‹ Des névroses menstruellesChapitre 78 sur 130 · MANIE SANS DÉLIRE VERBAL · texte numérisé non relu

MANIE SANS DÉLIRE VERBAL

malade ; à chaque instant le sang lui jaillissait du nez ; la moindre contrariété la mettait en fureur, et lui donnait des attaques de nerfs. A Tàge de 17 ans ses règles la surprirent, et il y eut une amélioration notable dans les symptômes; puis, à 19 ans, elle fut définitivement bien menstruée. Elle a maintenant 25 ans : pendant les trois jours que durent ses règles, elle est irritable, triste, mélancolique, s'impatiente, s'emporte pour un rien. Dans les intervalles, elle retrouve son caractère normal, et se trouve transformée.

Le sang, qui jaillissait du nez, nous montre dans cette jeune fille une déviation menstruelle assez commune, entretenant cette irritabilité, cette perversion de caractère que nous avoiis signalées et qui s'amendèrent beaucoup avec rétablissement des règles. Toutefois, l'époque menstruelle a eu encore assez d'empire, pour lui rendre, pendant sa durée, ce caractère et cet état nerveux primitifs. C'est une preuve simple et ordinaire de l'influence qu'exerce la menstruation, chez la plupart des femmes.

itt. — Manie sans délire verbal.

(Bbierre de Botsmovt. Ibidem y p. 98.)

Madame De.,., nervoso-sanguine, ayant été bien réglée depuis Tâge de 13 ans, se marie à 20, et voit ses règles avancer chaque mois de 5 jours, et devenir l)eaucoup plus abondantes. Dès lors, tous les mois le caractère s'exalte ; elle devient triste, irritable, ne veut voir personne ; la plus petite résistance à ses volontés la fait tomber en convulsions ; les marques d'amitié, de tendresse, lui sont insupportables ; elle s'emporte surtout contre ceux qu'elle affectionne le plus, et s'ils cherchent à la calmer, sa colère n'a plus de bornes. Tout cesse avec la fin du flux menstruel.

Ce tableau n'est-il pas l'image fidèle de ce qu'on appelle tes caprices (T enfants gâtés? Rien ne les contente, par la raison que le calme et la satisfaction ne peuvent venir du

dehors, et que dans eux-mêmes uniquement gît la source de leurs maux. Cet état, essentiellement physiologique, porte une atteinte réelle au caractère, à l'esprit, et la solitude en est le seul baume. Combien n'en voyons-nous pas ainsi dans la société?

tftS. « Manie sans délire verbal.

(Brierre de Boismont. Op, citât., p. 98].

Une dentelière fut réglée pour la première fois à 15 ans^ une deuxième fois le mois suivant ; puis« resta onze mois sans voir et sans souffrir. Au bout de ce temps, la menstruation a reparu et revient régulièrement. Tous les mois, pendant huit jours, elle s'annonce par des coliques, des picotements aux seins, et surtout des maux de tête. Dans ce laps de temps, cette jeune fille, dont la physionomie annonce la douceur, devient méchante,' irascible, furieuse à la moinde objection; si elle est alors à la campagne, seule avec son troupeau, elle décharge sa colère sur ses animaux, les injurie, les frappe, et n'est satisfaite que lorsqu'elle les voir fuir ou qu'ils font entendre des gémissements, L'époque terminée, tout rentre dans l'ordre.

Quelle différence y a-t-il entre cette anomalie de caractère et de la sensibilité, et ce qu'on appelle, depuis Prichard. Folie morale^ chez laquelle on remarque cette tendance désordonnée à frapper et à casser? Sans vouloir assimiler ces deux états, ne peut-on pas dire qu'il existe chez l'un comme chez l'autre un besoin de désordre, de malfaisance, de communiquer le malaise et l'irritation, d'attaquer ou de se défendre?

Les cas de cette espèce sont plus communs qu'on ne pense, et mènent plus qu'on ne croit sur les bancs des tribunaux.

It4. — Hypochondrie.

(LoDYEB-ViiXERMAY. TraUé dcs vapeuTS, etc., 1832, t. II, p. 680.)

Une jeune veuve, d'un tempérament sanguin, d'une figure vive et fraîche, s'étant mise en route par un temps froid et pluvieux, eut ses règles supprimées : aussitôt maux de tête violents, chaleur et rougeur du visage, perte d'appétit.

A l'époque menstruelle suivante : pesanteur générale, douleurs lombaires et inguinales, gonflement des veines, dégoûts, flatuosités, constipation, malaise après les repas, ennuis vagues. On lui donna des purgatifs, et on lui fit une saignée du bras; elle en éprouva quelque soulagement ; on lui prodigua ensuite une foule d'apéritifs où se trouvaient mêlés quelques emménagogues. Enfin, à Tépoque des règles, on la saigna au pied : celles-ci reparurent, et la santé se rétablit parfaitement.

Que puis-je ajouter à ce récit? Il est clair et décisif : exposition au froid, suppression, symptômes d'hypochondrie liée à la pléthore, saignée révulsive et déplétive; réapparition des règles, rétablissement de la santé.

Béclard, après Vigouroux, croit que l'hypochondric atteint les femmes, surtout à l'époque de la ménopause; ce qu'il n'est pas possible d'affirmer. Ph. Pinel en avait cité un cas péremptoire. Les devançant, L. Rivière {Praxis ^ chap. xxYii) avait mis au nombre des causes de l'hypochondrie la suppression des règles, — après lui Piquer.

itS. — Hypochondrie.

(LouTER-YiLLERXAT. Op, et loc, citat., p. 557.)

Une demoiselle, d'une forte constitution, dont la vivacité d'esprit se joint à une imagination ardente, est d'une grande

mobilité. Depuis l'âge de 18 ans, sa santé a été dérangée ; le tribut périodique, d'abord bien établi à 15 ans, s'est supprimé. L'inaction du système utérin entretient un état d'aménorrhée habituelle avec pléthore.

Les digestions sont difficiles, des vents et des borborygmes se manifestent souvent, il y a des spasmes aux hypochondres, de la constipation, des céphalalgies, et des chaleurs au visage. La malade est, en outre, tourmentée par des étourdissements, des bourdonnemenls d'oreilles, par des inquiétudes et des craintes relatives à sa santé... Un traitement méthodique a diminué ces symptômes, que le mariage a fait complètement disparaître.

Quelques médecins ont conseillé le mariage dans les cas d'aménorrhée, dépendante d'une inertie du système vulvoutérin. Il faut, pourtant, avouer que le moyen, plus vanté autrefois que de nos jours, échoue plus souvent qu'il ne réussit, et qu'on doit être excessivement réservé dans sa prescription. Toujours est-il que, dans l'espèce, il a réussi; mais comment? Est-ce en provoquant le retour des règles? Ce qu'il y a de certain, c'est que la guérison s'est effectuée avec la régularisation du cours menstruel. Nous venons de voir (obs. 120) le bon effet du mariage, dans un état maniaque datant de trois ans. Il y aura lieu de revenir sur ce sujet, dont le roman abuse et mésuse.

tt6. — Hjpochondrle.

(Bracbet. Traité complétée Vhypochondrie, 1844, p. 88).

Une dame de 57 ans, jouissant d'une bonne santé, se trouva dehors pendant la pluie et se mouilla les pieds. Ses règles, qui coulaient, furent supprimées : il en résulta une métro-péritonite très-intense, pour laquelle on la saigna, on lui appliqua des sangsues, et on la soumit à l'usage des boissons délayantes.

Cette métro-péritonite était à peu près guérie, lorsque la malade commença de se plaindre: mille chimères lui passèrent par la tête ; et lorsqu'on voulait la consoler, elle se mettait dans une colère épouvantable. Quelquefois elle se disait morte, accusait sa

garde, son médecin, d'être la cause de ses maux ; d'autres fois, elle gardait le lit toute la journée.

Un traitement purement moral la tira d'affaire.

C'est l'inflammation d'un organe du bas-ventre et de son enveloppe séreuse qui a été la cause de l'hypochondrie, cortime Brachet le fait remarquer avec raison ; mais l'utérus et le péritoine n'étaient pas le siège de l'affection. Les symptômes se sont manifestés après la période aiguë de la péritonite, alors qu'il ne restait plus qu'un éréthisme et une mobilité qu'augmentaient la faiblesse, à laquelle les évacuations sanguines n'avaient pas peu contribué. Et si la suppression n'a été que le facteur primitif, elle n'en a pas moins été d'une importance capitale. Du reste, nous ne voyons pas là tant une preuve de la sympathie de l'utérus pour le cerveau, que le résultat des souffrances abdominales qui, en se prolongeant, ont opéré sur le système nerveux une modification vicieuse, une aberration de la sensibilité, des troubles de l'imagination.

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