Frédéf^'., c
Mérovingien inventé un instant par Ebroïn. Aussi le maire neustrien, lorsqu'il se fut réconcilié avec Thierry III, puis avec Genesius, ne se fit-il pas scrupule de sacrifier Adalric à leurs ressentiments, malgré son évidente complicité avec lui, malgré cette amnistie dont nous parle le biographe de Léodegaire. En 677, tous les biens d'Adalric étaient confisqués, et un diplôme de Thierry III (Pardessus, II, 177) en gratifie le monastère de Bèze, dans la haute Burgondie. Ce diplôme motive la confiscation : « postquam omnibus patefactum est qualiter Adalricus Dux, Deo sibi contrario, nobis infidelis apparuit et se Austrasiis consociavit, ut adversum nos et nostros fidèles scelera sua, si Dominas Deus permisisset, exercuisset, nos, propter ipsum iacinus, omnes res suas ad nostrum fiscum jussimus revocari... »
En rapprochant ce document d'un autre dipfôme de 657 (Pardessus, II, 105), on doit présumer qu'Adalric était duc aux environs de l'abbaye de Bèze, dans la région de la Haute- Saône.
Note XLI, p. 165.
M. Fauriel (III, 37) parle d'une invasion d'Eudes en Septimanie en 688. Nous n'avons pu découvrir où il a pris ce fait, ou plutôt ce double fait, car il s'agirait : 1^ d'une incursion des Aquitains en Septimanie à la date de 688, petit détail qui a pu nous échapper ; 2° de l'existence d'Eudes en 688, circonstance autrement intéressante.
Note XLII, p. 169.
M. Fauriel, qui déclare oiseux de rechercher auxquels des royaumes francs l'Aquitaine a appartenu après 638, raconte (111, 37) qu'Eudes avait enlevé les pays d'Aquitaine « les uns aux rois de Neustrie, les
autres aux rois d'Austrasie , de 687 à 715. » Or :
1° il n'y avait plus, à ces dates, de rois d'Austrasie; 2"" l'Austrasie, depuis 673, n'avait plus rien dans la Gaule méridionale.
Note XLIII, p. 170.
Voici comment un hagiographe {Ex vitaS. Ansberti, cpiscopi Rotomagcnsis, ab Aigrado monacho Fontancl- Icnsi, fere xquali, scripta^ ap. Bouq., III, 616) raconte l'élection de Lantbert (en l'an 681) :
« Defuncto sancto Genesio Pra;sulo ejusdem ur-
bis [Lugduni] ilico plus Rex Theodericus et in-
clytus Princeps Pippinus cuni proceribus Palalii
salubre agentes consilium, divina providente jussione, in preefata urbe , cum unanimo ejusdem regionis populi voto, ejusdem urbis eum constituerunt antistitem »
11 y a ici une inexactitude évidente : en 681, Pépin d'Héristall n'a pu prendre aucune part à l'élection d'un prélat dans le royaume neustro-burgonde. Si nous écartons cette erreur, facile à expliquer chez un écrivain de la période carolingienne, que reste- t-il? Evidemment que Lnntbcrt fut choisi par Thierry 111 et
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son consuil. Sans doutu le vœu du peuple est mentionné ici, pour la forme. Mais nous ne pouvons croire que le clergé et le. peuple de Lyon, livrés à eux-mêmes, seraient allés spontanément choisir leur nouveau chef hors du diocèse, dans un monastère de la basse Seine (Saint-Wandrille) ; il n'est pas douteux que l'initiative royale, cette fois, précéda le vœu populaire.
Note XLIV, p. 186.
Pour établir que saint Eucher commandait à Orléans en 7/P, il nous faut examiner son histoire. On y verra, du reste, ce que devaient être dans certaines cités d'Aquitaine, dans presque toute la Burgondie, ces évêques-comtes dont nous avons parlé :
Eucher était neveu de ce Savaric qui , évêque d'Auxerre, de noble naissance, avait conquis en 715, parmi la confusion générale, à la tête d'une armée d'hommes errants rassemblés de tous côtés, les territoires de Troyes, Orléans, Nevers, Tonnerre (enlevé au diocèse de Langres), Avalon (au diocèse d'Autun), et était mort en marchant sur Lyon. Savaric eut pour successeur à Auxerre un évêque appelé Hainmar, noble, riche, puissant, qui posséda dans la haute Burgondie un véritable duché ( « in tantum ejus potestas seculariter excrevit ut usque ad ducatum pêne totius Burgundiœ perveniret ^ »), mais qui finit cependant, autant qu'on peut discerner la vérité à travers les fables de son histoire, par subir la loi de Charles-Martel. — A Orléans, ce ne fut pas Hainmar qui remplaça
1. Ili^t. Episc. Autissiodorenshmi, c. 27, ap. Bouq.; III, 639-640.
NOTES 2 i /
Savaric ; le peuple de la ville, convoqué par ses magistrats municipaux, « omnis plebs Aurelianorum a senatu accersita », députa à Charles-Martel pour lui demander de nommer évoque (ou de laisser nommer) le propre neveu de Savaric, Eucher, qui était alors
moine à Jumièges ; Charles y consentit, Eucher
entra dans Orléans aux acclamations de son peuple, seize ans se passèrent Mais les familiers de Charles-Martel desservaient Eucher auprès de lui Ils
lui conseillaient d'envoyer en exil le prélat et tous ses parents, de partager les biens et la puissance des exilés entre le fisc et ses propres compagnons ; et Charles disait à son tour : « Vous savez si cette famille est arrogante, et guerrière, et' puissamment riche! A cause d'elle, nous ne pouvons rien terminer d'une façon décisive. » Aussi, après sa victoire sur les Arabes en Aquitaine, passant par Orléans, ordonnat-il à Eucher de le suivre jusqu'à Paris, d'où il l'envoya en exil avec ses parents, d'abord à Cologne, puis dans le Hasbain C'est là que saint Eucher mourut i.
Dans tout ce récit, les dates manquent; mais il est aisé de les rétablir ; la victoire de Charles sur les Arabes « gens nefanda Ismaëlitarum », en « Aquitaine», ne peut être, on s'accorde aujourd'hui là-dessus ^, que la bataille de Poitiers, en octobre 732 ; or, c'est au retour de cette victoire que Charles ordonna à Eucher de le suivre à Paris, et le biographe nous dit que le prélat était alors dans la seizième année de
1. D. Bouq., m, 655. Ex Vita S. Evcherii episcopi A^irelianensis auctore anonymo ejiis œqitali.
2. Voy. la note de D. Bouquet, à rendroit cité. — Broysig, p. 70-71 : Ricliter.}). 193-195.
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son épiscopat; cela porte son institution entre 717 et 7'J8, et cette circonstance qu'elle aurait été demandée à Charles, accordée par lui, n'a rien d'invraisemblable, puisqu'en cette année 717 le chef austrasien, victorieux à Vincy, pénétra jusqu'à Paris (contin. de Frédég., c. 106).
Ainsi Eucher commandait à Orléans dès 717, et il semble qu'en 719, imitant Rigobert de Reims, il ferma les portes de sa cité aux Austrasiens. Pas plus qu'à Rigobert, Charles ne le lui pardonna; mais il dut attendre treize ans sa vengeance. M. Roth (Rw., p. 331) refuse d'admettre que Charles ait exilé Eucher par avidité pure, pour s'emparer de ses richesses, comme l'insinue le biographe, — M. Roth a bien raison ; — il estime que la ruine d'Eucher dut avoir une cause toute politique ; cette cause, la voici : Eucher, maître du point le plus stratégique de la Loire, couvert à l'est par les possessions d'un autre prélat aussi indépendant que lui, Hainmar d'Auxerre, couvrait lui-même le duc d'Aquitaine ; nous venons de voir qu'en 719 Charles dut s'arrêter devant Orléans (ce qui sauva Eudes de sa poursuite) et descendre probablement jusqu'à Tours pour pouvoir passer la Loire; on peut présumer ^ qu'en 731, lors de ces hostilités entre Eudes et Charles oh celui-ci dévasta à deux reprises le pays au sud de la Loire, Eucher, persistant dans une neutralité qui était une trahison aux yeux du chef des Francs, lui aura encore fermé les portes de sa ville. C'est en ce sens que nous sommes tentés d'expliquer la dernière ligne des plaintes de Charles : a nostis gentem hanc ferocissimam ac bel-