Ex mirac. S. Mai-lialis, Bouq., IIL
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tité et y aurait fait naître ainsi, pour la première fois depuis des siècles, le vrai sentiment national.
Une dernière question se présente naturellement à l'esprit : Félix et Lupus se contentèrent-ils d'être indépendants en fait, comme pouvait l'être tout grand fonctionnaire assez puissant pour rompre avec le gouvernement central, ou se firent-ils prêter parles populations le serment direct de fidélité, qui jusque-là n'était dû qu'au roi? C'est là la révolution décisive-, le point précis où s'arrête la dissolution féodale décrite plus haut et où commence la reconstitution nationale que nous allons étudier. On peut présumer que cette révolution s'était faite du jour où Félix avait réuni sous son « principat 1 » les Wascons indépendants et les cités gallo-romaines, du jour surtout où les populations de la Garonne lui avaient librement choisi un successeur. Mais en tout cas nous verrons plus loin ^ qu'après 673 c'était un fait accompli et que Lupus exigeait le serment des cités dont il s'emparait.
§ 3. — Concile de Bordeaux,
Nous n'avons sur Lupus que deux dates : L'une, approximative, est celle d'un concile tenu aux environs de Bordeaux, à Castres-Gironde probablement, entre 670 et 673. Ce concile, s'il est authentique (v. note XXXVI), aurait été tenu « per jussorium gloriosi principis Ghilderici régis,.,... mediantevlro inlustri Lupone
1. Titre réservé au pouvoir souverain. AVaitz II, 129, Cfr, Fustel de Coulanges, 482.
duce 1 », par Tordre du roi Ghildoric et par l'entremise (ou avec la permission) du duc Lupus, vir inliister. Or, parmi les pères de ce concile figure l'archevôque de Bourges, cité neustrienne qui n'a pu dépendre de Childéric que pendant la courte période où celui-ci fut seul roi des Francs, c'est-à-dire entre 670 et 673. C'est donc entre ces deux dates qu'il faut placer ce concile, et voilà une première donnée sur l'époque où vivait Lupus. Elle concorde fort bien avec les dates approximatives que nous avons déterminées plus haut pour son prédécesseur Félix.
Assistaient à ce concile les trois métropolitains de l'Aquitaine, les archevêques de Bourges, Bordeaux et Eauze; les douze évêques de Périgueux, Auch, Béarn, Bazas, Aire, Lectoure, Gomminges, Oloron, Dax, Gonserans, Gahors et Agen; plus deux abbés, l'un délégué de l'évêque de Limoges, l'autre de l'évêque d'Alby.
L'évêque de Toulouse n'y siégeait pas, parce que les trois provinces ecclésiastique d'Eauze, Bordeaux et Bourges y étaient seules représentées ; le diocèse de Toulouse appartenait à la province de Narbonne ou plutôt n'appartenait à aucune depuis que la bataille de Vouillé avait séparé Toulouse de la Septimanie.
L'abstention des huit autres évêques de l'Aquitaine (Saintes, Angoulême, Poitiers, Auvergne, Velay, Gévaudan, Rhodez, Bigorre) s'explique moins aisément (v. note XXXVI).
Les actes mômes du concile offrent peu d'intérêt : ce sont des prescriptions assez vagues de discipline ecclésiastique.
1. Histoire du Languedoc, nouvelle édition, tome IL Prrvi^e.'^, col. 40- 42; Pardessus, Diplomata, cliartne. etc., t. Il, p. 129,
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Mais ce qui doit nous intéresser, c'est la formule en vertu de laquelle les dix-sept prélats se réunissent : « par l'ordre du roi Ghildéric, par l'entremise (ou avec
la permission) du duc Lupus » Le concours de ces
deux personnages, entre lesquels on supposerait plutôt à jwiori des rapports hostiles, est attesté par le seul fait de la réunion du concile. Pour faire siéger ensemble l'évêque de Bourges, qui était certainement sujet de Ghildéric, et les prélats de la Novempopulana, qui non moins certainement obéissaient à Lupus, la permission des deux princes était nécessaire. C'est cette double autorisation qu'exprime la formule.
Nous croyons y voir encore autre chose : en ce qui concerne les diocèses du nouvel état de Toulouse, les plus nombreux au concile (au moins dix sur dix-sept), il semble qu'elle caractérise assez heureusement leur situation politique ; on inscrit encore en tête des actes le nom du roi, mais on y joint celui du vrai maître, du puissant prince aquitain, qualifié de vir inluster (titre réservé alors aux rois seuls ^ ou depuis aux maires du palais carolingiens ~).
On ne peut pas conclure nécessairement, de ce que le concile se réunit dans le diocèse de Bordeaux, que cette cité fût à Lupus ; mais cela reste bien vraisemblable. Du reste, nous le verrons bientôt s'emparer de Limoges, ce qui implique presque forcément son entrée dans la plupart des cités du bassin de la Garonne.
1. Waitz, II, 128; Pardessus, I, 191-193; Fustel de Coulonges, 482.