Les Bollandistes, mai, tome IV. p
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riel, obligé de reconnaître que Bourges en 731 appartenait à Eudes, en vient à imaginer que les Francs « les Barbares » la prirent (ce que le légendaire ne dit pas du tout), et qu'alors seulement Eudes la reprit. On voit combien il est dangereux de remanier à sa guise ces récits, souvent plus exacts (sauf quelques termes impropres comme celui de Rcx appliqué à Eudes et à Charles, — mais après tout n'étaient-ils pas souverains?), plus exacts, disons-nous, qu'on ne pourrait le croire quand on les lit en courant. Tant que la sincérité d'un hagiographe n'est pas suspecte ou que tel détail n'est pas manifestement controuvé, il est d'une bonne critique d'accepter le récit tel quel, et de l'expliquer. Pour celui-ci, rien n'est plus facile :
Il prouve d'abord qu'avant 714, du vivant de Pépin d'Héristall, mais probablement dans les dernières années de son principat, Eudes était duc d'Aquitaine. Il n'y a rien là que de fort vraisemblable, car si nous refusons à Eudes les cinquante-quatre (disons môme les soixante-un) ans de règne que lui attribue M. Fauriel, nous ne faisons aucune difficulté de lui en concéder vingt-cinq ou trente, ou môme un peu plus.
Sur le fait principal , on nous apprend que Pépin vint en Berry , « arriva auprès de la ville de Bourges ». Pour l'assiéger? On ne nous dit pas cela. Il faut supposer plutôt que c'était pour protéger la cité gallo-romaine menacée par Eudes. Pour quelle raison Pépin |laissa-t-il ensuite le champ libre au duc d'Aquitaine? Fut-il rappelé au nord par quelque pressant danger? Nous ne savons. Toujours est-il qu'Eudes assiégea la ville, l'entoura de circonvallations, la fit capituler et y entra après avoir promis laj)aix aux habitants. C'est évidemment là le fait essentiel à rc-
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cueillir, la première entrée des Aquitains dans la capitale du Berry.
Quant à la désertion de Ghutianus auprès de Charlàs- Martel, il suffit de remarquer qu'elle est loin d'être nécessairement contemporaine des événements qui précèdent. Dans le récit môme de l'hagiographe, la prise de Bourges est au cinquième paragraphe, l'histoire de Ghutianus au neuvième. Pour peu qu'on admette entre les premières anecdotes et la dernière un intervalle de quelques années, de 710 à 720 par exemple, tout devient très clair et très simple.
Si l'on accepte ces explications, nous pouvons dire que le Berry fut conquis par le jeune duc d'Aquitaine, Eudes, entre 695 et 714, dans les dernières années (probablement) de Pépin d'Héristall, conquis par les armes, malgré le chef des Francs et presque sous ses yeux. La prise de possession n'eut pas lieu sans dégâts, mais en somme Eudes, au dire de l'hagiographe, fut plus modéré que ses compagnons^ et il dut prendre des engagements envers ses nouveaux sujets (au moins envers la cité). Lesquels? Sans doute de respecter les personnes et les biens, de maintenir les lois civiles ^
On doit présumer, par analogie, mais sans pouvoir fonder cette conjecture autrement, que l'Auvergne et le Poitou furent annexés au duché d'Aquitaine vers la môme époque que le Berry, c'est-à-dire dans la seconde partie du principat de Pépin d'Héristall, et aux mômes conditions, c'est-à-dire avec quelques garanties indispensables. Ces deux pays gallo-romains ne pouvaient pas avoir une répugnance absolue à entrer dans
1. Clr. Pépiii à Narboniie eu 759 : « dato sacramento.,..» ut per-
uiittârent eos legénl suanl liaberct;... « (Clirun. de Muissac.)
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le nouvel état. Nous imaginons toutefois que là, comme en Berry, comme partout en ces siècles violents (du v*" au viiO, la conquête armée du plus fort précéda, détermina l'adhésion du plus faible.
Peut-être, si l'on voulait reculer jusqu'au bout la capitulation du Poitou et de l'Auvergne , faudrait-il la rejeter à cette période bouleversée (714-718) qui suivit la mort de Pépin d'Héristall ^ Au moment où « les Francs, dans la forêt de Cuise, se ruaient les uns sur les autres » 2, où les Frisons passaient le Rhin, où les Neustriens révoltés pénétraient jusqu'à Cologne, où un simple évêque, Sawarik d'Auxerre, à la tête d'une petite armée, s'emparait d'Orléans, de Nevers, de Tonnerre , d'Avallon et de Troyes et s'apprêtait à marcher sur Lyon ^ pour y saisir probablement le patriciat de Burgondie, — Eudes avait assurément les mains libres pour achever de conquérir toute l'Aquitaine des empereurs romains, — si ce n'était déjà chose faite.