HISTORIQUE
Nombre de ceux qui ont étudié de près les phénomènes magnétiques n’ont point pu ne pas observer ce fait, tant il est commun, à savoir ; Que dans l’état somnambulique les sujets magnétisés appréhendent beaucoup le contact de certains métaux, et prennent plaisir au contraire à en manier certains autres.
M. le professeur Charcot, dans une leçon magistrale sur la métalloscopie et sur la métallothérapie publiée, in-extenso, T^Siv \SL Gazette des Hôpitaux, 7, 12 et 14 mars] 1878, à laquelle nous ferons plus d’un emprunt au cours de ce travail, a cité, d’après un auteur allemand, Witchmann, le cas d’une hystérique chez laquelle les convulsions et les contractures étaient calmées instantanément par Tapplication d’objets en fer.
Mais, Witchmann ayant fait remarquer que son observation datait de 1769 « époque à laquelle, dit-il, il n’était point encore parlé du mesmérisme», il ne saurait être question, dans l’espèce, de l’action du fer sur l’état mesmérique.
Mesmer qui, on le sait, débuta par les aimants qu il tenait du P. Hell, a-t-il eu connaissance de l’influence des métaux sur les sujets magnétisés ? On pourrait le croire d’après le fréquent usage qu’il faisait des tiges métalliques, soit pour composer ses baquets, soit pour toucher les malades durant la crise magnétique.
Ces tiges étaient ordinairement en fer, mais il y en avait qui étaient faites d un autre métal, cela ressort des passages suivants que nous empruntons à l’article de Virey sur le magnétisme dans le tome 29 du Grand Dictionnaire.
« L’on touche aussi avec avantage au moyen d’un conducteur, qui est une baguette de dix à quinze pouces, soit de verre soit d'acier, argent, d'or, etc...
« Quelques personnes ont employé des tracteurs ou tiges,
soit de verre, soit de métal comme l’acier, mais non de enivre, dont l’odeur déplaît...
« Une autre somnambule avait de l’antipathie pour les métaux. »
Seulement ni Mesmer ni ses disciples ne se sont expliqués nulle part, que nous sachions, a’une manière catégorique à ce sujet, et il ne pouvait guère en être autrement par cette double raison que, pour Mesmer, le fluide magnétique devait suffire à tout, et que le somnambulisme magnétique, où s’observent surtout les répulsions et les attractions métalliques, ne fut découvert que plus tard par de Puységur.
Dans une communication faite, l’an dernier, à la Société de Biologie touchant les antériorités de la métallothérapie, Tun de ses honorables membres, le docteur Ch. Richet, en a cité une empruntée aux Archives de physiologie du docteur John- Christ Reil, de Halle. Elle figure dans le t. VI, année 1805, sous la rubrique : Observations sur le magnétisme animal et sur le somnambulisme par F. Fischer.
L’obligeance de M. Richet nous a permis de remonter à la source de ses citations, et voici tout ce que y avons trouvé.
Il s’agit d’un malade traité par le magnétisme pour des attaques, dites d’épilepsie mais qui, comme on va pouvoir en juger, eussent été qualifiées autrement si Fischer avait été plus qu’un simple magnétiseur, ou si, à son époque, on eût su davantage que l’hystérie peut aussi exister chez l’homme.
c( Le malade que j avais à traiter, dit Fischer, était un jeune homme de 20 ans, de faible constitution, qui, dans l’année 1802, contracta après un vif chagrin des attaques d’épilepsie, sans perte de connaissance, qui alternaient avec des battements et des crampes au cœur.
«Ces attaques étaient pressenties par la répulsion très violente qu’éprouvait le malade pour tout métal. Dans son état ordinaire, il était très sensible à toute influence métallique, de manière qu’il ne pouvait passer sur une grande masse de métal, surtout du cuivre, sans en ressentir dans tout le corps un sentiment désagréable indescriptible. Cette répulsion à
l’égard des métaux il la manifestait aussi dans ses attaques. Le soufre exerçait, au contraire, sur lui une grande attraction, fait qui a été souvent constaté. Outre ses attaques, il avait souvent la nuit des accès de somnambulisme. Ce malade avait été magnétisé déjà par un de ses amis, qui l’avait debarrassé pour plus d’un mois de ses attaques par ce traitement.
« Au mois de mai 1803, je fus prié de le magnétiser de nouveau, et ce qui suit est le résultat des observations principales que j’ai eu occasion de faire dans le courant d’une demi-année.
« J’arrivai à obtenir le sommeil en 3 secondes. — Crainte des métaux dans le sommeil.... Aussitôt qu’on portait de ces derniers dans son voisinage, et surtout qu’on le touchait avec, il devenait inquiet et avait des convulsions. Les sons métalliques, les battements des cloches qui arrivaient jusqu’à lui l’impressionnaient désagréablement, quoiqu’il ne pût les entendre.
« Parmi les influences métalliques, j’ai noté les suivantes : Tous les métaux avaient, pour la plupart, une influence répulsive,même à une distance de quelques pouces. L’or, le cuivre et le zinc étaient ceux qui l’affectaient le plus. Il distinguait chaque métal à part par une sensation spéciale.
« L’argent opérait d’une manière insupportable, comme s’il l’avait coupé ou piqué. Il tolérait plus facilement le fer ; l’acier lui pesait encore moins. Ce métal, manipulé par moi, lui paraissait chaud, rouge. Tous les oxydes de métaux l’oppressaient. Le plus insupportable pour lui était l’oxyde de magnésium. Les acides cristallisés excitaient chez lui le même sentiment désagréable. Les sels métalliques lui étaient indifférents au toucher.
« L’écorce de quinquina, il ne pouvait pas la tenir longtemps dans la main à cause de la douleur piquante qu elle y déterminait. L’opium, il le confondait toujours avec l'argent. Le contact du verre lui causait des coups électriques. Il aimait à toucher la résine. Il saisissait avidemment le soufre, il le sentait déjà à distance et se montrait heureux de le posséder. »
« Les influences métalliques ont été probablement remarquées par d'autres, dit Fischer, au cours de son observation. »
Un ancien médecin des eaux d’Aix, en Savoie, le baron Despine, s’est avancé un peu plus avant dans le sujet auquel avait touché Fischer. Les faits qu’il avait observés ont été consignés dans un livre publié en 1838, à Annecy sous le titre : a. Obier vat ions de médecine pratique à Aix-les-Bains. » D’honorables confrères, MM. F. Despine, neveu, et Monard, les ont rappelés, le premier dans une lettre publiée par la Gazette médicale du 30 juin 1877, sous la rubrique : De l’action des métaux sur les hystériques mises en état de somnambulisme; et le deuxième dans un long mémoire — La Métallothérapie en 1820 — qui a paru quelque temps après dans le Lyon Médical. Ici nous étions sommé en bonne et due forme par M. Monard d’avoir à reconnaître :
« Que, dès 1820, A. Despine avait posé les premières bases de la Métallothérapie; que la découverte de Vidée mère lui appartient, quilnen avait iynoré rien essentiel; qu'il n'est pas jusqu'au phénomène du transfert qu'il n'ait reconnu, et qu' enfin le Burquisme n'est que sa doctrine régénérée et perfectionnée.i* Nous avons répondu à ces revendications, aussi étranges qu'inattendues, de façon, nous l’espérions, à en faire bonne justice. Mais, comme les assertions de M. Monard surtout paraissent cependant avoir gardé quelque crédit, et que ses dires ne tendent rien moins qu’à accuser la Société de Biologie de ne point avoir fait à Despine la part qui lui revenait, il ne sera point inutile d’y revenir à cette place.
A partir de 1820, A. Despine se met à étudier le magnétisme animal. Il magnétise des hystériques, il les endort et bientôt il remarque que ces malades, une fois en crise, ont « une appétence singulière pour l'or le plus pur », appétence qu elles manifestent par des applications de ce métal, qu’elles se plaisent à se faire spontanément, sous la forme de pièces de monnaie, d’une montre ou de bijoux divers, et des répulsions non moins grandes pour tous les autres métaux toutes les fois qu il leur arrive d’en toucher par inadvertance. Il suffit cependant que l’or se trouve en contact avec du fer pour qu’il produise lui-même de semblables effets répulsifs.
Despine interroge ses sujets sur ces attractions et répulsions
et elles lui eu donnent pour motif : « que les applications d’or les soulagent, leur font du bien, tandis que les autres, celles du cuivre en particulier, les enraidissent, leur font mal. » Après cela Despine se met à appliquer à son tour différents métaux dans l’état somnambulique, et dans cet état exclusivement, et il arrive, en somme, à constater, nous citons presque textuellement : que l’application de l’or, et de l’or seulement, calme toujours des douleurs violentes au synciput et fait cess3r le trismus des mâchoires ou des raideurs produites par les passes magnétiques, et qu’il soulage en raison directe de sa pureté, de sa masse et de son étendue ; « qu’une pièce d’or appliquée chez une paraplégique sur les gros troncs nerveux d’un des membres paralysés augmente la force locomotrice de ce membre..., qu’une montre en or pendue au cou donne plus de force et de vitalité dans leurs mouvements à Micheline, Annette et Estelle, mais à la condition d’être suspendue par une chaîne d’or ou par un ruban de fil, et non de soie qui brûle, et de ne point s’arrêter, car alors les mouvements des membres s’arrêtent aussi, et parfois les malades tombent en faiblesse ; » — « que le cuivre et les autres métaux, au contraire, enraidissent, fatiguent, brûlent comme du feu, particulièrement lorsqu’ils sont deux à deux, ce qui fait que quels que soient leur forme et leur brillant ou valeur apparente (comme celle du chrysocale), les malades les rejettent tout aussitôt qu’elles en ont été touchées. »
Tous ces faits, A. Despine les rattache à l’électro-galvanisme,et il reste bien convaincu : « que la puissance d’action des métaux est en concordance parfaite — non point avec l’idiosyncrasie du sujet, il l’ignore — mais avec la série établie par les physiciens Avogardo et Michelotti par rapport à leur capacité ou puissance galvanique, série dans laquelle l’or et, tout près de lui, le platine occupent l’extrême négatif, le zinc l’extrême positif,» etle fer est placé seulement vers le milieu et à la suite du cuivre.
Voulant expliquer pourquoi une montre d’or qui cesse de battre fait tomber les malades en faiblesse, Despine dit : « Une montre est un système de mouvement composé de divers métaux. Ce système marche-t-il? Aussitôt il en
résulte, par suite des frottements (quel gros mot en horlogerie !) qui ont lieu, une puissance galvanique bien plus marquée que quand la montre est en repos et, par suite, des effets sensibles sur des malades en crise, dont l’impressionnabilité est cent fois plus grande que dans l’état ordinaire. »
Quant au phénomène qui tient ici la première place, l’action du métal sur la sensibilité cutanée, Despine n'en dit rien. Des lois ? Il en promet, mais il n’en trace aucune. De métallothérapie interne, de la loi si féconde en applications thérapeutiques sur laquelle est basée la métalloscopie,qui permet de conclure de l’action externe d’un métal à son action interne et réciproquement? Bien entendu, pas un mot; et, ce qui est étrange, pas une fois il ne vient même à la pensée de Despine d'essayer l’or en dehors de l’état magnétique, ne fût-ce qu’à titre de simple curiosité!...
En somme, des explications souvent enfantines ; une prétendue loi de concordance entre l’action des métaux et leur puissance galvanique, loi erronnée, s’il en fut, car d’après elle le platine, dont la place est au bas de l’échelle métalloscopique, en occuperait le sommet tout à côté de l’or, qui, luimême, ne vient que bien après le cuivre iet surtout le fer, lequel, d’après la loi, ne serait que vers le milieu, tandis qu il tient la tete ; .. .d’autre part, une métallothérapie monocorde, toujours de l’or, toujours de l’or, si tant est qu’on puisse donner ce nom à l’application de ce métal exclusivement dans l’état magnétique, qui ne fut point marquée par une seule guérison et qui, même, n’en visa jamais aucune, métallothérapie fausse, d’ailleurs, en ce sens, nous l’avons démontré dans le Lyon Médical, que c’était le cuivre allié à l’or, et non i’or lui-même, qui agissait dans ses applications ; voilà tout ce que Despine a ajouté aux observations de Fischer et d’autres précurseurs , voilà l’antériorité que MM. Despine (neveu) et Monard ont prétendu nous opposer, voilà ce que nous fûmes sommé d’avoir à reconnaître comme 1 idée mère qui, très vraisemblablement , cela se ht entre les lignes, nous avait guidé dans nos recherches !
Peut-etre avons-nous insisté un peu plus que de raison.
mais d’honorables confrères s’y étant laissé prendre jusqu’à écrire « que Despine avait entrevu la métallothérapie » , nous ne pouvions faire moins.
Maintenant que nous avons préparé le terrain et fait la part du passé ; maintenant que nous croyons nous être mis suffisamment à l’abri du reproche soit de pécher par trop de précipitation, puisque nos observations remontent au delà de trente années, soit de combattre pro aris et /ods, puisque, à partir de l’année 1856, époque à laquelle, ayant appris tout ce que nous désirions savoir, nous ne touchâmes plus personnellement à un sujet magnétique; maintenant enfin que, grâce à l’initiative prise par la Société de Biologie, les faits qui relèvent de la métallothérapie sont suffisamment acquis pour que nous n’ayons plus à redouter de les voir rejetés à cause de leur origine et parenté, nous pouvons dévoiler sans en rien cacher le secret de la naissance du Burquisme. Puisse cette révélation être une leçon salutaire contre les préjugés et préventions et montrer, une fois de plus , que dans le domaine des sciences, dites occaZtes^ il peut fort bien exister des choses qui valent un peu mieux que les sarcasmes ou les dédains de ceux dont les yeux ne surent point en percer les ténèbres!
Seulement, comme notre sujet embrasse une période d’études qui ne compte pas moins de dix années, nous serons obligé de beaucoup l’écourter et de le scinder en un certain nombre de communications dont nous arrêtons ici la première.
De l’action externe des métaux dans Tétât mesmérique
PREMIÈRES OBSERVATIONS SUR LEURS PROPRIÉTÉS ESTHÉSIOGBNBS DYNAMOGÈNES ET ANTISPASMODIQUES
Découverte des propriétés antimagnétiques dn cuivre
Le 5 avril dernier, il se passait à l'hôpital de la Pitié, devant un nombreux auditoire, le fait suivant.
G... est hypnotisée par M. Dumontpallier. Après une série d expériences, la malade est mise en somnambulisme. M. Dumontpallier lui ordonne de quitter le laboratoire, où se tenait la séance, et de se rendre à son lit. G... obéit, marche droit devant elle, bien que ses paupières soient hermétiquement closes, arrive à une porte qui est fermée, en saisit le bouton et tout aussitôt elle pousse un grand cri. Ce bouton était en cuivre !...
La métallothérapie est partie d’un fait semblable. Ce fait tient trop de place dans son histoire pour qu’il n’y ait point intérêt a faire connaître d’abord les circonstances dans lesquelles Il se produisit.
Vers la fin de l’année 1847, il entrait à l’hôpital Beaujon, ans le service de Robert, une certaine Clémentine X... Cette malade avait une affection qui n’était rien moins que du doame e la chirurgie X... était atteinte d’une phthisie très avancée, greffée sur de l’hystérie, — mais elle était douée de rares aptitudes magnétiques, nous avions eu occasion d'en acquérir personnellement la preuve, et Robert en avait été instruit par un de ses élèves, notre collègue dans cet hôpital, minen chirurgien avait toujours en mémoire l’opéra-
tion fameuse — ablation du sein — pratiquée par le professeur J. Cloquet dans l’anesthésie magnétique; il avait lu vraisemblablement les ouvrages de Deleuze, llusson, Rostan, etc., et n’avait point pu ne pas faire les mômes réflexions que celles qui avaient inspiré à Virey, un incrédule cependant, ces paroles, si dignes d’être méditées :
« Il reste une chose constante et que ne peuvent désavouer les philosophes les plus incrédules, c’est qu il y a nécessairement quelque cause qui fait persévérer le magnétisme animal, ou des pratiques analogues à celui-ci, malgré la lutte terrible des savants, malgré les sarcasmes du ridicule, si puissant parmi nous. C’est qu’on voit d'habiles médecins, en Allemagne et ailleurs, se déclarer pour lui ; c’est que, si le charlatanisme et la cupidité privée s’en emparent le plus souvent, il a été capable d’enthousiasmer des personnes généreuses et bien au-dessus de tout calcul vil, qui lui sacrifient leur temps, leur fortune même, pour le seul amour de faire du bien... Enfin, on cite des faits incontestables de guérisons réelles... » — Magnétisme animal. — Gr. diet., t. XXIX.
Aussi Robert désirait-il tant de savoir par lui-même ce qu’il y avait de vrai au fond de cette question du magnétisme animal, alors surtout tant conspué par un grand nombre de savants, qu’il osa faire rechercher et réintégrer à l’hôpital, dans ses propres salles, X..., qui avait été expulsée la veille d’un autre service pour s’y être targuée de ses facultés somnambuliques, et qu’il voulut bien donner à l’élève un témoignage particulièrement précieux de sa confiance en l’invitant à l’aider à faire son éducation sur les choses du mesmérisme.
Quant à nous, nous aurons donné aussi la mesure du désir que nous avions de compléter ici la nôtee, si nous ajoutons, qu’afin d’avoir plus de temps et d’occasions pour étudier la malade, nous prîmes prétexte d’un accident qui nous était survenu à un genou pour nous faire donner un lit par Ro ert dans son pavillon des hommes, et que nous nous condamnâmes à l’occuper tout le temps que X... demeura elle-meme a
l’hôpital. .
Pendant ce temps, des expériences de différente nature
furent faites, en grand nombre, sur X...
II y en eut de particulièrement remarquables, une surtout de magnétisation à la distance de près de cent mètres, dont Robert avait seul conçu et tracé le programme, qui ne peut point ne pas avoir laissé d’ineffaçables souvenirs parmi les survivants qui en furent témoins. Il serait trop long d'en parler ici et, d’ailleurs, nous n’y trouverions rien qui se rapporte directement à notre sujet. Passons.
Au bout de deux mois environ, X..., sentant sa fin approcher, demanda sa sortie et fut se réfugier dans un garni de la rue des Beaux-Arts. Nous l’y suivîmes. Le sommeil magnétique étant devenu pour elle de première nécessité, nous l’en fîmes plus que jamais bénéficier et ce fut souvent pour nous, comme pour nombre de nos camarades admis à nos magnétisations,un spectacle des plus attachants de voir cette malheureuse, qui n avait plus que le souffle, jouir dans l’état mesmérique d'un calme et d’une sérénité qu’elle ne connaissait plus, à l’état de veille, et présenter les phénomènes psychiques les plus inattendus... Mais, passons encore et courons au plus pressé.
Un jour que X..., en état de somnambulisme, avait à ouvrir la porte de sa chambre, nous la vîmes s’en approcher avec précaution, s’isoler la main droite avec un pan de son jupon, la porter avec crainte sur le bouton de la serrure, tourner ce bouton prestement, puis frotter sa main après elle comme si elle avait touché un corps chaud.
A quelques jours de là, même manœuvre nécessitée par le même besoin.
Or, ce bouton était aussi en cuivre ou plutôt en laiton (alliage de cuivre et de zinc).
Très frappé du fait, nous en demandons l’explication à X... qui nous répond : « Que le contact du cuivre lui fait mal, que ce métal la brûle comme da feu, et que c'est pour cela qu’elle se recouvre la main avant que d’y toucher. »
Nous sortons alors quelques sous de la poche de notre pana on, par conséquent à la température moyenne du corps, et
IxZ T Aussitôt X... pousse un cri.
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« M vivement encore sa main après ses vêtements. Mais, disons-nous alorsà X..., vous portez bien surlapoi-
trine une médaille que vous ne quittez point! » — «Oh ! pour ce qui est de cette médaille, c’est bien différent, elle est en argent et j’aime le contact de ce métal ainsi que celui de l’or ; tous deux me font du bien quand je les touche. »
Et, ayant remis à X... une pièce de cinq francs en argent, puis une montre en or, elle prit plaisir en effet à les manipuler, l’une et l’autre, et ne voulait plus s’en dessaisir.
Notre première pensée fut d’attribuer ces effets à son imagination et de croire qu’ils cesseraient aussitôt que celle-ci ne serait plus en jeu. En conséquence, nous interrompons la conversation, nous endormons X... profondément et, lorsque depuis un moment elle est en état apparent de léthargie, nous mettons dans sa main la pièce d’argent et la montre de tout à l’heure. X.. les garde sans en être troublée.
Nous remplaçons ces objets par des sous et, alors, mêmes
effets répulsifs que devant.
Nous répétons et nous varions l’expérience à des jours différents ; les résultats sont les mêmes. Nous nous assurons de plus que le cuivre n’a même pas besoin pour agir d’être en contact immédiat. Si l’objet, fait avec ce métal, présente un certain volume, tels qu’un bougeoir et une casserole, il suffit soit de le mettre dans le lit, à la distance de 20 à 30 centimètres du corps, soit de l’apposer au-dessus des couvertures pour que bientôt X... s’en montre comme oppressée, le repousse et devienne colère pour peu que nous mettions d’insistance a lui imposer le voisinage ou le contact médiat du cuivre.
L’imagination, V expectant attention du sujet n’était donc pour rien dans la production des phénomènes. Quant à faire intervenir ici l’influence de la suggestion, il n’y avait point a y songer puisque les faits observés étaient tout aussi nouveaux pour nous que pour X...
Arrivé à ce point, voici les différentes expériences que nous fîmes ; la première est capitale.
La malade étant dans son lit, qu’elle ne pouvait déjà plus quitter, nous la magnétisons. Nous mettons un de ses bras a nu: nous nous assurons bien que sa sensibilité est absolument
abolie après quoi nous lui posons un gros sou vers le milieu de la région externe de l’avant-bras.
Au bout de 3 ou 4 secondes, X... secoue son bras, comme toujours, et rejette le sou. Aussitôt nous piquons ce membre et, à notre très grande surprise, nous constatons que la sensibilité est devenue des plus vives à la place même qu’occupait le sou et rayonne un peu au voisinage.
Nous réanesthésions le bras et nous y appliquons une clef. La sensibilité revient encore sous le fer même, mais elle n’est point aussi vive et s’étend moins loin. De plus, le contact du métal agace peu ou pas X.., et nous pouvons renouveler à plaisir l’application du fer sans produire chez elle les mêmes marques d’impatience.
Le bras ayant été réanesthésié, nous appliquons successivement un écu de 5 francs, un louis et la cuvette d’une montre en or : aucun effet , l’anesthésie persiste.
Nous expérimentons de même, les jours suivants, et nous voyons toujours la sensibilité reparaître par le cuivre et l’anesthésie résister au contraire à l’application de l’argent et de l’or.
Une autre fois, nous endormons X. . . et nous cataleptisons son bras droit. Lorsqu’il est devenu bien rigide, nous le frictionnons avec un tube de lorgnette en cuivre : en quelques secondes tous les muscles raidis s’assouplissent, l’anesthésie disparaît et le membre recouvre toute sa liberté.
Nous réanesthésions et nous recataleptisons le bras. Nous le frictionnons avec une cuillère d’argent, rien ; avec la cuvette d’une montre en or, pas davantage. Nous substituons à cette dernière une lame de couteau de table, la contracture se défait et l’anesthésie disparaît, mais plus lentement qu’avec le cuivre et la sensibilité s’étend moins loin.
A peu de temps de là, Clémentine X..., que nous retrouverons un moment à l’hôpital Cochin, quand plus tard, nous aurons à parler d autres phénomènes, mourut sans nous laisser le temps e pousser plus loin sur elle nos recherches et, disons-le d’ores et déjà, sans se douter un seul instant, malgré sa lucidité qui était des plus rares, de l’importance des observations qui nécessairement l’avaient eue pour confidente.
Mais nous lui devions desavoir déjà que le magnétisme ani-
mal présentait un côté physique d’un grand intérêt pour la physiologie et que, par là, nous pourrions peut-être arriver à une démonstration scientifique de son existence. Cela suffit pour nous faire diriger nos études dans une voie toute autre que celle que nous avions suivie jusqu’alors , voie féconde qui, on le verra, devait singulièrement profiter à la pratique du magnétisme lui-même.
Après la mort de X. . ., et même déjà un peu de son vivant, les yeux toujours fixés sur l’anesthésie mesmérique, qui était devenue comme notre étoile polaire, nous fîmes sur d’autres sujets de nouvelles expériences qui confirmèrent sur tous les points les premières, en y ajoutant. Comme chez X...,ce furent les mêmes répulsions et les mêmes attractions métalliques, les mêmes phénomènes subjectifs et objectifs ; mais il y eut une variante pour le fer et pour l’or.
Ainsi, tandisque le cuivre, soit seul, soit allié au zinc ou à l’étain, dans la proportion voulue pour former le laiton (cuivre jaune) et le bronze, était toujours repoussé, ramenait invariablement la sensibilité et assouplissait les muscles contracturés, il nous advint de voir le fer, ou bien l’acier, être supporté d’emblée, et arriver à être parfaitement toléré par certains sujets — ce qui, du reste, concordait avec ce fait que les malades rangés autour des baquets de Mesmer pouvaient toucher impunément aux tringles de fer qui en sortaient et 1 or, au contraire, produire, comme le cuivre, des effets répulsifs très marqués. C’est ainsi, par exemple, que chez un gros homme, somnambule de profession, nous avions une fois déterminé un violent accès convulsif pour lui avoir mis une montre d’or dans la main pendant son sommeil. Aussi cet homme avait-il grand soin, avant que de se laisser endormir, de vider toutes ses poches et de se débarrasser de sa montre, de ses breloques et bijoux. Les pièces d’or lui produisaient moins d’effet pour les raisons que nous avons déjà dites et quel on trouvera longuement développées dans notre brochure : la Métallothérapie DEVANT LE Lyon MÉDICAL {Libr . A. Delahaye) à laquelle nous renvoyons. Disons seulement que le seul coupable était ici le cuivre, et non l’or, et que si la cuvette de montre étaitparticu-
lièrement redoutée c’est parce que dans l’alliage qui sert à faire les bijoux le cuivre n’entre pas pour moins de près d’un tiers, en volume.
Toute contraction cataleptique se dissipait également par le cuivre et, déjà même, il nous fut donné de voir l’application de ce métal être tout aussi efficace contre certains spasmes spontanés, contre un trismus des mâchoires, deux fois, survenu pendant la crise magnétique. Nul besoin d’ajouter qu’avec le spasme magnétique disparaissait également l’anesthésie.
Mais enfin, pourquoi ces répulsions et ces plaintes de la part des sujets dés qu’ils étaient mis en contact avec le cuivre, soit en nature, soit plus ou moins allié au zinc ou à l’or? Pourquoi paraissaient-ils et disaient-ils en souffrir ?
La clé nous en fut donnée par l’expérience qui suit.
Sur l’avant-bras d’un sujet magnétisé, absolument anesthésique, nous fixons à l’aide d^un mouchoir une plaque de laiton, de la grandeur d’une pièce de 5 francs environ. La sensibilité à la piqûre revient, comme toujours, sous le métal ; elle irradie bientôt dans tout le membre, mais plus rapidement en hauteur; au bout de quelques secondes, elle est devenue parfaite jusqu’à l’épaule ; elle gagne le tronc, puis, cheminant de proche en proche, mais si vite qu’il nous est très difficile de la suivre, elle s’étend au bras, du côté opposé, et aux membres inférieurs. Pendant ce temps le sujet s’agite,gémit et soupire. Il est pris de légers soubresauts et tremblements ; le spasme incessant de ses deux orbiculaires — signe caractéristique du sommeil magnétique — diminue, puis cesse complètement; les globes oculaires, convulsés vers le haut de l’orbite, s’abaissent ; les yeux s’ouvrent et, finalement, voilà le sujet revenu à son état ordinaire !...
L’expérience est renouvelée ; nous varions les points d application du cuivre ; un deuxième sujet en fait les frais et, chaque fois, le réveil s’opère en s’accompagnant des mêmes phénomènes précurseurs.
L anesthésie était donc une condition essentielle du sommeil magnétique et c’était parce que l’application du cuivre la faisait cesser, parce qu’il détruisait l’isolement absolu, l’équilibre négatif, si nous pouvons ainsi parler, nécessaire à l’état
dans lequel ils se complaisent que les sujets magnétisés le repoussaient et semblaient en souffrir. Le cuivre était donc un agent antimagnétique par excellence ; il réveillait donc sûrement, quelle que fût la profondeur du sommeil mesmérique 1...
Après l'étude des effets du cuivre, du fer, de l’argent et de l’or sur l’anesthésie mesmérique , nous passons successivement à celle du l'action du verre, de la résine, du bois, des tissus, de l’aimant, de l’électricité, de l’eau froide et chaude, du vent, provenant soit de la main agitée automatiquement, soit d’un soufflet de cuisine, etc., etc., et, afin d’avoir un contrôle sur lequel nous puissions absolument compter, nous faisons intervenir le thermomètre et nous l’employons, concurremment avec l'aiguille, pour constater les effets produits.
Puis, partant de l’opinion formulée déjà en ces termes par Cuvier lui-même Il y a grande apparence que c’est par un fluide impondérable que le nerf agit sur la fibre, d’autant qu’il est démontré qu’il n’agit pas mécaniquement » ; nous faisons de nombreuses expériences à l’effet de recueillir, de condenser, en quelque sorte, le fluide émis, soit par nous-même dans les passes magnétiques, soit par les hystériques pendant leurs attaques, sur des substances isolantes, telles que le coton en rame et la soie tissée, disposées de certaine façon, et nous nous servons ensuite de ces substances tantôt pour anesthésier isolément tel ou tel autre membre d’un sujet magnétisable, mais à Vétat de veille, aussi bien avec son propre fluide qu’avec le nôtre ou celui émis par un autre sujet, tantôt pour obtenir le contraire de ce que nous verrons faire plus loin aux applications métalliques dans l’attaque d’hystérie, nous voulons dire pour empêcher ou, sinon, retarder la décharge hystérique.
Sur tout cela nous recueillîmes des faits dont nous faisions, dès 1849, l'objet de deux plis cachetés déposés à l’Académie des Sciences, l’un, le 13 avril, sous le n° 905, et l’autre, le 19 novembre, sous le n° 963. Nous voudrions bien ne pas tarder davantage à en faire connaître le contenu, mais c’est là un sujet trop important et trop délicat pour être traité incidemment, alors même que nous en aurions ici la place. Qu’on
nous permette donc de différer encore de nous expliquer sur ce point et de nous borner, pour le moment, à faire l’indispensable.
Avant de passer outre, dressons l’inventaire des richesses que le magnétisme animal venait d’accumuler à notre portée et expliquons pourquoi nous n’en sûmes voir qu’une partie.
Puisque la sensibilité et la motilité revenaient toujours chez les sujets magnétisés par l’application du cuivre, n’en ressor- 'tail-il point que ce métal était un agent esthésiogène et dynamogène de premier ordre , appelé particulièrement à rendre des services dans l’hystérie, qui est le terrain de prédilection du magnétisme?...
Ne pouvait-on aussi induire de l’action résolutive du cuivre sur les spasmes provoqués artificiellement, de la souplesse qu’il rendait aux muscles cataleptisés, la possibilité d’en obtenir d’aussi bons effets dans les attaques, voire même contre les contractures hystériques ?...
Et, en somme, l’action esthésiogène, dynamogène et antispasmodique du cuivre dans l’état mesmérique, ne contenaitelle point, en germe, les principes majeurs de la métallothérapie externe ?
Mais, pour pouvoir conclure de la sorte, il nous eût fallu connaître pertinemment ces deux choses, savoir :
1° Que les troubles, en moins, de la sensibilité et de la motilité sont de règle dans l’hystérie et ses congénères, et que l’anesthésie et l’amyosthénie mesmérique ne font que s’y surajouter, si bien que le retour de la sensibilité et de la motilité par une application du cuivre impliquait aussi nécessairement la cessation de l’anesthésie et de l’amyosthénie pathologiques ;
2» Que les troubles inverses de la sensibité et de la motilité les spasmes comme les névralgies — dérivent fatalement des premiers et, par conséquent, devaient disparaître avec eux, quels qu’en fussent la forme, le siège ei l’intensité.
Or, à ce moment, Gendrin, Beau et leurs élèves commençaient à peine à démontrer la fréquence de V Anesthésie ou de son diminutif, l’Analgésie, dans l’hystérie, et, nous-même, nous
n’avions point encore fixé notre attention sur la coexistence d’un autre symptôme non moins constant, Vkmyosthénie, et établi la nécessité d’une dynamométrie précise dans toutes les affections du système nerveux.
D’autre part, les idiosyncrasies métalliques n’émergeaientelles point, elles-mêmes, de la façon toute différente dont se comportaient les métaux cuivre et fer, d’un côté, argent et or, de l’autre, et, aussi, des différentes sensibilités individuelles par rapport soit au fer ou à l’acier, soit à l’or plus ou moins allié au cuivre ? N’était-il point à présumer, qu’on trouverait d’autres idiosyncrasies, ou sensibilités métalliques, quand on en viendrait à appliquer de même le zinc, l’étain, le platine, etc.. ? Et, puisque le métal qui avait fait cesser les spasmes magnétiques était celui-là même qui ramenait la sensibilité, puisque l’anesthésie jouait ici le rôle d’un véritable réactif, n’avions-nous point déjà dans l’application du métal sur un point anesthésique un moyen certain de reconnaître son appropriation individuelle et, partant, un critérium pour nous assurer d’avance de ses effets curatifs, c’est-à-dire les prémisses mêmes de la métalloscopie telle que nous l’avons conçue depuis ?...
De plus, de l’action si constante du cuivre sur les sujets magnétisés n’y avait-ll point à tirer cette conclusion : que la sensibilité magnétique et la sensibilité cuivre étaient le corollaire réciproque l’une de l’autre; qu’étant donnée une hystérique,il suffisait, par conséquent, que le cuivre ramenât sa sensibilité pour être certain d’être en présence d’un sujet magnétisable ?
Toutes ces inductions eussent été des plus légitimes. Mais c’étaient là trop de choses à la fois , trop d’éblouissements pour nos yeux à peine dessillés!... Aussi, nous le confessons humblement, nous ne sûmes d’abord qu’entrevoir le plus petit nombre de tous ces enseignements, et ce n’étaient point les plus féconds. Quant à ces derniers ce n’est que plus tard, lorsque les faits, dont nous allons parler, nous eurent forcé la main, pour ainsi dire, qu’il nous fut enfin donné de ne plus les méconnaître.
Histoire des différentes phases et applications de la Métallothérapie