‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 136 sur 158 · IV · texte numérisé non relu

IV

dicton banal, qui se retrouve dans d'autres provinces {Bourguignon salé).

En fait, il n'y a pas trace sérieuse de cela dans Thistoire. Et c'est ainsi qu'un conte en l'air, recueilli par les Chroniques de Saint-Denis, remis en circulation par un savant de province du xvn*" siècle, a passé sans encombre dans une des plus doctes compilations du xvni'^ , puis a été accepté par les graves historiens de notre temps.

Note XV, p. 48.

Récapitulons ce que Frédégaire nous apprend sur ces chefs :

1° Le référendaire Ghadoind, qui avait le commandement suprême de l'armée, «jadis, aux temps du roi Thierry, avait montré sa vaillance dans beaucoup de

combats » En 613, Brunehaut l'avait envoyé en

ambassade auprès de Glotaire, avec le comte Herpo (Frédég., c. 40); il avait fait probablement comme Herpo, il avait passé du côté du plus fort, si nous en jugeons par la haute situation où nous le retrouvons vingt-deux ans après. — M. Dareste, nous ne savons pourquoi, dans son récit de la guerre de 635, supprime Ghadoind. Il dit que « Parmée de Bourgogne » était « sous les ordres du patrice Willebad (sic) » . Willibad était en effet de l'expédition, mais il ne la commandait pas, le texte est formel : « statuens eis caput exercitus

nomine Ghadoindum » — En tout cas, Ghadoind, par

ce que nous savons de lui, est très certainement un seigneur burgonde ;

NOiKS '2'.]l

2" Arimbertus ne nous est connu que par sa défaite et sa mort, rapportées au cours du récit ;

3* Amalgarius est un des deux chefs qui, en 628, à Saint-Jean- de- Losne, sous la direction de Willibad, mettent à mort le malheureux Brodulf. Un peu plus tard, il est un des deux ambassadeurs que Dagobert envoie à Sisenand, pour lui réclamer le prix de notre assistance; en 641, nous le retrouvons, tramant avec le maire Flaochat la mort du patrice Willibad ;

4^* Leudebertus, inconnu ;

5" Wandalmarus, inconnu aussi. — Nous trouvons dans Frédégaire un Wandalmar, camérier, qui en 585 livre à Gontran la veuve et les trésors de Mummolus, est établi en 591 duc du pays transjuran, semble même avoir été patrice de Burgondie (Frédég., c. 34) et meurt en 604 ;

6° Waldericus, inconnu ;

7^ Ermenus reparaît en 641 dans Frédégaire : partisan de Flaochat, mêlé aux incidents de la mort de Willibad, il est qualifié de « domesticus » ;

8° Barontus avait, nous le savons, exercé un commandement en Aquitaine, probablement à Toulouse, puisqu'il avait été chargé par Dagobert, en 630, de saisir et d'amener à Paris le trésor de Garibert. Nous avons dit comment il remplit sa mission ;

9° Ghairaardus (variante : Airardus ; il semble que ce soit son vrai nom : Airardus, Ghairardus avec l'aspiration, Gérard en français) était, nous dit Frédégaire, « de race franque » ;

10*" Ghramnelenus (Ramelenus dans les Gesta Dagoberti; autres variantes : Ranlenus, Ghramlenus) était

238 ^OTEs

a de race romaine ». Il sera en 641^ avec Amalgaire, le principal complice de Flaochat pour la mort de Willibad 1 ;

11° Willibad, « patrice, de race bm^gonde », paraît avoir eu un grand rôle; dès 628, nous le rencontrons patrice en Burgondie ; c'est lui qui préside au supplice de Brodulf. En 635, nous le retrouvons avec son titre dans l'expédition de Wasconie. En 641, nous assistons à sa lutte avec Flaochat et à sa chute ;

12° Enfin, Aigina, (( de race saxonne ». Nous le connaissons, nous savons qu'avant 628, il était duc du côté de la Garonne et luttait déjà contre les hommes et les intérêts du midi. L'installation royale de Garibert à Toulouse dut lui enlever son commandement ou en diminuer le prestige ; mais nous devons supposer, en le retrouvant dans l'expédition de 635, qu'à la mort de Garibert il avait recouvré sa première situation.

Au total, sur les onze chefs que nomme Frédégaire après Ghadoind, quatre seulement, et les quatre dernierS; sont caractérisés par la mention de leur race (Ghairaardus, franc; Ghramnelenus, romain ; Willibad, burgonde ; Aigina, saxon). Le chroniqueur semble dire implicitement par là que les sept premiers sont du pays où l'armée fut levée, c'est-à-dire sont burgondes ou aquitains. Toutefois, D. Bouquet, en publiant le texte des Gesta Dagoberti (en cet endroit, c'est mot-à-mot celui de Frédégaire), a adopté une ponctuation d'où résulte un sens différent : il fait suivre d'une virgule les noms des sept premiers chefsj

1. Frédég'.. c. 90. Cff. ChraiiilinuS; évèque (.VEiîibruii; déposé en G78; Par dessus. Il, 178.

d'un point-virgule celui du huitième, Ghairaardus; il en résulte que l'indication « ex génère Francorum », au lieu de ne concerner que celui-ci, s'appliquerait aux huit premiers noms ensemble. Cette lecture est spécieuse, mais ne résiste pas à l'examen ; parmi les huit chefs qui, à ce compte, seraient « de race franque w, nous en trouvons deux au moins, Amalgarius et Ermenus, qui sont incontestablement, entre 628 et 641, considérables en Burgondie; or, en règle générale, et sauf exceptions que les chroniqueurs signalent, les grands personnages de la burgondie sont des Burgondes. Gomment se pourrait-il d'ailleurs que, sur les onze chefs d'une armée levée en Burgondie, huit fussent francs, un saxon, un romain, un seul burgonde? Cette réflexion a échappé à M. Fauriel, qui semble avoir suivi la leçon des Gesta : « La plupart (des chefs) sont

des Francs un seul est Burgondien, le patrice Wil-

libaid [sic) » M. Fauriel oubliait donc ce qu'étaient

en Burgondie Chadoind, Ermenus? Du reste, pour

éviter la difficulté, il a Fair d'ignorer que l'armée avait été levée en Burgondie, bien que Frédégaire le dise en deux endroits. On croirait, à le lire, que ce serait une armée ncustrienne qui aurait fondu sur la Wasconie! Erreur logique, du reste ; du moment qu'il conduit d'abord cette armée devant Poitiers (sur quelles autorités, nous l'avons vu)^ il a dû la supposer neustHenno et a supprimé simplement ce qui gônait son hypothèse.

Pour nous, nous croyons que Frédégail^e, par cela même qu'il ne donne l'origine personnelle que de quatre chefs sur on^e, considère tous les autres comme appartenant au pays d'où l'armée a été tirée, c'est-àdire au royaume burgondo-aquitaih. A cette interpré-

240 \OTES

tation, on ne peut opposer qu'une légère objection : d'où vient l'ordre singulier adopté par Frédégaire pour son énumération (d'abord sept chefs sans mention d'origine, burgondes ou aquitains selon nous, — puis un franc, — puis un romain, — puis Willibad « ex génère Burgondionum — puis un saxon)? Pourquoi, si les sept premiers chefs sont burgondes ou aquitains, Frédégaire n'a-t-il pas indiqué leur race, comme il l'a fait pour Willibad? Et pourquoi sont-ils séparés de

Willibad par un Franc et un Romain? Y aurait-il

trop de subtilité à supposer que les quatre derniers chefs étaient les seuls possédant une généalogie, genus, soigneusement rappelée par la chanson guerrière d'où le récit du chroniqueur semble tiré, — tandis que les autres n'ayant pas d'arbre généalogique, leur nationalité serait suffisamment indiquée par cela seul qu'ils commandaient dans « l'armée de Burgondie »?

Note XVI, p. 56.

Quels sont exactement les territoires dont l'Austrasie obtint l'expectative en 634, la possession en 638?

Il résulte évidemment du texte de Frédégaire que le règlement de 634 se réfère, pour les territoires rendus à l'Austrasie, à un partage antérieur (quidquid ad regnum Austrasiorum jam olim pertinuerat), qui ne peut être que le pacte solennel d'Andelot en 587, — ou le partage de S96 entre les deux fils de Childebert IL

Or le pacte d'Andelot avait assuré à l'Austrasie : l^'au nord-ouest de l'Aquitaine, Tours et Poitiers ; 2° au centre, l'Auvergne, le Velay, le Gévaudan, le Quercy, l'Albigeois, le Rouergue, le Vivarais, les cités d'Alais et

\OTi:s 211

d'Uzos; 3° au sud-est, en Provence, Avignon, Aix, Marseille, Fréjus et Vence ; 4° au sud de la Garonne, Aire, le Labourd et le Gonserans i.

Le partage de 596 avait conservé toutes ces possessions à FAustrasie, plus : 1° Limoges; 2" Bordeaux, Benarnum et Begorra ''^.

D'un autre côté, Frédégaire nous apprend que le règlement de 634 (qui visait nécessairement un de ces deux partages) fut exactement observé après la mort de Dagobert : « quod postea temporibus Sigiberti et Glodovei regum conservatum fuisse constat. » Dans ces conditions, pour savoir si c'est le partage de S87 ou celui de 596 qui servit de base à la transaction de 634, il suffit de chercher un indice assez significatif ; en voici un, ce nous semble : nous savons que la cité de Bordeaux était burgonde en 587, austrasienne en 596 ; or, une inscription ^ nous apprend qu'à Bordeaux, en 643, on datait de l'avènement de Glovis II; si donc Bordeaux après Dagobert n'est pas retourné aux Austrasiens, c'est bien sur le pacte d'Andelot, et non sur le partage de 596, que l'assemblée de 634 s'était réglée.

Gette démonstration est confirmée par les rares faits du vn'^ siècle qui nous sont parvenus :

En 640, nous voyons Bobo, duc desArvernes, combattre au delà du Rhin dans les rangs austrasiens ^ ; Preejectus, évoque d'Auvergne, va trouver le roi Ghildéric II dans une de ses résidences au delà des Vosges, pour en obtenir des immunités en faveur de son église; ce

Page 1