V. — Les problèmes de cosmologie rationnelle
■ en Jeu, et en supposant ce point éclairci, comment ces forces com- » mencent-elles, non pas simplement à exister, mais à exciter dans un » autre corps telle action particulière? Certes, il n'y a pas dans ces dif- » férents cas de réaction moins de difficultés que dans les cas de réac- » tion entre Tâme et le corps.... >
(Hermann Lotze. Psychologie physiologique, p. 67. - Paris, G. Baillière. 1876.)
De même, nous trouYons dans le Troisième essai de Critique généraUf de M. Renouvier, à la page 19, la formule suivante :
« Le fait universel de la communication causale des êtres edt identi- » que à rharmonie des phénomènes dans le temps; cette harmonie le • produit en tant que les représentations déterminent leurs rapports B sous l'espèce de la force; elle est l'un des aspects et l'un des noms de » l'ordre du monde inséparable du monde. »
sont au nombre de quatre : 1* Le monde est-il limité dans le temps et dans Tespace ? 2^ La composition des phénomènes va-t-elle à Tinfini? 3* Le déterminisme des phénomènes a-t-il ou n'a-t-il pas sa raison suffisante dans une cause première, supérieure à Tordre phénoménal? 4^ Les lois de la nature peuvent-elles ou ne peuvent-elles pas se concilier avec la liberté?
Il n'entre pas dans notre dessein d'instituer une discussion approfondie du problème ; un pareil travail exigerait, à lui seul, tout un livre. Ici encore nous nous bornerons à de rapides aperçus.
Et d'abord, le monde est-il étendu dans l'espace?
L'intuition de l'espace est une loi nécessaire de la représentation. Or, la faculté d'avoir des représentations existe, pour tout être, à quelque degré de l'échelle qu'il soit placé. Donc, et à ce point de vue, il est vrai de dire que les êtres sont dans l'espace, et qu'en vertu de cette localisation dans l'espace^ ils ne peuvent manquer d'apparaître les uns aux autres sous la forme de l'étendue. Nous savons en quel sens il est exact d'affirmer l'existence des atomes ; c'est précisément dans le même sens que nous affirmerons l'étendue du monde. Un monde étendu sera, pour nous, un
monde de phénomènes entre lesquels existent des rapports de position.
Se demander si l'étendue du monde est finie oa infinie, cela revient à se demander si les rapports de position, qui lient les monades les unes aux autres, sont en nombre infini, et cette question ne peut être résolue qu'après cette autre : le nombre des ôtres de l'univers est-il donné, et, par conséquent, leur synthèse numérique est-elle métaphysiquement possible?
f)e môme, la question de savoir si le monde est ou n'est pas infini dans le temps, revient à savoir si les phénomènes de l'univers sont ou ne sont pas en nombre infini.
Mais cette réponse^ ne l'avons-nous pas implicitement donnée? Si le nombre infini est tel qu'il soit absurde d'en imaginer la réalisation effective, il (3n résulte, et cela contrairement à l'opinion de Leibniz, que le nombre des monades n'est pas infini. C.ette réponse implique^ à son tour, l'existonco d'un monde limité dans le temps et dans l'espace.
On invoquera peut-être^ contre nous, le principe do raison suffisante : Pourquoi le nombre des êtres n'ost-il i)as plus grand qu'il n^est? Pourquoi Dieu no Ta-t-il pas doublé, décuplé, centuplé? Sans doute, il aurait pu accroître ce nombre, s'il l'avait voulu. Mais le principe de raison suffisante ne
s'opposerait-il pas à ce que Dieu réalisât par la création l'infini numérique actuel, c'est-à-dire une absurdité ?
Si le monde a eu un premier commencement, il serait difficile d'admettre que les monades ont surgi spontanément dans l'espace et qu'elles ne doivent point leur existence au fiât d'une volonté créatrice. La solution que nous avons donnée aux deux premiers problèmes implique, ce nous semble, l'affirmation d'un Dieu créateur.
Il est moins facile d'expliquer comment Dieu a pu soumettre ses créatures à des lois immuables et rendre en même temps la liberté possible.
Aux yeux de Leibniz, tout être libre se détermine d'après ses désirs et non par l'effet d'une contrainte extérieure. Mais, dans la théorie de Leibniz, les monades sont emprisonnées en elles-mêmes et ne subissent aucune espèce d'action externe; en un mot, elles obéissent à leurs lois, c'est-à-dire à leurs appétits.
Est-ce là ce qu'il faut entendre par liberté? Oui, si l'on a le pouvoir de résister ou de céder à ses désirs ; non, si la fatalité du désir est inéluctable.
Mais si la fatalité du désir est inéluctable, la spontanéité proprement dite disparaît avec la liberté, ou plutôt le déterminisme des causes finales
ne sert qu'à masquer le déterminisme des causes eJQScientes. 1
On le voit, pour sauver non-seulement la liberté humaine, mais encore la spontanéité du désir jusque dans les existences les plus infimes et les plus appauvries, il faudrait affranchir la finalité de toute fetalité.
Mais alors, ne supprimerait-on point les lois de la nature et n'arriverait-on point forcément à cette conclusion étrange que les monades ne sont que ce qu'elles désirent et non pas ce que Dieu leur a imposé de désirer? — Niera-t-on, cependant, l'existence du déterminisme mécanique ?
On ne peut le nier. De même on ne niera point les lois de la nature. On accordera que Dieu est l'ouvrier suprême des propriétés de la matière, comme des instincts de l'animal, comme de la raison de l'homme. On dira que c'est Dieu qui a déposé au sein de la monade le germe de ses tendances, qu'il a tout disposé pour que les phénomènes du monde inorganique suivissent une marche générale régulière; mais qu'il n'a point tout réglé jusque dans les moindres détails. On ajoutera, qu'en fait, les lois naturelles s'appliquent aux espèces, aux genres, mais non aux individus ; qu'étant donné un phénomène, il est impossible de dresser la liste de tous (( ses antécédents » et de rendre raison de toutes les circonstances « accidentelles » cpii le distinguent
des autres phénomènes congénères. « Tous les accidents » qui accompagnent l'apparition d'un phénomène sont-ils prédéterminés? Sont-ils soumis à des lois? La science ne peut nous le dire^ car la science ne sait point tout.
Il y aurait alors, jusque dans Tordre des êtres inorganiques^ une part « d'indéterminisme » et d'imprévu. Il y aurait jusque dans les éléments de la matière brute un principe « illogique, irrationnel », réfractaire à la nécessité, réfractaire à la science.
Il serait superflu d'ajouter que la théorie dynamique, à laquelle nous adhérons, est l'adversaire irréconciliable du matérialisme et du panthéisme; du matérialisme qui ne veut point s'élever audessus des sens ; du panthéisme qui ne sait point reconnaître l'indépendance originelle des êtres, et la pluralité des âmes.