‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 76 sur 158 · Richter, p · texte numérisé non relu

Richter, p

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C'est un serment de ce genre, implicite ou explicite, que Lupus exigea, il nous semble, des cités de l'Aquitaine dont il entreprit la conquête.

On ne voit pas qu'il se soit heurté aux montagnes de l'Auvergne, peu abordables, habitées par la race la plus belliqueuse de la Gaule méridionale. Mais il apparut avec son armée devant Limoges, la ville la plus centrale du pays entre Loire et Garonne. Limoges, comme Glermont, comme mainte autre cité du midi et même du nord ^ semble n'avoir eu alors d'autre chef que son évêque, car l'hagiographe ne mentionne ni comte, ni gouverneur laïque quel qu'il soit ; Lupus n'a devant lui que les habitants et leur évêque : « advenit et pontifîcem ex ipsa urbe et omnes concives ad se adunare jussit, ut fîdem eorum extorqueret et eos ad suum regimen perstringeret... ». — « Il arrive, il ordonne à l'évêque et à tous les citoyens de sortir de la ville et de venir le trouver, voulant leur arracher le serment de fidélité et les assujettir à son gouvernement. » Le reste du récit est d'une singulière obscurité ; il prouve néanmoins que Lupus entra dans la ville et que cette conquête jeta l'effroi au loin (v. ci-dessous).

Mais il semble que Lupus ait péri à Limoges même. L'hagiographe nous raconte en effet que le conquérant, ayant pénétré jusqu'au sanctuaire où le patron de la cité, saint Martial, était enseveli, voulut enlever au tombeau du bienheureux une ceinture d'or garnie de pierres précieuses ; alors un citoyen 'de Limoges, un homme du peuple, appelé Proculus, saisissant une épée, la lui planta dans la cervelle : « jubente Domino et inter-

1. Cfr. Betharius, à Chartres, vers 600; Lupus, à Sens, vers 613; Rigobert, à Reims, en 717, Ap. Bouq., III, p. 488, 491, 657.

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cedente beato Martiale , quidam homunculus ex ipsa civitate, cui nomen Proculus, arripuit gladium et eum in cerebrum ejus defixit... ». Lupus, que ses soldats soutenaient sous chaque bras, se fit apporter de l'huile de la lampe allumée devant le tombeau du saint et la fit verser sur sa blessure ; mais aussitôt, à la vue de tous, flamme et fumée jaillirent de la plaie... Tous les habitants de Limoges s'attendaient à être massacrés avant la nuit... « Mais parla volonté de Dieu et par l'intercession du bienheureux, à la neuvième heure du jour, une paix, une joie inénarrable leur advint. Déjà le palais du roi des Francs, toutes les villes, tous les châteaux étaient dans l'effroi, dans le tremblement au nom de Lupus, quand par la miséricorde de Dieu, l'assistance et l'intercession du serviteur de Dieu, du bienheureux saint Martial, la paix fut rendue à tous instantanément ». « Sed nutu Dei et intercedente beato viro, hora nona diei, ipsis pax et gaudium inenarrabile advenit. Et jam palatium régis Francorum et omnes urbes et castella timor et tremor nimius et murmur ipsius invaserat, unde Domini misericordia adjuvante et intercedente famulo Dei beato viro sancto Martiale, pax restituta omnibus continuo fuit... ».

Ce langage mystérieux, que nous avons tenu à citer tout au long, paraît avoir embarrassé les historiens de la Gaule méridionale, qui ne s'y sont pas arrêtés. Cependant, il ne peut avoir que deux sens : ou que Lupus, guéri instantanément (à trois heures de l'aprèsmidi) par l'huile du saint tombeau , fit grâce aux habitants de Limoges ; ou qu'il mourut le même jour de sa blessure. La seconde interprétation nous paraît de beaucoup la meilleure: d'abord, parce qu'on guérit rarement d'un coup d'épée dans la cervelle, à moins

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