Spruiier-Menke, Atlas, n
CONCLUSION
CONCLUSION
Nous n'avons apporté, sur ces origines du premier duché d'Aquitaine, ni un texte, ni un fait inédit. Rien qui ne se trouve dans des ouvrages ou des recueils qui sont partout (D. Bouquet, Bréquigny et Pardessus, Pertz, Mabillon, D. Vaissète, Gallia Christiana, etc.).
Mais, en étudiant les faits à la source, en les rapprochant mieux les uns des autres, en les reportant exactement à leur place dans Thistoire générale, nous croyons avoir obtenu quelques résultats intéressants :
I. — Ecarter un certain nombre de fables qui survivaient au naufrage de la charte d'Alaon, même chez nos meilleurs historiens, et faussaient l'aspect général de ces temps.
II. — Poser des conclusions importantes, neuves il nous semble, sur l'état politique légal de l'Aquitaine au vn'' siècle.
m. — Réintégrer dans l'histoire de la Gaule méridionale un certain nombre de faits utiles, négligés par M. Fauriel, et particulièrement tout ce qui concerne les grands évoques de l'Auvergne et du Poitou.
Mais ce sont là des résultats secondaires, qui ne nous apprennent pas comment est né ce duché d'Aquitaine qui nous apparaît si puissant au vnf siècle. Sur cette
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question, objet essentiel de notre étude, qu'on nous permette, au lieu de dresser une sorte de nomenclature de nos conclusions, de raconter sommairement cette histoire telle que nous la concevons ; on verra qu'elle ne ressemble pas à celle que les Bénédictins et M. Fauriel nous avaient faite :
Au commencement du \if siècle, les comtes francs commandaient dans toutes les cités de l'Aquitaine jusqu'au pied des Pyrénées, — mais déjà les populations aspiraient à l'autonomie administrative sous un roi franc particulier, — et les Wascons descendaient de leurs montagnes.
La Neustrie depuis .^85 n'avait plus rien au sud de la Loire ; le pays était partagé entre la Burgondie et l'Austrasie conformément à la division faite en 596 par les fils de Ghildebert IL Gela dura jusqu'en 612.
De 612 à 628, l'Aquitaine fut rattachée tout entière au royaume de Burgondie et en dépendit exclusivement.
Pendant cette première période (602-628), les Wascons, indépendants dans les hautes vallées du pays basque, s'avancent dans la basse Wasconie (novempopulana) où l'on conspire pour eux ; à chaque grande guerre civile des Francs, ils font un pas en avant ; là où apparaissent ces montagnards à demi-païens, l'épiscopat semble supprimé ou réduit à rien.
Tandis que sur la rive gauche de la Garonne on appelle les Wascons, sur la rive droite on arrache enfin à l'empire franc un commencement d'autonomie (apanage de Garibert).
En 628, l'Aquitaine méridionale obtient ce que la Burgondie avait depuis 561, une existence distincte
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sous un roi mérovingien ; Toulouse redevient, après plus d'un siècle, la capitale d'un royaume comprenant les cinq comtés de Toulouse, Gahors, Agen, Périgueux, Saintes, longue bande de territoires à droite de la Garonne, en face de la Wasconie ; la basse Wasconie ellemême, sauf à la conquérir, ce qui s'accomplit sans peine; peut-être même la haute Wasconie; enfin, à l'est, la vallée du Tarn et la haute vallée du Lot (Albigeois, Rouergue, Gévaudan). Ainsi Garibert a arraché à son frère tout le bassin de la Garonne ; le nouvel état, avec sa capitale au centre, ses populations, sinon sœurs d'origine, du moins rapprochées par des rapports historiques et unies par une sorte de fédération, est viable. Son caractère original, c'est l'alliance des deux races, une première fois réalisée (630). Les Wascons donneront un jour à l'Aquitaine sa vitalité guerrière. Garibert levait des impôts, et assez considérables ; il battait monnaie ; sous son règne si court, l'épiscopat semble s'éclipser dans plusieurs cités de son État.
Lui mort, Dagobert ressaisit tout le royaume de Toulouse, sauf peut-être la haute Wasconie. L'Aquitaine se retrouve donc, sous la main du grand roi mérovingien, soumise tout entière à la même loi politique et continue à dépendre intégralement du royaume de Burgondie. Une intervention au delà des Pyrénées dans les querelles des Wisigoths (630), — un grand déploiement de forces pour triompher, non pas d'un soulèvement national de l'Aquitaine, comme on l'a dit, mais d'une formidable descente des Wascons sur la Garonne (635), — la soumission momentanée de la haute Wasconie, — sont les événements marquants de cette période.
Dagobert avait réglé de son vivant (634) que l'Aqui-
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taine après lui serait divisée entre l'Austrasie et la Burgondie conformément au pacte de 587 (traité d'Andelot), modifié en 596 et aboli en 612. Ce partage s accomplit en 638. L'Austrasie eut : au nord-ouest, Poitiers; au centre, le massif montagneux dont l'Auvergne est comme le noyau, Auvergne, Velay, Gévaudan, Quercy, Albigeois, Rouergue, Vivarais, Uzége ; au sud-est, Avignon, Aix, Marseille, etc. La Burgondie ou plutôt la Neustro-Burgondie eut le reste.
Ce partage resta la loi politique de l'Aquitaine jusqu'en 673.
A partir de 673 toutes les possessions de l'Austrasie dans la Gaule méridionale furent transférées au royaume neustro-burgonde et l'Aquitaine entière ne connut plus d'autres souverains francs que les rois neustriens, jusqu'au moment où elle leur échappa d'une manière définitive.
Ce moment, e7i droite arriva très tard. Jusqu'aux dernières années du vn*' siècle on trouve au sud de la Loire des traces de la souveraineté, au moins nominale, des rois francs.
En fait^ il vint d'assez bonne heure. Non à la suite d'une insurrection nationale, d'un élan de la race vaincue vers l'indépendance, mais par les conséquences naturelles de la désorganisation administrative qui éclata au vji° siècle dans toute la France et qui fut en Aquitaine plus complète, plus désastreuse qu'ailleurs, puisque ce pays, où la race franque ne s'était pas implantée, n'était guère rattaché à la domination mérovingienne que par le lien de l'administration.
Les diverses causes qui, de 638 à 673, amenèrent ou accélérèrent cette dissolution sont les suivantes :
1" Trente-cinq ans de minorités, pendant lesquels le
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pouvoir central affaibli ne surveille plus l'Aquitaine;
2° Les usurpations des ducs, comtes, etc., qui aboutissent, vers 670, à constituer une aristocratie de grands fonctionnaires inamovibles, pour une génération au moins, en attendant que l'hérédité s'établisse d'ellemême;
3"* Les empiétements de l'aristocratie ecclésiastique qui, dans les cités où l'épiscopat se maintint et prévalut, mirent l'autorité civile et politique aux mains des évêques.
Vers 674, cette dissolution féodale avait produit ses principaux résultats :
Dans le bassin de la Garonne, le royaume de Toulouse ressuscitait : entre 660 jet 670, le duc ou patrice de Toulouse, Félix, réunit en un même état — ou du moins en une fédération qui avait peut-être pour base des rapports hospitaliers analogues à ceux des Gallo- Romains du v" siècle avec certains envahisseurs germains, — Toulouse, les cités de IdiNovempopulana^ et la haute Wasconie.
Il eut pour successeur dans son « principat » , avant 670 probablement, un jeune aventurier gallo-romain appelé Lupus, qui, avec ses Wascons, avec les vagabonds et les exilés qu'il accueillit, forma une espèce d'armée que l'isolement et l'impuissance des cités voisines rendaient redoutable, et qui fut l'élément vital du nouvel état.
Lupus permit aux évêques de son duché d'assister, à côté des évêques sujets du roiChildéric, à un concile du clergé aquitain, tenu près de Bordeaux, entre 670 et 673. Il reconnaissait encore, de nom au moins, la suzeraineté du roi franc, mais non sa souveraineté, car il se faisait donner le titre royal ou presque royal de vir.
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inlustcr et exigeait des cités le serment de fidélité qui jusque-là n'était dû qu'au roi.
A l'automne de 673, il promit son assistance aux Septimaniens révoltés contre les Wisigoths, leur rendit maint service, fit passer au chef des rebelles, le duc Paul, des bandes de Wascons et d'Aquitains, puis descendit lui-même avec une armée par la voie romaine du Larzac pour dégager Nîmes assiégé par le roi wisigoth; arrivé à Aspiran, aux bords de l'Hérault, il apprit que Nîmes avait succombé et, voyant le coup manqué, rentra précipitamment dans la montagne.
Pendant les troubles effroyables qui suivirent la mort de Ghildéric II, il acheva la conquête du bassin de la Garonne, puis entra à Limoges. Il y périt dans une sorte d'émeute.
On peut présumer que sa domination s'étendait alors des Pyrénées à la haute Vienne, de Rhodez à l'Océan.
Pendant ce temps, dans la zone purement gallo-romaine qui confinait à la Loire, l'Auvergne vivait de sa vie propre, gouvernée par ses évêques pris dans les vieilles familles sénatoriales : le Poitou était comme le domaine d'une puissante maison épiscopale qui, durant l'éclipsé de la maison d'Héristall, se mêlait aux révolutions des royaumes francs et aspirait à les conduire.
Ébroïn et ses successeurs^ tout entiers à leur lutte contre l'Austrasie et surtout contre l'aristocratie, ne purent rattacher à la domination mérovingienne que la Burgondie. Vis-à-vis de l'Aquitaine, ils semblent avoir accepté les faits accomplis ; le duché de Toulouse, asile des proscrits, ne fut pas inquiété ; les diocèses de la rive gauche de la Loire, le Poitou et l'Auvergne, restèrent sous leurs évêques ce qu'ils étaient déjà, — mais ne brisèrent pas le faible lien qui les rattachait à la
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Neustrie, iio l'ût-cu que pour se garantir contre les entreprises des conquérants de Toulouse.
Pépin d'iiéristall, de 687 à 7d4, — les regards constamment tournés vers le Rhin où apparaissait une nouvelle invasion germanique, — se soucia si peu de l'Aquitaine qu'il ne songea même pas à restituer à l'Austrasie ses droits officiels sur une partie de la région. C'est pendant son principat que la zone des diocèses gallo-romains de la Loire, après avoir gardé des rapports avec la Neustrie jusqu'aux dernières années du vil'' siècle, fut, dans les premières années du viii% occupée par les duc de Toulouse et annexée à leur état, qui devint alors le duché cV Aquitaine.
Ainsi, il ne faut pas parler de l'insurrection nationale de la Gaule du midi contre la conquête franque. Ce que nous voyons, c'est que la décadence de l'empire mérovingien amena une désorganisation administrative qui laissa, partout où la race franque n'existait pas, les cités gallo-romaines, sous leurs comtes ou leurs évêques, flotter au hasard comme des épaves ; au milieu de cette confusion , l'État wasco-aquitain fondé à Toulouse vers 660, — encore plus wascon qu'aquitain, — servi par une force guerrière qui manquait partout ailleurs, recueillit l'un après l'autre ces débris épars : en 674, il atteignait les Cévennes au sud-est, Limoges au nord. Les diocèses gallo-romains de la rive gauche de la Loire, l'Auvergne, le Berry, le Poitou, qui auraient pu se joindre à lui de très bonne heure (la souveraineté franque depuis longtemps n'y existait que de nom), paraissent s'en être souciés assez peu et ne s'être laissé annexer que dans les premières années du viii'' siècle.
En 718, Eudes, un des successeurs de Lupus, qui commandait à toute la Gaule méridionale, des Pyré-
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nées à la Loire, de rOcéaii aux Gévennes et aux monts du Forez (la cité de Toulouse et les trois Aquitaines), — mais qui n'eut jamais rien en Provence, — obtint du Mérovingien qui régnait en Neustrie le titre de 7'oi et les prérogatives qui y sont attachées. Un traité régulier, conclu en 720 avec Charles-Martel, chef de tout l'empire franc, lui garantit, sinon ce titre, du moins la tranquille possession de ses états ; le duché d'Aquitaine fut officiellement reconnu par les Francs.
Si nous cherchons la raison d'être de cet état, son principe vital, nous croyons le trouver, non pas préci. sèment dans une nationalité commune préexistante (il est wascon au sud-ouest, gallo-romain au nord-est), mais dans sa puissance militaire. Ce n'est pas à l'aide de soulèvements populaires comme en supposerait une insurrection nationale, — c'est avec ses bandes de Wascons que Lupus a conquis l'Aquitaine jusqu'à Limoges ; c'est avec son « armée » qu'Eudes a occupé Bourges, s'est fait donner le titre de roi, puis a fait reconnaître son duché par Charles-Martel ; c'est grâce à cette organisation militaire qu'il pourra arrêter dix ans et plus les envahisseurs arabes, servir de rempart au monde chrétien, lutte glorieuse qui donnera à l'Aquitaine la conscience de son identité. L'existence d'une force guerrière aura là, comme en d'autres pays, précédé et créé la nationalité. Gomment expliquer autrement qu'une seule victoire ait conduit Clovis des bords de la Loire aux bords de la Garonne, et que le roi Pépin, à qui deux campagnes suffirent pour réduire les Lombards à discrétion ^ Pépin, trois fois plus puissant que Clovis, disposant de ressources militaires infi-