Frédég., c
AOTES 217
Ainsi, Glotaire semble avoir dû la victoire moins à la défection des Austrasiens qu'à la conspiration des seigneurs burgondes , le maire Warnachaire, le patrice Aléthée, les ducs Roccon et Eudelan, le comte Herpo, etc. Arnulf et Pépin, les chefs de l'Austrasie, ne sont mentionnés qu'une fois (Frédég. , c. 40) ; partout ailleurs, ce sont les grands de la Burgondie que nous voyons à l'œuvre. On pourra nous dire que Frédégaire, étant probablement burgonde, met toujours au premier rang les grands de son pays : il faut, en effet, tenir compte de cette circonstance, mais elle ne modifie pas sensiblement l'impression que ces faits nous laissent. Pour nous, ce sont bien les Burgondes qui, en se donnant à Glotaire, ont refait l'empire franc.
Voyons maintenant comment Glotaire en usa avec la Burgondie :
Il confirma d'abord Warnachaire dans ses fonctions de maire du palais, à vie (v. p. 64-65), mais il remplaça Eudelan , duc du pays transjuran par un duc franc appelé Herpo ; du même coup, à ce qu'il semble, l'autre Herpo, le comte, était dépossédé ; un soulèvement éclata contre le nouveau duc, qui voulait rétablir l'ordre dans ce pays si troublé; le comte Herpo, le patrice Aléthée, l'évêque de Sion Leudemond étaient les instigateurs de cette rébellion locale, oii le duc envoyé par Glotaire fut assassiné. Glotaire accourut pour venger son agent, mais ces chefs burgondes avaient de hardies et étranges pensées : Aléthée, qui descendait des anciens rois, ne visait à rien moins qu'à la couronne! Son complice, l'évêque Leudemond, se présenta secrètement à la reine Bertrude, lui prédit que Glotaire mourrait dans l'année, et l'engagea à fuir à Sion avec tout ce qu'elle pourrait saisir des trésors royaux; la ville était bien
fortifiée, le patrice Aiethée était prêt à quitter sa femme, à épouser Bertrude et à succéder à Glotaire ! Le coup manqua, Leudemond s'enfuit à Sion, puis à Luxeuil, puis réussit à obtenir sa grâce et à rentrer dans sa cité; Aléthée fut mis à mort ; on ne nous dit pas ce que devint le comte Herpo. A lire cette étrange conspiration, on sent que la Burgondie est devenue pour un instant le centre de l'empire.
En 616, Glotaire reçut dans sa villa de Bonneuil, près Paris, le maire Warnachaire, tous les évêques et les farons de Burgondie; « il souscrivit à toutes leurs justes réclamations et rendit des édits à cet effet , cunctis illorum justis petitionibus annuens, prseceptionibus roborat ^ » De quoi s'agissait-il? Nous ne savons au juste. On a supposé que l'aristocratie burgonde fît étendre à son pays les dispositions de l'édit de 61S ; mais cet édit n'était-il pas applicable de plein droit dans tout l'empire? Nous nous demandons s'il ne faut pas plutôt voir ici toutes les réclamations particulières des grands, qui avaient subi pendant quatorze ans (599-613) le gouvernement absolu de Brunehaui ^.
En somme, Glotaire, qui doit tant aux Burgondes, tient à les contenter; il semble que, bien que résidant aux bords de la Seine, il ait cherché en Burgondie ou son point d'appui principal ou un contrepoids par TAustrasie, déjà mécontente d'obéir à un roi neustrien. Aussi est-il populaire parmi les farons, témoin le portrait que fait de lui le chroniqueur burgonde : « patientise deditus, litteris eruditus, timens Deum, ecclesiarum et sa-