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CRAMPES DES CHOLÉRIQUES

Nous voici en l’année 1848 à l’hôpital Cochin, sous M. Nouât.

Parmi les malades du service de chirurgie il se trouvait une hystérique type, déjà traitée sans succès dans divers

services, dans celui de M. Gendrin, à la Pitié, notamment, pendant toute une année, pour laquelle M. Maisonneuve, qui venait de succéder à Michon dans cet hôpital, nous avait autorisé, en désespoir de cause, à essayer le magnétisme.

La tentative était hardie. Pauline Picardel, c’était le nom de la malade — nom qui certainement éveillera plus d’un souvenir parmi nos camarades de cette époque — était en effet cruellement affligée. Outre de formidables attaques, une aménorrhée absolue, une parésie générale qui l’obligeait à se tenir constamment couchée, elle avait une paralysie complète de la vessie avec polyurie nécessitant de la sonder toutes les cinq ou six heures. Cependant, disons-le dès à présent, nous atteignîmes le but. Le traitement fut long — il ne dura pas moins de sept mois, du 25 septembre 1848 au mois de mai suivant, — il nous demanda beaucoup de soins et de peine, il nous suscita maints embarras et difficultés, il présenta de nombreuses péripéties; mais, enfin, la guérison de Pauline et une ample moisson de faits nouveaux, consignés soigneusement dans des procès-verbaux qui forment presque la matière de tout un volume, nous dédommagèrent amplement. Ce fut là une satisfaction purement intime, ajoutons-le, car jamais d’autres yeux que les nôtres ne fouillèrent dans ces procès-verbaux et, à cette heure encore, l’observation de Picardel attend de voir le jour.

Dès les premiers jours du traitement, la malade se montra si avide de l'agent magnétique que, malgré tous nos soins à l’en débarrasser par les procédés usités, elle était prise à son réveil de spasmes thoraciques qui se traduisaient surtout par des étouffements et des vomissements violents.

Un soir que la violence des accidents était plus grande que de coutume et où l’heure déjà avancée de la nuit nous donnait le plus vif désir de rétaWir un calme dont les voisines de la malade avaient comme elle le plus grand besoin, il nous vint à la pensée de les combattre par les mêmes moyens qui nous avaient déjà servi maintes fois à défaire les spasmes pro voqués intentionnellement dans l’état magnétique. En conséquence, une plaque de laiton est appliquée sur 1 épigastre. Moins de deux minutes après, étouffements, palpitations et

vomissements avaient disparu et Pauline ne tarda point à s’endormir d’un sommeil calme qui ne fut plus troublé le reste de la nuit.

Au bout de deux ou trois jours, mêmes accidents et mêmes effets de la plaque de laiton. Après quelques moments du plus grand calme, nous la retirons à dessein : presque tout aussitôt les troubles thoraciques reparaissent avec leur intensité première. La plaque est réappliquée et suit à nouveau un apaisement qui vient témoigner encore en faveur des propriétés antispasmodiques du cuivre en application externe.

Cependant les accidents, auxquels nous venions d’avoir affaire, n’étont que provoqués par le magnétisme, artificiels, pour ainsi dire, il nous fallait mieux encore pour ne plus avoir aucun doute sur ces propriétés.

Tous les quatre jours, le soir à peu près à la même heure, Pauline avait une grande attaque, avec perte complète de connaissance, qui durait d’ordinaire plusieurs heures. Le 15 décembre, vers 5 heures, arrivent les prodromes habituels de la crise convulsive; mais ce n’est que trois heures après, à 8 h., que celle-ci a lieu. La malade étant couchée sur un lit élevé, ^ sans dispositions spéciales pour la protéger contre une chute imminente, cinq personnes se jettent sur elle pour la maintenir et y parviennent à grand’peine, tant est grande la violence de 1 atiaque. Nous restons un moment spectateur silencieux de la crise, nous demandant déjà quel peut bien être le but d une aussi prodigieuse dépense de force nerveuse et par quel dimnum les muscles d’une frêle créature peuvent arriver a se contracter, sans se rompre, avec une si effroyable énergie; puis, saisissant une armature en cuivre que nous avions ait préparer tout exprès, qui se composait de deux bracelets, de 5 a 6 centimètres de largeur, pour chaque membre, de deux ceintures un peu plus larges pour le tronc et d’une cou-

ronne pour le front, nous l’appliquons sur la malade au plus tort de Pun de ses accès.

U fur et à mesure que se fait cette application, les spas-

fréquence, le bassin ralentit ses Liif pn dernière pièce de l’armature n’est

point encore posée, que la malade a déjà cessé toutes ses voci-

férations, recouvré connaissance et prié les aides ébahis de lui rendre la liberté de ses membres. Un peu plus tard, elle est calme, sur le dos, presque immobile : cependant un peu de roideur des muscles, l’absence de toute sensibilité périphérique, de l'embarras dans les idées et la parole, quelques douleurs vagues et des tiraillements dans les membres, joints à une certaine agitation, attestent que tout n’est point encore fini. Pour nous en assurer, nous désarmons un bras et aussitôt les désordres musculaires y reparaissent; puis, les anneaux remis en place, ce membre reprend sa demi-souplesse. Nous faisons la même expérience sur une jambe et, là aussi, nous déterminons et nous faisons cesser à volonté les contractions musculaires. Nous nous mettons ensuite à enlever les différentes pièces de l'armature, et la dernière n’a pas encore été touchée que déjà l’attaque est revenue tout entière; au bout de deux ou trois minutes, elle était arrivée à son paroxysme. L’armature est réappliquée et l’accès disparaît de nouveau, comme si un pouvoir magique eût soufflé dessus. Toutefois, ce n’est qu’après dix ou quinze nouvelles minutes , qu’une détente générale et une souplesse parfaite des membres , précédées d’un fourmillement par tout le corps, viennent nous annoncer que nous pouvions enfin retirer impunément l’armature.

Quelques jours après, nous obtenions les mêmes effets, par une semblable application, sur une deuxième hystérique qui appartenait, elle, au service de M. Nonat.

Voilà quelles furent les premières applications que nous fîmes des propriétés antispasmodiques des armatures en cuivre, en dehors de l’état magnétique ; voilà quel a été le premier jalon de la métallothérapie; voilà comment fut contractée notre première dette envers le magnétisme animal, il importait de commencer par l’établir.

Mais le cuivrepouvait— il convenir indistinctement dans tous les cas d’hystérie ou, en d’autres termes, la métallothérapie

devait-elle rester confinée dans le ?.. . D au-

tre part, l’action des armatures, que jusqu’en février 1850 nous n’osâmes jamais croire que palliative, pouvait-elle finir par devenir curative? Cette action devait— elle se trouver limitée à l’hystérie; n’y avait-il aussi rien à en espérer contre des

troubles spasmodiques autres que ceux qui sont propres à cette affection, dans les crampes des cholériques, par exemple?

Nous n’en étions donc encore sur ce point qu’au chapitre des espérances, lorsque l’épidémie du choléra de 1849 vint nous permettre de répondre, par anticipation, à ceux qui ont pu croire que c’étaient nos observations sur l’immunité cholérique des ouvriers en cuivre qui nous avaient conduit à l’application de ce métal contre les crampes des cholériques.

Il pourrait être intéressant, pour ceux qui l’ignorent, de rappeler dans quelles circonstances et de quelle façon se firent nos premières applications métalliques sur les cholériques de l’hôpital Cochin, d’abord, et les succès qu’elles obtinrent ensuite successivement au Val-de-Grâce, à la Salpêtrière, à l’Hôtel-Dieu, etc. Mais les faits sont trop notoires, ils ont été trop bien établis par les témoignages de MM. Rostan, Michel Lévy, Nonat, Bouchut, A. Richard, etc. et sanctionnés par l’Aministration supérieure, sur un avis conforme du Comité consultatif d’hygiène, pour que nous ayons besoin de faire autre chose que citer les paroles par lesquelles le premier de ces maîtres, le professeur Rostan, à témoigné des services que rendirent nos armatures pendant l’épidémie de 1849.

« Ce sont surtout les phénomènes cérébraux (du choléra) qui ont appelé l’attention. C’est contre eux qu’on a déployé le plus grand nombre de moyens

« Mais un moyen spécial que nous ne devons pas passer sous silence, c’est celui que M. Burq a emprunté à la physique, et qui consiste à entourer les membres et le tronc des cholériques de plaques de cuivre. Vous avez vu ce moyen employé dans nos salles, presque toujours avec succès, contre les crampes, les suffocations, les anxiétés précordiales, etc. » (V. in Gaz. dos hôpitaux de nov. 1849, Leçons Clin, sur le choléra, du professeur Rostan).

Durant l’épidémie de 1849, nous eûmes trop à faire avec les cholériques pour qu’il nous fût donné de pouvoir poursuivre nos premières expériences. Cependant une hystérique de la ville, Mlle E.., se présente à nous avec des ac-

cès do somnambulisme naturel. On l’avait vue plusieurs fois se lover la nuit, ouvrir sa fenôtre et faire, fort peu vêtue, la tentative d’excursions périlleuses. Nous prescrivons l’application de 4 bracelets, un pour chaque membre, le soir à son coucher, et, à partir de ce moment, Mlle E..., ne se lève plus, ses accès de somnambulisme sont conjurés .

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