‹ Des névroses menstruellesChapitre 68 sur 130 · Paraplégrie · texte numérisé non relu

Paraplégrie

(Leaot d'Etîolles. De la paralysie des membres inférieurs, partie I, p. 104.)

Une couturière de 58 ans est mère de trois enfants, dont le plus jeune a 7 ans. Elle a toujours été menstruée convenable-

BBRTHIER. — NÉVROSES. 7

ment. Le 2 novembre, sans cause appréciable, à Tépoque de ses règles, elle fut prise d'une perte abondante. Trois jours après la malade se leva, fort étonnée de ne pouvoir tenir sur ses jambes. Dans le courant du mois, elle éprouva la même faiblesse avec fourmillements dans les pieds et froid de cette partie. Le 4 décembre, perte semblable à la première, très-forte au début, de 36 heures de durée. A la fin de Thémorrhagie, Touvrière ne peut soulever ses jambes dans son lit, les fourmillements s'accroisseni.Le 20, elle entre àTHôtel-Dicu : paralysie complète.

Le 6 janvier, réapparition des règles; amélioration le 17 mai : sortie par guérison.

Leroy cite plusieurs faits du même genre. Celui-ci est des plus remarquables, et peut être classé parmi les paralysies dynamiques, comme les précédentes. Il nous montre nettement la filiation des symptômes, se reproduisant sous la même influence, et ne cessant qu'avec la disparition de celle-ci.

(Hoffmann. Opei^a omnia. Tomus III. De nervos, résolut. 202-3.)

Une femme de 30 ans, déjà hystérique, vit ses règles supprimées par la terreur. Elle éprouva, aussitôt, des élancements spasmodiques dans tous les membres, et, quelques jours après, se vit frappée de paralysie dans toute la moitié du reste du corps.

Sans doute on pourra me dire que la terreur eût pu pro* duire le même effet, hors l'époque des règles.

Le même effet eût même pu se reproduire chez un homme ; puisque l'auteur cite, en même temps, l'histoire d'un garçon^ qui, surpris par son père dansMcs bras d'une courtisane, fut tellement épouvanté qu'il perdit sans retour là

faculté de sentir et de se mouvoir, de l'ombilic aux pieds.

Mais enfin, la chose n'a pas eu lieu, et je note que le coup a eu son retentissement immédiat après la suppression, et que cette suppression a hâté l'effet. . . Je suis d'autant mieux fondé à le croire, que j'ai été d'autrefois témoin d'accidents analogues.

Les chagrins lents et concentrés ne paralysent-ils pas les organes de la génération? Charles-Louis Dumas a prouvé parfaitement que chaque ordre de passions violentes a sa sphère d'action (voir sa Doctrine des maladies chroniques^ page 558).

[LoBRT. Deprœcîp. morbor, -mutation, et conversion, tentant., medic, 4784. Œuvres

posthumes éditées par Halle.)

Une dame, sujette à des affections nerveuses, éprouve une paralysie de toute une moitié du corps, à la suite d'un retard de son flux périodique. Le quatrième jour, Técoulement se rétablit dans des conditions normales, et la paralysie cesse.

D'après le sens' de la première ligne, il est probable qu'on a eu affaire à une paralysie dynamique. Mais ce genre de maladie sine materiâ finit, si l'on n'y porte pas vite retoède, par devenir cum materiâ; ainsi qu'il est arrivé chez la jeune fille du numéro précédent. On peut en dire autant de toute affection nerveuse.

(DnsouRD. Traité de la menstruation, 1850. Observât. 03.)

Une fille de 19 ans fait une course rapide qui l'échauffé, puis se met à laver à la rivière. Les menstrues se suppriment ; vingt minutes après, elle éprouve une faiblesse et tombe. On l'emporte à soi> domicile, où le médecin constate une paralysie de tout le

côté gauche avec spasmes convulsifs à droite. Saignée au bras, la tète se dégage ; huit sangsues à la vulve, potion diacodée à l'éther et à la fleur d'oranger, armoise. Trois jours après, la paralysie avait cessé. Le mois suivant, les règles vinrent très-régulièrement, et aucun désordre ne se manifesta dans le système nerveux.

Frappante analogie avec l'histoire de cette Prétendante, dont l'histoire est relatée au numéro 104. Ajoutons que la fille dont parle Dusourd se mouilla, deux ans plus tard, ayant ses règles, que celles-ci se supprimèrent, et que les accidents paralytiques se renouvelèrent ainsi que les convulsions — mais du côté gauche; elle guérit aussi par les mêmes moyens.

iOO. — Hémiplégie.

(Andral. Clinique médicale ^ 1833, t. V, p. 682.)

Une lingère de 31 ans avait toujours joui d'une bonne santé. Six semaines avant d'entrer à la Charité, elle éprouva une vive frayeur ayant ses règles. Celles-ci se supprimèrent : aussitôt étourdissements, céphalalgie occipitale. — Saignée: les étourdissements cessent, le mal de tête continue. Huit jours ensuite, la malade ressent un fourmillement incommode à la pulpe des doigts de la main gauche, puis ne peut plus s'en servir. Au bout de quelque temps le membre gauche s'affaiblit, et peu à peu se paralyse. Les règles ne reparurent point, en dépit du traitement. Quatre semaines après l'entrée à l'hôpital, survinrent des convulsions douloureuses, suivies de la mort.

L'autopsie révéla un ramollissement de l'hémisphère droit du cervelet.

Nous connaissons peu de cas où le ramollissement des centres nerveux ait succédé d'une manière aussi tranchée à une impression morale, dit l'auteur; et c'est une coïncidence remarquable que la même cause, qui produisit le

trouble cérébral, produisit en même temps les troubles de la fonction génitale. Il ajoute : parmi les observations publiées sur le cancer du cerveau, il en est dans lesquelles on voit la douleur revenir ou s'exaspérer au retour de chaque époque menstruelle, puis cesser ou diminuer dès que le sang a commencé de couler. Prejive éloquente des commotions sympathiques ! (voyez De la folie cancéreuse, par le docteur Berthier. In annales médico-psychologiques de iSQ9). Bouillaud, dans son Traité de l'encéphalite, cite, observation XXX, une fille qui, dès qu'elle ne fut plus réglée, éprouva des douleurs dans le côté droit de l'hypogastre, puis une hémiplégie et mourut. Lallemand, Lettre UI, cite une fille de 39 ans, habituellement mal réglée, qui, ayant eu une attaque de paralysie après une suppression des règles, fut prise d'hémiplégie et mourut. Gardanne, dans son Traité de la ménopause, raconte page 343, qu'une dame qui fut atteinte de paralysie, à la suite d'une suppression subite, demeura hémiplégique.

lOi. — Hémiplé^e.

(CéSAR Gaillard. Recherches cliniques sur l'action des eaux d'Âix en Savoie, 1861 .)

M*"®R., de Lyon, âgée de 24 ans, maigre et pâle, arrivée à Aîx le 4 août 1860, a eu à Tâge de 10 ans une hémiplégie à droite ; elle n'a pu marcher pendant une année: le traitement a consisté d'abord en applications de vésicatoires le long du dos. On ta porta ensuite à Aix, où les eaux lui rendirent l'usage des membres jusque-là paralysés. Elle y vint pendant trois ans, et se trouva à peu près guérie jusqu'à Tan dernier.

Depuis une année environ, il lui vient tous les mois, surtout à l'époque menstruelle, une hémiplégie complète à droite, mais non persistante, qui cède à une application de sangsues. Il lui arrive, en outre, souvent, d'être dans un état d'excitation, qui la prive de tout sommeil la nuit; elle parle alors beaucoup, mais sans avoir une connaissance suffisante de ce qu'elle fait ou de

ce qu'elle dit. Quand la lête est ainsi affectée, tout va bien du côté de la jambe et du bras droits.

Le 13 juillet le 4 août, il y a un réveil de douleur au côté droit de la tête, du cou et du bras ; mais depuis le 16 août, les règles coulent assez abondamment, et elle va mieux.

Elle part le 3 septembre, après un mois de séjour à Aix. Le bras est plus fort, Tamélioçation est , en un mot , très-satis- faisante.

Nous croyons, non pas que l'hémiplégie a été causée pai^ la dysménorrhée, mais que celle-ci a beaucoup contribu6^ à son retour. Nous avons surtout voulu, par cette relation, apporter un exemple de plus de l'action exercée par l'utérus sur le cerveau. La médication par les eaux a été essentiellement tonique ; et le titre de l'observation « hémiplégie chlorotiquc » explique le succès de la médication.

tôt. — Hémiplégie.

(Henri Girard. Op, citât, 1841. Observât. 14).

. Une ouvrière en soie, très-nerveuse, née de parents sains, a été réglée à l'âge de 14 ans. Depuis : migraines, principalement avant les règles.

Sept ans ensuite (décembre 1837) elle accouche, après avoir essuyé quelques peines. Cinq semaines se passent; la malade s'aperçoit que son membre thoracique droit est engourdi, éprouve des picotements. Peu à peu aggravation, élancements, soubresauts, contractions douloureuses, paralysie incomplète. Des phénomènes analogues se produisent dans le membre abdominal correspondant. Redoublement de ces accidents le 24 janvier suivant, avec l'apparition du flux menstruel. Le 26, entrée à riIôtel-Dieu, état complet d'hémiplégie. Saignée du bras, écoulement sanguin imperceptible. Le 29 les règles cessent, le mieux survient. 6 février, réaggravation; 12, mort. —L'autopsie ne révèle qu'une légère congestion de l'utérus et de ses annexes.

Il est fort heureux que l'ouYcrturc du cadavre ait pu être

pratiquée , on n'eût pas manqué de nier la possibilité de la paralysie sans lésion cérébrale appréciable. Toujours est-il que les accidents nerveux ou paralytiques ont constamment accompagné les époques menstruelles, quoiqu'il soit trèsdifficile d'expliquer le lien de cette corrélation.

tOS. -» Hémiplégie hystérique.

(Hôtel-Dieu de Paris. Juin 1847. Bulletin général de tMrapeulique,]

Accidents graves du côté du mouvement, — chorée, hystérie, paralysie, — existant depuis Tâge de 7 ans, chez une femme âgée maintenant de 25 ans. Cessation complète des accidents, immédiatement après la première apparition des règles ; persistance de la guérison, pendant neuf ans.

Tout à coup, à l'occasion d'une contrariété, suppression menstruelle, puis agitation nerveuse continuelle ; et à la suite d'une saignée, attaque hystérique, paralysie du côté gauche.

Trois mois après, retour des règles suivi de la guérison rapide de la paralysie et des autres accidents nerveux.

Que pourrais-je ajouter à cette histoire ? Les troubles menstruels ont constamment escorté et précédé les symptômes paralytiques. Cette paralysie ne tenait pas à une lésion de la substance cérébrale, mais il y a eu toujours lésion fonctionnelle de la moelle. On ne saurait être trop réservé, dans le pronostic des maladies nerveuses qui surviennent chez les jeunes filles , quelle que soit la gravité de leur manifestation. Quant à l'état choréique : ou il contredit l'opinion de ceux qui regardent cette maladie, lorsqu'elle est indépendante, comme un des symptômes de la puberté que jamais l'apparition du flux menstruel ne fait disparaître, — ou il corrobore l'opinion de ceux qui, comme nous, croient à l'existence de la chorée menstruelle. (Voy. Bou-

104 DES NËYROSES MENSTRUELLES.

teille. Traité de la chorée, 1810, p. 106 et 124, et l'observation de la page 322, intitulée chorée par frayeur.)

t04. •*- Hémlplég^le précédée d'une sclatiqne.

(P. Berthier. Notes de VAsile Saint-Lazare de Bourg, 1859.)

Une Prétendante de 27 ans, d'un tempérament très-sanguin, sans précédents héréditaires fâcheux, s'étant toujours bien portée, est restée plusieurs mois au noviciat sans éprouver d'autres incommodités qu'une diminution de l'écoulement menstruel. Elle entre à l'Asile, comme Sœur hospitalière. Deux mois se passent, les règles ne paraissent pas.

Tout à coup, après quelques malaises, elle est prise d'une douleur sciatique, qui suit tout le trajet du nerf. Médication appropriée, cessation de la douleur. Mais survienneat : de l'engourdissement, du froid, des fourmillements, puis une paralysie de la jambe, du pied, de la cuisse, du bras, ainsi qu'un affaiblissement de l'ouïe, de la vue du même côté. — Quatre sangsues à chacune des grandes lèvres... La paralysie disparaît le jour même. La santé s'est maintenue.

A l'exemple des anciens, Cotugno {de Ischiade nervosâ commentariuSj Viennae, 1770) et Pierre Franck {Delectus opusculorum) notent l'existence de ces sciatiques. Valleix {de la Névralgie sciatique, thèse de Paris, 1841), Delbosc (Thèse de 1861, de la Sciati-névralgie), La Grelotte (Thèse sur la sciatique, 1869, page 11), l'ont également constatée. Je me rappelle avoir soigné un bouquiniste, — dont l'histoire a été consignée dans les Archives cliniques de raédedue mentale — qui, quelque temps avant d'entrer à l'hospice pour une manie congestive dont il est mort, avait offert ce phénomène précurseur qu'il serait très-utile de faire connaître. Tiendrait-il à un état athéromateux des artères?

PARALYSIE GÉNÉRALK. 105

nii.

t05. — Paralysie générale.

(Gardanne. Op, CUato., p. 427,)

Une dame, d'un tempérament sanguin lymphatique, a toujours eu une menstruation abondante et régulière, bien qu'elle ait passé sa vie dans la peine et ait eu beaucoup d'enfants. A 47 ans, cessation brusque des règles, suivie de paralysie générale. Amélioration temporaire, sous l'influence d'un traitement. A la suite d'un vomitif, survient une épistaxis qui amène un progrès heureux. Quarante jours après, la malade se lève.

L'âge critique a joué ici un grand rôle : quoi qu'on en dise, les faits de cette nature ne sont pas très-rares. Dans sa Yn* lettre, Lallemand cite une dame de 47 ans, sujette à des douleurs céphaliques qui devenaient périodiques avec les règles. Un jour, ses menstrues se supprimèrent, et la malade fut prise d'algie à laquelle elle succomba. Nous venons de voir une migraine qui précédait la menstruation, et était le signal d'une congestion hémiplégique.

t06. — Paralysie générale.

(Bayle. Traité des maladies du cerveau^ 1826, p. 353.)

Sophie, ouvrière en linge, âgée de 34 ans, appartenait à une famille saine. Elle était d'un tempérament sanguin et d'un caractère vif, gai, très-sensible. Elle n'était pas réglée depuis un an, lorsqu'elle fut frappée, fin avril 1818, à quelques jours d'intervalle, de deux attaques apoplectiques, qui furent suivies d'une paralysie incomplète de tout le côté droit du corps. Diminution notable de la mémoire. Ces symptômes se dissipent, à part le dernier. En juillet, délire de richesses et de grandeur, sans cause

appréciable, prononciation difficile, marche incertaine. Traitement approprié : sangsues à l'anus etc. Le délire disparaît, mais la démence le suit. — Août, nouvelle attaque : sangsues ; plus tard, dans le même mois, attaque, mêmes symptômes. Le 20 octobre, la malade est transférée à la Salpêtrière.

L'auteur fait remarquer rinfluence de raménorrhée, qu'il rappelle parmi les cames prédisposantes de la paralysie générale. Notons que chaque attaque était caractérisée par le délire ambitieux et l'augmentation de la paralysie, qui cessait après chaque traitement, essentiellement dérivatif.

flOV. — Paralysie générale.

(Desfray, Duspinitis. Thèse de Paris, 1813, p. 21.)

Une dame, d'un tempérament sanguin nerveux, d'une constitution délicate, était affectée depuis plusieurs mois d'une douleur dorsale, accompagnée de la saillie des huitième, neuvième, et dixième vertèbres de cette région et d'un mouvement fébrile.

Le 16 octobre, madame, ayant ses règles, éprouve un violent accès de colère, à l'issue duquel l'écoulement se supprime. Aussitôt : renouvellement des douleurs, perte du mouvement des membres thoraciques et abdominaux. Le 17, contracture de ces parties avec tension des doigts. Le 19, paralysie de la vessie. Le 20, atonie de l'intestin. Le 22, dyspnée. Le 26, somnolence, convulsions musculaires, soubresauts des tendons. Puis, délire obscur. Le 31, mort.

L'autopsie démontre une carie vertébrale, une inflammation de la dure-mère rachidienne, la perte totale de la moelle dans une étendue de trois pouces.

D'après ces symptômes, la moelle épinière serait devenue — par la suppression menstruelle — le centre d'une congestion qui aurait précipité la marche de l'affection et déterminé une fin funeste. Je conserve le titre de cette observation, quoique sujet à conteste; parce qu'elle confine

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