‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 39 sur 158 · l;ou(i.,iil · texte numérisé non relu

l;ou(i.,iil

M;K\iii;r.K section 70

ingouveraables , qui, à (brce de combattre entre eux depuis un demi-siècle, semblaient avoir oublié la vraie guerre, il les mena vingt-six ans en campagne, les plia au service régulier, leur rendit des mœurs militaires, l'habitude de l'obéissance, et par cela même fit revivre en eux l'esprit national : la France se retrouva. Mais on comprend sans peine qu'absorbé par cette rude tâche, les yeux fixés sur le Rhin, où était le vrai danger. Pépin ait laissé à elles-mêmes les cités de la Gaule méridionale , qui ne le menaçaient pas. Jamais , sauf peut-être au milieu du x" siècle, le Midi ne fut plus étranger au Nord.

Ainsi, pour ces diverses causes, au vu'' siècle, après Dagobert, « l'œil du maître » n'est plus ouvert sur l'Aquitaine.

§ III. — Par les envahisseincnts de l'aristocratie laïque.

Non seulement le maître regarde ailleurs, mais encore son autorité sur les siens, depuis le commencement du siècle, s'affaiblit de plus en plus. Tous les historiens Tout dit, et nous n'irons pas le redire après eux; notre tâche est de montrer que cet avilissement de la royauté dut se produire plus tôt et être plus sensible dans le midi que dans le nord. Mais, avant de considérer la décadence de l'administration mérovingienne dans la Gaule méridionale, qu'on nous permette de rappeler d'abord les traits essentiels de cette administration, tels qu'ils ont été fixés par les travaux de Guérard, Jacobs, Waitz, Roth^ Sohm, Fustel de Goulanges, pour ne citer que les modernes (v. note XXïII).

Les rois francs, après la conquèle de la Gaule,. avaient

80 LIVRK DEUXIÈME

conserve, pour faire exécuter les ordres du gouvernement régulier qu'ils voulurent maintenir à leur profit, plusieurs degrés de fonctionnaires, et particulièrement les ducs et les comtes.

Le comte (comes, judex, graf), relevant immédiatement du roi, nommé par lui, révocable par lui, exerçait, dans des limites sur lesquelles on discute encore et que nous n'avons pas besoin de définir ici de trop près, le pouvoir militaire, judiciaire et financier dans l'intérieur d'un comté.

Le comté (comitatus, pagus major, grosse gau) correspondait exactement, — du v" au vu'' siècle, sauf quelques exceptions, — au territoire de la cité romaine du iii*^ siècle, au diocèse ecclésiastique.

Souvent le comte était assisté d'un lieutenant, missus comilis. Il avait au-dessous de lui des centeniers, administrant les centena, subdivisions du comté.

En somme, le comté était la base du système administratif des Mérovingiens.

Au-dessus du comte, selon Waitz, à côté de lui suivant Sohm, se trouvait le duc (dux, herzog), qui réunissait plusieurs comtés (trois, quatre, sept et même douze) sous son autorité, dans son ducatus, vaste circonscription, parfois établie à titre temporaire, pour des causes et dans quelque but particuliers, mais ordinairement permanente. Ce ressort supérieur n'existait pas partout. Mais, là où il existait, se trouvaient nécessairement en présence un duc et plusieurs comtes, dont les attributions respectives et surtout les rapports hiérarchiques n'ont pas été encore bien nettement déterminés. Toutefois, Waitz et Sohm, qui contestent là-dessus, Waitz voulant faire du comte un subalterne du duc, Sohm n'admettant pas cette dépendance, s'accordent à recon-

l'IlEMlElll-: SKCnO.N

naître que la force des choses dut amener une certaine séparation des affaires, le comte gardant plus particulièrement l'administration de la justice, le duc exerçant avant tout le commandement militaire supérieur : <( L'importance du duché, dit Sohm (p. 478), consistait en ce qu'il réunissait en une unité les pouvoirs militaires d'un groupe de comtés pour la convocation guerrière, la défense du pays, le maintien de la paix publique. »

Les duchés étaient donc essentiellement des commandements militaires, qui n'existaient pas partout au vn° siècle, qui paraissent avoir été conservés en vue de nécessités spéciales, soit de défense, soit de surveillance sur les pays conquis. A ce titre, on peut présumer qu'ils étaient plus nombreux au midi qu'au nord. Les provinces du sud, conquises plutôt qu'occupées par les Francs, n'étant guère rattachées à leur empire que par le système administratif, on avait dû veiller, dès l'origine, à rendre ce système plus complet là qu'ailleurs. Nous avons vu ^ qu'il y avait au moins, dans toute la Gaule méridionale, dix ou onze ducs, sans compter les patrices de Burgondie et de Marseille , qui n'étaient que des ducs avec un titre et une situation plus relevés.

Mais l'institution même de ces grands commandements militaires devint promptement un danger pour le pouvoir central. Sohm l'a fort bien remarqué. Ajoutons que ce danger dut apparaître tout d'abord dans la Gaule méridionale, parce que les ducs s'y sentaient loin du roi; parce que les populations conquises, peu sensibles aux avantages d'un gouvernement central dont elles ne voyaient que les charges , y étaient plutôt favorables qu'hostiles à tout ce qui pouvait affaiblir

Page 1