‹ Des névroses menstruellesChapitre 79 sur 130 · Hjpofshondrle · texte numérisé non relu

Hjpofshondrle

(Brachet. Opère citalo, p. 174.)

Une dame de 30 ans, éminemment nerveuse, jouit, dans l'intervalle de ses règles et durant chaque grossesse, d'une parfaite santé. Malheureusement, deux jours avant leur apparition, surviennent de la tristesse, de la pesanteur dans l'abdomen, des douleurs vagues dans différentes parties du ventre ou des lombes, puis tous les symptômes de l'hypochondrie du plus haut degré.

Le sang se met à couler, et, vingt-quatre heures après, ces derniers ont disparu. Une fois, ils furent remplacés par des douleurs extraordinaires dans les membres inférieurs et des déchirements affreux dans les autres.

Dans la suite de ce chapitre, on verra plusieurs cas où la grossesse a agi dans le sens, non de l'aménorrhée, mais

de la période intervallaire menstruelle. Ici, on doit donner une signification différente : dès que le sang se met à couler, les accidents se dissipent. Donc, c'est la difficulté de récoulement, ce sont des approches des règles qui déterminent les accidents, — tandis que, dans les observations dont je parle, c'était l'écoulement lui-même qui causait les accidents.

Les réflexions de cette Observation sont si opportunes, rentrent si bien dans notre sujet, que je ne puis me dispenser de les reproduire. » Nous avons ici, à Lyon, une femme qui, sans chagrin, sans affection morale aucune, éprouve un dérangement intellectuel, régulièrement tous les mois, au moment où la congestion sanguine mensuelle s'opère sur l'utérus et sur tout le bas-ventre, au moment où les viscères entrent dans une sorte de turgescence et d'éréthisme. Ces organes sont donc seuls malades ; les phénomènes qui ont lieu dans les systèmes nerveux et dans le moral en sont la conséquence. Ils ne sont donc et ne peuvent être que le produit d'une réaction. Bien loin de reconnaître des causes morales, la malade se fortifie d'avance l'imagination, elle cherche à la prémunir. Tout concourt à nous faire rejeter toute cause métaphysique dans ce cas. Cela est si vrai que, dans les mois de septembre et octobre, la réaction, au lieu de se faire sur l'organe de l'intelligence, s'est opérée sur les membres inférieurs ; dans ces deux accès, malgré les douleurs les plus vives, l'imagination est restée calme. »

En examinant les maladies rapportées par F. Hoffmann, dans ses consultalions^ on trouve que dans six Observations d'hypochondrie, une seule se manifeste vers l'âge de 22 ans; les quinze autres roulent sur des cas, appartenant à des sujets de 30 jusqu'à 40 et 50 ans. Ce résultat concorderait avec les remarques de Louyer-Willermay, Brachet, MichéaS et la plupart des auteurs qui ont traité la matière.

Voyez Michéa : Traité de rhypochondrie, 1845, page 415 et Observations Vm et XL

Pourquoi nos remarques se trouvent-elles en désaccord avec celles de ces savants? La raison en est fort simple. L'hypocbondrie a été regardée chez les uns comme exclusive au sexe masculin, chez d'autres comme correspondante à l'affection hystérique ; il n'est donc pas étonnant que les Observations ayant eu des femmes pour sujet donnent un total qui offre une proportion infiniment plus faible par rapport à celles des hommes. On sait, du reste, que la rétention hémorrhoïdale a été regardée par la majorité des médecins comme cause de l'hypochondrie chez les hommes ; par conséquent, la rétention des règles ou leur difficulté peut au même titre être considérée comme une cause de cette maladie chez les femmes, — les sympathies de l'anus avec le cerveau étant aussi puissantes que celles de l'utérus avec l'organe cérébral. Admettons, jusqu'à nouvel ordre, d'après notre propre relevé, que la surexcitation nerveuse, la mélancolie, l'hypochondrie sont susceptibles de se produire à tous les âges, depuis 15 jusqu'à 50 ; et que la spécialisation de leur genre prend naissance dans des conditions individuelles impossibles à préciser , mais dépendaiites , trèsprobablement, d'une disposition créée par les antécédents, le tempérament, les habitudes de la malade. La surexcitation nerveuse, entre ces affections-là, est sans doute la plus commune, plus commune même qu'on ne pense ; et beaucoup des dissensions sociales n'ont, probablement pour cause, qu'un état particulier de malaise qui a sa source dans une surexcitation morbide née de troubles utérins. Cette question, à elle seule, mériterait tout un chapitre ; les matériaux ne manqueraient point, le travail serait trèsfacile, et il en ressortirait des considérations extrêmement intéressantes, tant au point de vue thérapeutique qu'au point de vue médico-légal . Nous ne saurions trop désirer de voir un studieux écrivain se mettre à l'œuvre pour nous donner un livre si utils, que consulteraient à la fois les savants,

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les médecins, les prêtres et les magistrats. Si des littérateurs, tels que Michelet, mus par une intention que j'aime à croire louable, ont plutôt nui à leur cause qu'ils ne l'ont servie, en dénaturant les faits ou en les exagérant, des hom* mes consciencieux, vivant au milieu du monde et consacrant leurs soirées à méditer sur les événements du jour, se trouveront peut-être bientôt pour préciser le rôle que joue la menstruation sur le système nerveux, au point de vue de la morale, du droit et de la société. Quelque attrait que comporte un pareil cadre, je ne me le tracerai pas : il m'entraînerait dans une sphère sans horizon et dans des études sans limites. Je dois me contenter ici d'une mention tout expresse et d'un légitime souhait.

J'en dirai autant de la Mélancolie : ce n'est point dans un asile d'aliénés qu'on peut l'observer à l'aise ; il faut la voir dans le monde, dans l'intérieur domestique ou au foyer conjugal. C'est là qu'elle se cache, qu'elle se dissimule, sous les apparences d'une maladie corporelle que l'on combat vainement.

L'hypochondrie a des sources qui sont à peu près semblables : toutefois, elle se rencontlre plus souvent dans les constitutions chétives et a des racines plus matérielles, si je puis parler ainsi. Le corps y a plus de prises, il est le point de départ; et comme il est saisissable, on en a bien mieux raison.

Quelle que soit celle de ces trois affections qui occupe J'aliéniste, il y reconnaîtra souvent qu'elle a sa cause principale dans des troubles menstruels ; soit que ces troubles dépendent d'une oppression des forces ou de leur dépression, de manière à entraver la puberté, soit qu'ils dépendent d'un vice matériel et local.

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