‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 135 sur 158 · IL · texte numérisé non relu

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Mieux vaut poursuivre cet ingénieux roman : Dagobert

réunit son armée « Entrée en Aquitaine, cette

puissante armée fondit d'abord sur la malheureuse ville de Poitiers, qui, souvent assiégée, n'avait probablement jamais été pressée par un si grand flot d'ennemis. Elle ne pouvait guère espérer de tenir contrq eux : cependant elle eut le courage de le tenter et ferma ses portes. Les Francs furent donc obligés d'en faire le siège ; ils la prirent et la saccagèrent. D'autres villes de l'Aquitaine furent sans doute traitées de même, mais on ignore lesquelles »

Nous allons voir que tout cela n'est qu'une fable!

M. Fauriel, pourtant, cite ses autorités : « Hist. Gén, de Lang,, I, p. 690; Altaserra [sic), Rer, Aquit. »

Ouvrons donc V Histoire de Languedoc à l'endroit indiqué. Nous y lisons en effet que Poitiers, s'étant soulevé contre Dagobert, fut pris et saccagé par son armée. Mais la preuve? Nos Bénédictins, comme

Fauriel, renvoient à Hauteserre et précisent le passage : « Livre VII, chap. iv. »

Recourons à Hauteserre [Reimm Aquitanicarum libri quinque qui sequuntur , autrement dit tome II de la compilation du jurisconsulte toulousain) ; nous y lisons : (( Per hœc tempora Pictavorum civitas à Dagoberto excisa et solo œquata, quod Wasconum partibus favisset, ex NicoL Vignerio et aliis scriptoribus rerum Gallicarum; excujus ruinis surrexit oppidum ejus nominis, veteris Pictavis supersunt vestigia et nomen. Hic est locus ubi Garlomanus et Pipinus regnum Fran-

corum inter se divisêre Urbem aratrum passam ei

sale aspersam ferunt, unde Pictones veteri scommate saliti dicuntur, Poictevhis salés ^ ut observavit vir doctissimus Joann. Bodinus, lib. III, de Rep. cap. 7 ».

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Ainsi, Poitiers fut rasé au niveau du sol, on laboura le terrain, on le sema de sel, c'est un jurisconsulte du xvn° siècle qui nous l'assure, et il en donne pour garants, d'abord en marge la Chronique de Bordeaux et Aimoin, puis, dans son texte, Nicolas Vignier et Jean Bodin.

Sans nous décourager, remontons encore à ces prétendues sources : ici, nous allons être déçus. La Chronique de Bordeaux de Gabriel de Lurbe, continuée par le sieur Damai, ne souffle mot de cela. Nicolas Vignier [Sommaire de r Histoire des Français^ IV livres, 1579, in-f°) n'en parle pas davantage. Faut-il aller chercher dans sa Chronique Burgonde, ou vérifier le passage cité

de Jean Bodin? Ce serait peine perdue, car nous

avons fini par démêler ailleurs l'origine de cette fable : elle se trouve dans un passage d'Aimoin, interprété et enjolivé par les Chroniques de Saint-Denis. Aimoin ^ dit simplement que Dagobert, dans son zèle pour enrichir l'église de Saint-Denis, dépouilla les autres églises de son royaume et entre autres celle de Saint-Hilaire de Poitiers. Le moine de Saint-Denis rapporte le même fait, mais (est-ce pour excuser la spoliation dont profita son église?) il y voit le châtiment d'une révolte, à la suite de laquelle Poitiers aurait été détruit, son sol labouré et semé de sel. C'est peut-être une tradition locale que le moine a recueillie, sans y croire tout à

fait : « si comme aucun vueullent dire », et qui

aura été forgée au moyen-âge pour expliquer un fait dont cette époque ignorante ne pouvait se rendre compte, l'existence des ruines du Vêtus Pictavis à côté du Poitiers nouveau. On y aura rattaché l'origine d'un

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