‹ Des névroses menstruellesChapitre 59 sur 130 · VV. — ÉpUepsIe · texte numérisé non relu

VV. — ÉpUepsIe

(Brunkëb, Cité par Chambon, maladies des filles, t. H, p. 236.}

Une fille ressentait une douleur vive dans chaque jambe. On ne pouvait toucher à cette partie, sans augmenter les souffrances. Quand on appuyait fortement le pouce sur les membres, la douleur s'étendait en suivant la longueur de la jambe, les muscles entraient en contraction et acquéraient une grande dureté. Dans les premiers temps, la douleur était périodique et mensuelle, — elle devint quotidienne. Dès qu'elle paraissait, un mouvement convulsif s'étendait des jambes à la matrice, de là aux intestins, à la poitrine, à la tcte, puis les yeux se renversaient, la bouche se fermait, les mâchoires se fixaient Tune sur l'autre, la malade faisait des efforts pour crier ; et, si les mâchoires se desserraient^ la langue était quelquefois prise entre les dents , ce qui occa* sionnait de profondes blessures. Les urines coulaient involontairement, et parfois la bouche avait de l^écume^ Maïs la malade, quoique paraissant perdre l'usage des sens, se ressouveiiait dé tout ce qui s'était passé.

A part la conservation de la connaissance (différence fondamentale) cette description, parfaite du reste, est là peinture exacte de l'épilcpsic. L'annotateur dit que les antihystériques furent la pierre de touche du mal, et qu'on n'avait devant soi qu'une épilepsie symptomatique. Aussi pourrait-

on appeler cet état hystéro-épileptiforme. Nous regrettons, vivement, qu'il n'ait pas cru devoir nous tenir au courant de l'état de la menstruation, que Ton est forcé de supposer par le titre de l'observation et par le titre du livre qui la renferme.

(J. P. Barthez, ConsuH, medica. t. H, p. 112.)

Une demoiselle, qui est sujette à des accès épileptiques, n'a pas ses règles. On avait lieu de penser que la puberté les ferait disparaître : il n'en fut rien, et un examen direct des organes per- * mit de constater qu'elle ne les aurait jamais. Elle est imperforée, et il n'existe pas de conduit vaginal.

Voilà qui est décisif. D'abord Barthez croit que l'obstacle aux règles occasionne l'épilepsie, ensuite il prononce une condamnation irrévocable — parce que cet obstacle ne se lèvera jamais. Ce qui ne l'empêche point de reconnaître que, quelquefois, l'arrêt de la puberté tient lui-même à un défaut de force, à un vice primitif de la sanguification — comme il dit, quelques pages plus loin, à propos d'une chlorose. Pariset, pourtant, a vu, àla Salpêtrière, une jeune épileptique qui était bien réglée, et qui guérit lorsque les règles se supprimèrent {Éloge académique d^Esquirol^ note XI, p. 81). Nous aurons à constater, nous même, ce phénomène.

[boMiR-RATifOND. Ttatté des maladies qu*il est dangereux de ^i/^nV, 1816, p. 167.]

Une demoiselle de 17 ans, pensionnaire dans un couvent, vit ses règles supprimées après une vive frayeur. Peu de jours après, elle devint épileptique. Trois ans se passèrent, sans la moindre amélioration, et malgré des soins. Elle fut alors prise d'une petite vérole très-mauvaise, au sixième jour de laquelle on s'aper-

çut d'une perte médiocre, qui augmenta jusqu'au douzième, sans troubler la marche de l'éruption.

Quelques mois après, la santé était parfaitement rétablie. Plus de traces d'épilepsie.

L'émotion, il est vrai, s'est jointe à la suppression pour causer l'épilepsie; mais quoique la frayeur soit une cause fréquente de haut-mal, il implique toujours des prédispositions ou des coïncidences : car on voit à chaque instant des filles ou des femmes éprouver les plus violentes commotions, sans ressentir la moindre convulsion. Puis, ces accès ne sont venus que quelques jours après la frayeur. Hippocrate observe que les personnes, chez qui une hémorragie périodique vient à se supprimer, meurent épileptiques. Les Éphémérides des curieux de la nature (déc. 3, an. 1, 1670 ; observations 12 et 86) renferment deux exemples d'épilepsie causées par la suppression ; et dans l'observation 86, il s'agit d'une épilepsie par suppression « a venere et puerperis sanata. »

(LouYER-ViLLERMAY. Traité des vapeurs, 1832, 1. 1, p. 104.)

Elisabeth, d'une forte constitution, d'un caractère presque maniaque, naquit de parents sains. A quelques fièvres intermittentes près, sa santé avait toujours été bonne, jusqu'à Tâge de

12 ans, où elle éprouva un accès d'épilepsie occasionné par une peur. Traitée à la Salpêlrière, elle eut peu d'attaques, jusqu'à

13 ans. L'écoulement menstruel parut alors ; il fut réguher pendant 15 mois, et durant tout le temps, elle n'eut pas un seul accès. Elle retourna dans sa famille; un retard de deux mois ramena les accidents. Les accès sont relatifs à la fréquence et àl'abondance des règles.

Chez cette fille, prédisposition native ; une peur pour occasion, à l'époque de la puberté. La preuve que cette

époque a été pour beaucoup dans la production de la maladie, c'est que l'avènement des règles l'a guérie. Le retard qui ramène les attaques en est une seconde preuve. En tout cas, on ne pourra nier que la menstruation ait été la crise qui a jugé le mal.

Maisonneuve {Recherches sur Npilepsie) cite une fille de 23 ans, qui prenait des attaques épileptiques, chaque fois que ses règles ne coulaient pas en assez grande abondance,

8 t. — Épllepsie.

(CnfincAu. De Vépilepsie^ 1845, p. 17 et suiv.]

Fille de 16 ans, non réglée, sans antécédents héréditaires ou autres.

Habitudes de migraines, et tendances hystériformes ; crises irrégulières. Traitement au mois de juin : cessation des crises, apparition des règles au mois de septembre. — Guérison complète.

Voudra-t-on admettre, dit l'auteur, que la menstruation a été la cause principale de la guérison? Sans l'affirmer d'une manière absolue, nous pouvons, cependant, croire que l'évolution de la puberté était la source du mal, impossible à expliquer par toute autre cause. Le fait est si commun, qu'il n'a rien qui puisse surprendre. Nous l'avons vu, et le verrons se reproduire.

8 t. — Épllepsie.

[EsQDiROL. Maladies mentales^ t. I, p. 320.)

« La jalousie, le chagrin supprimèrent mes règles. Aussitôt, je fut prise d'accès. J'entrai à l'hospice ; on me fit beaucoup de remèdes... M. Landré-Beauvais m'ordonna des pilules d'argent; j'en pris pendant quelques semaines: ne me trouvant pas mieux, je n'en pris plus. Quelque temps après, une femme de l'hospice me donna une tisane très-forte pour faire venir mes règles. Elles

revinrent; les accès d'épilepsie n'ont plus reparu, depuis un an. Mes règles sont régulières et abondantes. Je n'ai plus d'accès, ni de vertiges, je me porte très-bien; je suis rentrée chez mes maîtres. »

Deux mois après, N. vient solliciter sa rentrée à l'hospice. Les accès avaient reparu.

Que faut-il penser de ce fait? Que, vraisemblablement, la cause première du mal avait réagi. Tant que la pauvre fille fut à l'abri de cette cause, sa santé se conserva, dès qu'elle fut assaillie de nouveau, livrée à ses ennuis ; elle rechuta. C'est l'histoire de toutes' les maladies. Il serait curieux de savoir si la menstruation avait conservé son cours régulier. Le silence d'Esquirol à cet égard est fort regrettable. En tout cas, il n'est guère possible de nier l'influence exercée par la menstruation sur l'axe cérébro-spinal, d'après ce qui s'est passé,

(liEMoraB, Note sur le traitement de Vépilepsiey lue à la Société de

médecine de Paris, en 1843.)

Une dame de 35 ans eut une vive frayeur pendant ses règles, qui se supprimèrent trois jours après. Au bout d'un mois, des accès d'épilepsie eurent lieu, se suspendirent pendant la grossesse et l'allaitement pour reparaître bientôt après. Les attaques se répétèrent jusqu'à dix fois par jour, après une méningite pour laquelle elle entra à St-Louis : somnolence, pesanteur dans les membres, perte de la mémoire.

Y a-t-il eu méningite ?

En tout cas, l'épilepsie causée par la suppression n'est pas inouie. Elle était connue de toute antiquité, Hippocrate l'avait désignée :

Muliebra purgamenta, non subsistere, utile ; Ac forte ex talibus comiliales morbi oriuniur

(coac prenot.)

(Bbicrre de BoitxoNT. Essai sur la folie puerpérale, etc. In annales

méd.-psych., de 1851, p. 578.)

Nous avons observé une jeune personne qui, tous les mois, pendant un an, eut une attaque d'épilcpsie : cette maladie cessa avec les règles.

Répétition des exemples de Louyer-Villermay et de Chéneau (observ. 80 et 81).

La fille d'un de nos aliénés de Bicêtre, épileptique depuis quelques années, cessa de l'être à l'âge de 13 ans, à la première éruption des règles.

Il résulte d'un mémoire de Beau {Archives gén. de méd.^ 2" série, juillet 1836), que l'épilepsie retarde le moment de la puberté. Nous venons d'en voir la preuve.

(Union médicale de Paris, Octobre 1862. Emprunt au Journal fur die Krankheit.)

Une femme de 25 ans était devenue épileptique à Tâge de 18 ans, à la suite d'une frayeur survenue à Tépoque menstruelle. Chaque époque était accompagnée d'un accès.

Elle se maria, eut deux couches heureuses, sans que celui-ci s'amendât.

Pendant la seconde grossesse, cette femme commença à ressentir du ténesme vesical, puis de l'incontinence d'urine. La menstruation reparut après l'allaitement, mais accompagnée d'hystéralgie et de blénorrhée. Les accès étaient précédés d'angoisses, de douleurs se propageant de la main gauche à l'occiput ; ventre tendu, région sous-pubienne très-sensible, parois vagi^ nales gonflées.

Examen au spéculum. On trouve une hypérémîe des lèvres du col, rouge foncé, excorié. Antéversion utérine. Le docteur Meyer prescrit des sangsues et des scarifications loco dolentiy des eau-

térisations répétées à la pierre infernale, des injections à l'extrait de Saturne et au sulfate de zinc.

Ce traitement fut couronné de succès. L'épilepsie disparut.

L'épilepsie tenait plutôt à un état organique qu'à un état fonctionnel ; mais, sauf cette nuance, le cas ressortit parfaitement à notre sujet. Cette altération matérielle explique pourquoi la gestation a été traversée sans encombre ; dérivation, elle n'a pu qu'apaiser le mal, lié à l'inflammation. Autrement les choses eussent sans doute changé. Horstius parle d'une femme de 32 ans, dont les menstrues coulaient peu, et qui devint épileptique. Neuf mois après s'être mariée, elle devint grosse, et guérit.

(Lawsom Tait. The Dublin quarterly. Journal of médical science,

novembre 1869, p. 536.)

Jeanne C, âgée de 25 ans, non réglée encore, était présumée avoir un utérus infantile^ selon l'expression du docteur Simpson. Elle tombait du haut-mal. On incisa la partie profonde du vagin, on dilata graduellement le col utérin ; et au bout de quelques mois, la menstruation devint régulière. Les accès d'épilepsie cessèrent progressivement.

Traitement au mois de juin, — cessation des crises, — apparition des règles au mois de septembre. Guérison complète.

Observation extrêmement intéressante, qu'on peut opposer comme preuve indiscutable aux adversaires des névroses menstruelles, et qu'on pourrait ranger à côté des maladies nerveuses produites par lésion de l'utérus. L'utérus n'était, du reste, que l'agent mécanique de la menstruation, qui a repris son cours dès que l'organe a pu fonctionner, et malgré des opérations qui, nous l'avons vu à la préface, déterminent parfois des névropathies, voire même la folie.

Qu'on veuille bien se rappeler l'observation 28, pour ce qui concerne l'opération locale.

L'arrêt de récoulement menstruel donne naissance, presque aussi souvent que son excès, aux névroses convulsives.

Toutefois la suppression, surtout causée par une émotion violente, produit de préférence l'épilepsie.

La dysménorrhée, au contraire, est plus fréquemment la source de l'hystérie et de la catalepsie.

Quant à la chorée menstruelle, elle est rare, et suit de préférence les suppressions.

Lorsque les phénomènes nerveux surviennent à la puberté, il y a chance que son évolution se termine par une crise, qui sera le flux des règles. De môme, à l'âge critique : l'épilepsie est quelquefois jugée par la cessation des règles, mais quelquefois aussi cette cessation est suivie du mal caduc.

On peut dire que lorsque la puberté et l'âge critique ont passé sur les névroses, sans les modifier, celles-ci offrent peu d'espoir.

Les convulsions, qui surviennent après les pertes abondantes, sont généralement précédées ou accompagnées de syncopes, et demeurent les plus curables , à moins de complications ou d'absence traitement.

Le nombre de nos hystériques, qui ne dépasse pas onze, et se trouve bien inférieur à celui des épileptiques (qui est de dix-huit, non compris les convulsionnaires simples se montant à 9), est en désaccord avec celui des hystériques de la même espèce de la plupart des auteurs.

AFFECTIONS CEREBRALES

89 1 — Congestion cérébrale.

(ANDBAt. Clinique médicale f 1833, t. V, p. 101.)

Une femme, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, cessa d'être réglée à l'âge de 49 ans. Dans les six mois qui suivirent cette époque, elle fut sujette à un léger engourdisse* ment dans le bras droit et à l'inaptitude au travail. — A l'âge de 51 ans, elle perdit tout à coup connaissance, tomba, et conserva — après être revenue à elle — de l'embarras dans la parole avec une légère chute de la commissure des lèvres, de la langue et du bras droit. Peu de temps après, nouvelle attaque, qui fut suivie d'une troisième et de la mort.

Peut-être les règles avaient-elles servi de dérivatif à la fluxion cérébrale, ainsi que cela se voit quelquefois, comme nous le verrons tout à l'heure. Le fait est. Nous ne pouvons le récuser. Dira-t-on que ce n'est qu'une coïncidence? Une coïncidence, qui se répète, devient une loi.

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