SUR LES RAPPORTS D'ÉBROIN AVEC LA GAULE MERIDION.ALE
Ce coup d'œil jeté sur la Gaule méridionale en 674 nous montre que la dissolution féodale signalée et étudiée plus haut (1'^ section, chap. m) avait porté ses fruits : la souveraineté des Francs était ou abolie ou réduite à un nom. Nous soulignons ces termes, parce qu'ils représentent exactement, dans notre pensée, le double aspect que devaient offrir alors les pays d'outre- Loire : des Pyrénées à Limoges , l'alliance des Wascons, leur introduction dans le pays, l'unité qui se faisait autour de Toulouse, les droits de souveraineté que s'étaient arrogés peut-être Félix et certainement Lupus, tout atteste une séparation définitive et fait pressentir comme une vie nouvelle; la branche, coupée du tronc et replantée, reverdissait et allait donner une autre floraison. Au contraire, dans les trois grands diocèses qui confinent à la Loire (Auvergne, Berry,
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Poitou), longue zone semi-circulaire, exclusivement gallo-romaine, les armes de l'Etat wasco-toulousain n'avaient pas encore pénétré; chaque cité restait indépendante de fait, mais isolée sous l'administration de son évéque (nous l'avons vu pour l'Auvergne et le Poitou, nous pouvons le conjecturer pour le Berry, dont nous ne savons rien d'ailleurs), et les rapports volontaires avec le gouvernement mérovingien n'étaient pas nécessairement interrompus, on va le voir. Il est essentiel, selon nous, de bien distinguer ces deux régions : c'est entre 674 et 718 que la première va absorber l'autre. Gomment? Nous ne le savons guère ; mais une étude attentive nous permettra peut-être d'arriver là-dessus, sinon à des conclusions certaines, du moins à des conjectures plausibles.
Considérons d'abord les efforts d'Ébroïn pour rétablir l'autorité royale qu'il venait lui-même d'ébranler si gravement, son succès dans la vallée du Rhône, son attitude vis-à-vis des diocèses aquitains et du duché de Toulouse :
En Neu strie, tout plia sous lui. Les mécontents furent tués ou durent s'enfuir en Austrasie, à Toulouse; Gerin, qui avait cherché son salut dans l'exil, fut contraint de revenir et lapidé en 676 ; Léodegaire, après un long martyre j eut la tête tranchée en 67^.
Vis-à-vis de l'Austrasie, qui avait rappelé d'Irlande l'enfant déporté en 656, Dagobert II, Ébroïn, — sauf quelques hostilités sans importance \ -^ n'entra pas d'abord en lutte directe ; mais il la tint refoulée chez elle
1. Huguenin, Hist. d'Austrasie, p. 444; Longiièriie, dissertation, àp; Bbiiq., III, 692-693.
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et l'écarta définitivement de ses possessions de la Gaule méridionale, qui furent alors rattachées à la Neustrie, au moins de nom (v. p. 70-72), car nous savons ce qu'était la réalité. Ébroïn espérait sans doute qu'il n'en irait pas toujours ainsi.
Pour hâter le moment où l'Aquitaine et surtout la Burgondie reviendraient à lui, il renonça aux armes, qui ne lui avaient réussi qu'à moitié (la chute d'Autun ne lui avait rendu que la haute Burgondie) et publia un édit d'amnistie : « Taie dédit edictum ut si quis cuiquam, dum in turbatione fuerat, intulisset dispendium vel prsedam, nullius ex hoc generaretur calumnia » ^ . Cette promesse d'oubli dut désarmer Genesius et ramener la Burgondie méridionale au gouvernement neustrien, car on ne saurait douter du rétablissement de l'autorité mérovingienne dans le midi, quoi qu'en dise M. Fauriel 2, et, si nous cherchons les causes de ce revirement, celle-là nous semble la plus vraisemblable. Vers 677 ou 678, ce résultat considérable était acquis : Genesius, archevêque de Lyon, Blidranne, archevêque de Vienne, vinrent siéger en concile avec Landebert, archevêque de Sens, Terniscus, archevêque de Besançon, et d'autres prélats burgondes et neus* triens dans la ville royale de Massolac ^ près de Sens, pour juger un personnage appelé Ghramlin qui, à la faveur des troubles, « s'était emparé du siège épiscopal d'Embrun sans avoir été sacré évêque ni confirmé par
le roi dans cette dignité Il fut convaincu d'avoir
manqué à la fidélité qu'il devait au roi et d'avoir usurpé