendance topographique et physiologique des nerfs vasculaires et des nerfs musculaires, et poser ainsi cette grande loi de l'indépendance des circulations locales. Telle est pour le physiologiste et le médecin la clef de bien des phénomènes. Des expériences du même genre tentées par Gunning sur des grenouilles ont produit l'injection de la membrane interdigitale après la section du plexus ischiatique.

Il n'est pas toujours possible de constater la température d'un organe profond ; dans ces cas au moins l'hyperémie a toujours suivi la section des nerfs sympathiques correspondants ; Budge a vu l'intestin manifestement injecté après l'extirpation du ganglion semi-lunaire et du ganglion mésentérique.

Ici même, en raison de la localisation expérimentale, se produit un phénomène qui me fera citer plus loin cette

expérience, la diarrhée. Je ne veux pas quitter l'expérience de Budge sans insister sur un de ses résultats, qui montre l'identité des branches vasculaires du grand sympathique avec celles qui sont destinées à d'autres organes que les vaisseaux : Budge a vu, sous l'influence del'ablation des deux ganglions que j 'ai nommés, le diamètre dé l'intestin devenir trois fois plus grand qu'à l'état normal. Cet organe s'est conduit comme l'eût fait une artère. Pincus et Samuel, après l'extirpation du plexus solaire et du ganglion semi-lunaire sur le chien, le chat et le lapin, ont noté l'injection vive de la muqueuse stomacale, et de celle de la, partie supérieure de l'intestin ; dans certains cas l'hyperémie a été poussée jusqu'à l'hémorrhagie.

Tension artérielle. — La tension artérielle pouvant se définir : la tendance que présente la paroi du vaisseau à revenir sur elle-même, on comprend que la section d'un lilet sympathique diminue la tension dans le département organique qui lui correspond, et que la galvanisation du bout périphérique de ce filet l'augmente. Or on croyait, autrefois, certains physiologistes disent même encore, que la vitesse du sang est en raison inverse du diamètre des vaisseaux qu'ils parcourent : Thomson, Hastings se sont fait les défenseurs de cette théorie, réfutée d'une façon concluante par M. Marey; à mesure que le cahbre des vaisseaux diminue, les frottements augmentent; puisque le sang doit multipher ses surfaces pour traverser la filière successivement amoindrie des vaisseaux, la vitesse du sang doit donc diminuer. Elle augmente au contraire quand, par suite de la diminution de tension, la quantité de sang qui passe en un moment donné dans un vaisseau a i)u s'accroître et diminuer ses frottements. Au

moyen de son hémodroraomètre, M. Gliauveau a constaté sur le cheval que pendant la mastication la carotide reçoit en même temps une quantité de sang cinq ou six fois plus considérable que pendant le repos.

Dans ces expériences, ce physiologiste a du reste observé également une accélération du cours du sang, à la suite de la section du grand sympathique. Le système nerveux ganglionnaire est donc le régulateur de la tension artérielle. Mais les variations dans cette dernière force entraînent des variations parallèles dans le nombre et l'énergie des battements du cœur. Le cœur se comporte en effet comme tous les autres muscles, comme tous les systèmes composés d'un ensemble de muscles. Le bras soulèvera d'autant moins souvent un poids donné dans un certain temps invariable, que ce poids sera plus lourd; mais aussi dans chacun des mouvements d'élévation qu'il exécutera dépensera-t-il plus de force.

C'est ainsi qu'en présence d'une tension considérable, le cœur, dont la dépense de forces invariable doit se partager en un nombre variable de contractions, diminuera le nombre de ses battements au profit de chacun d'eux; tandis qu'il les augmentera aux dépens de chacun d'eux, dans le cas opposé où la tension sera peu élevée. De ce qui précède, il découle donc que le système des nerfs vaso-moteurs est le régulateur du cœur lui-même. Toutes ces notions sur la mécanique cardiaque qui sont le résultat des recherches de M. Marey sont fécondes, on le conçoit, en applications à la thérapeutique. Nous y revien- •drons ultérieurement.

Sans sortir des limites de la physiologie, la diminution paralytique de la tension artérielle chez le vieillard n'estelle pas une des causes de l'augmentation dans le nombre des pulsations i* Il résulte, en effet, des recherches de

MM. Leuret et Mitivié, ainsi que de celles du D' Pennock, que la moyenne du nombre des pulsations chez les vieillards est plus élevée que chez l'adulte. De 65 chez ce dernier, la moyenne serait de 73 chez le vieillard.

Action du système vaso-moteur sur les sécrétions. — «La direction des humeursvers une glande ne saurait dépendre de la simple action du cœur.... On dirait que les glandes agissent comme des ventouses; elles attirent, pour ainsi dire, les humeurs. Ce phénomène est bien important, même pour la théorie de toutes les maladies où l'on voit évidemment des transports d'humeurs très-indépendants des causes ordinaires de la circulation. » Ainsi s'exprimait Bordeu ; on ne résumerait guère autrement aujourd'hui les découvertes de la physiologie moderne sur ce sujet; et la théorie des vaso-moteurs est là tout entière. Mais, avant d'entrer dans l'étude de l'influence du système ganglionnaire sur les sécrétions, il n'est pas inutile d'entrer dans quelques développements sur les phénomènes réflexes dont ce système nerveux est le siège ; un phénomène réflexe est la succession d'un mouvement involontaire à une impression sentie ou le plus souvent non sentie. Il exige pour se produire le concours d'un élément sensitif, d'un centre impressionné par cette sensation, et réagissant sur un élément moteur. Les phénomènes réflexes du système ganglionnaire, quoique ne différant en rien des autres, ont reçu le nom de sympa'thies.

Les nerfs ganglionnaires étant mixtes dès leur origine, l'irritation d'un plexus peut se refléchir sur un nerf rachidien moteur; on ne doute plus aujourd'hui de la sensibilité des plexus ganglionnaires; le plexus cœliaque et les ganglions thoraciques paraissent à ce point de vue

(Occuper le premier rang. Le plus souvent le point de dé- [part de l'action réflexe est dans un nerf sensitif rachidien, elle revient par le nerf ganglionnaire moteur; le fcentre qui a servi d'intermédiaire est tantôt la moelle, (tantôt un ganglion sympathique. Bichat avait le premier ssignalé les ganglions du grand sympathique comme pouwant jouer dans ces phénomènes le rôle de centre. Un ^rand nombre d'auteurs, entre autres Phochaska, Grainger, Glarke, ont défendu cette opinion. M. Longet admet lie pouvoir réflexe de ces organes; mais il ne le croit actif cqu'à la condition d'une union intègre entre la moelle et Ile ganglion.

L'opinion de Bichat, défendue par Arnold et Tiedmann, m été justifiée par l'expérience bien connue de M. Cl. Bernard sur la glande sous-maxillaire. Cette glande reçoit !deux ordres de nerfs; d'un côté le tympanico-lingual, nerf ' cérébro-rachidien, de l'autre des filets du grand sympaithique cervical. Lorsqu'après l'avoir découverte chez un • chien, par exemple, on examine cette glande au moment Ide son repos physiologique, c'est-à-dire à une époque où îla salive a cessé de s'écouler par un petit tube introduit idans le canal de la glande, on voit les veines émergentes •remplies d'un sang noir. M. Cl. Bernard coupe le nerf tympanico-lingual; le milieu de l'arc nerveux ainsi coniBtitué n'est donc plus formé que par le ganglion sousmaxillaire. Il électrise alors le bout périphérique du nerf isectionnc, et aussitôt le sang qui sortait noir par la veine I Je la glande devient rutilant, en même temps qu'augmen- ^nt en quantité il sort par jets isochrones aux pulsations «ardiaques; au môme instant un jetde salive s'écoule par ila canule.

Dans une autre expérience, M. Cl. Bernard coupe le itllet sympathique carotidien qui se rend à la glande : le

sang sort rutilant et par jets saccadés, mais l'écoulement salivaire n'a plus lieu ; il galvanise le bout périphérique du sympathique sectionné, et le sang redevient noir. En résumé, quand la glande fonctionne, ses vaisseaux sont dilatés, puisque les pulsations cardiaques y sont encore sensibles dans la veine, le sang veineux est rutilant comme celui des artères. Mais, remarque importante, ces conditions vascuiaires peuvent être remplies sans que la glande sécrète de la salive. Or la dilatation des vaisseaux résulte dans ces deux expériences soit de la section du grand sympathique, ce qui est conforme à ce que nous avons vu jusqu'ici, soit de la galvanisation du bout périphérique du tympan ico -lingual sectionné. Dans ce dernier cas, on peut se demander si l'excitation transmise ici aux vaisseaux n'a pas été assez forte pour les paralyser et pour agir dans le môme sens que la section du grand sympathique. Quoi qu'il en soit, la sécrétion salivaire a besoin d'un autre élément, sans doute l'élément cérébro-spinal, pour agir non plus sur les vaisseaux, mais sur les autres parties de la glande; car enfin la sécrétion n'est pas qu'une affaire de mécanique vasculaire, ily a en outre ici l'inLervention de l'élément anatomique de la glande avec le fonctionnement qui lui est propre et qui peut être sous la dépendance du système nerveux rachidien.

Telle n'est pas, je dois l'avouer, la théorie adoptée par M. Gl. Bernard. Il voit dans le grand sympathique un élément suspensif et dans le tympanico -lingual l'élément d'une dilatation active des vaisseaux. L'hypothèse d'une dilatation active des vaisseaux, admise également par Schiff, est peu conforme aux notions fournies par l'anatomie sur la structure des vaisseaux; elle me parait, en outre, inutile pour expliquer les phénomènes de congestion locale, d'autant plus que, comme le pense M. Béclard, d

\y a deux sortes d'excitations sur un nerf : une forte et une ffaible; elles peuvent produire des effets tout différents : lia première, la paralysie, la seconde, l'excitation active. lUuand avec l'ongle légèrement promené sur la peau on [produit une ligne blanche et qu'au contraire avec le imême doigt, plus fortement appliqué, on produit une iligne rouge, vient-on alléguer, dans le premier cas, l'excittation du grand sympathique, dans le second l'excitation flu cérébro-spinal produisant une dilatation active? Non. COn croit avoir produit une contraction dans le premier ccas, une paralysie dans le second. Si du reste la ligne (tracée a quelque largeur, la partie sur laquelle le doigt a ■été principalement appliqué offrira les signes de la paralysie, elle sera rouge ; les limites, qui auront été moins ■fortement ébranlées, présenteront les caractères de la •contraction vasculaire, elles seront blanches. Je crois que .la comparaison que je viens de faire peut s'appliquer à la plus grande partie de ce qu'on appelle les actions réflexes paralysantes. Partout c'est le degré de l'excitation qu'il ifaut mesurer. Il y a des nerfs 'paralysés et non des nerfs l'paralysants. Telle est l'opinion de M. Béclard, de Moles- .3hott de Hufschmid. Est-il besoin de l'hypothèse d'une action paralysante, pour expliquer l'arrêt du cœur ien diastole à la suite d'une vive excitation d'un nerf sen- •sitif cutané? Pour expliquer l'arrêt de la respiration à la îsuite d'une compression du laryngé supérieur? Après lavoir sectionné chez le lapin le rameau qui chez cet animal se détache du pneumogastrique à la partie supérieure idu cou, et qui vient se jeter dans le ganglion étoile, KMM. Gyon (de Pétersbourg) et Ludwig ont excité le bout ^périphérique; aucun résultat. Ils ont excité le bout cenrtral et ont constaté un abaissement notable de la pression >sanguine. Ils ont donné au nerf expérimenté le nom de

nerf dépresseur. Mais n'est-ce pas là une action réflexe par suite de laqualle le grand sympathique a été paralysé, et non l'excitation d'un nerf paralysant, auquel cas l'excitation du bout périphéi'ique aurait amené le même résultat?

Si au moment où l'intestin exécute son mouvement musculaire, on excite par le galvanisme le nerf grand splanchnique, on voit le raouveraont s'arrêter immédiatement. Il n'en est pas moins vrai que la contraction intestinale ne s'effectuerait pas après la section de ce nerf. Il a donc été paralysé. Il résulte, du reste, des recherches de M. Onimus, que lorsqu'ou électrise le grand sympathique avec des courants intermittents, on obtient un abaissement de température dû au resserrement des vaisseaux ; avec un courant contmu on n'a plus au contraire de contraction permanente. Or on sait que l'impression du courant ne se fait sentir qu'à son ouverture et à sa fermeture, quelquefois; les courants intermittents ont donc, à tension égale, cette supériorité sur les courants continus de provoquer une excitation un grand nombre de fois répétée.

PflUger a fait une expériense qui est loin d'être une confirmation de l'hypothèse d'une dilatation active : il a constaté que les artères de la membrane natatoire de la grenouille diminuent de calibre quand on galvanise les racines rachidiennes antérieures; d'après la théorie de la dilatation active, le calibre aurait dû augmenter ici et non diminuer. Si je n'ai pas craint de m'élever contre la théorie de la dilatation active, c'est que cette opinion est partagée par plusieurs savants du plus grand mérite; aux ouvrages que j'ai cités chemin faisant, j'ajouterai la thèse inaugurale de M. Marey. J'ai cherché d'un autre côté à étfiyér mon opinion du plus grand nombre d'arguments,

1 présence des noms considérables (jui s'inscrivent dans i théorie opposée à celle que je défends.

■ Si les expériences jusqu'ici entreprises ne prouvent pas n faveur de la dilatation active par action nerveuse céréro-rachidicnne, il est une autre manière de la coraprenro qui peut-être mettrait d'accord les desiderata de l'exjrience avec les raisons qui portent à admettre cette ilatation active. Dans un cours fait à la Faculté en IS.jH, . Gubler disait : « La contraction est un changement état moléculaire instantané provoqué par une décharge 3rveuse ou par une excitation quelconque; lés molécu- :s un moment rapprochées reprennent ensuite leurs dis- •inces normales en vertu d'une force comparable à celle 0 l'expansion gazeuze, et le muscle s'allonge. C'est en 3ns inverse le phénomène d'allongement forcé et de iccourcissement spontané du caoutchouc. »

■ De cette expérience de M. Cl. Bernard sur la glande laxillaire, il résulte ce fait important : qu'au fonctionement d'une glande correspondent la dilatation de ses ■aisseaux et la rutilance du sang veineux, avec augmen- ,tion de la quantité d'oxygène dissoute. Ce phénomène it général.

Pincus coupe le grand sympathique cervical, respecnt ainsi sa portion thoracique, qui s'unit au nerf leumogastrique pour aller avec lui jusqu'à l'estomac, la sécrétion du suc gastrique n'est pas altérée. Dans le autre expérience, il coupe le pneumogastrique au veau de l'anneau œsophagien^ c'est-à-dire du même lUp que les branches sympathiques, la sécrétion gastri • le s'arrête à tel point que du lait ingéré ne subit aucune lération ; nous avons dit déjà que la diarrhée était avec congestion la conséquence de l'extirpation du plexus ilaire dans l'expérience de Budge. Colin, M. Cl. Bernard

ont vu, dans la section du fïrand sympathique cervical chez les chevaux, le côté correspondant du cou et de la tète se couvrir de sueur.

Schiff, après l'extirpation des ganglions cervicaux, a vu plusieurs fois un épanchement de sérosité se produire dans le péricarde. La loi de l'hyperémie sécrétoire est donc vraie pour tous les tissus, et non pour les glandes uniquement ; il y a là évidemment une relation de cause à effet entre l'afflux du sang avec diminution de la tension et le passage de l'élément liquide. Enfin, M. Cl. Bernard a pu déterminer des épanchements pleurétiques par l'excitation ou l'ablation du ganglion cervical inférieur, llemarquons en passant que, dans cette dernière expérience, l'excitation ou l'ablation ont le même résultat ; l'excitation, quand elle est forte, n'agit donc pas toujours comme un stimulant des propriétés d'un nerf.

Cette coïncidence entre le moment physiologique d'un organe et la rulilance avec surcharge d'oxygène de son sang veineux, a été utilisée par MM. Ester et Saint-Pierre dans l'étude des fonctions de la rate.

D'un grand nombre d'analyses faites par eux, il résulte que pendant la digestion, la quantité d'oxygène contenue dans la veine splénique peut être représentée par 6,66 ; tandis que lorsque l'animal est à jeun cette quantité est égale à 11,90, la composition du sang de l'artère restant d'ailleurs à peu près la même dans les deux cas.

Ces expérimentateurs ont donc pu conclure que le fonctionnement de la rate alternait avec celui de l'estomac.

Telle est la part que prend le système nerveux dans la fonction des glandes, part régulatrice uniquement.

La sécrétion n'est eu somme qu'une série de phénomènes nutritifs de la cellule qui absorbe, assimile et désassimile ; je ne crois donc pas que dans l'état actuel des

sciences il faille comparer avec Brown-Séquard l'influence du système nerveux à celle du courant galvanique dans les phénomènes chimiques.

Nutrition . — Me voici par l'étude des sécrétions naturellement amené à parler de la nutrition. On a pendant longtemps considéré cette fonction comme un résultat de l'influence nerveuse; on ne connaissait pas encore l'évolution physiologique, pour ainsi dire, spontanée de l'élément cellulaire.

Samuel en Allemagne et dernière aient M. Mougeot en France, ont fait, des nerfs vaso-moteurs, des nerfs trophlques spécialement destinés à l'élément anatomique luimême. Les découvertes récentes de l'anatomie micrographique permettent pourtant d'envisager comme tout autre le rôle des nerfs vaso-moteurs. — «Il faut accepter l'autonomie des éléments anatomiques, a dit M. Vulpian dans un de ses cours au Muséum, contenant chacun en eux, toutes les tendances spécifiques. » Il serait difficile, d'ailleurs, d'admettre comment pourrait se transmettre l'influence nerveuse à certains éléments anatomiques pourtant bien vivants, les globules du sang par exemple ; ne voit-on pas les phénomènes nutritifs les plus variés se passer chez les végétaux en dehors de tout système nerveux jusqu'ici démontré. M. Robin, de Blainville , A. Comte, M. Ghauveau, ont suffisamment démontré que la nutrition est une propriété de l'élément anatomique végétal ou animal, et comme telle « indépendante de toute propriété dont elle est la condition d'existence » chez l'embryon, qui préside à la nutrition avant l'existence du système du nerveux? « La nutrition qui est un phénomène universel parmi tous les êtres vivants, dit Bordier. 3

M. Gublor, ne saurait avoir pour condition un appareil qui manque à un très-grand nombre d'entre eux. »

Ce n"est pas à dire pour cela que le système nerveux vaso-moteur soit hors de cause' dans les phénomènes nuti-itifs. — Il joue un rôle à coup sùr important dans l'apport desmatériauxnutritifs, du sang, dont il est le régulateur; nous l'avons vu dans l'étude des sécrétions, on peut le voir également dans un grand nombre de phénomènes pathologiques : Schiff coupe chez un animal le nerf sciatique et le nerf crural d'un côté, du même coup, par conséquent, les nerfs vaso-moteurs. Au bout de quelques mois il s'est produit une augmentation de volume considérable dans le squelette du membre correspondant.

C'est sans doute à une paralysie vaso-motrice de cause indéterminée qui a pour résultat l'afflux d'une plus grajide quantité de sang, qu'il faut rapporter les symptômes observés par Friedreich sur une j oune flllc qui présentait une hypertrophie congénitale et unilatérale de la tète : Tout le côté droit delà tète était le siège d'une hypertrophie considérable; les systèmes pileux et pigmentaires étaient dans cette région considérablement développés. Les follicules hypertrophiés donnaient cours à un véritable flux sébacé. La sécrétion de la sueur et de la salive était également de ce côté plus abondante.

Ne sont-ce pas là les symptômes consécutifs à la section du grand sympathique? Ne voit-on pas tous les jours les surfaces précédemment vésiquées se pigmenter, et chez les strumeux dont quelque articulation affectée de tumeur blanche a été pendant longtemps couverte d'agents révulsifs, la surface cutanée se couvrir de poils ? C'est par une raison analogue que dans la variole, par exemple, les pustules ne manquent pas d'être plus abondantes et vraiment confluentes sur les surfaces vésiquées

ou sur celles qui sont le siège de quelque exagératioa nutritive ou sécrétoire de la peau.

Je ne veux pas quitter ce chapitre des fonctions générales du système vaso-moteur, sans parler d'une idée encore peu connue et qui mérite cepenrlant l'attention ; non pas que l'auteur, qui a bien voulu me la communiquer, prétende à expliquer toutes les questions de détail et, pour ainsi dire, de quo modo qui peuvent s'y rattacher, mais dans son sens général elle est trop ingénieuse et trop conforme aux phénomènes déjà bien prouvés, pour que je lapasse sous silence. Elle a été émise par M. Gu- Mer dans un cours de pathologie générale fait à la Faculté en 1858. — En partant de ce fait que la combustion respiratoire, source à peu près exclusive de toute force dans l'économie animale, se passe dans les capillaires périphériques, et que la production de forces est en raison de la richesse du réseau capillaire sanguin ; M. Gubler s'étonne de voir les centres nerveux, dont la faible vascularité suffît à peine à leur nutrition, si mal partagés sous ce rapport, — mais ne pouvant nier que l'appareil nerveux central soit un foyer de dépenses dynamiques, il en conclut que cette force, qu'il est impuissant à produire, lui vient de quelque part et qu'un organe sert à la lui communiquer.—Le système ganglionnaire dont les fines ramifications se répandent jusque sur les plus petits vaisseaux sanguins, lui paraît devoir être cet intermédiaire obligé entre les vaisseaux capillaires qui produisent et le cerveau et la moelle qui consomment. Pour lui donc « le grand sympathique est une sorte de condensateur qui recueille la force évoluée pendant la combustion respiratoire, et la transmet aux centres d'innervation. » Et alors, dit-il, « lorsqu'il agit dans ce sens^ les vaisseaux sont contractés et il apparaît peu de chaleur. Quand, au

contraire, il cesse de soutirer aux vaisseaux la force mise enjeu par les- actions chimiques, la calorification s'exagère et les capillaires se relâchent. »

Phénomènes oculo-pupillaires. — Ces phénomènes occupent, pour ainsi dire, une place à part dans l'histoire des nerfs vaso-moteurs, cequi tient à l'indépendance assez tranchée du système nerveux sympathique de l'œil, indépendance qui n'empêche pas ces phénomènes de se produire dans certains cas sous l'influence d'actions réflexes dont le point do départ est éloigné. Budge et Waller regardaient lus filets sympathiques de l'œil comme les conducteurs d'un centre spécial situé dans la portion de la moelle comprise entre la cinquième vertèhre cervicale et la sixième dorsale. Frappés surtout de l'influence de ce point sur les mouvements de la pupille, ils lui avaient donné le nom de centTecilio-spinal .

M. Cl. Bernard considérant les fonctions de ce point d'une façon plus générale , propose la dénomination d'oculo-spinal.

Lorsqu'on pratique l'hémi-section de la moelle en ce point, on ohserve sur l'œil les mêmes phénomènes qu'après la section du grand sympathique cervical ; mais ces phénomènes sont isolés et séparés de tout autre du côté de la face. M. Cl. Bernard a pu suivre chez le chien les nerfs oculo-pupillaires jusqu'aux racines antérieures des deux premières paires dorsales, rarement jusqu'à la troisième. La section de ces deux racines antérieures amène le resserrement delà pupille, avec enfoncementde l'œil dans l'orbite ; la galvanisation du bout pbériphérique amène au contraire la dilatation pupillaire avec exophthalraie.

Mais, suivant M. Cl. Bernard, il faut distinguer les phénomènes oculaires vasculo-calorifiques des phénomènes

oculaires pupillaires. On peut produire les premiers isolément chez le chien, en coupant le grand sympathique entre la deuxième et la troisième côte. L'action réflexe les distingue également : les phénomènes pupillaires apparaissent sous l'influence d'tme douleur vive, même éloignée; la moelle paraît donc être le centre de réflexion ; ils sont croisés. — Les phénomènes vasculaires ne succèdent qu'à des excitations voisines; le ganglion ophthalmique semble devoir en être le centre de réflexion ; ils sont directs. C'est à des phénomènes réflexes du genre de ceux dont je viens de parler, qu'est due la dilatation sous l'influence d'une douleur vive, d'entozoaires du tube digestif, d'émotions morales ; Mackenzie parle d'affections douloureuses de l'estomac amenant l'amaurose; c'était sans doute une amaurose, soit ischémique soit congestive, due à des phénomènes oculo-vasculaires réflexes. C'est encore un exemple d'action réflexe analogue qu'a donné M. Chauveau en montrant la dilatation pupillaire consécutive à galvanisation des cordons postérieures de la moelle. C'est en paralysant les vaso-moteurs ici, comme elle le fait ailleurs, que la chaleur contracte la pupille; la pesanteur agit de même lorsque la tête se trouve dans une position déclive. L'action vasomotrice opposée appartient au froid qui dilate la pupille. Cet organe est donc un reflet fidèle de l'état de la tension sanguine dans l'œil et dans les organes voisins ; de là sa grande importance pathologique, non-seulement dans les affections cérébrales, mais encore dans la plupart des affections où l'on ne saurait trop s'entourer de renseignements sur l'état de la circulation.

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