EXPLICATION DES PHÉNOMÈNES MÉTALLOSCOPIQUES
Pour bien faire comprendre comment les choses se passent en métalloscopie et différencier les divers phénomènes, à l'aller (métalliques) et au retour, nous avons aimé souvent à nous servir de l’image d’une échelle double pourvue d’un même nombre d’échelons des deux côtés, sur laquelle nous faisions évoluer les hystériques, les droitières du battant de droite sur le battant de gauche, et les gauchères du battant de gauche sur le battant de droite, puis à l’inverse. Mais voici une autre conception qui nous paraît tout à fait démonstrative.
Imaginons une de ces romaines du commerce, dites pesons, mais, au lieu de l’index à plateau que l'on sait, appliquons à l’instrument un cadran partagé verticalement en deux moitiés latérales semblables, zébrées symétriquement, l’une et 1 autre, d’un certain nombre de zones ou secteurs égaux, disons 12 de chaque côté, teintés progressivement, du haut en bas, depuis le blanc d’argent jusqu’au noir d’ivoire le plus sombre, et chiffrés de I à XII à droite et de 1 à 12 à gauche.
Traçons sur le cadran un rectangle qui en livise les bords en quatre segments égaux, formant comme quatre départements distincts, composés chacun de six secteurs, en correspondance au milieu avec les quatre points cardinaux. Inscrivons dans le segment Nord les mots sensibilité et motilité normales, dans le segment Sud les mots anesthésie et parésie, dans les segments Est et Ouest ceux à^analgésie et
à' amyouthénie et sur les confins du Sud-Est et du Sud-Ouest celui do dysesthésie.
Nous apjjellerons R le ressort, G le cadran, A l’aiguille et S le crochet de suspension de la charge.
Dans l’état normal, tout va bien. R étant convenablement tendu, A oscille bien en son orient, c’est-à-dire au point d’intersection des secteurs I et 1. Mais, survienne une cause quelconque qui détende R, aussitôt A de descendre à droite d’une quantité correspondante. Supposons-la arrêtée sur le secteur X. Tirons sur S avec lenteur, qu’arrivera-t-il ?
1er temps. A remontera vers son orient en passant successivement sur la ligne de la dysesthésie, sur les différents secteurs du département de C analgésie et de V amyosthénie, sur les secteurs III, II et I de la sensibilité et de la motilité.
2e temps. A redescendra à gauche en suivant, par rapport aux différents secteurs, un chemin absolument inverse. Elle passera donc du département de la sensibilité et de la motilité normales où elle était arrivée, dans celui de l’anaZ^^este et de V amyosthénie et de ce dernier dans le département de V anesthésie et de la joaresic, mais non sans avoir passé à nouveau par la ligne intermédiaire de la dysesthésie, et si la tension est assez forte, elle pourra descendre plus bas encore qu’elle n’était partie, atteindre le lie secteur ou même le 12’. A y restera tout le temps que l’on continuera la tension de R, en décrivant quelques oscillations si la main qui tire est elle -même hésitante.
Cessons peu à peu la tension de R, et nous aurons le retour de A vers son point de départ primitif, en deux temps absolument semblables aux deux premiers. Seulement A, au lieu de redescendre cette fois à droite jusqu’au secteur pourra s’arrêter au IX, > ou même plus haut, suivant que la tension aura été plus grande et aura duré plus longtemps, c est à-dire que R aura acquis plus de bande.
Il va de soi ces trois choses : La première, que si une cause quelconque a plus ou moins immobilisé les spires de R dans leur gaine, A pourra n’accomplir qu’un seul temps, ne pas franchir plus d’un secteur ou deux, ou même ne pas bouger du tout, quelle que soit d’ailleurs la force déployée, si toutes les spires sont condamnées ; la seconde, qu’d en sera absolument
de même si la traction exercée sur R n’est point en proportion de sa résistance à se laisser tendre jusqu’au bout ; et la troisième, que si, au moment où la main tire sur S, un obstacle insurmontable, une tablètte d’arrêt, par exemple, placée sous elle, vient à arrêter la tension, tout aussitôt A cessera de tourner, restera à son point d’arrivée et ne témoignera plus de la persistance de l’effort que par quelques oscillations.
Eh bien, substituons par la pensée à R un bras frappé d’anesthésie et d’amyosthénie, à la main qui tirait un métal actif M, et nous aurons, pour les deux premiers temps les phénomènes dits métalliques, pour les deux autres ceux dits de retour et, finalement, un bénéfice en rapport avec la force et la durée d’action de M sur les nerfs sensitifs et moteurs.
Mais ; lo si nous sommes en présence d’une aptitude métallique dissimulée le premier temps, ou une portion de ce temps, pourra seulement s’accomplir, la sensibilité pourra rester, par exemple, dans l’analgésie ou même dans la dysesthésie, et si la dissimulation est à son comble, nous n’aurons pas le moindre effet, quelle que soit d’ailleurs l’action de M.
2° Si M n’est qu’une sous-caractéristique de l’idiosyncrasie, nous n’aurons encore que des effets partiels.
3o Si sur M on applique une plaque d’arrêt N, les phénomènes acquis en ce moment seront immobilisés tels quels.
Allons maintenant plus loin. Reprenons notre image du peson, mais formé d’une paire de ressorts foulants solidaires, et non plus d’un seul, montés parallèlement, l’un, D, à droite et 1 autre, G, à gauche de A, dans une gaîne distincte, et tendus de façon à représenter les deiix plateaux d’une balance chargés, chacun, d’une tare égale. Supposons, qu’au moyen de dispositions faciles à concevoir, on ait arrangé les choses de façon qu’on puisse agir séparément, à volonté, sur D ou sur G. La tendon ou la distension de l’un des ressorts ne pouvant être faite sans que tout aussitôt il ne s’opère sur l’autre ressort un effet absolument inverse, ou, en d’autres termes, sans que G perde ou gagne tout juste ce que D gagne ou perd et réciproquement, on aura aussi une idée assez exacte de ce qui se passe dans le phénomène dénommé transfert. Ce nom fut, a son origine, 1 objet d’une vive critique de la part de M. Bri-
quet. Nous sommes nous-même très loin de le trouver irréprochable, mais nos raisons sont autres que celles invoquées par l’ancien médecin de la Charité. Pour ces raisons, faciles àdéduiredece qui précède, nous aurions, nous, préféré l’expression de balancement à celle de transfert, qui a le double inconvénient d’impliquer une idée fausse et de faire croire, à priori^ que les applications métalliques sont inutiles.