Nonomanic nutritive
(De Bligkt. Journal de médecine. l'° année, p. 262).
Une fille, d'un tempérament bilieux et un peu mélancolique, ressentit à l'âge de 12 ans et demie quelques douleurs à la région des reins. Les douleurs continuèrent quelques jours : dès qu'elles eurent cessé, elle fut prise d'une envie de manger du linge, qu'elle rendait tel quel par les selles. Elle se cachait pour avaler des bardes, des chiffons, du fil, et n'aimait comme ali-
HONOMÀNIE. 165
mcnts que les fruits crus. — Cette envie ue la quitta point ; lorsqu'elle avait passé 15 ou 20 heures sans en manger, elle sentait une vapeur lui monter à la tête, lui causer une douleur insupportable , dépraver le cerveau, et bouleverser les sens. Les règles n'ont jamais paru. — Le médecin conseilla le mariage pour faciliter l'éruption menstruelle, et n'hésita pas à attribuer à l'aménorrhée tous les accidents précités.
Ainsi que nous l'avons vu, les selles rendaient intacts les chiffons introduits dans l'estomac. On avait donc bien affaire ici à une dépravation instinctive, déterminant une aberration mentale, et non point à un avertissement salutaire de la nature, qui, parfois, semble avoir des exigences excentriques, mais n'en veut pas moins des choses utiles à notre santé.
Les exemples de cette espèce sont moins rares qu'on ne le croit, à l'époque de la puberté.
Quant au conseil médical du mariage, il est rarement suivi de succès. Le vulgaire l'approuve; il y a là plus de préjugé que d'expérience. On a vu, cependant, dit-on, quelquefois, quoique rarement, des cas où il a fallu calmer les excitations utérines par une satisfaction de la nature. Mais je n'en garantis pas l'authenticité , quoi qu'en ait dit Louyer Yillermay, en alléguant un succès (n° 121).
Ne pourrait-on pas admettre avec Beau — ainsi que le prouverait un exemple reproduit par la médecine contemporaine du 15 mai 1 862 — certaines vésanies occasionnées par une affection utérine causant une dyspepsie, qui fournirait au sang des matériaux imparfaits, et créerait la chloro-anémie, facteur immédiat de la diathèse nerveuse?
A58. — iflonoinanic nutritive.
[Esqtjirol. Maladies mentales, t. II, p. 7o.'
Madame a toujours été sobre et d'une conduite régulière. A 42 ans, clic éprouve les premières anomalies de la menstrua-
tion : elle a des maux d'estomac et des lassitudes spontanées. Dans l'espoir de se fortifier, elle boit du vin; elle se sent soulagée d'abord, elle augmente peu à peu la quantité, et finit par boire à l'insu de son mari et de sa famille. Plus tard elle se procure de l'eau-de-vie, elle s'enivre; et l'ivresse l'oblige à rester couchée une grande partie de la journée. Alors elle abandonne ses occupations ordinaires, n'a plus d'affection pour sa famille, s'irrite, et s'emporte si on la contrarie. — Cette dépravation a persisté pendant six ans. Les menstrues ont cessé de couler : peu à peu madame s'est bien portée, a pris en aversion les liqueurs fortes, même le vin, est rentrée dans ses habitudes de sobriété, et jouit d'une excellente santé jusqu'à l'âge de 72 ans.
Suivent deux Observations qui sembleraient dénoter également la provocation de l'âge à la même maladie.
Notre célèbre aliéniste accorde une influence considérable à l'écoulement des règles sur la production des aberrations de l'instinct, particulièrement de celui de la nutrition ; comme il appert des remarques qui accompagnent ou précèdent tous les cas qu'il cite à sujet. Dans une note ajoutée au Traité de Griesinger, qui adhère avec réserve (page 240), M. Baillarger déclare qu'il a vu quelquefois la folie guérir évidemment par la suppression des menstrues chez les femmes arrivées à l'âge critique : et ces fails n'ont rien, dit-il, qui doivent surprendre, quand on songe à l'influence de l'anémie sur la production de la folie. Ce qui signifie : les femmes cessant de perdre, reprennent des forces, el guérissent de leur délire par le seul fait de leur restauration.
Nota. — Nous prions le lecteur de nous pardonner l'expression de monomanie nutritive, — employée pour rendre les délires liés aux aberrations de l'instinct de nutrition; — nous n'avons pu trouver mieux pour traduire notre pensée.
HÏDUOriIODIF.. 107