CHAPITRE Il
Les moyens de traitement proposés pour combattre la névrite post-opératoire sont très nombreux, mais 1ls ne conviennent pas indistinctement à tous les cas. Le traitement varie, en effet, avec la cause qui a produit la névrite, suivant la prédominance de tel ou tel symptôme. Tantôt il sera dirigé contre l'élément douleur, qui peut rendre insupportable l'existence du patient; tantôt, au contraire, il sera dirigé contre la paralysie et les troubles trophiques, quise trouvent être parfois les seuls symptômes dominants. Le succès dépend presque toujours d’un diagnostic précis et d'une observation clinique très rigoureuse. |
Le traitement des névrites post-opératoires est prophylactique et curatif.
2 1 — Traitement prophylactique.
Maintenant que nous connaissons les causes qui. peuvent provoquer la névrite, le traitement prophylactique consistera surtout à éviter ces causes pendant le cours d’une intervention, quelle qu’elle soit.
ne Ver Tout d'abord le chirurgien devra surveiller la position du malade pendant l'opération, et se rappeler qu'une application trop prolongée de la bande d'Esmarch peut provoquer la névrite. Il ménagera autant que possible les branches nerveuses rencontrées sous le bistouri ; dans aucun cas il ne doit les forcipresser avec les artères, et il les sectionnera plutôt que de les tirailler ou de les déchirer. Enfin le chirurgien doit surveiller l'action des antiseptiques, tout en s'efforçant d'éviter l'infection secondaire du cordon nerveux.
Pour empêcher la compression des nerfs au niveau du moignon, certains auteurs, particulièrement Verneuil, ont préconisé d’une façon spéciale, dans les amputations, la résection des extrémités nerveuses un peu plus haut que la surface générale de section. Une fois l'opération terminée, il suffit d'attirer à soi les nerfs de la plaieet, d’un coup de ciseaux on en résèque une assez grande portion. Avec ce procédé Verneuil n’a plus observé un seul accident dans sa pratique, et il propose de l'étendre à toutes les amputations ou désarticulations, en quelque point qu'on les fasse.
? 11. — Traitement curatif
Avant d'instituer un traitement chirurgical, il faut rechercher avec soin dans les antécédents du malade siln y a point quelque maladie générale pouvant entretenir le développement de la névrite. Dans ce dernier cas, on doit s'attaquer à l'affection causale et diriger le traitement dans le sens de la syphilis, du
SRE rhumatisme, de l’hystérie ou de la tuberculose avant de prendre le bistouri. Ces préceptes de pathologie chirurgicale sont chaque jour mis davantage en évidence et il ne faut pas les perdre de vue, si l’on veut épargner au malade une intervention souvent inutile.
Le plus souvent, toutefois, la névrite post-opératoire reconnaît une autre causeet, dans ce cas, le traitement doit être appliqué de bonne heure pour éviter la propagation de cette inflammation aux centres nerveux. Comme nous le disions plus haut, le traitement varie avec les symptômes observés, ou. bien c'est l'élément douleur qui prédomine, et alors le malade vous supplie d'intervenir, ou bien ce sont les troubles trophiques et la paralysie. À chacun de ces cas correspond une thérapeutique appropriée.
10 Traitement des accidents douloureux. — Ces accidents douloureux sont parfois atroces et, par leur tenacité désespérante, ils infligent au patient de véritables tortures. Ils peuvent même retentir profondément sur l'état général et le chirurgien est supplié par le malade de lui procurer quelque soulagement.
Les opiacés et surtout la morphine sont, sous ce rapport, d’un très grand secours. Si on ne se résout pas à une intervention, ou que, du moins, on veuille la différer, c’est le seul moyen de rendre supportable la vie du malade, jusqu'au jour où l’évolution habituelle de la névrite amène, sinon la guérison, du moins une amélioration notable. Pour combattre la causalgie en particulier, W. Mitchell recommande
l'injection de morphine dans les tissus affectés, plutôt qu'à distance. Malgréla douleur que le malade ressentquand on pique la région atteinte, il ne tarde pas à réclamer cette injection sur place, comme lui procurant plus de soulagement.
D'après W.MitchelletCunin,la réfrigération donne également de bons résultats pour le soulagement des malades atteints de névrite. D'ailleurs, ces derniers arrivent d'eux-mêmes à l'emploi de l'eau froide et de la glace pour soulager les atroces douleurs de la causalgie (Obs. XI). Onles voit sans cesse humecter avec de l'eau froide les membres et surtout les parties atteintes d'élancements douloureux. Le mieux consiste à déposer sur le trajet du nerf enflammé des vessies pleines de glace, avec lesquelles on peut du reste envelopper tout le membre. |
Mais ces moyens locaux ne sont que des palliatifs, parfois insuffisants, et dont l'action est peu durable. Le plus souvent, il faut recourir à une thérapeutique plus active; le malade vous supplie de mettre un terme à ses souffrances. Quelle conduite doit tenir le chirurgien ? Deux cas peuvent se présenter : la plaie opératoire est cicatrisée, ou bien elle est ouverte.
1° La plaie est fermée. — La première chose à faire est de rechercher par la pression si ce n'est pas la cicatrice qui est le point de départ de tous les accidents douloureux. Nous avons vu en étudiant l'étiologie de la névrite, que la cicatrice peut comprimer les filets nerveux et provoquer ainsi leur inflammation. Dans ce dernier cas il faut tenter la libération de la
cicatrice par mobilisation, et ce moyen suffit dans certaines circonstances. |
Si l'on échoue par ce procédé, il ne faut pas hésiter à faire une incision sur la cicatrice, à l'exciser tout entière, si on le juge utile, et à rechercher le nerf qui est parfois comprimé assez profondément. On a même cité des faits où cette compression devait être attribuée à une production osseuse de nouvelle formation ; dans ce cas, la conduite est la même ; il faut sculpter le tissu osseux pour arriver à dégager le nerf et à l'isoler. La guérison est habituellement très rapide, à moins que le cordon nerveux ait été trop longtemps comprimé ou trop fortement altéré.
Dans ces dernières années, Delorme a préconisé un nouveau procédé pour le traitement des névrites post-opératoires avec cicatrices douloureuses : c'est celui de la compression forcée digitale. Supposons qu'à la suite d'une incision de phlewmon, d’une ablation de tumeur, ou de l’amputation régularisatrice d'un doigt, il survienne une névrite avec douleurs locales ou irradiées, partant de la cicatrice, voici comment procède ce chirurgien après avoir écarté toute hypothèse d'hystérie. Le malade étant assis ou couché, bien maintenu par des aides, Delorme saisit entre les pouces et les index superposés la cicatrice vicieuse, puis, de toutes ses forces et d'emblée, il presse successivement sur tous les points de la zone hyperesthésiée près de la plaie ou de la cicatrice, en commençant par les zones 12s plus douloureuses, auxquelles il réserve son maximum de force et de pression. Ces tentatives peuvent ètre renouvellées plu-