MONOMANIE RELIGIEUSE
tt8» — Monomanie démoniaque*
(Macario. Annales médico-psycholog, de 1843, p. 451.)
Les règles de Madeleine coulaient ordinairement huit jours.
En janvier 1841, elle eut une vive altercation avec son père, et ses règles s'arrêtèrent au quatrième. Elle devint aussitôt triste, sombre, sauvage, se plaignit d'un cancer à l'utérus, et parut hallucinée. Peu à peu, le délire s'organisa, et prit la forme de la mélancolie aveo craintes perpétuelles du démon et envies de se tuer pour lui échapper. Trois fois elle fut reprise du même accès, trois fois ce fut à' un mois de distance; et chaque accès durait quatre jours. A la fin, la pauvre femme dépérit et ne tarda pas à succomber, après quinze mois de souffrances. L'autopsie prouva la phthisie ; mais l'utérus était sain. — Un petit kyste séreux, du volume d'un haricot, situé dans le sillon qui sépare la couche optique du corps strié du ventricule latéral gauche... Voilà tout ce que présentait le cerveau.
Il serait à désirer que les ouvertures du corps des aliénés donnassent toutes des traces aussi évidentes du délire, la pathologie mentale ne serait pas aussi retardée et aussi obscure. Et encore, dans le cas présent, il s'agirait de savoir si le kyste trouvé après la mort a été la cause immédiate de l'aliénation ; ce genre de productions déterminant le plus souvent l'hémiplégie, et la céphalalgie convulsive.
it9* — Monoiiiaiile relliptease.
BouCHET. Études pour servir à Thistoire de l'influence de la folie sur les fondions et maladies du corps humain et réciproquement. Annales médic. psych, de 1844, t. IV, p. 337.)
Coquille, âgée de 28 ans, issue de parents aliénés, voit ses règles supprimées par le froid; céphalalgie, étourdissements, léger trouble des idées, monomanie religieuse. Au mois suivant, ab-
sence de règles, exacerbation. L'aliénation ne cesse qu'au retour des règles, provoqué par des traitements.
tSO. — Monoiiiaiile rellgleiise*
(U. Girard. Considérât, sur le traitement des maladies mentales. Annales médtc<h
psych.de 1844, t. IV, p. 329 et suiv.)
Après une lecture assidue de romans et d'ouvrages ascétiques, Catherine, âgée de 49 ans, entre à Tasile d'Auxerre en proie à une lutte imaginaire avec le diable ; insomnies, agitation, idées suicides. Mieux avec le traitement. Mais, en septembre 1840, peu avant les règles, retour du délire, bourdonnements d'oreilles, céphalalgie. Les bains tièdes font reparaître les règles, et le mieux devient stable, puis la convalescence survient.
Deux influences, ici, se font jour : celle de l'esprit sur le corps et celle du corps sur l'esprit. Le bain, ayant atténué l'éréthisme, qui s'opposait sans doute à la réapparition cataméniale, a contribué pour une large part à la guérison. Ce moyen, trop négligé et trop redouté, mérite d'être encouragé : on a vu en retirer de pleins succès, en pleine période lunaire, lorsqu'on y apporte les ménagements voulus, et lorsqu'il n'y a pas surabondance de l'écoulement.
iSi. — Hoiioiiianle erotique.
[Baillarger. Annal, méd, psych, de 1S52, p. 600.]
Une femme de 52 ans^ qui n'était plus réglée depuis dit anSj ayant vu reparaître ses menstrues, fut prise d'un délire erotique très-tranché. Elle se croyait enceinte, et avait, entre autres halltidnations, celle de sentir son enfant remuer;
Esquirol avait signalé une femme de 64 ans, affectée d'érotomànie, et qui; pendant deux années que dura celte nialadie, vit reparaître le flux menstruel. Ce cas revient à
MONOMANIE ÊROTICO-MYSTlQUE. 145
la mémoire de l'auteur à propos de celui qu'il vient de citer, et il en cite un troisième, qui lui est aussi personnel, à la Société psychologique. Une petite conversation s'engage alors sur les rapports de la menstruation et de la folie amoureuse chez les femmes âgées. M. Galmeil déclare que cette vésanie est très-fréquente chez les vieilles aliénées ; mais que, d'accord avec MM. Gerdy, Cerise, Trélat, il croit que la relation pathologique entre l'érotomanie et ce retour de la menstruation est un sujet très-rare, un fait à étudier. En feuilletant les documents nécropsiques de Parchappe sur la folie nous y avons seulement trouvé (observation 38), une femme de 50 ans, bien réglée et bien portante jusqueJà, en proie ensuite à un délire général avec érotisme.
i^t, -^ Mononiaiftte érotlco-mystlque.
(tlERAUDiN. Archives cliniques des maladies mentales t 1862. Obseryat. 9d.)
Une jeune fille , menstruée à dix-sept ans et avec beaucoup de peine, subit à 23 ans une nouvelle perturbation dans la fréquence et l'intensité du flux. Concurremment avec ces anomalies et avec la puberté, survinrent des crises hystériques se compliquant peu à peu de troubles sensoriels à teinte mystique. Des contrariétés jetèrent mademoiselle dans une dévotion extrême : le travail fut délaissé, le caractère changé, l'irritation à son comble. Sortie d'une maison en apparence guérie, elle se montra arrogante, impérieuse, orgueilleuse, et se fit un rôle de persé^ cutée : symptômes unis à un érotisme contenu « et coïilcidant avec les désordres menstruels. On la mit dans un Asile i Les sentiments affectifs se pervertirent entièreitient, l'érotismc déborda^ et s'organisa un délire mystique dans lequel elle était enceinte par des oeuvres toutes secrètes. Cet ensemble morbide était lié à une exagération des fonctions menstruelles, devenues irrégulières, et accompagnées, soit de douleurs abdominales très-vives^ soit de vrais accès hystériques.
Dans sa thèse sur la folie sympathique^ Loyseaii dit qu'il y a une liaison étroite entre la folie religieuse et les ano-
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malies du système sexuel ; et il se demande si cela ne tiendrait pas à ce que beaucoup de personnes cherchent dans la religion la consolation d'un amour malheureux ou non satisfait. — Je partage son avis, et j'ajoute que, parmi les religieuses, le délire génésique est, peut-être, le plus fréquent. En proie à des sensations instinctives, la fille pubère ou nubile lutte entre ses devoirs et ses besoins, entre ses principes et ses sensations. Ne trouve-t-elle pas un appui suffisant, elle cherche une aide au sein de la Divinité. Si le système nerveux est prédisposé, la lutte aboutit à l'aliénation, et, la raisonne contre-balançant plus les sens, ceux-ci tombent au pouvoir de l'imagination déréglée.
iSS. — monomanie iniioiiiée.
(Dëlasuuye. Journal de médecine mentale. Juillet 1864, p. 242.)
Une jeune fille est surprise par la première éruption, à l'âge de 13 ans. Onze mois se passèrent ensuite, sans que rien reparût ; puis, trois fois, à intervalles inégaux, le flux se montra. Dès lors, on remarqua une loquacité turbulente, un grand changement moral, des soupçons mal fondés, des visions effrayantes, des craintes continuelles, des illusions de la vue l'empêchant de reconnaître sa mère. Enfm le délire éclata. En un an, huit accès analogues, précédés d'épistaxis, et survenant au milieu des règles. Ces accès alternaient avec "une torpeur et une concentration chagrines.
Le traitement, confié à notre savant ami, fut-il couronné de succès? Nous devons le supposer, tout en regrettant qu'il ne nous l'ait point fait savoir. Il y a, dans cette Observation, plusieurs côtés à saisir : d'abord, l'écoulement nasal supplémentaire qui devance la menstruation, — ensuite la coïncidence du délire avec l'époque de cette menstruation — 6n-
fin la perturbation et l'obstacle éprouvés par la puberté, période si orageuse pour les filles prédisposées.