CHAPITRE PREMIER
Diverses interventions sur l'utérus pendant
la grossesse
La question d'intervention pendant la grossesse se pose, en effet, dans certains cas de cancer du col, d’affection du ligament large ou de tumeur du corps même de l'utérus, telles que des myomes ou des fibromes.Ce sont ces dernières tumeurs qui donnent lieu au plus grand nombre d'interventions.
Les fibromes de l’utérus sont extrèmement fréquents, puisque d’après nos classiques, un cinquième des femmes en présenterait après l'âge de 35 ans. Leur rôle, au point de vue de la stérilité est assurément très obscur; mais s’il est indéniable que les femmes qui en sont atteintes ont moins d'enfants, il n’en est pas moins cer-
tain qu'un grand nombre d’entre elles peuvent devenir enceintes.
Or, on sait le danger qu'il y a pour une femme atteinte de fibromes à devenir enceinte. La gravidité active généralement l'accroissement de tumeurs utérines. Dans beaucoup de cas, il arrive un moment où la compression des organes abdominaux thoraciques devient telle que le chirurgien se voit forcé de provoquer l'avortement ou d'enlever la tumeur.
Parfois, il est vrai, le fibrome se ramollit pendant la grossesse, se laisse aplatir, si bien que le fœtus se développe, arrive à terme, et que l’accouchement se fait sans accidents.
Mais, malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi (1). Les fibromes siégeant sur le segment inférieur de l'utérus peuvent s’enclaver dans le petit bassin, et rétrécir tellement le passage que l’accouchement ne se fera qu’au prix d’une opération obstétricale assez grave dans laquelle il faudra presque toujours sacrifier l’enfant. |
D'autres fois, et c’est peut-être le cas le plus fréquent, l'utérus gèné dans son involution ne peut se développer suffisamment et un avortement a lieu : avortement toujours dangereux, car dans ces cas on observe de fortes hémorragies ;et si le placenta est inséré dans la région du fibrome,cette hémorragie est presque toujours mortelle.
Les auteurs donnent fort peu d'indications sur la
(1) Routier. Ann. de gyn. No 33, p. 160.
NT
conduite à suivre en pareil cas. Charpentier (1), Auvard (2), Labadie-Lagrave et Legueu (3), Boiffin (4), etc. étudient bien comme Gusserow (5), Spencer Wells (6) les rapports réciproques des fibromes et de la grossesse, mais ces auteurs insistent peu sur les indications des divers traitements.
Un des travaux les plus récents à ce sujet est une communication de Kieffer à la Société obstétricale de France (7). Ilyenvisagetrèssoigneusementles différentes éventualités auxquelles peut donner lieu lacomplication de la grossesse par des fihromes: risques d’avortement, d'hémorragie, d'accouchement prématuré, de positions vicieuses de l'enfant, de placenta prævia, etc., etc.
Ce n’est pas ici le cas d'étudier l'influence de la grossesse sur les fibromes ou inversement. Cependant on peut prévoir déjà la nécessité opératoire qui résultera de chacune de ces complications et l'embarras dans lequel se trouve parfois le chirurgien.
Attendre, c'est compromettre la mère et souvent même l'enfant.
De plus, les statistiques de Lefour (1), de Tarnier, de Süsserott montrent la gravité de l'accouchement en pareil cas, même lorsqu'il a été facilité par le forceps ou la version.
(1) Traité d’accouchements.
2) Traité) de gynécologies.
De 8 3) Traité médico-chir. de gyn.
(4) Tumeurs fibreuses de Putérus.
(5) Deutsche Chirurgie.
(6) Tumeurs de l'ovaire et de l'utérus.
(7) Session tenue du 22 au 24 avril 1897.