‹ Des névroses menstruellesChapitre 118 sur 130 · DÉMENCE · texte numérisé non relu

DÉMENCE

pour beaucoup de femmes, la menstruation est une cause d'affaiblissement et partant de surexcitation ; que l'âge critique est, pour elles, critique, effectivement, dans le sens le plus favorable, en ce sens qu'il juge la maladie nerveuse en faisant cesser la cause qui l'entretenait.

S4t. — Démence.

(EsQumoL. Maladies mentales, t. I«% p. 95.)

J'ai vu une jeune fille qui, depuis dix ans, était en démence avec suppression des règles. Un jour, en se levant, elle court embrasser sa mère : « Ah ! maman, je suis guérie ! »

Les menstrues venaient de couler spontanément, et la raison s'était rétablie aussitôt.

Tous ceux qui se sont occupés, dans leurs écrits, des rapports de la menstruation avec la folie, se plaisent à citer ce trait. Il est, en vérité, très-frappant et d'une éloquente concision. Mais, à mon avis, il est très-rare. La démence, quoi qu'en ait dit Spurzheim (observ, surlafolie, etc., 1818, page 150) , survient exceptionnellement chez les jeunes filles dont les règles subissent Vemansio menstruorum^ qu'il ne faut pas confondre avec la suppression ; à moins que l'émule de Gall n'ait voulu ranger sous le nom de démence les stupeurs mélancoliques et les diverses Stupidités.

Dans son article « Folie » du grand Dictionnaire des sciences médicales^ Esquirol, en effet, dit que les troubles de la menstruation sont, après les progrès de l'âge, une des causes les plus fréquentes de folie; et, par progrès de l'âge, il faut entendre la vieillesse.

La classe des Manies menstruelles ne donnant lieu à aucune remarque particulière, essentielle, nous allons, dans quelques lignes, — pour ne pas nous répéter — résumer brièvement les paragraphes qui composent notre seconde Partie. Les névroses délirantes consécutives aux troubles de la menstruation sont assez nombreuses, et plus nombreuses peut-être que les névroses simples ou les convulsives. Nous n'osons pas dire davantage, parce que, ayant habité continuellement les Asiles, nous n'avons pas été à même d'établir concurremment une comparaison entre autant de femmes aliénées que de femmes saines d'esprit, placées dans d'égales conditions pathologiques. Notre pratique et nos études concordent donc avec celles d'Esquirol et de Hood : le premier avait constaté 53 aliénations à la Salpêtrière sur 293 malades, et le second trouvé à- l'asile de Bedlam 49 femmes sur 697 admises, devenues folles par suite de troubles menstruels, La suppression a été la cause principale de l'état nerveux, que celle-ci ait agi seule ou après un autre accident çioral ou matériel ; mais, surtout dans l'hypocondrie, la Stupidité, et la Manie.

On a vu que tous les genres de vésanie sont représentés, depuis la surexcitation jusqu'à la démence; que la manie y est prépondérante cependant, et que le traitement qui a eu le pouvoir de rétablir le cours des règles ou de le régulariser, est celui qui, dans la majorité des cas, a compté le plus de succès. On a vu aussi que, dans quelques circonstances, le retour normal de la menstruation n'a pas été le signal de la guérison, et que, dans certains autres peu communs, la guérison est survenue avant le rétablissement des fonctions menstruelles. En tout cas, l'anomalie mens-

truelle n'imprime pas de caractère à la névrose qu'elle produit. Mais, cette anomalie, même quand elle n'agit pas comme cause, exerce une influence sur le cours de la névrose. Elle augmente les malaises de la période calaménialeet détermine certains changements qui ne se présentent pas, du reste, sous le même aspect, dans chaque ordre névrosique.

Chez les aliénées, d'après nos observations et nos statistiques, l'agitation, la tristesse, la stupeur, la loquacité, la méchanceté peuvent précéder, accompagner, suivre les troubles menstruels. Quelques-unes ne sont calmes que durant cette période. Ou bien l'exacerbation, la superfétation morbide a lieu, — ce qui est le plus commun, — avant et pendant l'écoulement, ou bienr avant et après, ou bien seulement après. Quelques-unes éprouvent de l'agitation, puis de la torpeur. Chez quelques-unes, les névroses remplacent la menstruation.

Nous allons voir ce qu'il ressort des causes, des âges, du traitement, et les considérations qui se dégagent pour la médecine légale. Et, nous ne terminerons pas ce chapitre, sans poser à nos antagonistes, s'il en reste, ce dilemme en qui se résume presque tout notre travail. Une foule de névroses guérissant avec la régularisation ou le retour du flux menstruel, — ou la crise par les règles est des plus fréquentes, plus fréquente de beaucoup qu'on ne l'aurait cru jusqu'ici, — ou le rétablissement de la fonction menstruelle, dans une foule de circonstances, prouve que c'est à celle-ci, soit seule, soit au premier chef, qu'il faut attribuer l'affection. Ceux qui s'arrêteraient au premier terme seraient toujours bien forcés d'avouer, qu'un état de cette importance ne mérite pas moins d'attention comme crise que comme cause; et, ils finiraient, d'ailleurs, par se rencontrer avec nous sur le terrain thérapeutique. Donc, on ne peut plus mettre en question l'existence de ces névroses.

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