‹ Des opérations qui se pratiquent sur les muscles de l'oeilChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Considérations anatomiques et physiologiques préliminaires.

L’œil, exclusivement envisagé au point de vue de la question qui m’est proposée , peut être considéré comme un sphéroïde inséré par un pédicule étroit dans le fond de l’orbite et entouré d’un appareil moteur dont l’action le fait tourner en différents sens autour de son centre, qui est fixe.

Placé derrière les paupières , dont il n’est séparé que par la conjonctive doublée d’un fascia ; reposant par sa face postérieure sur un coussinet graisseux dont il est séparé aussi par une capsule fibreuse dans la concavité de laquelle il roule dans ses mouvements, à la manière d’une tête d’os dans un cotyle, il est plus rapproché de la paroi interne de l’orbite que de l’externe. En équilibre dans cette position, quand les muscles sont en repos ou n’ont plus d’action, il est susceptible, dans les conditions opposées, d’être porté par eux en tous sens autour de son centre fixe.

Les muscles chargés de lui imprimer ces mouvements sont au nombre de six, divisés, d’après leur direction, en droits et en obliques.

Les muscles droits, au nombre de quatre, naissent du fond de l’orbite par une insertion commune formant un anneau fibreux qui entoure le nerf optique ; ils représentent par leur réunion un bouquet à quatre branches dont les extrémités antérieures viennent se terminer en s’insérant sur le globe oculaire. L’insertion postérieure de ces organes ne doit pas nous arrêter plus longtemps; il n’en est pas de même de leur terminaison à la sclérotique ; celle-ci , en raison même des

particularités qu’elle présente, se rattache de très près à notre sujet et demande un examen minutieux.

Les muscles droits sont formés par des bandelettes, charnues dans presque toute leur longueur, et qui se terminent chacune par une lamelle tendineuse ayant près de 1 centimètre de longueur et presque autant de largeur. Ces tendons s’implantent sur la sclérotique en se confondant avec le tissu propre de cette membrane et se terminent tous quatre dans un point qui répond à l’extrémité des diamètres vertical et transversal du globe oculaire. Toutefois, leur partie moyenne ne correspond pas toujours très exactement, suivant M. Mackensie, au même point que celle du muscle antagoniste. Ainsi, selon cet auteur, l’insertion du muscle droit supérieur se rapprocherait plus du côté interne de l’œil que celle du muscle droit inférieur, disposition qui peut entrer pour quelque chose dans la plus grande fréquence du strabisme convergent.

L’insertion de ces lamelles aponévrotiques à la sclérotique se fait à quelque distance de la cornée , distance variable, d’après MM. Lucas, Macken^e ( London medical Gazette ) et Pétrequin ( Anatomie omrurgicale ), non seulement suivant les muscles , mais encore suivant les individus. Selon ce dernier anatomiste, le muscle droit supérieur s’insérerait à A ou 6 millimètres de la cornée, le muscle droit inférieur à 3 millimètres, le muscle droit interne à A millimètres, et enfin le droit externe à A ou 6 millimètres. On peut donc dire d’une manière générale que l’insertion de ces muscles se fait sur le globe de l’œil à 1^ partie moyenne de son hémisphère antérieur , et que le point précis de cette insertion varie entre 3 et 6 millimètres de la cornée. (PI. T, fig. 2.)

La longueur des muscles de l’œil ne varie pas moins. Ainsi le droit externe est plus long que le droit interne. Cette différence dans la longueur de ces organes s’apprécie facilement quand on les examine sur une préparation anatomique semblable à celle qu’a fait représenter Arnold (Tabule b anatomicœ ) dans une coupe horizontale de l’orbite. On remarque alors que cette inégalité provient surtout de la différence de direction du nerf optique comparée à celle de l’axe de l’orbite.

Leur largeur diffère également suivant les mêmes circonstances. Le droit inférieur est plus fort, plus volumineux que le droit supérieur, et le droit interne est généralement plus large et plus fort que le droit externe; autre disposition qui rend encore compte de la plus grande fréquence du strabisme convergent.

La direction de ces organes mérite aussi de nous arrêter un instant. Dans une grande partie de leur trajet, les muscles droits ont une direction rectiligne; du point de leur insertion au fond de l’orbite ils divergent chacun suivant une ligne droite tangente à l’équateur du globe oculaire. Ces quatre faisceaux musculaires circonscrivent ainsi une espèce de pyramide dont le sommet touche au premier de ces points, dont la base embrasse le second, et dont l’axe est à peu près représenté par le nerf optique. Mais cette direction des muscles droits, à partir de leur point de tangence jusqu’à leur insertion terminale, cesse d’être rectiligne. Dans ce nouveau trajet, ils décrivent une courbe analogue à celle de la partie qu’ils recouvrent. Cette disposition curviligne de la partie scléroticale des muscles de l’œil nous aidera à comprendre les mouvements qu’ils impriment à cet organe et le mécanisme de quelques autres fonctions qu’on leur attribue. (PI. I , fig. 1.) l. 2

Les insertions antérieures des muscles droits présentent en outre quelques particularités importantes déjà signalées par Ténon et vérifiées depuis par MM. Cruveilhier, Bonnet, etc. , mais qui sont liées, selon nous, à une disposition particulière de l’aponévrose qui les entoure, et sur laquelle nous reviendrons plus loin avec détails. Ces insertions se font par des espèces de tendons accessoires, de prolongements fibreux , peut-être même élastiques , qui se détachent de la partie externe des muscles, qui divergent en forme d’ailerons , et qui se fixent avec le reste de la capsule fibreuse, soit au cul-de-sac de la conjonctive, soit au rebord de l’orbite en confondant leurs insertions avec celle du périoste de cette cavité. Ces tendons accessoires sont très prononcés sur les muscles droits interne et externe, un peu moins sur le muscle droit inférieur ; mais pour ce dernier en particulier, une dissection attentive démontre qu’un prolongement fibreux qui résulte de la bifurcation de sa partie antérieure se continue en avant pour se fixer sur le ligament palpébral inférieur. Cette disposition anatomique explique pourquoi l’action du muscle droit inférieur peut déterminer des mouvements dans la paupière inférieure. Il en est de même du tendon accessoire du muscle droit supérieur qui, par trois prolongements distincts, va se confondre avec le releveur de la paupière supérieure et la portion du tendon du grand oblique de l’œil qui a traversé la trochlée. (PI. I, fig. 3.)

Les muscles obliques sont au nombre de deux : le grand et le petit.

Le premier se détache du fond de l’orbite dans le voisinage du trou optique , se dirige en avant pour s’engager dans un anneau fibreux qui s’attache à une dé-

pression de l’apophyse orbitaire interne du frontal. En passant dans cet anneau , le tendon du grand oblique est doublé d’une bourse muqueuse, dans laquelle s’accumule quelquefois de la synovie , comme Aston Eey en a observé un exemple, et après avoir traversé cet anneau, il se transforme en un cordon arrondi qui se dirige obliquement en bas et en dehors, pour s’épanouir en une membrane triangulaire qui se fixe à la partie externe et postérieure de la sclérotique sur un plan postérieur à celui du plus grand diamètre transversal de l’œil. Dans ce trajet, le tendon du muscle grand oblique passe sous le muscle droit supérieur et semble s’enrouler autour du globe oculaire.

Le muscle petit oblique se détache de la partie antérieure et interne du plancher orbitaire , se dirige en arrière, un peu en haut et en dehors, et va s’attacher à la sclérotique au-dessous et en arrière du muscle oblique supérieur. Son insertion scléroticale est séparée de celle du grand oblique par un intervalle de près de 1 centimètre ; mais ses fibres terminales semblent aller à la rencontre de celles de ce muscle pour se confondre avec elles. Cette disposition des fibres des deux muscles obliques permettrait de les considérer comme un muscle digastrique dont le tendon moyen serait représenté par l’espace sclérotical qui sépare les deux insertions, tendon qui décrirait une courbe parabolique , une espèce d’anse passant de la partie interne et antérieure de l’œil à sa partie externe et postérieure.

Les muscles de l’œil offrent quelques anomalies dans leur forme, leur volume et leurs rapports. Ainsi on les trouve quelquefois divisés en deux faisceaux de grosseur différente qui s’insèrent sur des points dis-

tincts de la sclérotique ; d’autres fois on les trouve adhérents à cette membrane dans une étendue plus ou moins considérable, etc. Telle est, en résumé, la disposition des muscles de l’œil. Mais cette étude serait incomplète si nous n’y ajoutions la description de leurs aponévroses qui, elles aussi, jettent une vive lumière sur la physiologie de ces organes.

Les aponévroses des muscles et du globe de l’œil forment tout un appareil ligamenteux , chargé de maintenir l’œil en position et de fournir à ses muscles des parties accessoires nécessaires à leurs fonctions.

La connaissance de ces aponévroses remonte àTénon, qui en donna une description à peu près complète, et indiqua quelques uns de leurs usages présumés. Le travail deTénon, oublié pendant quelque temps, a été repris de nos jours à l’occasion de l’opération du strabisme , notamment par Dalrymple , Lucas , MM. Bonnet (Sections tendineuses) , J. Guérin ( Gazette médicale ), et Hélie ( Thèses de Paris ) , etc. Ce dernier anatomiste surtout a étudié avec grand soin la disposition générale de l’aponévrose du globe et les gaines qu’elle fournit aux muscles, et il a insisté sur quelques unes de leurs particularités les plus importantes, applicables à la pratique de la myotomie oculaire.

Cet appareil aponévrotiquepeutêtreconsidérécomme formant une enveloppe en forme d’entonnoir, dans laquelle l’œil est renfermé avec son pédicule ; la base de cet entonnoir fibreux s’attache au rebord de l’orbite et s’y confond avec le périoste de cette cavité. Ses attaches sont très manifestes en dedans, où elles forment les espèces d’ailerons décrits par Ténon dans son mémoire ; elles le sont un peu moins en haut et en bas. Quoi qu’il en soit, partie de ces différents points, elle se

réfléchit sur la face postérieure de la conjonctive qu’elle tapisse, et après avoir abandonné cette membrane à 2 ou 3 millimètres de la corne, elle se porte en arrière sur la sclérotique, de telle sorte que si l’on vient à la séparer circulairement derrière la cornée, en ayant soin de comprendre dans l’incision le feuillet fibreux qui la double, on peut extraire l’œil de cette sorte de cupule et laisser à la place qu’il occupait une cavité formée uniquementpar l’aponévrose, etqui est sans communication avec les graisses de la partie postérieure de l’orbite. Cette donnée anatomique a été habilement appliquée par M. Bonnet à l’extirpation du globe oculaire. (PI. 1 , fig. k.)

Cette enveloppe fibreuse présente en outre des prolongements en forme de gaîne . en nombre égal à celui des muscles qui s’insèrent à l’œil. Ces gaines offrent une densité différente. Celles des muscles droit interne, droit inférieur, et grand oblique, sont plus épaisses que les autres. Mais toutes s’amincissent à mesure qu’elles s’approchent de l’insertion postérieure des muscles qu’elles enveloppent. Ces gaines aponévrotiques ne constituent point, comme on pourrait le penser, des coulisses fibreuses synoviales dans lesquelles les muscles glisseraient ; au contraire , elles sont adhérentes aux fibres de ces muscles au moyen d’un tissu cellulaire dense et serré, dans lequel se trouvent quelquefois des brides tendineuses et musculaires. C’est cet ensemble qui a été décrit sous le nom de faisceaux tendineux , et qui sert à fixer le globe oculaire au contour de la cavité orbitaire. (PI. I , fig. k-)

Toutefois, il est une particularité de structure de ces gaines fibro-celluleuses que je dois rappeler,, parce qu'elle explique pourquoi l’isolement et la section des

muscles de l’œil près de leur insertion à la sclérotique est si facile à obtenir ; c’est que, dans le point qui correspond aux tendons de ces muscles , les gaines sont tapissées, de même que ceux-ci, par une membrane molle et lâche qui se laisse facilement déchirer par un instrument mousse. Voyez la planche I, fig. 5, où les tendons des quatre muscles droits sont mis à découvert dans leur gaine d’enveloppe.

La disposition de ces gaines autour de chaque muscle explique comment M. Bonnet qui , le premier, a extrait le globe oculaire delà capsule qui l’enveloppe , a pu dire que cette aponévrose était percée de trous pour donner passage aux muscles qui vont à l’œil. Mais il nous semble que cette disposition n’est qu’apparente , et qu’elle est le résultat de la préparation.

C’est aussi la continuation de cette aponévrose avec le périoste du pourtour de l’orbite, qui a permis à M. Hélie de la comparer à un bonnet de coton replié sur lui-même et renfermant l’œil , son pédicule et ses muscles, dans l’enfoncement de sa portion réfléchie.

L’usage de l’aponévrose orbitaire est de maintenir l’œil suspendu au milieu de la cavité où il est logé, et, tout en lui permettant de se porter en tous les sens , de s’opposer à ce qu’il éprouve de trop grands déplacements.

Afin de compléter les détails anatomiques relatifs à la disposition des muscles de l’œil , nous croyons devoir indiquer sommairement les nerfs et les vaisseaux qui se rendent à ces organes.

Les nerfs leur viennent de trois paires distinctes. Les muscles droit supérieur, interne et inférieur, et le muscle petit oblique se meuvent sous l’influence du nerf moteur oculaire commun. De plus , une branche

de ce même nerf se porte au muscle releveur de la paupière supérieure, disposition anatomique qui explique pourquoi, dans les affections de ce nerf, on observe à la fois un strabisme externe et une chute de la paupière. Le muscle droit externe est animé par le nerf moteur oculaire externe ou nerf de la sixième paire. Il en est de même du muscle grand oblique qui reçoit la quatrième paire ou nerf pathétique.

Les artères des muscles proviennent de l’ophthalmique, branche de la carotide interne. Mais ces vaisseaux sont toujours, à l’extrémité scléroticale des muscles, trop petits pour donner lieu à un écoulement de sang inquiétant.

Leurs veines sont volumineuses ; elles appartiennent à ce plexus de l’orbite qui forme dans cette cavité un réseau très riche ; elles se rendent dans la veine ophthalmique , qui elle-même s’abouche dans le sinus caverneux.

Afin de mieux apprécier les puissances qui concourent à la production des mouvements de l’œil, nous diviserons ceux-ci en deux ordres. Les uns sont simples, isolés; les autres sont composés ou combinés. Les premiers sont produits par l’action d’un seul muscle ; les seconds , au contraire , dépendent de l’action de deux de ces organes ou d’un plus grand nombre encore.

Avant d’examiner comment ces mouvements ont lieu, il est bon de rappeler la disposition qu’affecte la partie antérieure des muscles qui les produisent. Nous avons vu plus haut qu’à partir de leur point tangent à l’œil ils décrivent une courbe d’arrière en avant, suivant laquelle ils s’enroulent sur une partie du globe oculaire jusqu’au point de la sclérotique où ils se fixent, et qu’ils envoient des prolongements tendi-

neux dont les uns s’insèrent au contour de l’orbite , et dont les autres se continuent jusqu’aux cartilages tarses.

Cela posé, tous les mouvements de l’œil auront toujours pour axe l’un ou l’autre de ses diamètres. Ces mouvements peuvent être rapportés à trois directions principales : 1° Élévation ou abaissement quand les mouvements ont lieu suivant l’axe transversal ; 2° adduction ou abduction, s’ils s’exécutent suivant l’axe vertical ; 3° enfin rotation en dedans ou en dehors, s’ils se font suivant l’axe antéro-postérieur.

Voyons comment les six muscles que nous avons décrits agissent pour produire ces mouvements simples ou composés.

Il résulte de la disposition curviligne de l’extrémité antérieure des muscles droits et de la fixité en un môme point du centre oculaire, que, lorsque ces muscles viennent à se contracter, ils impriment à l’œil, par leur diminution de longueur dans le sens antéro-postérieur, non un mouvement de translation d’avant en arrière, mais un mouvement de rotation suivant un axe horizontal ou vertical, mouvement qui porte le champ de la cornée vers l’un des quatre points cardinaux de l'orbite. Et, d’un autre côté, la présence des prolongements tendineux dont nous avons parlé a pour effet, soit de modérer ces mouvements de l’œil , soit d’imprimer aux paupières des mouvements simultanés à ceux du globe oculaire.

C’est de cette manière et par ce mécanisme que se produisent les mouvements simples d’élévation , d’abaissement, d’adduction, d’abduction.

Quant à ceux que nous avons appelés composés, ils sont encore, du moins en partie, le résultat de la cou-

traction des muscles droits , mais des muscles droits combinant leur action, au lieu de l’isoler.

On conçoit, en effet, que, si les muscles droits supérieur et interne viennent à se contracter en même temps, la face antérieure de l’œil ne sera portée ni exclusivement en haut, ni exclusivement en dedans, mais que, dans ce cas, le globe oculaire, obéissant à l’action simultanée de deux forces qui s’appliquent angulairement au même point, suivra, dans son mouvement, la résultante de ces forces, et sera porté à la fois en haut et en dedans , vers le point de la circonférence orbitaire qui répond au milieu de l’espace laissé entre ces deux muscles. Ce sera par des mouvements analogues des muscles droits interne et inférieur, inférieur et externe , externe et supérieur, que l’organe sera dirigé vers les autres points intermédiaires à ceux que nous avons appelés les quatre points cardinaux.

Enfin on conçoit que si le globe oculaire est sollicité successivement dans un très court espace de temps par les contractions de chacun de ses muscles droits , s’effectuant suivant un ordre circulaire , ce globe promènera sa surface cornéale tout autour de la circonférence de l’orbite, en sorte qu’il exécutera ainsi un véritable mouvement de circumduction sur son axe antéro-postérieur.

On a encore admis que les quatre muscles droits, en se contractant ensemble et avec une intensité égale , pouvaient porter l’œil en arrière et l’enfoncer dans l’orbite. Mais cette action, quin’estpas bien démontrée, n’aurait, ce nous semble, aucun but, et d’ailleurs nous croyons qu’elle serait annulée par la résistance des brides fibreuses que ces muscles envoient au pourtour de l’orbite.

Presque tous les physiologistes sont d’accord pour ce qui regarde les fonctions des muscles droits , mais il n’en est pas de même de celles des muscles obliques. A propos du rôle de ces derniers, des opinions diverses et même contradictoires ont été avancées par Àlbinus, Bichat, Ch. Bell, Dieffenbach. Mais, à cette occasion, il est juste de faire remarquer que jusqu’à ces derniers temps, on ne connaissait pas suffisamment toutes les dispositions anatomiques que nous avons rappelées à l’occasion des muscles droits, et que dès lors il n’était pas facile de se rendre compte de la manière dont les mouvements peuvent être modifiés par elles.

Pour mieux comprendre l’action des muscles obliques, il convient de se rappeler que l’oblique supérieur, à partir du point où il se réfléchit, et l’oblique inférieur entier, se portant l’un de haut en bas, l’autre de bas en haut, et tous deux d’avant en arrière et de dedans en dehors, vont s’attacher à la sclérotique vers le côté externe de la face postérieure du globe oculaire, à peu de distance l’un de l’autre, en formant entre eux, par leur direction, un angle dont le sommet est vers leur insertion scléroticale. 11 suit de là que, lorsque ces muscles se contractent en même temps, l’œil est nécessairement porté suivant la résultante des deux forces qui le sollicitent ensemble, c’est-à-dire en avant et en dedans, mouvement dans lequel on les a regardés comme antagonistes des muscles droits, puisque ceux-ci tendent à porter l’œil en arrière par leur contraction simultanée.

Mais supposons maintenant que l’action des muscles obliques, au lieu de se faire simultanément, se produise au contraire isolément.

Si le muscle grand oblique vient à se contracter seul,

il sera borné dans son action par la tension du muscle petit oblique. Dans ce cas, la rotation de l’œil se fera autour d’un axe qui traverserait obliquement la cornée et le globe oculaire, et la face antérieure de celui-ci sera portée à la partie inférieure et externe de l’orbite, comme Albinus, MM. Rigaud et Bonnet l’ont d’ailleurs démontré. On comprend que l’action de ce muscle, venant en aide à celle des muscles droits externe et inférieur, ajoutera quelque peu aux mouvements que ces derniers doivent produire par leur contraction simultanée.

L’action isolée du muscle petit oblique s’opère suivant le même mécanisme ; mais elle a lieu en sens contraire, et, sous son influence, la pupille se dirige en haut et dehors. Le muscle petit oblique peut aussi aider à l’action combinée des muscles droit supérieur et droit externe, et contribuer à augmenter les mouvements produits par leur contraction simultanée.

Les muscles de l’œil ne sont pas seulement chargés de porter le globe dans la direction des objets que l’on veut voir ; ils servent encore à exprimer certains de nos sentiments. Les anciens avaient avec quelque raison donné à chacun de ces muscles un nom figuré en rapport avec l’expression qu’ils impriment aux yeux, véritable miroir de l’ame. C’est ainsi qu’ils désignaient l’un sous le nom de pathétique, l’autre sous le nom d’humble, celui-ci sous le nom de superbe, celui-là sous le nom de dédaigneux , etc.

Maintenant, les muscles droits et obliques réunis ont-ils d’autres fonctions que celles que nous venons de rappeler? Et, par exemple, ne peuvent-ils pas, en allongeant le diamètre antéro-postérieur de l’œil , jouer un

rôle actif dans l’accommodation de cet organe pour la vision à petite distance?

Les détails anatomiques dans lesquels nous sommes entré précédemment montrent que le globe oculaire est tenu en équilibre par un appareil aponévrotique et ligamenteux , de manière qu’il obéit aux divers mouvements que lui impriment ses muscles en tournant sur un centre qui reste fixe. Nous avons vu que tous les muscles, les droits et les obliques, sont disposés de telle manière que, dans une partie de leur trajet, ils sont enroulés autour du globe de l’œil , et se moulent sur la concavité de cet organe. Il résulte nécessairement de cette disposition et de la fixité du centre oculaire , qu’au moment de la contraction, l’œil doit être comprimé perpendiculairement à sa surface dans toute l’étendue de l’enroulement des muscles ou de leurs tendons, et que ses parties postérieure et antérieure sont les seules qui ne supportent pas de pression lors de la contraction de l’appareil musculaire. 11 est dès lors facile de comprendre que les humeurs comprimées dans l’acte de cette contraction , réagissant contre le fond et la partie antérieure non soutenus, fassent céder les tissus toujours un peu extensibles, et déterminent ainsi un allongement du diamètre antéro-postérieur de l’organe, pendant que les diamètres transversaux diminuent d'étendue sous l’effet de la même pression.

Ainsi déjà les considérations anatomiques , loin de contredire le fait de l’allongement antéro-postérieur de l’œil , tendent à en démontrer la possibilité et à le rendre très vraisemblable. D’un autre côté, M. Bonnet, de Lyon , dont les travaux ont tant contribué à éclairer cette question, a entrepris des expériences directes desquelles il résulte que, constamment, le diamètre an-

téro-postérieur de l’œil augmente de longueur lorsque l’appareil musculaire de cet organe entre en contraction. 11 nous suffit de signaler ici ces expériences destinées à élucider la question de l'accommodation de l’œil pour la vision à petite distance , question fort importante sans doute , mais éminemment physiologique, et que nous avons voulu seulement toucher en passant , pour justifier les conclusions que nous aurons à en tirer plus tard relativement au traitement de la myopie.

Nous admettons donc, avec M. Bonnet, de Lyon , que la contraction de l’appareil musculaire est capable d’allonger l’axe antéro-postérieur de l’œil , et de déterminer dans la forme de cet organe les modifications nécessaires pour que les images des objets placés à petite distance se peignent nettement sur la rétine , et comme conséquence de cette doctrine , que la myopie ou la presbvopie peuvent s’observer dans certains cas où ces modifications dans la forme de l’œil n’ont plus lieu.

Un mot avant de terminer sur l’association et la coordination des mouvements des deux yeux : c’est un phénomène qui , de tous temps, a attiré l’attention des physiologistes et qui n’est pas sans intérêt dans l’étude de notre sujet. On sait que, quelle que soit la direction dans laquelle nous portions l’un de nos yeux, l’autre est aussitôt entraîné dans une direction semblable et se place toujours de telle manière que les deux axes optiques convergent en un même point. Cette harmonie des mouvements , indispensable pour que la vision soit parfaite, a lieu sans que la volonté y participe en rien , et sans qu’elle puisse le plus souvent l’empêcher ou seulement le modifier. Nous ne cher-

obérons pas à expliquer ce phénomène d’association des mouvements des deux yeux ; nous nous contenterons de faire remarquer qu’il n’est pas également prononcé dans tous les muscles : ainsi la contraction des muscles droits supérieur et inférieur s’accompagne invariablement de celle des mêmes muscles du côté opposé, tandis que pour les autres muscles, c’est tantôt avec un congénère et tantôt avec un antagoniste qu’il y a association d’action. Circonstance qui rend compte de la différence que l’on observe dans la fréquence des diverses espèces de strabisme que nous aurons à signaler plus loin.

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