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CHAPITRE IV

Phénomènes consécutifs et accidents de la myotomie oculaire.

Un fait remarquable , qui a été suffisamment démontré par les innombrables opérations pratiquées jusqu'ici, c’est l’innocuité de la myotomie-oculaire ou le peu de gravité de ses suites. A part quelques cas, en effet, dans lesquels il y a eu des accidents graves que nous aurons à faire connaître et qui ont pu d’ailleurs être ordinairement conjurés par un traitement convenable, la cicatrisation de la plaie se fait régulièrement en huit ou dix jours sans qu’on voie se développer ces phénomènes d’inflammation que la délicatesse des organes intéressés, la disposition anatomique des parties et le voisinage du cerveau auraient pu faire craindre. Le repos de l’œil, l’application de compresses froides, des pédiluves sinapisés, de légers laxatifs, le régime, sont des moyens prophylactiques suffisants dans la généralité des cas, et qu’il est convenable de ne pas négliger.

Peu de temps après l’opération, il se manifeste à la surface de la plaie un peu de rougeur et de tuméfaction ; il s’y fait une légère exsudation plastique, souvent même de la suppuration ; mais celle-ci est modérée et ne s’étend pas profondément. Une membrane modulaire se forme, rouge d’abord, saillante, boursouflée; elle pâlit et s’affaisse pour finir par se confondre avec la conjonctive, sur laquelle il n’existe plus au bout de quelques jours qu’une cicatrice peu appréciable.

Que devient, dans ce travail de cicatrisation, le

muscle ou le tendon coupé ? Aussitôt après sa section , il se rétracte plus ou moins profondément dans sa gaine, d’où résulte un écartement entre ses deux bouts, écartement encore augmenté par l’action du muscle opposé qui, privé de son antagoniste, reste tout-puissant pour attirer l’œil de son côté. C’est là un obstacle à la réunion de la portion antérieure du muscle coupé avec sa partie postérieure. La première s’atrophie, se confond dans le tissu de la cicatrice ou bien se ramollit , concourt à former le bourgeon charnu , et, dans tous les cas, finit par disparaître. La seconde, au contraire, contracte des adhérences avec le tissu cellulaire voisin qui s’épaissit, prend de la consistance, et finit par revêtir la forme fibrillaire et l’aspect d’une aponévrose. Une nouvelle continuité s’établit ainsi entre le muscle et la sclérotique, à laquelle s’attache ce tendon de nouvelle formation, à quelques lignes en arrière de son insertion normale. Ce fait a été mis en évidence par les expériences de MM. Amussat et L. Boyer, pratiquées sur les animaux , et, de plus, il a été confirmé par le résultat d’autopsies faites en France et en Angleterre sur des sujets morts plus ou moins longtemps après l’opération du strabisme. Dans un cas rapporté par la Gazette médicale de Londres, aussi bien que dans ceux observés par MM. Bouvier, L. Boyer et par nous , on a trouvé le muscle opéré plus ou moins rétracté et adhérent au globe de l’œil par un tendon aplati inséré en arrière de la première attache du muscle.

La rapidité avec laquelle s’établissent ces nouvelles adhérences est assez grande. Ainsi , dans les expériences citées plus haut , on a trouvé au bout de cinq jours , chez le cheval , la prolongation tendineuse du

muscle déjà assez résistante , et au bout de dix jours elle avait la forme et la consistance d’une aponévrose, seulement un renflement linéaire indiquait encore la trace de la section. Chez le mouton , au bout de trentesix heures, les adhérences étaient assez solides pour résister à des tractions même assez fortes.

C’est ainsi que peuvent se rétablir les mouvements de l’oeil opéré. D’abord bornés, ils prennent graduellement plus d’étendue, et finissent par être presque semblables à ceux du côté sain. Ils sont cependant toujours un peu plus restreints à cause de la longueur moindre du muscle qui s’est rétracté , et dont le nouveau tendon s’insère à une distance plus grande de la cornée.

Les choses se passent-elles toujours comme nous venons de le dire et comme l’affirment les expérimentateurs cités plus haut? On a admis que les deux bouts du muscle pouvaient se réunir entre eux au moyen d’un prolongement intermédiaire. C’est même pour arriver à ce résultat que M. Philippe (de Bordeaux) conseille de faire la section musculaire à une certaine distance de la cornée , de manière à conserver un lambeau antérieur assez long pour qu’il puisse se réunir au lambeau postérieur par une substance inodulaire intermédiaire , de telle sorte qu’un muscle trop court soit remplacépar un muscle plus ou moins normalement long. De son côté , M. Guérin attribue à son procédé l’avantage de favoriser la réunion des deux bouts du muscle. « Mes procédés , dit- il , en respectant des parties qu’il est inutile de diviser, laissent à la matière de la cicatrice une route facile , une espèce de canal dans lequel la lymphe plastique et le sang fournis par les deux moignons vont à la rencontre l’une de l'autre,

et établissent la continuité du muscle. » Mais il ne fournit, non plus que M. Philippe , aucune pièce anatomique à l’appui de son assertion. Toutefois une observation de M. Bonnet ( de Lyon ) tendrait à démontrer la possibilité du fait. Dans le cas observé par ce chirurgien , le muscle droit interne n’avait contracté aucune adhérence avec la sclérotique ; on reconnaissait, au bout de sept mois, la trace de la division indiquée par une ligne blanchâtre de tissu fibreux , distante de la sclérotique d’environ 12 à 15 millimètres. Une bandelette blanche, cellulo-fibreuse, de nouvelle formation, ressemblant beaucoup à la gaine capsulaire du muscle , mais en différant par les adhérences solides qu’elle avait contractées au niveau de la plaie avec la conjonctive et avec la sclérotique , réunissait le bout antérieur avec le bout postérieur. L’opération ayant été pratiquée sur les deux yeux, les choses s’étaient passées exactement de la même manière sur l’un et sur l’autre oeil. On a élevé des objections contre cette observation , mais elles ne nous paraissent pas suffisantes pour rejeter définitivement la possibilité d’une réunion entre les deux moignons du muscle à l’aide d’une prolongation tendineuse intermédiaire.

Tout en reconnaissant que généralement le bout postérieur du muscle vient adhérer à la sclérotique à l’aide d’un tissu cellulo-fibreux , M. Velpeau admet cependant aussi qu’une réunion immédiate peut s’établir entre la coupe franchement charnue du muscle et le tissu cellulaire qui tient à la sclérotique. « Il en sera ainsi , dit-il, si l’inflammation a été très vive , et si le bout du muscle coupé s’est trop promptement réappliqué sur le globe de l’œil. » Il aurait rencontré ce cas chez deux sujets dont la plaie

s’était réunie complètement en vingt-quatre heures, et qu’il dut réopérer plus tard. L’explication de M. Velpeau n’a pas été admise par les partisans exclusifs de la première opinion, et ils ont pensé que, dans ces cas, le muscle ayant été incomplètement coupé, la partie qui avait échappé à l’instrument s’était opposée à sa rétraction, et avait forcé les fibres à se consolider sur le lieu même où elles avaient été coupées. C’est, en effet, ainsi que la cicatrisation musculaire a lieu dans les cas de section incomplète.

Ne pourrait-on pas résumer ce chapitre en admettant, avec M. Ammon, que les choses se passent tantôt d’une manière et tantôt de l’autre, suivant que la section a intéressé le muscle ou son tendon : ainsi , que, quand on a coupé le tendon du muscle , il se porte en arrière et s’y insère à la sclérotique ; que , lorsque la division a porté sur la portion charnue, les deux moitiés se rétractent, et qu’alors l’espace intermédiaire se remplit de lymphe plastique, et qu’il se forme un tissu de cicatrice ; enfin que quelquefois la lymphe plastique réunit les deux bords du muscle avec les parties environnantes , ce qui détruit le résultat de l’opération.

Exposons maintenant d’autres phénomènes qui ne sont pas aussi exclusivement que ceux-ci du domaine de l’anatomie pathologique.

1° Nous avons fait déjà remarquer la rareté des accidents inflammatoires à la suite de la section des muscles de l’œil. Dans quelques cas cependant des symptômes graves de ce genre se sont manifestés. On conçoit qu’une opération longue, minutieuse, que des sections profondes, des débridements multiples puissent en favoriser le développement. L’inflammation

peut être superficielle ou profonde ; elle peut se borner à la conjonctive oculaire ou palpébrale , ou pénétrer dans l’orbite, s’accompagner de symptômes de réaction intense, se compliquer d’érvsipèle, etc. Le très petit nombre de cas dans lesquels des accidents de cette nature se sont développés, tout en démontrant l’innocuité générale de l’opération , prouve cependant que le chirurgien doit se tenir en garde, ne négliger aucun moyen prophylactique , et , dès l’apparition des moindres symptômes inquiétants, recourir à un traitement énergique. Grâce à ces précautions , on a pu presque toujours jusqu’à présent triompher de ces accidents. 11 n’y a qu’un petit nombre d’exceptions qu’on pourrait citer. INous avons vu nous-même une jeune fille qui , affectée d’un écoulement vaginal qu’elle nous avait caché, fut prise après l’opération d’une inflammation violente de la conjonctive, avec quelques uns des caractères du phlegmon de l’orbite, et qui faillit perdre l’oeil par suite de cet accident.

2° Un autre phénomène fréquemment observé à la suite de la myotomie oculaire est la formation , à la surface de la plaie, de végétations rouges, fongueuses, plus ou moins saillantes. M. Velpeau les a rencontrées chez les deux tiers de ses opérés. Différentes opinions ont été émises sur leur mode de développement. D’abord on a pensé qu’elles étaient produites par les débris de la partie antérieure du muscle, dont elles auraient été, pour ainsi dire, une sorte d’efflorescence , et l’on faisait remarquer, en faveur de cette idée, que le siège de la fongosité correspond précisément à l’insertion normale du muscle, et qu’elle offre à son centre une portion dure, résistante, qui ne serait autre chose que cette insertion elle-même. Pour d’autres, le point

de départ de cette fongosité est dans la conjonctive, dont les lambeaux, en s’agglomérant et en se boursouflant, formeraient la tumeur. C’est d’après ces idées sur le mode de production de cette végétation, qu’on a conseillé, pour la prévenir, de réséquer le lambeau de la conjonctive et l’extrémité du muscle. M. Velpeau rejette les deux théories précédentes comme dénuées de fondement. Pour lui, la végétation s’établit par le mécanisme suivant : « En même temps , dit-il , que » les bords de la conjonctive et des aponévroses di- » visées se boursouflent, le tissu cellulaire lamelleux » qui tapisse la sclérotique se vascularisé et se ramollit » un peu. Toute la surface traumatique, qui se dégorge » petit à petit, ne tarde pas à se cicatriser de la circon- » férence au centre. Le contact des paupières exerce » une compression permanente sur une grande partie » de cette plaie, en laisse une autre tout à fait libre » au voisinage de la caroncule lacrymale. Les mouve- » ments continuels de l’œil font à leur tour que tout le » tissu cellulaire vascularisable se ramasse en quelque » sorte, repoussé qu’il est par les compressions voisines » derrière la portion droite du bord libre des paupières,

» où il forme le noyau du polype en question. »

Il est difficile de donner une théorie qui puisse être généralisée et s’appliquer à tous les cas. Qu’en incisant la conjonctive le globe oculaire ait été dénudé dans une grande étendue , il en résultera une large surface modulaire, sur laquelle les bourgeons charnus pourront se développer et végéter comme à la surface de toute autre plaie, et la pression des parties voisines, signalée par M. Velpeau , pourra à la rigueur modifier la forme et l’aspect de ces végétations. Mais on conçoit aussi que, dans certains cas, la turgescence

des lambeaux irréguliers de la conjonctive puisse leur donner naissance.

Quoi qu’il en soit, du reste, du mode de production de ces végétations , les unes sont larges et aplaties , d’autres saillantes et pédiculées , quelquefois assez volumineuses pour former une tumeur, sorte de petit polype dont le volume varie depuis celui d’une grosse tête d’épingle jusqu’à celui d’un pois ou d’une petite noisette. Cette tumeur n’a rien de grave par ellemême , elle ne cause aucune souffrance et gêne à peine les mouvements de l’œil, seulement elle entretient à la surface de la plaie et dans les parties voisines un certain degré d’irritation qui retarde la guérison. La durée de ces végétations est indéterminée ; celles qui sont larges et aplaties finissent souvent par s’affaisser et disparaître complètement ; celles qui sont au contraire saillantes et rétrécies à leur base se pédiculent de plus en plus et finiraient sans doute par se détacher, si l’art n’intervenait pour en débarrasser le malade. Tout le monde, d’ailleurs, est d’accord sur le procédé à appliquer pour les réprimer , c’est-à-dire l’excision. Rien de plus simple que de saisir la végétation avec des pinces et de l’emporter avec des ciseaux courbes sur le plat. M. Velpeau conseille d’attendre, pour faire cette opération, que la tumeur se soit pédiculée. 11 est plus facile ainsi de l’enlever d’un seul coup de ciseaux, et l’on est moins exposé à la voir récidiver. Les caustiques et les astringents ne devraient être employés que chez des malades pusillanimes. Mais ces moyens sont bien moins sûrs que l’excision; ils trouveraient plutôt leur application dans le cas où il s’agit moins d’une végétation que d’un simple boursouflement de la membrane muqueuse.

Accidents de la myotomie oculaire. — Sous ce nom nous allons décrire des phénomènes moins constants que les précédents, et qui peuvent , les uns entraver la marche régulière de la manoeuvre opératoire, et les autres compromettre le succès de l’opération. Mais nous nous bornerons à décrire ici ceux qui peuvent seuls survenir à la suite de toute section, quel que soit d’ailleurs le muscle sur lequel on la pratique , et quelle que soit la maladie de l’œil contre laquelle on dirige l’opération. Ce sont :

1° L’hémorrhagie;

2° La névralgie péri-orbitaire ;

3° La saillie du globe de l’œil ou exophthalmie ;

4° L’immobilité et la fixité de l’œil ;

5° La diplopie.

Quant à l’écartement des paupières, à l’enfoncement du grand angle de l’œil, comme ils ne s’observent que lorsque la section a été faite sur le droit interne, et par certaines méthodes seulement, nous les décrirons en traitant de la section de ce muscle.

Et quant au redressement incomplet de l’œil et à sa déviation en sens inverse consécutive à une première opération, comme on ne les observe que lorsque l’opération est dirigée contre le strabisme, c’est en traitant de cette indication de la myotomie oculaire que nous les décrirons.

1° De V hémorrhagie.

L’écoulement du sang a toujours lieu pendant l’opération qu’on pratique sur les muscles de l’œil , car des vaisseaux se trouvent en plus ou moins grand nombre dans l’épaisseur des tissus qu’on divise. Si cet écoule-

ment est le plus ordinairement insignifiant, il est d’autres cas où il détermine un véritable accident en se montrant tantôt sous forme d’ecchymose, tantôt sous forme de thrombus.

Quelquefois, en effet, il se forme dans le tissu cellulaire sous-conjonctival une ecchymose plus ou moins prononcée, tantôt bornée au voisinage de la plaie, tantôt étendue jusqu’à la cornée , autour de laquelle elle détermine la formation d’un bourrelet assez saillant. C’est surtout quand il a fallu attaquer les muscles supérieur et inférieur que ce dernier cas peut se présenter. Cet accident, d’ailleurs, n’a rien de grave : l’ecchymose se dissipe graduellement, sans déterminer de suites fâcheuses, et sans qu’il soit nécessaire de recourir à une médication spéciale. D’autres fois, c’est un thrombus qui se fait à la partie inférieure de l’œil, au-dessous de l’aponévrose sous-conjonctivale. Nous avons vu plus haut que l’incision horizontale de M. Lucien Boyer et le procédé sous-conjonctival de M. Guérin exposent plus particulièrement à cet accident. M. Boyer conseille, pour y remédier, de soulever la conjonctive sur l’extrémité d’un crochet mousse introduit par la plaie supérieure, et de faire une contre-ouverture inférieure pour donner issue au sang épanché ; on diminue ainsi la durée et l’intensité de l’épanchement sanguin.

Il arrive aussi quelquefois que l’écoulement du sang ne revêt pas les formes de l’ecchymose ou du thrombus , mais constitue une véritable hémorrhagie au dehors et par l’orifice de la plaie. Cet accident, quand il a lieu, se produit au moment même de l’opération et se continue après elle. 11 n’offre ordinairement, non plus, aucune gravité, et cède facilement à l’emploi

de moyens simples, la glace, les applications froides et astringentes , une compression légère. Le journal anglais The Lancet cite cependant un cas dans lequel un chirurgien , pour remédier à une semblable hémorrhagie consécutive à une opération de strabisme, mais qui semblait , par son abondance , devoir épuiser son malade, eut recours à la transfusion, moyen extrême qui réussit , mais de l’opportunité duquel il peut être permis de douter. Ce fait ^ néanmoins , tend à prouver la possibilité d’une hémorrhagie sérieuse.

2° Névralgie péri- orbitaire.

Nous ne connaissons , jusqu’à ce jour, qu’un seul cas de névralgie sus-orbitaire. Il est consigné dans l’ouvrage de M. Dufresse-Chassaigne , qui l’observa à la suite de la section des muscles droits externe supérieur et inférieur. Cet accident est-il arrivé dans la pratique d’autres chirurgiens? Nous l’ignorons. Mais il n’est pas impossible qu’il se soit développé à la suite de la section d’un seul des muscles de l’œil , surtout si elle a été mal exécutée. Mais dans le cas cité plus haut, il paraît devoir être attribué à la section simultanée de trois muscles de l’œil, opération qui ne se fait plus aujourd’hui.

3° Exophthalmie.

L’exophthalmie est un accident assez fréquent à la suite de l’opération du strabisme. Le mécanisme de sa production est facile à comprendre. Par la section d’un ou de plusieurs muscles droits, la puissance qui tend à tirer l’œil vers le fond de l’orbite se trouvant

diminuée , celle des muscles obliques viendra à prédominer et à projeter le globe oculaire en avant. Suivant M. Magendie, la forme conique de l’orbite favoriserait encore cette action.

La saillie de l’œil se montre à deux degrés différents. Quelquefois elle est assez grande pour constituer une véritable buphthalmie. Elle est en rapport avec l’étendue des débridements et le nombre des sections musculaires. Aussi est-ce avec raison que, pour l’éviter, M. Bonnet bannit les sections multiples des muscles droits, et conseille de se contenter du résultat, quelque imparfait qu'il soit, qui peut suivre la division d’un seul de ces organes.

Pour prévenir cet accident, dans les cas où plusieurs des attaches musculaires de l’œil ont dù être coupées, Dieffenbach recommande l’occlusion des paupières jusqu’au recollement des parties et une compression modérée sur ces voiles ; il pense qu’on peut ainsi non seulement prévenir l’augmentation du mal , mais encore ramener l’organe à sa position naturelle, et il dit avoir obtenu cet heureux résultat chez plusieurs malades. — Si ce moyen a été infructueux , ou bien si l’exophthalmie s’est établie peu à peu après l’opération, ce chirurgien conseille de réséquer à différentes reprises des lambeaux de conjonctive sur la moitié interne du pourtour du bulbe, en se servant pour cette opération d’une pince-érigne déliée et de ciseaux courbes sur le plat. Tous les huit jours environ , on retranchera un repli conjonctival de plusieurs lignes de longueur, et, après la réunion de la plaie , on la touchera avec un crayon de nitrate d’argent, pour fortifier les brides inodulaires.

C’est dans le même but que M. Fl. Cunier {Ann.

d'oculist . , t. VI, p. 96) conseille l’excision et la suture de la conjonctive. A l’aide de deux crochets-érignes, il forme, entre la cicatrice et l’angle interne de l’œil, un pli vertical d’une étendue proportionnelle à la saillie, en y comprenant autant que possible la conjonctive et le fascia sous-jacent. 11 excise ce pli, et, si la membrane fibreuse n’a pas été atteinte par la section, il la soulève avec des pinces et en enlève une partie d’un coup de ciseaux. Deux points de suture sont appliqués; la perte de substance produite dans la conjonctive et dans le tissu fibreux sous-jacent détermine un raccourcissement et une adhérence intime avec le globe oculaire , qui ont pour effet de faire cesser la proéminence de celui-ci et de ramener en même temps la caroncule à sa place.

La suture appliquée, non plus à la conjonctive, mais aux paupières, a été proposée par MM. Rognetta, Baudens, Guérin, dans le but également de combattre cette saillie du globe de l’œil et l’écartement des paupières qui raccompagne. Le procédé de M. Baudens consiste à faire un pli à la peau dans le grand angle et à quelque distance de la muqueuse pour respecter les points lacrymaux, et àl’exciser avec des ciseaux courbes. On doit prolonger cette incision un peu plus en dehors sur la paupière inférieure que sur la supérieure. Quand on s’est assuré que la dénudation cutanée est suffisante, on réunit dans l’angle interne les paupières supérieure et inférieure par trois points de suture, dont l’externe doit comprendre un peu plus de peau que les deux autres.

Tous ces moyens, il faut le dire, ont en général peu d’efficacité et ne sont peut-être pas à l’abri de tout reproche. La compression, le plus innocent de tous,

peut être tentée , mais elle ne nous semble pas offrir de grandes chances de succès. La suture de la conjonctive est une opération délicate, minutieuse, qui nous semble, si la réunion ne se fait pas, devoir augmenter l’enfoncement de la caroncule, et, dans les cas où elle aurait lieu, ne pas avoir une influence bien grande pour obvier à une saillie considérable de l’œil. Quant à la suture palpébrale, elle peut d’abord ne pas réussir, et de plus elle a pour résultat à peu près certain d’obvier à une difformité par une autre qui n’est guère moins désagréable.

lx° Immobilité et fixité du globe de l’œil.

Si dans un grand nombre de cas heureux, la cicatrice musculaire se fait de manière que l’œil recouvre, après l’opération , une mobilité complète , il en est d’autres encore assez fréquents , où l’on observe une diminution plus ou moins grande dans les mouvements de l’organe, et d’autres enfin, plus rares, dans lesquels l’opéré ne peut tourner son œil du côté où a été faite la section. Il y a plus : quand plusieurs muscles ont été coupés , l’œil pourra rester tout à fait immobile au centre de l’orbite, sans pouvoir être dirigé en aucun sens. Lorsque cette immobilité existe dans les deux yeux, et qu’elle est un peu prononcée, l’expression de la face offre quelque chose qui n’est pas naturel. Pour regarder les objets, l’opéré est obligé de tourner la tête à droite ou à gauche. Quand l’immobilité n’existe que d’un côté , il en résulte une discordance dont l’effet n’est pas moins désagréable : en effet, lorsque le sujet vient à diriger sa vue vers quelque l. 12

objet, les deux yeux ne marchent pas ensemble, le regard semble indécis et n’est arrêté sur rien.

La fixité de l’œil est surtout prononcée dans les cas où l’on a dû couper plusieurs muscles à la fois. Mais elle est généralement très légère et finit même par disparaître presque entièrement, quand un seul muscle a été sectionné.

Ici encore, il est plus facile à la chirurgie de chercher à prévenir cet accident que de le combattre quand il est arrivé.

C’est ici encore le cas de conseiller d’être sobre des incisions multiples, des débridements étendus. M. Velpeau recommande en outre de ne permettre à l’œil opéré que des mouvements légers pendant les premiers jours et de le couvrir pour l’empêcher de se porter dans le sens opposé au muscle tranché. Mais ces moyens sont bien insuffisants pour prévenir l’accident ou le combattre pour peu qu’il soit développé. Du reste nous dirons que le chirurgien doit beaucoup attendre ici du temps et de l’exercice de l’œil affecté.

5° Diplopie.

La diplopie ou vue double a été observée chez un bon nombre d’individus, qui, avant l’opération, n’en étaient pas affectés. Elle se montre , en général , aussitôt après elle. Tantôt , et c’est le cas le plus ordinaire, elle n’est que temporaire. Elle diminue graduellement à mesure que les deux yeux s’harmonisent , et elle finit, au moyen de l’exercice de la vue, par disparaître complètement dans un espace de temps qui ne dépasse guère une ou deux années. D’autres fois , au

contraire, elle persiste ; ordinairement alors c’est parce que le parallélisme des deux yeux n’a pas été obtenu par l’opération, soit que la difformité primitive ait persisté à un certain degré, soit qu’une déviation en sens inverse se soit produite. Dans le cas où un redressement complet a eu lieu, elle peut encore cependant se montrer momentanément, quand l’œil opéré, en se tournant trop en dehors ou en dedans , en haut ou en bas , cesse d’être en rapport avec la direction de son congénère. M. Velpeau a même rencontré des opérés chez lesquels, malgré la direction tout à fait parallèle des deux yeux, la diplopie se maintenait lorsqu’ils regardaient directement devant eux. Selon M. L. Boyer, l’exophthalmie seule, sans déviation, pourrait produire la diplopie. En effet , il a rencontré des personnes dont l’œil opéré était devenu direct, tout en conservant sa mobilité, mais était plus ou moins saillant, et chez lesquelles, quelle que fut la direction du regard , la vue double existait.

Il n’y a pas à s’inquiéter de la diplopie , sauf le cas où elle coïncide avec une déviation de l’œil. En cherchant à rétablir par une seconde opération le parallélisme, on peut espérer de faire cesser cet accident. M. Bonnet a tenté cette opération avec succès dans trois cas , et la diplopie qui coïncidait avec un léger strabisme externe consécutif a disparu sous l’influence de la section du muscle abducteur.

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