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emparés, et qui, comme toute délégation royale, étaient nécessairement révocables en droit.
Ainsi, indépendance, richesse, naissance, autorité judiciaire, les évêques réunissent tout ce qui en impose aux hommes, — et cela dans leur propre pays. Admettons un instant que cette prépondérance redoutable de Tépiscopat n'ait pas été plus marquée, plus complète dans le midi que dans le nord : si l'on nous accorde seulement qu'elle l'ait été autant, cela nous suffira pour pressentir des suites plus graves, plus décisives au sud de la Loire qu'aux bords de l'Escaut, puisque l'Aquitaine ne dépendait guère des Francs que par les rapports des chefs locaux avec le gouvernement central. Mais tout indique que les conditions d'indépendance et de puissance énumérées plus haut se rencontraient surtout dans certains évêchés de la Gaule méridionale; reprenons ces conditions une à une :
l*" Indépendance. — Parcourez les hagiographes, vous y verrez presque toujours les évêques d'Aquitaine élus par le clergé et le peuple de leur cité ;
2" Indigénat. — Sur les quarante-un prélats qui proclament à Reims que l'évêque doit être non seulement élu, mais « indigène », il y a quatorze Aquitains, dont Flodoard donne les noms. Or, si des vingt-huit diocèses de l'Aquitaine on en déduit huit où l'épiscopat semble avoir été dès lors supprimé ou annulé ^, on voit que les trois quarts des évoques aquitains se prononcent pour cette règle, qui répondait si bien aux vœux de leur pays;
Elîoro, Benarnimi, Consoraiii, Begona, Coiivencc, Lactora, Aqr.tC; Vaisutes; V. Drapcyron, p. 46.
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.3^ Noblesse. — Le peu que nous savons des églises d'Aquitaine en ces temps obscurs nous les montre aux mains des grandes familles du pays (v. plus loin, p. 142-150, 160, 168-1G9);
4^* Richesse. — Les églises de l'Aquitaine, celles du moins qui subsistaient au vu'' siècle , devaient être fort opulentes (v. note XXIX), d'abord parce qu'il y avait assurément plus de prospérité matérielle dans le midi que dans le nord ; ensuite parce que la race des conquérants, moins pressée au sud de la Loire qu'aux bords de la Seine ou de de la Meuse, avait dû y disputer moins âprement la possession du sol au monde ecclésiastique. Dès le milieu du vi*" siècle, on se plaignait à Poitiers de la richesse envahissante des églises de Tours et de Limoges, « quod Martinus et Martialis nihil fîsci juribus utile reliquissent » (Grég. de Tours, IV, 16). — Aussi, lorsque Dagobert, pour se créer des ressources, veut soumettre de nouveau à l'impôt les terres d'église qui s'y étaient soustraites, c'est aux églises d'Aquitaine principalement qu'il semble s'être attaqué. C'est un hagiographe du Berry qui nous le montre ordonnant de lever sur les biens de l'Église un impôt criminel^ impie, inaccoutumé (nefandus, insuetus census, impia descriptio), puis capitulant, « par crainte de mort subite ^ ». C'est un moine du Poitou qui nous fait connaître sa tentative d'enlever aux monastères, au nom de la raison d'Etat, par une mesure générale, la moitié de leurs domaines « pour les partager à ses soldats- ». Ainsi, c'est en Aquitaine que l'institution des précaires (royaux) apparaît pour la
i. Éx tita S. Sulpîcli epistopi BituHceAsis, api Bouq., III, 509-511. % Ex miracuUa 6'. Màrtiiii^ ûMatis VerfAceAsis, âi)» Bouq., III, 517.
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première lois, preuve de la surabondance des richesses ecclésiastiques dans cette région. Du reste, tous les évc-. ques méridionaux de cette époque dont nous entretiennent les hagiographes possèdent ou administrent de grands biens (v. p. 142 et suiv.). L'éveque de Poitiers, Dido, a de nombreuses richesses, « divitiarum opibus repletus ^ ». L'éveque d'Auvergne, Pra'jectus, reçoit de magnifiques donations testamentaires et les emploie à fonder des couvents , à bâtir et doter un hospice ^ etc. (v. note XXX) ;
5° Pouvoir séculier. — Sur ce point, nous ne rencontrons guère d'indications spéciales pour l'Aquitaine, — du moins au milieu du vn'' siècle, car pour la fin elles abondent ; mais alors ce sont plutôt des conséquences que des causes et leur place n'est pas ici ; on les trouvera plus loin, en leur lieu. Rappelons toutefois qu'avant 660 un contemporain de Dagobert et de Bathilde, Dido de Poitiers, faisait exercer dans son diocèse par son archidiacre (qui fut depuis l'illustre Léodegaire) un pouvoir judiciaire qui s'étendait assurément sur les choses du siècle : « cum mundanœ legis censuram non ignoraret, sœcularium terribilis judex fuit ^. »
En voilà assez, ce nous semble, pour reconnaître que les évoques de la Gaule méridionale^ entre tous,, disposaient, dès le milieu du vii'^ siècle^ d'une puissance séculière exorbitante, incompatible avec les droits du pouvoir central et d'une administration régulière (v. noteXXXI).
Aussi la royauté, qui voyait et mesurait le danger^